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Régularisation des charges locatives reçue à la rentrée 2026 : contester un solde excessif et récupérer le trop-payé

Votre bailleur ou votre agence vient de vous adresser le décompte annuel des charges locatives et le solde vous semble excessif : plusieurs centaines d’euros à régler en plus des provisions déjà versées, des postes que vous ne comprenez pas, des consommations de chauffage collectif qui ont bondi, une taxe d’enlèvement des ordures ménagères que vous n’aviez jamais vue détaillée. Chaque année, la fin de l’été et la rentrée de septembre concentrent l’envoi de ces régularisations, car les comptes de copropriété sont arrêtés au printemps et les bailleurs répercutent ensuite leur quote-part à chaque locataire. Un solde élevé n’est pas forcément indu, mais il n’est pas forcément dû non plus : les charges récupérables obéissent à une liste fermée, le bailleur doit produire un décompte précis un mois avant la régularisation et tenir les pièces justificatives à votre disposition pendant six mois. Sans ces documents, vous pouvez contester le rappel, exiger un étalement du paiement et, quand vous avez trop versé, obtenir le remboursement du trop-perçu. Cet article explique comment contrôler point par point le décompte reçu à la rentrée 2026, quels délais et quelle prescription appliquer, et comment agir à Paris et en Île-de-France, du courrier de contestation jusqu’au juge des contentieux de la protection.

I. Contrôler la régularisation reçue : ce que le bailleur doit prouver avant de réclamer un solde

A. Décompte par nature de charges, mode de répartition et pièces justificatives : comment vérifier le dossier du bailleur ?

La première règle tient en une phrase de l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 : « Les charges récupérables, sommes accessoires au loyer principal, sont exigibles sur justification en contrepartie : 1° Des services rendus liés à l’usage des différents éléments de la chose louée ; 2° Des dépenses d’entretien courant et des menues réparations sur les éléments d’usage commun de la chose louée. » S’y ajoutent, au 3°, « Des impositions qui correspondent à des services dont le locataire profite directement », comme la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Autrement dit, aucune somme qualifiée de charge ne peut vous être réclamée sans une dépense réelle du bailleur qui en constitue la contrepartie. Un forfait inventé, une quote-part arrondie sans facture derrière, des travaux d’amélioration présentés comme de l’entretien : tout cela sort du champ des charges récupérables. La liste de ces charges « est fixée par décret en Conseil d’Etat », le liste des charges récupérables annexée au décret du 26 août 1987, qui détaille poste par poste ce qui peut être répercuté, des ascenseurs à l’eau, au chauffage collectif, à l’entretien des parties communes et aux taxes. Ce qui ne figure pas dans cette liste ne peut pas être mis à votre charge, même si le bail contient une clause en ce sens. Devant un solde élevé, le premier réflexe consiste donc à rapprocher chaque ligne du décompte de cette liste : l’électricité des communs, l’exploitation de l’ascenseur, le nettoyage, les petites fournitures, le chauffage et l’eau chaude collectifs, la taxe des ordures ménagères y figurent, mais le contrôle technique quinquennal de l’ascenseur, les grosses réparations ou les honoraires de gestion locative n’y figurent pas.

Le deuxième contrôle porte sur la forme du décompte, car la loi impose au bailleur un formalisme précis. Toujours selon l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 : « Un mois avant cette régularisation, le bailleur en communique au locataire le décompte par nature de charges ainsi que, dans les immeubles collectifs, le mode de répartition entre les locataires et, le cas échéant, une note d’information sur les modalités de calcul des charges de chauffage et de production d’eau chaude sanitaire collectifs et sur la consommation individuelle de chaleur et d’eau chaude sanitaire du logement, dont le contenu est défini par décret en Conseil d’Etat. » Un simple montant global, un tableau sans intitulé de postes, un décompte qui ne dit pas comment la dépense totale de l’immeuble a été répartie entre les logements : tout cela ne satisfait pas l’exigence légale. Exigez le décompte détaillé par nature de charges, la clé de répartition appliquée à votre logement, et pour le chauffage collectif la note d’information sur le mode de calcul. Le texte ajoute : « Durant six mois à compter de l’envoi de ce décompte, les pièces justificatives sont tenues, dans des conditions normales, à la disposition des locataires. » Il précise que le bailleur transmet en outre, à la demande du locataire, le récapitulatif des charges du logement par voie dématérialisée ou par voie postale. Concrètement, vous pouvez demander à consulter les factures du syndic, les contrats d’entretien, les relevés de consommation et les appels de fonds de la copropriété correspondant à votre quote-part. Si le bailleur refuse ou répond par le silence, conservez la preuve de votre demande : ce refus jouera un rôle central en cas de litige.

La jurisprudence donne à cette exigence de pièces une portée redoutable pour les bailleurs négligents. Dans un arrêt du 8 décembre 2010, la troisième chambre civile a jugé : « Qu’en statuant ainsi, sans constater que la bailleresse avait communiqué à la locataire le mode de répartition des charges entre les locataires ni tenu à sa disposition, fût-ce devant elle, les pièces justificatives de ces charges que celle-ci réclamait, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision de ce chef » (Cass. 3e civ., 8 déc. 2010, n° 09-71.124). Peu importe que la locataire ait reçu chaque année un décompte sans émettre de réserves et qu’elle ait bénéficié des équipements et services : sans communication du mode de répartition et sans pièces tenues à disposition, le juge ne peut pas valider la créance du bailleur ni rejeter la demande en répétition de l’indu. Sept ans plus tard, la même chambre a confirmé cette ligne avec une netteté identique : « Qu’en statuant ainsi, sans constater que les bailleurs avaient tenu à la disposition de la locataire, fût-ce devant elle, les pièces justificatives des charges locatives que Mme X… réclamait, la cour d’appel n’a pas donné de base légale à sa décision » (Cass. 3e civ., 21 déc. 2017, n° 16-25.686). Dans cette affaire, la locataire réclamait la restitution des provisions versées depuis le début du bail, en 2010, et les bailleurs lui opposaient une régularisation de 205,21 euros pour l’année 2014 fondée sur un simple document de répartition du syndic et l’avis d’imposition de la taxe des ordures ménagères. La Cour de cassation a censuré les deux branches : ni le rejet de la restitution ni la condamnation au titre de la régularisation 2014 ne pouvaient être prononcés sans constater que les pièces avaient été tenues à la disposition de la locataire. La leçon pratique est directe : face à un solde contesté, demandez par écrit le mode de répartition et les pièces, et si le bailleur ne les produit même pas devant le juge, sa demande de rappel est privée de base.

Ce renversement de fait de la charge de la preuve s’appuie sur un principe général du droit des obligations. L’article 1353 du code civil dispose : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. » C’est donc au bailleur qui réclame un complément de charges d’établir la réalité, le montant et le caractère récupérable de chaque dépense, et non au locataire de démontrer que les charges seraient indues. En pratique, constituez dès la réception du décompte un dossier de contestation : photographiez ou archivez le décompte reçu, relevez la date d’envoi, comparez chaque poste avec le décompte de l’année précédente, surlignez les hausses anormales, vérifiez que la taxe des ordures ménagères correspond bien à l’avis d’imposition de la commune, contrôlez les consommations individuelles si votre immeuble dispose de compteurs ou de répartiteurs, et adressez au bailleur une demande écrite de communication du mode de répartition et des pièces justificatives. Ce courrier, envoyé en recommandé avec accusé de réception, interrompt toute tentative de vous présenter comme un débiteur passif : c’est vous qui exigez la justification que la loi impose au créancier.

B. Provisions trop faibles, régularisation annuelle et rappel tardif : comment réagir à un solde brutal ?

Le solde que vous recevez à la rentrée résulte d’une comparaison entre deux masses : d’un côté les provisions versées chaque mois avec votre loyer, de l’autre les dépenses réelles engagées par le bailleur pendant l’année. L’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit : « Les charges locatives peuvent donner lieu au versement de provisions et doivent, en ce cas, faire l’objet d’une régularisation annuelle. » Il précise : « Les demandes de provisions sont justifiées par la communication de résultats antérieurs arrêtés lors de la précédente régularisation et, lorsque l’immeuble est soumis au statut de la copropriété ou lorsque le bailleur est une personne morale, par le budget prévisionnel. » Si vos provisions n’ont pas été réévaluées depuis plusieurs années alors que les dépenses de l’immeuble augmentaient, notamment l’énergie pour le chauffage collectif et l’eau chaude, un solde important peut être mathématiquement normal. Mais l’inverse est tout aussi fréquent : des provisions volontairement sous-calibrées pour afficher un loyer charges comprises attractif à la signature, puis un rattrapage brutal un an plus tard. Demandez au bailleur sur quelle base les provisions avaient été fixées et exigez la communication des résultats antérieurs et du budget prévisionnel : c’est un droit écrit dans le texte, et son non-respect fragilise toute la régularisation.

La régularisation doit intervenir au moins une fois par an, en comparant le total des provisions appelées et les dépenses effectives. Quand les provisions dépassent les dépenses réelles, le bailleur doit vous reverser le trop-perçu ; dans le cas contraire, il vous demande un complément. Cette mécanique annuelle explique le calendrier de la rentrée : les assemblées générales de copropriété qui arrêtent les comptes se tiennent le plus souvent au printemps, les syndics adressent ensuite les arrêtés de comptes aux bailleurs, et ceux-ci répercutent leur quote-part à chaque locataire pendant l’été. Un décompte reçu fin août ou début septembre 2026 porte donc normalement sur les dépenses de l’année 2025, voire sur une période plus ancienne si le bailleur a pris du retard. Vérifiez toujours la période couverte par le décompte : un rappel qui mélange plusieurs années sans les distinguer, ou qui reprend des exercices déjà régularisés, doit être contesté ligne à ligne. Chaque exercice doit faire l’objet de son propre décompte, avec ses propres pièces, et les reports d’un exercice sur l’autre ne peuvent pas servir à gonfler artificiellement un solde.

Le cas le plus délicat est celui de la régularisation tardive, quand le bailleur n’a rien régularisé pendant deux, trois ou quatre ans puis réclame d’un coup plusieurs milliers d’euros. La loi n’interdit pas ce rattrapage : la régularisation tardive reste possible quelle qu’en soit la cause, oubli, ignorance ou négligence, dans la limite de la prescription triennale examinée plus loin. Mais elle organise deux garde-fous puissants. D’abord, l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989 dispose : « Lorsque la régularisation des charges n’a pas été effectuée avant le terme de l’année civile suivant l’année de leur exigibilité, le paiement par le locataire est effectué par douzième, s’il en fait la demande. » Si le bailleur vous réclame en septembre 2026 des charges exigibles en 2024 sans les avoir régularisées avant fin 2025, vous pouvez exiger d’étaler le paiement sur douze mois. Cette demande doit être formulée expressément, par courrier recommandé avec accusé de réception, en visant le texte : c’est un droit, pas une faveur à négocier. Ensuite, le juge peut sanctionner les rappels abusifs : le juge des contentieux de la protection peut refuser un rappel de charges tardif lorsqu’il estime que ce rappel est déloyal, brutal et consécutif d’une faute du bailleur dans l’exécution du bail, par exemple quand le locataire avait réclamé la régularisation et que le bailleur n’avait jamais répondu (service-public.gouv.fr, fiche sur les charges locatives). Un bailleur qui laisse volontairement s’accumuler les arriérés pour mettre le locataire devant le fait accompli prend donc un risque judiciaire réel.

Un contrepoint récent mérite d’être connu pour éviter une erreur de raisonnement fréquente. Le 29 janvier 2026, la troisième chambre civile a jugé, à propos d’un bail commercial, : « Le bailleur qui n’a pas communiqué, dans le délai fixé par l’article R. 145-36 du code de commerce ou dans le délai prévu au contrat, l’état récapitulatif annuel incluant la liquidation et la régularisation des comptes, n’est pas tenu de restituer les provisions versées s’il justifie, le cas échéant devant le juge, de l’existence et du montant des charges exigibles. » (Cass. 3e civ., 29 janv. 2026, n° 24-16.270). Autrement dit, même en bail commercial où les délais de communication sont stricts, un retard du bailleur n’efface pas automatiquement sa créance s’il prouve devant le juge que les charges sont réelles. Cette solution, rendue sous le régime du code de commerce, ne se transpose pas telle quelle au bail d’habitation, où les arrêts de 2010 et 2017 cités plus haut imposent la communication du mode de répartition et des pièces. Mais elle rappelle une règle de prudence valable partout : ne refusez jamais de payer par principe en invoquant seulement le retard du bailleur. Contestez par écrit, exigez les pièces, proposez l’étalement, et si les charges s’avèrent justifiées après vérification, payez le solde exact : c’est cette attitude qui vous donne ensuite toute votre force devant le conciliateur puis devant le juge, et qui évite qu’un refus de paiement injustifié ne se retourne contre vous en cas de litige plus large sur le bail.

II. Contester le solde et récupérer le trop-payé : délais, prescription et juge compétent

A. Lettre de contestation, mise en demeure et conciliation : comment obtenir le remboursement du trop-versé ?

Une fois le décompte contrôlé, la contestation suit un ordre précis qui maximise vos chances d’être remboursé sans procès. Premier temps : adressez au bailleur ou à l’agence, par lettre recommandée avec accusé de réception, une contestation détaillée du décompte. Ce courrier doit lister chaque poste contesté avec son montant, rappeler que les charges ne sont exigibles que sur justification conformément à l’article 23 de la loi du 6 juillet 1989, demander la communication du décompte par nature de charges, du mode de répartition entre les locataires, de la note de calcul du chauffage collectif et des pièces justificatives, et indiquer que vous suspendez le paiement de la part contestée jusqu’à production de ces documents. Chiffrez précisément la somme que vous reconnaissez devoir, s’il y en a une, et payez-la : contester le solde ne signifie pas cesser tout paiement, et régler la part incontestée vous place en position de locataire de bonne foi. Si le solde résulte d’une régularisation tardive, ajoutez dans le même courrier la demande expresse d’étalement du paiement par douzième prévue par le texte. Fixez au bailleur un délai raisonnable de réponse, un mois en pratique, qui correspond au délai légal de communication du décompte avant régularisation.

Deuxième temps, si le bailleur maintient sa réclamation sans produire les pièces : mettez-le en demeure de vous rembourser le trop-perçu ou de justifier le solde, toujours par recommandé avec accusé de réception. Deux situations doivent être distinguées. Quand vous avez versé des provisions supérieures aux dépenses réelles, ou quand des postes non récupérables ont été indûment facturés, vous êtes créancier du bailleur et vous agissez en répétition de l’indu : c’est exactement l’action que les locataires des arrêts de 2010 et 2017 avaient engagée, et la Cour de cassation leur a donné raison dès lors que le bailleur ne produisait ni le mode de répartition ni les pièces. Quand le bailleur vous réclame un complément, c’est à lui de prouver sa créance, et votre mise en demeure peut prendre la forme d’une contestation motivée valant refus de payer la part non justifiée. Dans les deux cas, joignez à votre courrier la copie de votre première demande restée sans réponse, le tableau comparatif des décomptes année par année, et le calcul du trop-versé poste par poste. Un dossier chiffré et daté impressionne davantage un bailleur ou son assureur protection juridique qu’une protestation générale sur la cherté des charges.

Troisième temps, si le dialogue reste bloqué : saisissez un conciliateur de justice, gratuitement, pour tenter de trouver un accord. La conciliation présente trois avantages concrets : elle est rapide, elle suspend les délais de prescription pendant sa durée, et un constat d’accord signé devant conciliateur peut être homologué par le juge et devenir exécutoire. Préparez l’entretien comme une audience : apportez le bail, tous les décomptes reçus, vos demandes écrites de pièces et leurs réponses, vos calculs et, si vous les avez obtenues, les pièces du syndic qui contredisent le décompte du bailleur. À Paris, où les charges de copropriété et de chauffage collectif pèsent lourd dans les budgets locatifs, les conciliateurs traitent chaque année de nombreux différends de ce type et connaissent bien les postes litigieux récurrents : quote-part de gardiennage mal répartie, ascenseur facturé à un locataire du rez-de-chaussée qui n’en a pas l’usage, consommation d’eau collective répartie sans compteur individuel, taxe des ordures ménagères calculée sur une base erronée. Si la conciliation échoue ou si le bailleur refuse de s’y présenter, le procès-verbal de carence ou d’échec constituera une pièce de votre dossier judiciaire, démontrant votre bonne foi et l’obstination adverse.

Quatrième temps, enfin : saisissez le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire. Ce juge est compétent pour les litiges nés du bail d’habitation, y compris les demandes en paiement ou en restitution de charges. Votre assignation ou votre déclaration au greffe, selon le montant en jeu, reprendra l’argumentaire construit depuis le premier courrier : rappel des textes, description du formalisme non respecté, absence de mode de répartition et de pièces, calcul du trop-perçu, demandes antérieures restées vaines, tentative de conciliation. Réclamez le principal, c’est-à-dire la restitution du trop-versé ou le rejet du complément réclamé, ainsi que les intérêts et, le cas échéant, des dommages et intérêts si la résistance abusive du bailleur vous a causé un préjudice distinct, par exemple des frais bancaires liés à un prélèvement contesté ou des frais de recouvrement engagés à tort contre vous. Produisez les arrêts de 2010 et 2017 : les motifs cités dans la première partie de cet article montrent que le juge ne peut pas valider une créance de charges sans constater que les pièces ont été tenues à votre disposition. Si le bailleur produit enfin ses factures devant le tribunal, le débat se déplacera sur le caractère récupérable de chaque poste au regard du décret de 1987, et votre tableau poste par poste redeviendra votre meilleure arme.

B. Prescription de trois ans dans les deux sens et contentieux à Paris et en Île-de-France : quels délais respecter ?

La prescription applicable aux litiges de charges est courte et joue dans les deux sens, ce qui impose de dater précisément chaque réclamation. L’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 dispose : « Toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit. » Le bailleur qui veut réclamer un arriéré de charges dispose donc de trois ans à compter de l’exigibilité de chaque échéance : une dette de charges datant de mars 2026 peut être réclamée jusqu’en mars 2029, mais une dette de 2021 est prescrite en septembre 2026. Symétriquement, le locataire qui a trop payé dispose du même délai de trois ans pour réclamer le remboursement du trop-versé, à compter du jour où il a connu ou aurait dû connaître les faits, c’est-à-dire en pratique la réception du décompte qui révèle l’excès. Ce délai spécial de trois ans écarte le délai de droit commun de cinq ans applicable aux actions personnelles : en matière de bail d’habitation, c’est le délai spécial le plus court qui s’applique.

La Cour de cassation applique ce délai de trois ans avec rigueur, comme le montre un arrêt du 6 avril 2023 qui en précise le point de départ dans le temps. Visant ensemble l’article 2222 du code civil, l’article 7-1 et les dispositions transitoires, la troisième chambre civile y vise le texte puis l’applique : « Aux termes du deuxième, toutes actions dérivant d’un contrat de bail sont prescrites par trois ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d’exercer ce droit. » Elle en tire la conséquence suivante : « Il en résulte que la durée du délai de prescription des actions dérivant d’un contrat de bail d’habitation est applicable à compter du 27 mars 2014, date d’entrée en vigueur de cette loi. » (Cass. 3e civ., 6 avr. 2023, n° 22-13.778). Pour votre dossier de rentrée 2026, la conséquence est simple : passez en revue les exercices 2023, 2024 et 2025, qui sont encore dans le délai, et identifiez les trop-perçus de 2022 ou antérieurs, qui risquent d’être prescrits sauf acte interruptif. Chaque lettre recommandée de réclamation, chaque saisine du conciliateur, chaque assignation interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai de trois ans : ne laissez donc jamais une contestation sans suite écrite, et relancez systématiquement avant l’échéance. Si vous avez quitté le logement, le délai court de la même manière, et le bailleur ne peut pas retenir un arriéré prescrit sur votre dépôt de garantie.

À Paris et en Île-de-France, ces litiges présentent des traits locaux qu’il faut intégrer au dossier. Les charges y sont structurellement élevées : chauffage collectif au gaz ou au fioul dans les immeubles haussmanniens, présence d’un gardien dont le salaire est partiellement récupérable, ascenseurs anciens aux contrats d’entretien coûteux, consommations d’eau sans individualisation dans les immeubles anciens. Ces postes sont précisément ceux où les erreurs de répartition sont les plus fréquentes, et un décompte parisien mérite donc un contrôle encore plus attentif qu’ailleurs. La juridiction compétente est le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble : le tribunal judiciaire de Paris pour un logement parisien, ceux de Nanterre, Bobigny ou Créteil pour la petite couronne. Joignez à votre dossier les spécificités locales utiles : règlement de copropriété et état descriptif de division pour vérifier les tantièmes, procès-verbaux d’assemblée générale arrêtant les comptes, appels de fonds du syndic, factures d’énergie de l’immeuble, et relevés individuels si des compteurs existent. Quand l’immeuble est géré par un administrateur de biens parisien, adressez vos demandes à la fois au bailleur et à l’agence, car l’agence détient souvent les pièces que le bailleur ne vous transmet pas. Enfin, la commission départementale de conciliation de votre département peut être saisie en parallèle du conciliateur de justice pour les litiges locatifs : à Paris, son secrétariat traite chaque année un volume important de différends bailleurs-locataires, et un avis de cette commission, même non contraignant, pèse dans la négociation comme devant le juge.

Deux erreurs doivent être évitées dans les dernières semaines avant d’agir. La première consiste à croire que l’absence de régularisation pendant des années efface la dette : comme on l’a vu, le bailleur peut régulariser tardivement dans la limite de la prescription, et c’est l’étalement par douzième qu’il faut exiger, pas l’annulation pure et simple. La seconde consiste à attendre la fin du bail pour tout contester : le départ n’interrompt pas la prescription, les pièces deviennent plus difficiles à obtenir une fois les lieux quittés, et le bailleur peut imputer des soldes prescrits ou injustifiés sur le dépôt de garantie si vous ne les avez pas contestés à temps. Agissez donc dès la réception du décompte de la rentrée 2026 : demandez les pièces dans le mois, contestez par écrit avant la fin de l’année, et saisissez le conciliateur au premier trimestre 2027 si le bailleur n’a pas répondu. Chaque étape écrite protège vos délais et prépare, si nécessaire, une action au fond solidement documentée.

Conclusion

Un solde de régularisation élevé reçu à la rentrée 2026 ne se paie pas les yeux fermés et ne se refuse pas à la légère. La méthode tient en quatre réflexes : vérifier que chaque poste figure dans la liste des charges récupérables et correspond à une dépense réelle du bailleur, exiger le décompte par nature, le mode de répartition et les pièces justificatives que l’article 23 impose de tenir à disposition pendant six mois, contester par écrit en payant la part incontestée et en demandant l’étalement par douzième quand la régularisation est tardive, puis agir dans le délai de prescription de trois ans qui vaut aussi bien pour la réclamation du bailleur que pour votre demande de remboursement. La jurisprudence de la troisième chambre civile, des arrêts de 2010 et 2017 sur les pièces justificatives jusqu’aux décisions de 2023 et 2026 sur la prescription et la régularisation, donne au locataire vigilant des armes précises : sans pièces produites, la créance du bailleur n’a pas de base, et un rappel brutal après des années de silence peut être étalé ou refusé par le juge. À Paris et en Île-de-France, où le poids des charges rend chaque point de contrôle sensible, un dossier chiffré, daté et appuyé sur les documents du syndic transforme une contestation orale en remboursement effectif. Si votre décompte mêle plusieurs exercices, des postes non récupérables et des pièces manquantes, faites-le examiner rapidement : c’est l’analyse croisée des dates, des montants et des justificatifs qui dira ce qui doit être payé, ce qui doit être étalé et ce qui doit vous être restitué.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».