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Congé du locataire à la rentrée 2026 : préavis d’un mois en zone tendue à Paris, réponse au bailleur qui refuse et restitution du trop-perçu

Mutation annoncée fin août, premier emploi décroché à Paris, loyer devenu trop lourd après l’été : vous avez trouvé un nouveau logement et vous voulez quitter celui que vous occupez, vite et sans payer trois mois de loyer dans le vide. La loi ouvre au locataire qui donne congé un préavis réduit à un mois dans plusieurs situations fréquentes à la rentrée, à commencer par les logements situés en zone tendue. Pourtant les bailleurs le contestent souvent : adresse jugée insuffisante, motif mal libellé, lettre recommandée jamais retirée, préavis prétendument reparti à zéro, loyers réclamés jusqu’au bout alors que les clés sont rendues. Chaque erreur de notification se paie en loyers supplémentaires, et chaque mois gagné se joue sur des détails de procédure que les juges appliquent à la lettre. Cet article explique comment donner congé à la rentrée 2026, obtenir le préavis d’un mois et répondre au bailleur qui refuse, en s’appuyant sur les textes applicables et sur cinq arrêts récents de la troisième chambre civile de la Cour de cassation : la justification du motif en zone tendue, le point de départ du préavis, le sort du recommandé papier ou électronique non réclamé, le double loyer imposé par un bailleur de mauvaise foi et le loyer dû quand le locataire rend les clés avant la fin du préavis.

I. Obtenir un préavis d’un mois quand on donne congé à la rentrée

A. En zone tendue, l’adresse du logement et le visa de la loi suffisent à justifier le délai réduit

Le point de départ est simple et beaucoup de locataires l’ignorent : lorsque le congé émane du locataire, le délai de préavis est en principe de trois mois, mais il tombe à un mois dans des cas limitativement énumérés par la loi. La Cour de cassation le rappelle en ces termes : « Selon l’article 15, I, de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, dans sa rédaction issue de la loi n° 2014-366 pour l’accès au logement et un urbanisme rénové dite loi Alur, lorsqu’il émane du locataire, le délai de préavis applicable au congé est de trois mois. Toutefois, ce délai est réduit à un mois dans les cas limitativement énumérés au 1° à 5° de ce texte. » (Cass. 3e civ., 11 janvier 2024, pourvoi n° A 22-19.891). Le premier de ces cas vise les logements situés en zone tendue, c’est-à-dire sur l’un des territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la même loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 tendant à améliorer les rapports locatifs. La fiche officielle de service-public.fr consacrée au congé du locataire subordonne le préavis d’un mois en zone tendue à deux mentions dans la lettre de congé : l’adresse du logement loué et la revendication du délai réduit, en visant l’article 15 de la loi n°89-462 et le décret n°2013-392 dont le 1er tableau en annexe fixe le périmètre. Le périmètre applicable est donc celui du 1er tableau en annexe du décret n° 2013-392 du 10 mai 2013. Si votre logement est à Paris ou dans une commune d’Île-de-France, vérifiez son classement sur le simulateur officiel des zones tendues de service-public.fr avant d’envoyer le congé : c’est cette vérification, jointe à l’adresse exacte dans la lettre, qui sécurise le délai réduit.

La question pratique qui divise bailleurs et locataires porte sur ce que le congé doit contenir pour ouvrir droit au délai réduit. Faut-il joindre le décret de classement, démontrer par des pièces que le logement s’y trouve, viser précisément le texte applicable ? La Cour de cassation a tranché par une solution protectrice du locataire : « Lorsque le bien loué est situé sur l’un des territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la loi du 6 juillet 1989, auquel renvoie le 1° de l’article 15 précité, le fait pour le locataire de mentionner l’adresse de ce bien dans son congé et de revendiquer le bénéfice d’un préavis réduit au visa des dispositions de la loi Alur suffit à préciser et à justifier le motif invoqué de réduction du délai de préavis. » (Cass. 3e civ., 11 janvier 2024, pourvoi n° A 22-19.891). Autrement dit, l’adresse exacte du logement dans la lettre de congé, accompagnée de la revendication explicite du préavis réduit au visa de la loi Alur, suffit : le locataire n’a pas à produire le décret de classement ni à démontrer autrement la situation du bien en zone tendue. Dans l’affaire jugée, une locataire avait donné congé d’un studio en rappelant l’adresse du bien et en invoquant le préavis réduit à un mois au visa de la loi Alur, tout en évoquant un rapprochement professionnel qui, pris isolément, n’ouvrait pas droit au délai réduit. Le bailleur avait appliqué trois mois de préavis et conservé les loyers correspondants. Le tribunal lui a donné tort et la Cour de cassation a rejeté son pourvoi : « Ayant constaté que la lettre de congé précisait l’adresse du bien loué, situé sur l’un des territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la loi du 6 juillet 1989, et que la locataire revendiquait le bénéfice d’un préavis réduit au visa de la loi Alur, le tribunal en a exactement déduit que le délai de préavis applicable était d’une durée d’un mois. » La leçon pour un congé donné en septembre 2026 est directe : mentionnez toujours l’adresse complète et exacte du logement loué, écrivez noir sur blanc que vous entendez bénéficier du préavis réduit d’un mois au visa de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 et de la loi Alur, et conservez une copie du congé tel qu’envoyé.

La zone tendue n’est pas la seule porte d’entrée vers le préavis d’un mois, et la rentrée concentre les autres situations visées par la loi : premier emploi, mutation professionnelle, perte d’emploi, état de santé, bénéfice du RSA ou de l’allocation aux adultes handicapés, attribution d’un logement social, violences au sein du couple. Pour chacune, la fiche officielle de service-public.fr exige la mention du motif dans le congé et un justificatif joint, faute de quoi le délai de trois mois s’applique. Quelques points méritent l’attention à la rentrée. La mutation doit être proche de l’envoi du congé, mais sans aucune condition d’éloignement géographique, et elle peut être à l’initiative du salarié comme de l’employeur ; en revanche, le travailleur indépendant reste soumis au préavis de trois mois. Le premier emploi s’atteste par exemple par un document mentionnant la date d’affiliation au régime de sécurité sociale, tandis qu’un contrat à durée déterminée transformé en contrat à durée indéterminée n’est pas regardé comme un premier emploi. L’état de santé n’ouvre le délai réduit que si le logement n’est plus compatible avec lui, avec un certificat médical à l’appui, et une simple fatigue médicalement constatée ne suffit pas. Les victimes de violences au sein du couple bénéficient d’un mois de préavis à condition de notifier le congé par lettre recommandée avec avis de réception et de joindre l’ordonnance de protection, la condamnation pénale récente ou la preuve de poursuites contre l’auteur. Dans tous les cas, la règle d’or reste la même : le motif doit figurer dans le congé avec un justificatif joint. Si aucun motif n’est indiqué, le délai de trois mois s’applique automatiquement. Pour les locataires de plus de soixante-cinq ans aux ressources modestes qui reçoivent un congé du bailleur, les protections sont différentes et relèvent de l’offre de relogement : elles sont exposées dans notre article consacré au congé du bailleur reçu en septembre 2026.

B. Le préavis ne court qu’à compter de la réception effective du congé par le bailleur

Obtenir le principe du mois réduit ne suffit pas : encore faut-il que le congé soit régulièrement notifié, car le délai ne court qu’à compter de sa réception effective. La Cour de cassation l’énonce sans détour : « Selon ce texte, le délai de préavis applicable au congé court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte d’huissier de justice ou de la remise en main propre. » (Cass. 3e civ., 21 septembre 2022, pourvoi n° P 21-17.691, publié au Bulletin). Trois modes de notification seulement, et un point de départ unique : le jour de la réception effective. La date d’envoi ne compte pas, le cachet de la poste ne compte pas, seule compte la date à laquelle le bailleur reçoit le congé ou se le voit signifier. La fiche officielle de service-public.fr retient exactement les mêmes trois voies : lettre recommandée avec avis de réception, acte de commissaire de justice, qui a succédé à l’acte d’huissier de justice, et remise en main propre contre émargement ou récépissé signé. Elle ajoute un avertissement qui ruine bien des départs précipités : un simple courriel ne suffit pas à donner congé.

De cette règle découle une conséquence redoutable pour la lettre recommandée avec accusé de réception : le congé adressé par recommandé que le bailleur ne va pas chercher à la poste n’est pas régulièrement donné. La Cour de cassation l’a jugé dans un arrêt publié au Bulletin : le congé d’un bail d’habitation notifié par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, revenu à l’expéditeur avec la mention « pli avisé et non réclamé », n’est pas régulièrement donné, et la Cour rappelle elle-même ce précédent : « Il est jugé que n’est pas régulièrement donné le congé d’un bail d’habitation délivré par lettre recommandée avec demande d’avis de réception revenue à son expéditeur avec la mention « pli avisé et non réclamé » (3e Civ., 21 septembre 2022, pourvoi n° 21-17.691, publié). » (Cass. 3e civ., 12 février 2026, pourvoi n° E 24-14.383). Dans l’affaire de 2022, la locataire avait posté son recommandé en avril pour un départ fin juillet, mais le pli était revenu avec la mention « pli avisé et non réclamé » ; la cour d’appel avait validé le congé, la Cour de cassation a censuré : « En statuant ainsi, tout en constatant que la lettre recommandée leur notifiant congé n’avait pas été reçue par les bailleresses, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé le texte susvisé. » (Cass. 3e civ., 21 septembre 2022, pourvoi n° P 21-17.691). Le congé non reçu n’a donc produit aucun effet et le bail s’est poursuivi, avec les loyers afférents, jusqu’à une notification régulière.

Le même sort vaut pour la lettre recommandée électronique non réclamée, comme l’a jugé la Cour le 12 février 2026. Dans cette affaire, des locataires avaient adressé leur congé par lettre recommandée électronique, que le bailleur professionnel n’avait pas voulu réceptionner ; la cour d’appel avait validé le congé au motif qu’un professionnel ne pouvait refuser cette forme de notification. Cassation : « Il doit en être de même lorsque le destinataire d’une lettre recommandée électronique ne la réclame pas, même si, professionnel, il est présumé avoir consenti à la réception d’envois recommandés électroniques. » Et la Cour conclut : « En statuant ainsi, sans constater que la lettre recommandée électronique notifiant le congé avait été réceptionnée par le bailleur, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » (Cass. 3e civ., 12 février 2026, pourvoi n° E 24-14.383). Papier ou électronique, la règle est identique : sans réception constatée, pas de préavis qui court.

Une troisième décision achève de verrouiller le raisonnement et répond à l’objection la plus fréquente des locataires, qui soutiennent que le bailleur savait qu’ils partaient. Un locataire avait adressé son congé par recommandé, pli non retiré par la bailleresse, puis les cautions avaient glissé une copie du congé dans sa boîte aux lettres par lettre suivie. La cour d’appel avait fait courir le préavis du jour de cette lettre suivie, en reprochant à la bailleresse de s’être créé un droit de ne pas faire courir le délai alors qu’elle était présente à son domicile pendant la mise en instance. La Cour de cassation vise d’abord le texte dans sa version antérieure à la loi du 27 juillet 2023, puis rappelle : « Selon ce texte, le délai de préavis applicable au congé court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte d’huissier de justice ou de la remise en main propre. » Elle casse ensuite : « En statuant ainsi, sans constater que la bailleresse avait signé un avis de réception d’une lettre recommandée contenant un congé ou que le congé lui avait été remis en main propre, la cour d’appel a violé le texte susvisé. » (Cass. 3e civ., 7 mai 2025, pourvoi n° V 23-13.151). La connaissance de fait du congé par le bailleur ne remplace donc ni l’avis de réception signé ni la remise en main propre. Retenez la hiérarchie des preuves : avis de réception signé en premier, procès-verbal de signification par commissaire de justice ou récépissé de remise en main propre ensuite, et rien d’autre. À la rentrée, le risque est maximal avec les bailleurs en vacances et les avis de passage égarés : suivez l’acheminement de votre recommandé en ligne, conservez les historiques de suivi, et si le suivi affiche un pli avisé et non réclamé, faites signifier le congé par commissaire de justice sans attendre au lieu d’envoyer un courriel ou une lettre suivie qui ne feront pas courir le délai.

II. Imposer le préavis réduit au bailleur qui refuse et solder les comptes de la sortie

A. Répondre au refus du bailleur : mise en demeure, juge compétent et sanction de la mauvaise foi

Le scénario classique de la rentrée est le suivant : vous avez donné congé en revendiquant un mois de préavis, le bailleur ou son agence vous répond que le motif n’est pas valable et vous réclame deux mois de loyer supplémentaires. Ne payez jamais sans réagir ni ne partez sans laisser de trace. La première réponse consiste à mettre le bailleur en demeure par écrit, en rappelant l’adresse figurant dans le congé, le visa de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 et, selon le cas, le justificatif joint ou le classement du logement vérifié sur le simulateur officiel. Joignez la copie du congé, l’avis de réception signé ou le procès-verbal de signification, et le justificatif du motif. Si le bailleur persiste, c’est le juge des contentieux de la protection qui tranche les litiges nés du bail d’habitation : « Le juge des contentieux de la protection connaît des actions dont un contrat de louage d’immeubles à usage d’habitation ou un contrat portant sur l’occupation d’un logement est l’objet, la cause ou l’occasion » (article L213-4-4 du code de l’organisation judiciaire, en vigueur depuis le 1er janvier 2020). Saisi par requête ou par assignation, il vérifie le motif, la notification et le décompte des loyers, et il ordonne la restitution des sommes indûment conservées.

Le bailleur qui applique trois mois de préavis en connaissance de cause s’expose au-delà de la simple restitution. Dans l’affaire jugée le 11 janvier 2024, la bailleresse, propriétaire de plusieurs logements dans la commune, ne pouvait ignorer le classement en zone tendue et avait contraint la locataire à payer un double loyer pendant deux mois. Le tribunal l’avait condamnée à des dommages-intérêts et la Cour de cassation a validé : « Ayant souverainement retenu que le contrat de location n’avait pas été exécuté de bonne foi au moment du congé puisque la bailleresse, propriétaire de plusieurs logements au [Localité 4], ne pouvait ignorer que cette commune était située sur l’un des territoires mentionnés au premier alinéa du I de l’article 17 de la loi du 6 juillet 1989 et qu’elle avait, par sa mauvaise foi, causé à la locataire un préjudice financier distinct du retard dans le paiement des sommes dues, caractérisé par le paiement d’un double loyer durant deux mois, le tribunal a légalement justifié sa décision. » (Cass. 3e civ., 11 janvier 2024, pourvoi n° A 22-19.891). Autrement dit, le double loyer subi pendant la période de préavis indûment prolongée constitue un préjudice financier distinct qui justifie des dommages-intérêts quand le bailleur a agi de mauvaise foi. Conservez donc le bail du nouveau logement et les quittances des deux loyers : ce sont les pièces qui établissent ce préjudice. En pratique, beaucoup de litiges se règlent au stade de la mise en demeure dès lors que le décompte s’appuie sur l’arrêt du 11 janvier 2024 et sur l’avis de réception signé : l’agence qui comprend que le dossier ira devant le juge des contentieux de la protection avec ces pièces préfère souvent restituer plutôt que de risquer une condamnation assortie de dommages-intérêts.

B. Calculer le loyer dû jusqu’au dernier jour, récupérer le trop-perçu et sécuriser le dépôt de garantie

Le préavis acquis, reste à solder les comptes sans laisser d’argent sur la table. Premier principe, souvent mal compris des locataires pressés de rendre les clés : tant que le préavis court, le loyer reste dû, même si le logement est déjà vide. La Cour de cassation l’a jugé le 4 juin 2026 : « Il résulte de ce texte que, lorsque le locataire a notifié le congé, il est redevable du loyer et des charges pendant tout le délai de préavis, l’acceptation de la remise des clés et la rédaction d’un état des lieux de sortie, qui n’établissent que la libération des lieux, ne suffisant pas à caractériser la renonciation non équivoque du bailleur au paiement de l’intégralité des loyers échus pendant le préavis. » (Cass. 3e civ., 4 juin 2026, pourvoi n° T 25-13.387). Dans cette affaire, la locataire avait donné congé en avril pour juillet, remis les clés début juillet et soutenu ne plus rien devoir ; le tribunal lui avait donné raison en retenant que le bailleur avait accepté un départ anticipé. Cassation : rendre les clés et signer l’état des lieux de sortie prouve seulement la libération des lieux, pas une renonciation du bailleur aux loyers du préavis. Si vous quittez les lieux avant la fin du mois de préavis, vous devez donc ce mois en entier, sauf si le bailleur renonce expressément aux loyers restants ou reloge un nouveau locataire avec votre accord, comme le rappelle la fiche officielle de service-public.fr. Exigez dans ce cas un écrit du bailleur : une renonciation verbale ne se prouve pas.

Second principe, symétrique : tout ce que le bailleur a conservé au-delà du préavis réduit doit revenir au locataire. Le fondement est la répétition de l’indu du code civil : « Tout paiement suppose une dette ; ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution. » (article 1302 du code civil, en vigueur depuis le 1er octobre 2016), et « Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû doit le restituer à celui de qui il l’a indûment reçu. » (article 1302-1 du code civil). Concrètement, si le bailleur a appliqué trois mois au lieu d’un, les deux mois de loyer et de charges prélevés en trop sont indus et doivent être restitués, peu importe qu’il les ait reçus de bonne foi ou non. Chiffrez le trop-perçu au jour près : loyer mensuel divisé par le nombre de jours du mois, multiplié par les jours couverts à tort, en ajoutant les charges et en déduisant les éventuelles sommes que vous resteriez devoir. Envoyez ce décompte avec la mise en demeure, puis portez-le devant le juge des contentieux de la protection avec les avis de réception, le justificatif du motif et les relevés bancaires. Dans l’affaire jugée le 11 janvier 2024, c’est exactement par cette voie que la locataire avait obtenu la restitution des loyers versés après le délai d’un mois, avant que la Cour de cassation ne confirme en rejetant le pourvoi de la bailleresse.

Troisième point de vigilance au moment de solder les comptes : l’état des lieux de sortie conditionne la restitution du dépôt de garantie, et son absence se retourne contre le locataire. Le code civil dispose : « S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire. » (article 1731 du code civil). Sans état des lieux d’entrée, vous êtes présumé avoir reçu un logement en bon état ; sans état des lieux de sortie contradictoire, le bailleur contestera les dégradés et la comparaison des deux documents devient impossible. Imposez donc un état des lieux de sortie contradictoire, daté et signé par les deux parties, avec photos. Si le bailleur tarde à restituer le dépôt, sachez que la loi prévoit une majoration de retard, et que le juge ne peut l’accorder d’office : dans l’arrêt du 4 juin 2026, la Cour casse le jugement qui avait appliqué « la majoration de retard prévue par l’article 22, alinéa 7, de la loi du 6 juillet 1989 précitée » en retenant « qu’il n’était saisi d’aucune demande tendant à l’application d’une majoration de retard » : « En statuant ainsi, alors qu’il n’était saisi d’aucune demande tendant à l’application d’une majoration de retard, le juge des contentieux de la protection, qui a modifié l’objet du litige, a violé le texte susvisé. » (Cass. 3e civ., 4 juin 2026, pourvoi n° T 25-13.387). La leçon est claire : réclamez expressément la majoration dans vos conclusions, chiffrée mois par mois, sinon le juge ne pourra pas la prononcer, même si le retard est avéré.

À Paris et en Île-de-France, quelques réflexes locaux ferment la marche. Vérifiez le classement de la commune sur le simulateur officiel avant tout envoi, car certaines communes franciliennes éloignées sortent du périmètre et un congé à un mois non fondé vous laisserait redevable des deux mois manquants. Conservez les preuves de réception avec un soin particulier : gardiens, boîtes aux lettres collectives et agences débordées multiplient les avis de passage égarés, et c’est l’avis de réception signé qui fixe le point de départ du préavis. Préparez dès l’envoi du congé le dossier du juge : copie du congé avec l’adresse exacte et le visa de l’article 15, avis de réception ou procès-verbal de signification, justificatif du motif, décompte du trop-perçu, bail du nouveau logement et quittances en cas de double loyer, états des lieux d’entrée et de sortie avec photos. Portez le litige devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, qui connaît de ces actions en application de l’article L213-4-4 du code de l’organisation judiciaire. Un dossier complet et chiffré obtient souvent gain de cause sans audience fleuve, et il rend la mise en demeure préalable redoutablement efficace.

Conclusion

Donner congé à la rentrée sans payer de loyer inutile tient à quatre gestes : vérifier le classement de la commune sur le simulateur officiel, écrire un congé qui mentionne l’adresse exacte du logement et revendique le préavis réduit au visa de l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989, joindre le justificatif du motif quand la loi l’exige, et notifier par un moyen qui prouve la réception effective, recommandé suivi jusqu’à l’avis signé ou signification par commissaire de justice. Si le bailleur applique malgré tout trois mois de préavis, la mise en demeure chiffrée puis le juge des contentieux de la protection restituent le trop-perçu sur le fondement de la répétition de l’indu, et la mauvaise foi avérée du bailleur ouvre des dommages-intérêts pour le double loyer subi. Rendre les clés tôt ne dispense pas des loyers du préavis, mais chaque somme versée au-delà du délai réduit se récupère. Préparez le dossier dès septembre, ne laissez passer aucun écrit, et faites du préavis d’un mois ce qu’il doit être : un droit exercé proprement, pas un litige subi.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».