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DPE recalculé en 2026 : l’attestation ADEME change-t-elle le loyer ou le droit de louer ?

Le 26 août 2026, un nouvel arrêté a été publié au Journal officiel pour modifier le calcul du diagnostic de performance énergétique. Son article 1 remplace le facteur de conversion de l’électricité de 1,9 par 1,7. Le changement est important pour les logements chauffés à l’électricité, mais il ne produit pas encore tous ses effets : l’arrêté du 19 août 2026 n’entrera en vigueur que le 1er janvier 2027. À cette date, certains DPE en cours de validité pourront recevoir une attestation ADEME faisant apparaître une nouvelle étiquette.

Cette évolution soulève une question très concrète : un DPE recalculé peut-il faire remonter le classement d’un logement, débloquer une révision de loyer ou permettre de continuer à louer un bien qui apparaissait comme une passoire énergétique ? La réponse est nuancée. L’attestation changera l’étiquette résultant du calcul, mais elle ne constituera ni un nouveau diagnostic, ni une autorisation générale d’augmenter le loyer, ni une dispense de travaux lorsque d’autres critères de décence ne sont pas remplis. Propriétaire, locataire, acquéreur et agent immobilier doivent donc raisonner à partir de la date d’effet, de la validité du DPE, de la classe obtenue et des preuves conservées.

I. Que change le recalcul du DPE en 2026 pour le propriétaire et le locataire ?

A. L’attestation ADEME modifie-t-elle la classe DPE sans nouveau diagnostic ?

Le changement annoncé vient de l’arrêté du 19 août 2026 modifiant le facteur de conversion de l’électricité relatif au DPE. Le texte a été signé le 19 août et publié dans le Journal officiel du 26 août 2026. Son article 1 prévoit exactement que « la valeur : « 1,9 » est remplacée par « 1,7 » ». Cette modification concerne le passage de l’énergie finale consommée à l’énergie primaire retenue dans le calcul. Elle ne signifie pas que le logement consomme moins d’électricité dans la réalité ; elle modifie la manière dont cette consommation est convertie pour établir l’indicateur réglementaire.

L’entrée en vigueur doit être distinguée de la publication. L’article 6 du même arrêté fixe cette entrée en vigueur au 1er janvier 2027. Jusqu’au 31 décembre 2026, il ne faut donc pas présenter l’étiquette future comme une classe déjà opposable dans une annonce, un bail, une demande de révision de loyer ou une négociation de vente. Un propriétaire peut préparer son dossier, demander à son diagnostiqueur de vérifier les données d’entrée et surveiller la mise en ligne du service ADEME, mais l’application du nouveau facteur obéira à la date prévue par le texte.

Le DPE reste un document réglementé. L’article L. 126-26 du Code de la construction et de l’habitation le définit comme un document comportant notamment la quantité d’énergie consommée ou estimée, exprimée en énergie primaire et finale, les émissions de gaz à effet de serre, une classification et une information sur l’aération ou la ventilation. Le texte précise aussi : « Il est établi par une personne répondant aux conditions prévues par l’article L. 271-6. » L’attestation liée au nouveau facteur ne remplace donc pas la compétence du diagnostiqueur et ne transforme pas un document inexistant ou expiré en DPE valable.

Le mécanisme prévu pour les DPE d’habitation en cours de validité est plus limité qu’une nouvelle visite. L’article 3 de l’arrêté indique : « Cette attestation remplace l’étiquette initiale du diagnostic de performance énergétique par une nouvelle étiquette. » Il ajoute que l’attestation se borne à tirer les conséquences du changement de facteur et « ne remet pas en cause les travaux et données d’entrée du diagnostic de performance énergétique dont elle remplace l’étiquette ». En pratique, les murs, fenêtres, surface, système de chauffage, ventilation, eau chaude et informations déclarées dans le DPE initial ne sont pas réexaminés par cette seule procédure.

Cette limite a une conséquence immédiate pour le propriétaire : une attestation favorable ne corrige pas une erreur matérielle. Si la surface habitable est fausse, si un isolant a été omis, si le système de chauffage a été mal décrit ou si une pièce a été comptée à tort, le sujet relève d’une contestation du diagnostic et non du seul recalcul réglementaire. Il faut alors comparer le DPE aux pièces du logement, solliciter le diagnostiqueur, demander une rectification ou faire établir un nouveau diagnostic selon la situation. Mélanger ces deux démarches fragiliserait la preuve.

Le service d’attestation est conçu pour les diagnostics encore valides. Le texte prévoit que les DPE en cours de validité « peuvent faire l’objet d’un document attestant de la nouvelle étiquette ». La durée de l’attestation ne dépasse pas celle du diagnostic d’origine : l’article 3 précise que sa validité prend fin à la date de fin de validité du DPE dont elle est issue. Une attestation ne prolonge donc pas la durée de dix ans et ne ressuscite pas un ancien DPE arrivé à expiration.

La durée générale du DPE est fixée par l’article D. 126-19 du Code de la construction et de l’habitation. Il dispose que « la durée de validité du diagnostic de performance énergétique prévu à l’article L. 126-26 est fixée à dix ans », sous réserve des règles transitoires relatives aux diagnostics les plus anciens. Avant de rechercher une nouvelle étiquette, le propriétaire doit donc relever la date d’établissement, la date de fin de validité et le numéro d’identification du DPE.

L’attestation sera dématérialisée et générée par l’ADEME sur l’Observatoire du DPE. L’arrêté précise : « Cette attestation est générée sous forme dématérialisée exclusivement par l’ADEME ». Un courriel d’agence, une simulation réalisée par un logiciel ou une capture d’écran ne peut pas tenir lieu du document officiel. Le fichier téléchargé doit être conservé dans son format d’origine, avec le DPE auquel il se rattache et, si possible, la date de téléchargement.

Le propriétaire doit vérifier que les deux documents parlent bien du même logement. L’adresse, le numéro du DPE, la surface, la date et le nom du diagnostiqueur doivent être cohérents. Dans une copropriété, une confusion entre un appartement et une partie commune, entre deux lots ou entre deux adresses peut entraîner l’utilisation d’une attestation qui ne correspond pas au bien loué. Une agence qui reprend une annonce doit également remplacer l’étiquette affichée par celle de l’attestation sans supprimer le DPE d’origine.

La nouvelle classe n’est pas déterminée par la seule consommation finale affichée sur une facture. L’article L. 173-1-1 du Code de la construction et de l’habitation prévoit que les bâtiments d’habitation sont classés selon leur performance énergétique et leurs émissions de gaz à effet de serre. Les catégories vont de A, pour les bâtiments extrêmement performants, à G, pour les bâtiments extrêmement peu performants. Le changement du facteur électrique peut influencer la composante énergie d’un logement, mais il ne supprime pas automatiquement l’incidence des émissions ou d’un autre indicateur qui déterminerait la classe finale.

Il faut aussi distinguer le logement individuel d’un audit énergétique. L’arrêté permet également une attestation pour certains audits en cours de validité, avec une nouvelle étiquette avant travaux et de nouveaux classements après travaux. Un propriétaire vendeur ne doit pas transmettre une attestation DPE à la place d’un audit exigé par la loi. De la même façon, un audit mis à jour ne dispense pas de remettre le dossier de diagnostic technique requis pour la vente ou la location.

Pour une mise en location, le DPE demeure une pièce du dossier contractuel. L’article L. 126-29 du Code de la construction et de l’habitation prévoit qu’en cas de location, le DPE est joint au contrat lors de sa conclusion, sauf les exceptions prévues pour le bail rural et la location saisonnière. Le même article rappelle que « Le locataire ne peut se prévaloir à l’encontre du bailleur des recommandations accompagnant le diagnostic », lesquelles ont une valeur informative. L’attestation doit donc être jointe ou présentée avec le DPE valable ; elle ne doit pas être isolée de son document source.

Pour une vente, le raisonnement est proche mais les précautions sont différentes. Le vendeur, l’agent et le notaire doivent utiliser un diagnostic encore valable, intégrer l’étiquette actualisée dans l’information donnée à l’acquéreur et expliquer que le changement provient du facteur réglementaire. Un acquéreur qui négocie sur la base d’une ancienne classe doit pouvoir savoir si une attestation est applicable. Une promesse qui mentionne une classe future sans le document ADEME correspondant crée une ambiguïté sur l’information remise.

Un acquéreur ou un locataire ne doit pas conclure que la nouvelle lettre garantit une facture d’énergie ou un confort supérieur. Le DPE est calculé selon une utilisation standardisée. La température choisie, le nombre d’occupants, les habitudes d’aération et les appareils utilisés peuvent produire des dépenses différentes. L’attestation modifie un classement réglementaire ; elle ne constitue pas une expertise thermique, une garantie de consommation ou un engagement sur le coût futur de l’électricité.

La mise à jour peut néanmoins avoir un effet économique réel. Une étiquette qui passe de F à E ou de G à F peut modifier la perception du bien, son accès à la location et sa négociation. Cet effet reste encadré par la date d’application du texte et par les autres obligations attachées au logement. Il ne permet pas de supprimer une humidité, une ventilation défectueuse, une installation dangereuse ou une insuffisance de surface.

B. Un DPE recalculé change-t-il le droit de louer et la révision du loyer ?

Le classement énergétique intervient dans la définition du logement décent, mais la lettre affichée n’est pas le seul critère. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur de remettre un logement décent, sans risques manifestes pour la sécurité ou la santé, exempt de nuisibles, conforme à l’usage d’habitation et répondant à un niveau minimal de performance. Le texte fixe une progression : en métropole, le niveau de décence est compris entre A et F depuis le 1er janvier 2025, entre A et E à partir du 1er janvier 2028 et entre A et D à partir du 1er janvier 2034.

La conséquence pratique est différente selon la classe obtenue. Un logement classé G en métropole ne satisfait pas, en principe, au niveau de performance minimal applicable depuis 2025. Un logement F reste dans la plage de décence énergétique jusqu’à l’échéance de 2028, si les autres critères sont remplis. Un passage de G à F obtenu par une attestation peut donc modifier l’analyse de la décence énergétique à la date d’effet du nouveau classement, sans rendre le logement irréprochable sur tous les autres plans.

Il ne faut pas confondre décence et possibilité d’indexer le loyer. L’article 17-1 de la loi de 1989 interdit la révision et la majoration dans les logements F ou G. Le texte dit que ces sommes « ne peuvent pas être appliquées dans les logements de la classe F ou de la classe G ». Un DPE recalculé qui établit une classe E peut faire disparaître, pour l’avenir et sous réserve des autres règles, le motif énergétique de gel. Il ne déclenche toutefois aucune augmentation automatique et ne régularise pas les hausses interdites ou non demandées dans le passé.

La première condition de la révision reste la clause du bail. L’article 17-1 prévoit une révision annuelle à la date convenue, ou à défaut au terme de chaque année, et limite la variation à celle de l’IRL. Le bailleur doit manifester sa volonté dans l’année suivant la date de prise d’effet ; à défaut, il est réputé avoir renoncé à la révision pour l’année écoulée. L’article 17-1 dans sa version en vigueur doit être lu avec les règles de zone tendue et les dispositions particulières applicables au renouvellement ou à la relocation.

Une attestation ADEME obtenue le 1er janvier 2027 ne permet donc pas de réclamer au locataire, en mars 2027, toutes les indexations qui auraient été bloquées par la classe F ou G pendant les années précédentes. Il faut identifier la date à laquelle le nouveau classement est juridiquement utilisable, la date prévue au bail, la demande adressée au locataire et le régime de plafond applicable. Une demande écrite doit joindre le DPE et l’attestation, expliquer le calcul et éviter toute présentation laissant croire que la hausse résulte mécaniquement d’une réforme.

Dans les zones soumises à l’encadrement de l’évolution des loyers, la nouvelle classe ne permet pas davantage de dépasser le montant légal. La fiche Service-Public sur l’encadrement des loyers en zone tendue rappelle que Paris et certaines communes franciliennes appliquent des règles spécifiques, avec des loyers de référence minoré et majoré. Le propriétaire doit comparer le loyer de référence, le loyer précédent, la date de relocation ou de renouvellement et le complément de loyer éventuellement invoqué. Le DPE n’efface aucune de ces limites.

Le locataire confronté à une demande d’augmentation doit éviter de retenir seul le montant contesté sur le loyer. Il doit demander les pièces, vérifier la classe officiellement attestée à la date de la demande et répondre par écrit. Tant qu’aucun accord ou décision ne l’autorise à modifier ses paiements, la prudence consiste à préserver la preuve de la contestation et à régler les sommes non contestées selon les modalités habituelles. Une dette locative créée par une retenue unilatérale peut déplacer le litige sur un terrain défavorable.

Si l’étiquette reste F ou G, les restrictions sur le loyer subsistent. Si le logement est G et non décent, le bailleur doit traiter la mise en conformité ou examiner les situations particulières prévues par les textes. L’attestation peut corriger le classement lorsque le facteur électrique est la cause du passage d’une classe à l’autre, mais elle ne dispense pas de vérifier la consommation d’énergie finale, l’isolation, l’aération, l’absence de risque et les équipements essentiels. Le bailleur ne peut pas utiliser une nouvelle lettre pour dissimuler un désordre indépendant du DPE.

Le droit de louer peut également dépendre de la nature du bail. La location d’une résidence principale, la location meublée, la location saisonnière, le bail rural et certaines locations de locaux particuliers ne sont pas soumis à l’identique aux règles du dossier de diagnostic et de décence. Le propriétaire doit qualifier le contrat avant de déduire un effet de l’attestation. Une chambre louée comme résidence principale ne se traite pas comme un logement saisonnier, même si les deux se trouvent dans le même immeuble.

La question du congé doit être séparée de celle de la mise à jour. Un bailleur qui découvre que son logement est énergétiquement insuffisant peut envisager des travaux, mais il ne peut pas employer une attestation pour prononcer un congé sans respecter l’article 15 de la loi de 1989 et les droits du locataire. Cet article exige notamment un motif légal, une notification régulière et un délai de préavis de six mois lorsque le congé émane du bailleur. Le texte est consultable sur Légifrance, article 15 de la loi du 6 juillet 1989.

La Cour de cassation a récemment rappelé cette limite dans son arrêt de la troisième chambre civile du 4 juin 2026, pourvoi n° 24-16.993, publié au Bulletin. Dans cette affaire, le bailleur connaissait l’indécence du studio lors de la conclusion du bail et avait délivré un congé pour réaliser des travaux. La Cour juge que la réalisation de travaux destinés à remédier à cette indécence « ne constitue pas un motif légitime et sérieux de congé ». L’arrêt complet est disponible sur la page officielle du pourvoi n° 24-16.993. Cette décision ne bloque pas tout congé pour reprise ou vente ; elle interdit de présenter comme motif légitime, dans cette configuration, des travaux destinés à corriger une indécence connue dès l’origine.

Le locataire dispose d’une voie spécifique lorsque le logement n’est pas décent. L’article 20-1 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit que « le locataire peut demander au propriétaire sa mise en conformité sans qu’il soit porté atteinte à la validité du contrat en cours ». Après une demande restée sans accord ou sans réponse pendant deux mois, la commission départementale de conciliation peut être saisie ; cette saisine n’est pas un préalable obligatoire à l’action en justice. Le juge peut déterminer les travaux, leur délai, réduire le loyer ou suspendre son paiement dans les conditions du texte.

La Cour de cassation a aussi jugé, le 4 juin 2026, dans le pourvoi n° 24-11.437, que « l’obligation de délivrance d’un logement décent, continue, est exigible pendant toute la durée du bail ». L’arrêt, publié au Bulletin, est accessible sur la page officielle du pourvoi n° 24-11.437. Le locataire peut poursuivre l’exécution de cette obligation tant que le manquement persiste et demander la réparation des conséquences dommageables dans la limite de la prescription applicable. Une attestation qui améliore la classe ne supprime pas les troubles qui existaient avant elle sans examen du dossier.

La date de l’attestation peut néanmoins devenir une pièce importante dans le débat. Si elle fait passer un logement de G à F, elle permet au bailleur de soutenir qu’il ne se trouve plus dans la classe G à compter de la date juridique pertinente. Si elle le laisse G, le locataire pourra continuer à invoquer la non-décence énergétique, sous réserve des critères précis applicables. Si elle fait passer F à E, le bailleur pourra examiner à nouveau la révision du loyer, mais le locataire pourra discuter la clause, le calcul, l’encadrement et tout désordre restant.

En résumé, le nouveau DPE peut changer une conséquence juridique sans changer la réalité physique du logement. La lettre devient meilleure ou reste identique ; les droits se déterminent ensuite par le contrat, la date, la loi de décence, les plafonds de loyer et les autres éléments prouvés. Toute réponse sérieuse doit donc conserver l’ancien DPE, l’attestation, le bail et les échanges, au lieu de ne garder qu’une capture de la nouvelle classe.

II. Que faire en cas de loyer, de vente ou de litige après une nouvelle étiquette DPE ?

A. Quelles démarches et quelles preuves conserver pour faire valoir ou contester la nouvelle classe ?

La première démarche consiste à établir une fiche d’identité du logement. Il faut relever l’adresse complète, le numéro du DPE, la date de visite, la date d’établissement, la date d’expiration, la surface de référence, le type de chauffage et la classe avant attestation. Il faut ensuite noter la classe annoncée par l’attestation et vérifier qu’elle concerne exactement le même numéro de diagnostic. Une différence entre deux références n’est pas un simple détail : elle peut révéler un nouveau DPE, une erreur de récupération ou un document issu d’un autre lot.

Le propriétaire doit télécharger le document depuis le service officiel de l’Observatoire ADEME lorsque le dispositif sera ouvert. Il doit conserver le PDF sans le renommer de manière ambiguë, avec une copie du DPE initial et une note indiquant la date de téléchargement. L’arrêté prévoit que le document est téléchargeable par toute personne et qu’il reste valable jusqu’à la fin de validité du diagnostic source. Une agence ou un mandataire doit transmettre la même version au bailleur, au locataire ou au notaire, sans effectuer de modification graphique susceptible d’en altérer le contenu.

La deuxième démarche consiste à vérifier le calcul juridique qui suit la nouvelle classe. Pour un bail en cours, il faut lire la clause d’indexation, la date anniversaire, l’IRL de référence et la dernière demande de révision. Pour une relocation, il faut vérifier le loyer précédent, la zone tendue, le dispositif d’encadrement et l’état du bien. Pour une vente, il faut examiner la promesse, les diagnostics annexés, l’information donnée avant la signature et les éventuelles conditions suspensives. Dans chaque hypothèse, le DPE est un élément du raisonnement, pas la totalité du contrat.

Un bailleur qui veut réviser le loyer doit adresser une demande précise. Elle doit identifier le bail, indiquer l’ancienne et la nouvelle classe, joindre le DPE et l’attestation, rappeler la clause d’indexation, préciser l’indice utilisé et dater la prise d’effet. Si le logement était classé F ou G à la période concernée, il faut expliquer pourquoi la nouvelle situation peut être prise en compte à partir d’une date déterminée, sans demander d’arriéré pour une période où la loi interdisait la révision. La lettre ne doit pas présenter l’attestation comme un avenant au bail.

Le locataire peut répondre en demandant plusieurs éléments : la copie intégrale du DPE, l’attestation ADEME, la preuve de la date de la demande de révision, le calcul IRL et les références utilisées en zone tendue. Il peut également demander si des travaux ou une erreur de diagnostic sont invoqués. Une attestation qui change la classe énergétique ne prouve pas que le loyer proposé respecte le loyer de référence majoré. Les deux contrôles doivent être effectués séparément.

Si le logement reste F ou G, la contestation du loyer et la demande de travaux peuvent être réunies dans un même dossier, mais les demandes doivent être formulées distinctement. Le locataire peut demander l’arrêt d’une indexation interdite, la mise en conformité et, selon le préjudice démontré, une réduction de loyer ou une indemnisation. Il doit continuer à signaler les désordres par écrit : température, condensation, ventilation, moisissures, infiltrations ou impossibilité d’utiliser normalement une pièce. Les photographies datées, relevés, échanges et constats complètent le DPE.

La preuve d’une erreur de DPE suit un autre chemin. Il faut identifier l’élément contesté, comme une isolation non prise en compte, un chauffage déclaré à tort ou une surface inexacte. Les factures, plans, notices techniques, procès-verbaux de copropriété, factures de travaux et photographies peuvent permettre de discuter les données d’entrée. Un second DPE peut être utile, mais deux lettres différentes ne suffisent pas à démontrer laquelle est correcte. La méthode, la date, les pièces remises au diagnostiqueur et les règles applicables doivent être comparées.

La jurisprudence relative à la responsabilité du diagnostiqueur exige de bien qualifier le préjudice. Dans l’arrêt de la troisième chambre civile du 21 novembre 2019, pourvoi n° 18-23.251, la Cour a retenu, pour le litige de vente concerné, une « perte de chance de négocier une réduction du prix de vente » à la suite d’un DPE erroné. Le texte officiel de cette décision est disponible sur Légifrance, pourvoi n° 18-23.251. Cette solution, rendue sous le régime juridique applicable à cette affaire, ne signifie pas que le coût de tous travaux sera automatiquement remboursé.

La troisième chambre civile a rappelé la valeur informative du DPE dans un autre litige de vente, par son arrêt du 17 octobre 2024, pourvoi n° 22-22.882. La décision mentionne notamment qu’il n’a, dans le régime applicable à l’affaire, « qu’une valeur informative » et retient à nouveau le raisonnement de la perte de chance. La référence officielle est accessible sur Légifrance, pourvoi n° 22-22.882. Ces arrêts concernent une erreur de diagnostic et une vente ; ils ne permettent pas de traiter une attestation réglementaire comme une faute du diagnostiqueur.

Il faut donc distinguer trois situations. Dans la première, le DPE est correctement établi et l’étiquette change uniquement parce que le facteur réglementaire change : le propriétaire conserve le diagnostic et ajoute l’attestation. Dans la deuxième, le DPE contient une donnée erronée : une rectification ou une nouvelle expertise doit être envisagée. Dans la troisième, le bailleur refuse de tenir compte d’un logement non décent ou applique une hausse interdite : le litige porte sur l’exécution du bail et les recours de la loi de 1989.

Une mise en demeure efficace reprend la chronologie sans accusation inutile. Elle indique la date du bail, la classe initiale, la classe attestée, la date d’effet du texte, les conséquences demandées et le délai laissé pour répondre. Le propriétaire peut demander au diagnostiqueur de confirmer que le DPE est bien en cours de validité et que l’attestation s’y rattache. Le locataire peut mettre en demeure le bailleur de transmettre le document, de cesser une indexation interdite ou de programmer les travaux nécessaires. Les pièces sont numérotées et jointes dans l’ordre chronologique.

Le délai de deux mois de l’article 20-1 concerne la réponse du propriétaire à une demande de mise en conformité. Il ne faut pas le confondre avec le délai d’un an prévu pour demander une révision de loyer à compter de sa prise d’effet, ni avec la prescription de trois ans des actions dérivant du bail. Chaque délai doit être calculé à partir de l’événement qui lui correspond. Une lettre envoyée tardivement peut perdre un droit d’indexation, tandis qu’une action concernant la décence peut rester recevable tant que le manquement persiste, sous réserve des demandes indemnitaires antérieures.

Pour un congé, le locataire doit contrôler la date de réception, le motif, le délai de préavis, la forme de l’acte et la réalité du projet annoncé. La seule mention « travaux de mise aux normes DPE » ne suffit pas à valider le congé. La décision n° 24-16.993 est particulièrement utile lorsque le bailleur connaissait déjà l’indécence lors de l’entrée dans les lieux. Elle n’autorise pas, en revanche, à ignorer un congé pour reprise ou vente qui reposerait sur un motif réel, régulier et distinct, apprécié au regard de la situation complète.

Le dossier doit également contenir les documents qui ne sont pas favorables à la partie qui les produit. Un propriétaire qui a reçu une ancienne attestation ou une observation du diagnostiqueur doit la conserver. Un locataire qui a commandé un second DPE doit communiquer sa date et ses conditions de réalisation. La transparence réduit le risque qu’une partie adverse soutienne que la classe a été choisie parmi plusieurs documents sans justification. Elle permet aussi au juge de distinguer une modification réglementaire d’une erreur technique.

Si un désaccord persiste, la commission départementale de conciliation peut être envisagée pour un différend locatif entrant dans son champ. Elle peut faciliter un accord sur les travaux, la date d’une révision ou la restitution d’un trop-perçu. Elle ne remplace pas les mesures urgentes lorsqu’un danger existe et ne dispense pas d’une action judiciaire lorsque la situation le requiert. Le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble peut être saisi pour les demandes relatives au bail d’habitation, sous réserve de la qualification exacte du litige.

B. Quelles règles appliquer à Paris et en Île-de-France après le recalcul ?

À Paris et dans une grande partie de l’Île-de-France, la mise à jour du DPE doit être combinée avec les règles des zones tendues et, à Paris, avec l’encadrement du niveau des loyers. Le changement de classe ne suffit donc jamais à calculer un nouveau loyer. Le propriétaire doit reprendre la date de signature ou de renouvellement, le montant précédent, le loyer de référence applicable, la surface habitable et les caractéristiques permettant de discuter un éventuel complément. Une attestation ADEME ne neutralise pas le plafond géographique.

Le bailleur parisien doit conserver un dossier plus complet lorsqu’il envisage une relocation. Il doit archiver l’annonce avec la classe DPE affichée, le DPE complet, l’attestation éventuelle, le bail précédent et le calcul du nouveau loyer. Les mentions obligatoires de l’annonce doivent être corrigées lorsque la classe change. Il ne faut pas laisser en ligne une ancienne classe F ou G tout en présentant au candidat une attestation E ou F, car cette discordance peut nourrir une contestation sur l’information délivrée et sur le montant demandé.

Pour un immeuble ancien de Paris ou de la petite couronne, les contraintes de copropriété peuvent également influencer les travaux. Le propriétaire d’un lot ne maîtrise pas toujours la façade, la toiture, les gaines, la ventilation collective ou le chauffage commun. Cela ne supprime pas son obligation envers son locataire, mais l’article 20-1 prévoit des cas où le juge ne peut ordonner certains travaux de performance lorsqu’un copropriétaire démontre ses diligences auprès du syndicat et l’impossibilité d’atteindre le niveau requis. Les convocations d’assemblée, résolutions, refus d’autorisation et échanges avec le syndic deviennent donc des pièces déterminantes.

Une attestation qui fait passer le logement G à F peut éviter, à compter de la date légalement pertinente, que le seul classement G suffise à caractériser l’obstacle énergétique applicable. Elle ne rend pas inutile une assemblée générale si la ventilation est défectueuse, si le chauffage collectif est mal réglé ou si des infiltrations persistent. Dans les immeubles protégés ou situés dans un périmètre patrimonial, les autorisations d’urbanisme et les prescriptions de l’architecte des bâtiments de France peuvent aussi déterminer la faisabilité d’une isolation extérieure. La nouvelle lettre ne tranche aucune de ces questions.

Dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Yvelines, l’Essonne, le Val-d’Oise et la Seine-et-Marne, les réflexes restent les mêmes, même si le juge compétent, la commune, le règlement local d’urbanisme et les aides disponibles peuvent différer. Le propriétaire doit identifier la commune du logement, la zone tendue, l’autorité qui a signalé un éventuel risque d’insalubrité et le service local compétent. Le locataire doit conserver l’adresse de l’ADIL ou de la commission départementale de conciliation saisie, sans confondre conseil et décision juridictionnelle.

La localisation peut aussi modifier la stratégie de preuve. À Paris, une température basse dans un studio peut être documentée par des relevés datés, des factures et des échanges avec l’agence ; dans une maison francilienne, il faudra souvent ajouter les plans, les surfaces de murs, le système de ventilation, les combles et les factures de chauffage. Le DPE recalculé utilise les données du diagnostic d’origine : plus ces données sont précises, plus il est possible de savoir si la nouvelle étiquette est seulement l’effet du facteur électrique ou si une autre anomalie doit être traitée.

Pour une vente à Paris, l’attestation peut influencer une négociation sans constituer une garantie de prix. Un acquéreur peut demander que le compromis mentionne le DPE initial, l’attestation et leur date de validité. Il peut prévoir une condition relative à la remise du dossier complet ou à la vérification de la cohérence des documents. Le vendeur doit informer le notaire de toute différence entre l’étiquette annoncée et celle résultant d’un document ADEME. Une omission volontaire ou une présentation ambiguë peut ouvrir un débat distinct sur le consentement, l’information précontractuelle ou la responsabilité.

Un agent immobilier qui reçoit une attestation doit actualiser l’annonce et son dossier de visite, puis vérifier les conséquences sur le loyer affiché. Il ne doit pas annoncer qu’un passage de G à F « autorise » à lui seul une hausse ou une relocation sans autre contrôle. Le contrat, la décence, les plafonds de loyers et les autres diagnostics restent applicables. Le professionnel doit aussi éviter de présenter une estimation calculée par un simulateur comme une classe officielle.

Les juridictions franciliennes appliquent les mêmes textes nationaux, mais l’urgence pratique peut être plus forte lorsque le bien est occupé, lorsque le loyer est encadré ou lorsque des travaux de copropriété sont nécessaires. Une demande de mise en conformité doit décrire les travaux et leur lien avec la décence, pas seulement réclamer une lettre DPE différente. Une contestation de loyer doit chiffrer le montant et la période. Un recours contre un congé doit exposer le motif, la date et l’irrégularité invoquée.

La jurisprudence récente rappelle d’ailleurs que l’obligation de décence se poursuit dans le temps. Dans l’arrêt n° 24-11.437, la Cour de cassation admet l’exécution forcée tant que le manquement persiste et la réparation des conséquences dommageables sur la période prescrite. Pour un locataire francilien, une attestation obtenue en 2027 ne fait donc pas disparaître automatiquement les preuves d’un trouble de jouissance antérieur. Pour un bailleur, elle peut constituer un élément de régularisation à partir d’une date, sans effacer les demandes déjà formées.

La révision du loyer doit être calculée avec la formule prévue par le bail et l’IRL correspondant. L’ANIL rappelle que la demande n’est pas automatique et qu’elle prend effet à compter de la demande lorsqu’elle est formulée dans le délai. Cette règle est distincte du nouveau facteur DPE. Un propriétaire ne doit pas additionner une hausse liée à l’IRL et une hausse présentée comme la conséquence de la nouvelle classe sans base contractuelle ou légale. Un locataire doit demander le détail des deux éléments pour pouvoir les discuter séparément.

À Paris, l’attestation peut donc avoir une vraie utilité, mais son rôle est précis. Elle peut actualiser l’étiquette d’un DPE valide, améliorer l’information de l’acquéreur ou du locataire et, si la classe sort de F ou G, permettre de réexaminer une restriction de loyer pour l’avenir. Elle ne vaut ni permis de louer universel, ni autorisation de dépasser l’encadrement, ni preuve que des travaux n’étaient pas nécessaires. Le dossier doit toujours associer le document officiel, le contrat, la date et les autres éléments de décence.

Conclusion

Le recalcul annoncé en 2026 ne transforme pas instantanément les logements électriques. L’arrêté du 19 août 2026 abaisse le facteur de conversion de 1,9 à 1,7, mais son application commence le 1er janvier 2027. À partir de cette date, l’attestation ADEME pourra remplacer l’étiquette d’un DPE d’habitation encore valide, sans modifier ses données d’entrée ni prolonger sa durée. Le propriétaire devra conserver les deux documents et vérifier la classe réellement obtenue.

Pour le loyer, la règle est simple dans son principe mais exigeante dans son application : une nouvelle étiquette ne crée pas une indexation automatique. Il faut une clause, un calcul IRL, une demande dans le délai, le respect de l’encadrement et une classe compatible avec les restrictions F et G. Pour le droit de louer, la classe doit être rapprochée du calendrier de décence, de la consommation d’énergie finale et de tous les autres critères du logement. En cas de désaccord, les échanges, les diagnostics, les attestations, les preuves de travaux et les dates permettront de distinguer une réforme de calcul, une erreur technique et un manquement locatif.

Les propriétaires et locataires de Paris et d’Île-de-France ont intérêt à faire vérifier le dossier avant toute hausse, annonce, congé ou signature. Le cabinet peut examiner la classe, le bail, le DPE initial, l’attestation et les démarches déjà réalisées afin de déterminer la réponse utile, le délai à respecter et les pièces à réunir.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».