Le redressement judiciaire de Tudigo, ouvert le 5 août 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux, a immédiatement soulevé une question très concrète : un investisseur peut-il encore annuler sa souscription et récupérer ses fonds grâce au délai de quatre jours ? La réponse dépend moins de la seule ouverture de la procédure que de trois éléments précis : la qualité d’investisseur non averti, la nature exacte de l’offre et l’heure à laquelle l’offre d’investissement ou la manifestation d’intérêt a été émise. Lorsque le délai de réflexion précontractuel n’est pas expiré, le retrait peut être exercé sans justification ni pénalité. Lorsqu’il est terminé, le redressement judiciaire ne fait pas renaître automatiquement un droit général de rétractation.
Il faut donc distinguer le délai de réflexion prévu par l’article 22 du règlement (UE) 2020/1503, la poursuite éventuelle du contrat, le sort des fonds placés auprès d’un prestataire de paiement et les droits à faire valoir contre la plateforme ou contre la société qui porte le projet. Cette distinction est déterminante pour ne pas envoyer une demande au mauvais interlocuteur ou laisser passer un délai de procédure collective. La présente analyse vise la situation révélée par Tudigo en août 2026, tout en rappelant que la fiche d’informations clés sur l’investissement, le bulletin signé et les dernières communications de la plateforme doivent être conservés et relus. Elle s’inscrit dans le cadre plus large du droit des affaires et des entreprises en difficulté.
I. Tudigo en redressement judiciaire : quand le délai de 4 jours permet-il de se rétracter ?
A. Qui peut exercer le délai de réflexion de 4 jours et à partir de quand court-il ?
Le premier réflexe consiste à ne pas employer indistinctement les expressions « délai de rétractation », « annulation de l’investissement » et « remboursement ». Le texte européen parle d’un délai de réflexion précontractuel. Il protège l’investisseur potentiel non averti au moment où celui-ci formule une offre d’investissement ou manifeste son intérêt pour une offre de financement participatif. L’objectif est de lui laisser un temps très court pour revenir sur son engagement avant que celui-ci ne devienne irrévocable selon les documents de l’opération.
L’article 22 du règlement (UE) 2020/1503 encadre cette protection. Son paragraphe 2 impose au prestataire de prévoir un délai pendant lequel l’investisseur potentiel non averti peut retirer son offre ou sa manifestation d’intérêt « sans justification et sans encourir de pénalité ». Le paragraphe 3 précise que le délai commence lorsque l’offre ou la manifestation d’intérêt est émise et qu’il « expire après quatre jours calendaires ». Les samedis, dimanches et jours fériés ne sont donc pas écartés par principe. Il faut partir du moment enregistré par la plateforme, et non d’une approximation fondée sur la date du relevé bancaire.
Cette règle ne s’applique pas à n’importe quel paiement réalisé sur internet. Elle concerne une offre de financement participatif entrant dans le champ du règlement européen et un investisseur relevant de la catégorie non avertie. Le statut n’est pas une simple formule commerciale. Le parcours d’entrée, les réponses au questionnaire, la capacité financière déclarée, l’expérience en matière d’instruments financiers et les informations données lors de la souscription peuvent devenir utiles pour établir la qualification retenue par la plateforme. Un investisseur qui a été classé averti ne doit pas supposer que le délai de quatre jours lui est automatiquement ouvert dans les mêmes conditions ; il doit relire les documents contractuels et le parcours de souscription.
Le statut de Tudigo doit aussi être distingué de la situation de la société qui a émis les titres ou qui doit rembourser un prêt. L’Autorité des marchés financiers répertorie Tudigo comme prestataire de services de financement participatif, sous le numéro d’agrément FP-2023-39, accordé le 24 novembre 2023 pour le placement sans engagement ferme de valeurs mobilières et la réception-transmission d’ordres. La fiche institutionnelle de l’AMF peut être consultée dans le document officiel consacré à Tudigo. Cette autorisation encadre l’activité de la plateforme ; elle ne transforme pas chaque opération en placement garanti et ne garantit ni le capital ni le rendement.
Le calcul doit être fait à partir de l’évènement juridiquement pertinent. Il peut s’agir de la validation d’une offre d’investissement, de la signature électronique d’un bulletin ou de la manifestation d’intérêt enregistrée dans l’espace personnel. Pour une offre donnée, l’investisseur doit rechercher :
- la date et l’heure affichées dans l’espace investisseur ;
- le courriel confirmant la réception de l’offre ou du bulletin ;
- la version de la fiche d’informations clés sur l’investissement et des conditions générales ;
- la mention indiquant que le délai de réflexion a commencé ;
- la qualification « non averti » retenue lors du parcours ;
- la règle de clôture de l’offre et l’identité de l’émetteur des titres ou du véhicule d’investissement.
Un exemple permet de comprendre le risque d’une erreur de date. Un investisseur valide une offre un mardi à 18 h 20. Le délai ne se calcule pas en quatre jours ouvrés et ne commence pas au moment où la plateforme répond à son courriel. La durée se décompte à partir de l’évènement enregistré, pendant quatre jours calendaires. Si la demande de retrait est envoyée le samedi ou le dimanche, elle doit être reçue et tracée par le canal prévu avant l’expiration déterminée à partir de cette heure. En cas de doute sur le point de départ, il faut envoyer immédiatement la demande par toutes les modalités prévues par les documents, puis demander une confirmation de l’heure de prise en compte.
Le règlement impose par ailleurs une exigence pratique importante. Les modalités de retrait doivent « comprendre au moins les mêmes modalités » que celles utilisées pour faire l’offre ou exprimer l’intérêt. Si la souscription a été réalisée dans un espace sécurisé avec une fonction d’annulation, cette fonction doit être examinée en premier. Si la plateforme prévoit un courriel ou un formulaire, l’investisseur doit l’utiliser en complément d’un message adressé depuis son compte. Un appel téléphonique peut alerter le service client, mais il ne remplace pas nécessairement une notification écrite permettant de prouver le contenu et l’heure de la demande.
Le prestataire doit également donner une information préalable claire sur l’existence, la durée et les modalités du délai, puis confirmer après réception de l’offre que le délai a commencé. Cette obligation explique l’intérêt de conserver les captures d’écran et les messages automatiques. Une page qui ne mentionnerait pas le délai, une information contradictoire ou une impossibilité technique d’utiliser le même canal peuvent constituer des éléments utiles dans une réclamation. Ils ne prouvent pas, à eux seuls, que l’investissement doit être annulé, mais ils permettent de discuter la date, l’information reçue et la réalité de l’exercice du droit.
Il faut enfin distinguer le délai de quatre jours d’un droit de rétractation de quatorze jours souvent associé aux contrats conclus à distance. Un investissement en actions ou en obligations n’est pas traité comme un achat courant de biens de consommation. L’existence d’un autre droit dépend de l’instrument, du statut du souscripteur, du contrat et des exclusions applicables aux services financiers. Employer le délai européen spécifique est plus sûr que de copier mécaniquement un formulaire de rétractation issu du droit de la consommation.
B. Le redressement judiciaire crée-t-il un nouveau droit de rétractation ?
La procédure ouverte à l’encontre de Tudigo concerne d’abord la plateforme en tant que personne morale débitrice. Le premier article du titre du Code de commerce consacré au redressement judiciaire, l’article L. 631-1, rattache cette procédure à la cessation des paiements et indique que celle-ci est destinée à la poursuite de l’activité, au maintien de l’emploi et à l’apurement du passif. Le texte décrit une procédure collective ; il ne crée pas, par lui-même, une faculté d’annulation de toutes les opérations conclues avec le débiteur.
La distinction est particulièrement importante pour une opération de financement participatif. La plateforme peut intervenir pour présenter l’offre, recueillir l’ordre, organiser le suivi et transmettre les informations. La société financée peut être une autre personne morale, et un véhicule peut être interposé entre elle et les investisseurs. Dans la communication officielle relative au projet ALL IN ONE, mise à jour le 14 août 2026, Tudigo indique que la procédure concerne Tudigo comme opérateur. La même page présente TWININ GROUP comme société émettrice et TUDI HOLDING 172 comme véhicule d’investissement. Elle indique aussi que les fonds déjà versés pour cette offre sont ségrégués sur un compte du véhicule ouvert auprès de Lemonway. Ces indications doivent être comparées au bulletin de chaque investisseur : elles ne permettent pas de conclure que tous les projets de la plateforme ont le même émetteur ou le même circuit de paiement.
La réponse publiée par Tudigo sur le projet ALL IN ONE est explicite : le redressement judiciaire « n’ouvre pas de droit de rétractation additionnel ». Selon cette même information, l’investisseur non averti dispose du délai de réflexion de quatre jours calendaires suivant la signature du bulletin et peut retirer son offre sans justification ni pénalité pendant ce délai. Passé celui-ci, la souscription n’est plus révocable avant la clôture de l’offre, sauf hypothèse de modification substantielle prévue par les documents. Cette communication est une information spécifique à l’offre décrite ; elle ne dispense pas de vérifier le texte signé ni le statut de l’investisseur.
Le droit des procédures collectives confirme qu’une ouverture ne fait pas disparaître instantanément tous les contrats. L’article L. 631-14 du Code de commerce rend applicables au redressement judiciaire plusieurs dispositions du régime de sauvegarde, dont les articles L. 622-13 à L. 622-33. L’article L. 622-13 prévoit notamment qu’aucune résiliation ou résolution d’un contrat en cours ne peut résulter du seul fait de l’ouverture de la procédure ; il ajoute que le défaut d’exécution d’engagements antérieurs « n’ouvre droit au profit des créanciers qu’à déclaration au passif ». La règle concerne la poursuite des contrats et les créances qui en découlent. Elle ne prolonge pas le délai de réflexion précontractuel de l’article 22.
Il faut donc raisonner en deux temps. Si l’offre n’est pas encore devenue irrévocable et que le délai de quatre jours n’est pas expiré, la demande de retrait doit être envoyée sans attendre, même si la plateforme fait l’objet d’un redressement. Si le délai est terminé, l’investisseur doit identifier le droit qu’il invoque : inexécution d’une obligation d’information, défaut de suivi, erreur dans le traitement de l’ordre, non-restitution de fonds, violation des conditions de l’offre ou préjudice lié à la société financée. Ces fondements peuvent être discutés, mais ils ne se confondent pas avec une nouvelle rétractation automatique.
La période d’observation peut conduire à une poursuite de l’activité, à une reprise totale ou partielle ou, si le redressement est manifestement impossible, à une liquidation. L’article L. 631-15 du Code de commerce permet au tribunal de prononcer la liquidation au cours de la période d’observation lorsque le redressement est manifestement impossible. Cette éventualité renforce l’urgence documentaire, mais elle ne transforme pas la date de la liquidation en point de départ du délai de quatre jours. Le droit de retrait se rattache à l’offre d’investissement ; le droit de déclarer une créance se rattache à la procédure collective et à la nature de la dette.
La même prudence vaut pour les fonds déposés auprès de Lemonway ou d’un autre prestataire de paiement. La séparation comptable ou contractuelle des fonds peut être un élément majeur pour déterminer qui les détient et à quelle opération ils se rattachent. Elle n’est toutefois pas une assurance contre tous les risques. Il faut vérifier si les sommes sont encore dans un portefeuille électronique, si elles ont été transférées au véhicule ou à l’émetteur, si elles correspondent à une souscription finalisée, et si des frais ont été prélevés. Une demande de remboursement doit reprendre ces distinctions au lieu de demander globalement « le remboursement de mon investissement Tudigo ».
II. Que faire après les 4 jours : investir, réclamer ou contester malgré le redressement judiciaire ?
A. Quelles démarches faire immédiatement pour sécuriser son investissement ?
La première démarche est une opération de preuve. L’investisseur doit créer un dossier chronologique daté, conservé hors de l’espace Tudigo, comprenant le nom du projet, l’émetteur, le véhicule, la nature des titres ou du prêt, le montant, la date de souscription, l’heure de validation, le montant effectivement débité et le solde du portefeuille électronique. Il faut y joindre la fiche d’informations clés sur l’investissement, le bulletin signé, les conditions générales, les annexes, les courriels et les captures de l’espace personnel. Une capture seule peut être insuffisante si elle ne montre pas l’adresse du compte, la date ou l’identité de l’offre ; un export PDF ou un message original apporte une meilleure traçabilité.
La deuxième démarche est de qualifier l’opération. Une souscription d’actions donne une position d’associé ou d’actionnaire dans l’émetteur, sous réserve des modalités du véhicule. Une obligation ou un prêt crée en principe une prétention au remboursement et aux intérêts selon le contrat. Des frais d’entrée, une somme restée dans un wallet ou une prestation de suivi peuvent relever d’un rapport différent avec la plateforme. Cette qualification commande l’interlocuteur, le montant à réclamer et la procédure à suivre. La page internet de Tudigo ne remplace pas le bulletin et la FICI : le nom commercial du projet ne suffit pas à identifier le débiteur juridique.
La troisième démarche concerne le délai de réflexion lui-même. L’investisseur non averti dont la période de quatre jours court encore doit utiliser le canal de retrait indiqué dans son espace et dans les documents, puis envoyer un courriel de confirmation. Le message doit comporter, sans ambiguïté :
- l’identité du souscripteur et l’adresse du compte ;
- le nom exact de l’offre et, s’il existe, son identifiant ;
- la date et l’heure de l’offre ou de la signature du bulletin ;
- la mention expresse du retrait de l’offre d’investissement au titre du délai de réflexion précontractuel ;
- la demande de confirmation de la prise en compte et de restitution des sommes, frais compris lorsqu’ils ont été prélevés ;
- la demande d’indication du compte sur lequel les fonds seront reversés et du délai annoncé.
La formule doit éviter de présenter une simple inquiétude comme une annulation. « Je demande le retrait de mon offre d’investissement dans le délai de réflexion prévu par l’article 22 du règlement (UE) 2020/1503 » est plus précise que « je refuse le redressement judiciaire » ou « je résilie mon investissement ». L’investisseur doit conserver le message envoyé, les accusés de réception, l’identifiant du ticket et la réponse de la plateforme. Si une interface permet de télécharger un reçu, ce fichier doit être sauvegardé immédiatement.
Si le délai est expiré, une demande peut néanmoins être nécessaire, mais son objet doit être différent. Il peut s’agir de demander la confirmation de la situation de l’offre, la poursuite du suivi, l’identité du nouvel interlocuteur, l’état des fonds, les dates de clôture ou de transfert, les documents du projet et les voies de réclamation. Une contestation fondée sur une information trompeuse ou une anomalie de traitement doit décrire les faits, la pièce concernée et le préjudice recherché. Elle ne doit pas promettre un remboursement automatique si la souscription est devenue ferme.
La quatrième démarche est la réclamation écrite. Dans un communiqué du 12 mars 2026 consacré au financement participatif, l’AMF a rappelé que les PSFP doivent disposer d’un dispositif accessible, gratuit, clair et traçable. Elle indique qu’un accusé de réception doit être adressé dans un délai maximal de dix jours ouvrables et qu’une réponse motivée doit intervenir dans un délai raisonnable ne dépassant pas deux mois, sauf circonstances particulières justifiées. Le communiqué peut être consulté sur le site de l’Autorité des marchés financiers. Ces délais organisent le traitement de la réclamation ; ils ne suspendent pas automatiquement les délais de la procédure collective.
Une réclamation efficace reprend une chronologie courte, une demande principale et une demande subsidiaire. Par exemple : prise en compte du retrait si le délai courait encore ; à défaut, confirmation de la date à laquelle l’offre est devenue ferme, du lieu de conservation des fonds, de l’émetteur et de la procédure de suivi. Il faut joindre les pièces utiles, en masquant les données qui ne sont pas nécessaires, et demander que l’ensemble soit enregistré comme une réclamation. Une réponse commerciale générale sur les risques du crowdfunding ne répond pas nécessairement à une question de date, de canal de retrait ou de solde de wallet.
À défaut de réponse satisfaisante, l’investisseur peut examiner la médiation compétente. L’AMF rappelle la nécessité d’une réclamation préalable et la possibilité de saisir son médiateur après deux mois sans réponse ou en cas de réponse insatisfaisante, sous réserve de la recevabilité du dossier. La médiation n’est pas une déclaration de créance et ne remplace pas une action judiciaire. Elle ne doit donc pas conduire à attendre la fin de la procédure collective pour consulter le jugement d’ouverture, le nom du mandataire et la date de publication au BODACC.
Le contrôle de la plateforme doit aussi être complété par une vérification du projet. Le redressement de Tudigo ne signifie pas nécessairement que l’émetteur de l’offre est lui-même en cessation des paiements. Inversement, la présence des fonds dans un véhicule ne prouve pas que le projet est solvable. L’investisseur doit rechercher les comptes rendus, les rapports, les convocations, les notifications de défaut, les échéanciers et les décisions de l’émetteur. Lorsque plusieurs projets sont concernés, il faut créer une fiche par investissement. Une réclamation ou une déclaration globale qui mélange cinq émetteurs et trois types d’instruments rend le dossier plus difficile à instruire.
Le risque de mauvaise qualification est élevé dans les offres présentées comme des participations au capital. Une action ne donne pas automatiquement droit au remboursement du prix d’acquisition parce que sa valeur baisse ou parce que la plateforme change d’organisation. La contestation peut porter sur le consentement, l’information, la validité de l’opération, une faute propre ou une obligation de restitution, mais elle doit être établie sur les documents et les faits. Pour une obligation ou un prêt, le montant du principal, les intérêts échus, les sûretés et les événements de défaut doivent être calculés séparément. Cette séparation est indispensable avant de remplir un formulaire de créance.
B. Quand déclarer une créance et agir contre Tudigo ou un tiers ?
La déclaration de créance intervient lorsque l’investisseur dispose d’une créance contre la société soumise à la procédure. Le débiteur doit être identifié avec précision. Une somme due par Tudigo au titre de frais non utilisés, d’un solde restituable ou d’une responsabilité propre ne se confond pas avec une créance de remboursement due par l’émetteur d’une obligation. Une perte sur des actions peut relever d’une analyse d’associé et de responsabilité, sans devenir automatiquement une créance chirographaire contre la plateforme. Le formulaire doit reprendre l’entité dont le patrimoine est censé répondre de la dette.
L’article L. 622-24 du Code de commerce, applicable au redressement par l’effet de l’article L. 631-14, prévoit qu’à partir de la publication du jugement les créanciers dont la créance est née antérieurement adressent leur déclaration au mandataire judiciaire dans les délais fixés par décret. Le texte utilise notamment la formule « adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire ». La déclaration peut être faite par le créancier, un préposé ou un mandataire. Elle doit exposer l’origine, le montant, les intérêts, les accessoires et les justificatifs de la créance, même lorsque le montant définitif reste à évaluer.
Le délai ordinaire est précisé par l’article R. 622-24 du Code de commerce : il est de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales. Le texte prévoit une augmentation de deux mois pour certains créanciers qui ne demeurent pas sur le territoire de la France métropolitaine. Le point de départ ne se déduit pas de la seule date annoncée dans un article de presse ou dans un courriel de la plateforme. Il faut retrouver la publication officielle du jugement, vérifier l’identité du mandataire et calculer la date limite à partir de cette publication.
La déclaration doit comporter une présentation exploitable. Pour un investisseur obligataire, le dossier peut comprendre le bulletin, le contrat d’émission ou la documentation de l’offre, le montant souscrit, le principal restant dû, les intérêts contractuels échus et le relevé des paiements reçus. Pour une demande de restitution dirigée contre la plateforme, il faut joindre la preuve du versement, la demande de retrait ou de remboursement, le solde du wallet, les frais prélevés et la réponse reçue. Une créance éventuelle doit être évaluée avec une explication du calcul ; il vaut mieux déclarer un montant provisoire argumenté que laisser le délai s’écouler faute de chiffre définitif.
La sanction de l’inaction est sérieuse. L’article L. 622-26 du Code de commerce prévoit qu’à défaut de déclaration dans les délais, les créanciers ne sont pas admis aux répartitions et dividendes, sauf relevé de forclusion sous conditions. Il précise que les créances non déclarées régulièrement peuvent devenir inopposables et que l’action en relevé de forclusion ne peut être exercée que dans un délai de six mois, avec des règles particulières lorsque le créancier était dans l’impossibilité de connaître son obligation. Cette possibilité de rattrapage ne doit pas être traitée comme un délai supplémentaire normal.
La procédure collective limite aussi certaines actions individuelles. L’article L. 622-21 du Code de commerce dispose que le jugement d’ouverture interrompt ou interdit les actions tendant à la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ou à la résolution d’un contrat pour défaut de paiement. Il ne signifie pas que toute action contre tout tiers est impossible, ni que toute demande de constat ou de fixation de créance disparaît. Il impose de distinguer l’action contre Tudigo, l’action contre l’émetteur, la déclaration au passif et l’action éventuelle contre une banque, un prestataire de paiement ou un autre intervenant.
La Cour de cassation a récemment rappelé la limite des actions individuelles qui recouvrent une fraction du préjudice collectif. Dans l’arrêt publié au bulletin du 10 juin 2026, chambre commerciale, financière et économique, pourvois nos 24-18.425 à 24-18.437, la Cour de cassation énonce : « Relèvent ainsi du monopole du liquidateur les actions tendant à la protection et à la reconstitution du gage commun des créanciers. » La décision concernait les investisseurs d’Aristophil qui recherchaient la responsabilité de banques ; elle ne tranche pas le dossier Tudigo. Elle donne cependant un avertissement utile : demander personnellement le remboursement de la même perte en capital que celle déclarée au passif peut se heurter à la règle de représentation de l’intérêt collectif.
La déclaration au passif est elle-même un acte juridique formel. Dans un arrêt du 14 septembre 2022, chambre commerciale, n° 21-12.518, la Cour de cassation rappelle que la déclaration de créance au passif du redressement judiciaire équivaut à une demande en justice. Elle vérifie donc la qualité du déclarant, le pouvoir du mandataire et la cohérence des pièces. Pour une société qui a investi par l’intermédiaire de son dirigeant ou d’un conseil, cette question peut devenir décisive. Dans un arrêt antérieur du 26 janvier 2016, n° 14-23.388, la Cour a également indiqué que « la déclaration de créance s’analyse en une demande en justice » et examiné la chaîne de délégations de pouvoir. Les personnes morales doivent conserver la résolution, la délégation et la preuve de l’envoi.
La poursuite des contrats et le paiement des créances nées pendant la période d’observation obéissent à un régime différent. L’article L. 622-17 du Code de commerce prévoit que les créances nées régulièrement après le jugement pour les besoins du déroulement de la procédure, de la période d’observation ou en contrepartie d’une prestation fournie au débiteur sont payées à leur échéance. Cette priorité ne transforme pas une souscription ancienne en créance postérieure privilégiée. Il faut dater l’obligation, identifier la prestation et vérifier si elle concerne réellement le fonctionnement de la procédure.
Le contrat d’investissement peut aussi contenir des clauses de suivi, de transfert, de représentation des investisseurs ou de gestion extinctive. L’ouverture du redressement peut modifier l’interlocuteur sans supprimer les droits attachés aux titres. Si l’administrateur ou un repreneur est autorisé à poursuivre une activité, les demandes doivent être adressées au canal indiqué par les organes de la procédure. Si une liquidation est prononcée, l’organisation du suivi et les modalités de déclaration peuvent changer. Les investisseurs doivent donc répondre aux convocations, actualiser leur adresse et conserver les attestations de souscription même lorsque la plateforme promet une continuité opérationnelle.
Une action contre Tudigo ou contre un tiers doit enfin être bâtie autour d’un préjudice personnel et d’une faute identifiable. Les éléments à rechercher peuvent être une information absente ou inexacte sur le statut de l’offre, une mauvaise gestion d’une demande de retrait exercée à temps, une confusion sur l’émetteur, une utilisation irrégulière des fonds, un manquement au traitement d’une réclamation ou une rupture de suivi ayant causé une perte distincte. Une simple perte liée au risque économique du projet ne suffit pas à établir la responsabilité de la plateforme. La fiche d’informations clés, les avertissements de risque et les échanges antérieurs doivent être lus avec les faits précis de l’opération.
Une stratégie prudente peut donc suivre cet ordre :
- figer les preuves et calculer le délai de quatre jours à partir de l’heure enregistrée ;
- exercer immédiatement le retrait par le canal prévu si le délai est encore ouvert ;
- qualifier séparément l’action, l’obligation, le prêt, le wallet, les frais et la créance éventuelle ;
- identifier l’émetteur, le véhicule, Tudigo et le mandataire judiciaire comme intervenants distincts ;
- envoyer une réclamation écrite traçable sans attendre une réponse téléphonique ;
- relever la date de publication du jugement au BODACC et préparer la déclaration au passif lorsque son objet est une créance contre Tudigo ;
- faire vérifier toute action contre un tiers afin d’éviter qu’elle ne reconstitue seulement une fraction du gage commun des créanciers.
Cette méthode permet de répondre à la question urgente sans confondre les procédures. Le délai de réflexion protège une décision d’investissement avant sa finalisation. La réclamation documente le comportement de la plateforme. La déclaration de créance préserve une prétention contre le débiteur soumis à la procédure. L’action en responsabilité recherche une faute et un dommage selon les règles de recevabilité. Ces démarches peuvent se compléter, mais aucune ne remplace les autres.
Conclusion
Pour un investisseur non averti, le délai de quatre jours calendaires reste la voie la plus directe pour retirer une offre d’investissement Tudigo, à condition de démontrer que le délai n’était pas expiré et que la demande a été envoyée par un canal permettant d’en établir l’heure. Le redressement judiciaire ouvert le 5 août 2026 ne crée pas un nouveau délai de rétractation. Après les quatre jours, le dossier doit être réorienté vers la qualification exacte de l’investissement, la réclamation, la restitution éventuelle d’un solde, la déclaration de créance ou une action en responsabilité.
L’urgence ne justifie pas une demande imprécise. Il faut distinguer Tudigo de l’émetteur, la plateforme du véhicule, les actions des obligations, les fonds ségrégués d’une garantie et la perte collective d’un préjudice personnel. Les documents de souscription, les horodatages, la publication BODACC et les échanges avec la plateforme forment le socle du dossier. La vérification de ces pièces avant toute démarche contentieuse évite de laisser expirer un délai tout en permettant de choisir le recours adapté.
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