Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tudigo en redressement judiciaire : quand la plateforme peut-elle répondre des pertes d’un investisseur ?

Le redressement judiciaire de Tudigo, ouvert le 5 août 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux, inquiète les investisseurs qui voient un remboursement retardé, une information disparaître ou un projet financé entrer lui-même en difficulté. La procédure collective concerne d’abord la société qui exploitait la plateforme. Elle ne transforme pas automatiquement Tudigo en garante des titres, des obligations ou des prêts souscrits auprès des sociétés porteuses de projets. Elle ne fait pas disparaître non plus les obligations propres d’une plateforme de financement participatif.

La question utile n’est donc pas seulement de savoir si l’investissement a perdu de la valeur. Il faut rechercher si Tudigo a manqué à une obligation qui lui appartenait : présentation trompeuse, sélection insuffisante, contrôle incomplet du dossier, conflit d’intérêts, absence d’information déterminante, défaut de suivi ou mauvaise exécution d’un mandat de recouvrement. La perte du projet et la faute de la plateforme sont deux faits différents. Leur rapprochement exige des pièces, une chronologie et une analyse du rôle exact de chaque intervenant.

Le communiqué diffusé par Tudigo indique que l’ouverture de la procédure « ne remet pas en cause, par elle-même, les droits attachés aux titres ou créances détenus par les investisseurs », tout en signalant des conséquences possibles sur les délais, les interlocuteurs et le suivi. Cette position ne tranche pas la responsabilité civile. Un investisseur doit préserver ses droits dans la procédure collective et examiner séparément une éventuelle action contre Tudigo, la société financée, un véhicule d’investissement, un dirigeant ou un autre intermédiaire.

I. Tudigo en redressement judiciaire : quelles obligations propres de la plateforme peuvent engager sa responsabilité ?

A. Pourquoi l’agrément PSFP ne garantit pas le remboursement mais crée un cadre contrôlable

Le premier réflexe consiste à identifier le débiteur auquel l’investisseur a réellement remis son argent. Dans une opération en actions ou en obligations, la somme est généralement destinée à une société émettrice ou à un véhicule qui porte le projet. Dans une opération de prêt, le porteur de projet est le débiteur du remboursement. Tudigo organise la présentation, la souscription, la circulation de l’information, parfois le mandat de représentation et le suivi des échéances. Cette fonction d’intermédiaire n’est pas identique à celle de l’émetteur.

La page de la liste blanche de l’Autorité des marchés financiers consacrée à Tudigo mentionne un agrément PSFP sous le numéro FP-2023-39. Le statut de prestataire de services de financement participatif est important pour déterminer les textes applicables, mais il ne constitue pas une assurance contre le défaut du projet. L’investisseur conserve le risque économique de l’opération qu’il a choisie. Un projet peut échouer alors que la plateforme a correctement rempli ses obligations. À l’inverse, un agrément ne couvre pas un manquement propre commis pendant la sélection, la commercialisation ou le suivi.

L’article L. 547-1 du code monétaire et financier rattache les prestataires français à la définition européenne et prévoit leur agrément par l’AMF. Le texte dit notamment : « Les prestataires de services de financement participatif sont les personnes morales définies au e) du paragraphe 1 de l’article 2 du règlement (UE) n° 2020/1503 du 7 octobre 2020. » Il donne aussi à l’AMF une mission de surveillance et organise la période de retrait d’agrément. Cette surveillance administrative n’a pas pour effet de liquider à la place du juge une demande individuelle de dommages et intérêts.

Le règlement (UE) 2020/1503 doit être lu avec les documents de l’offre et les conditions contractuelles applicables à la date de la souscription. Il encadre les services de financement participatif, la conduite professionnelle, l’évaluation du risque de crédit pour les offres de prêt, la diligence raisonnable, les conflits d’intérêts, la procédure de réclamation et la fiche d’informations clés sur l’investissement. Une offre ancienne peut toutefois relever d’un régime antérieur ou d’une qualification différente. La date de l’offre, la nature du produit et le statut de Tudigo au jour des faits doivent donc être établis avant toute conclusion.

La séparation des fonds doit également être distinguée de la réparation d’un préjudice. Dans cette communication du 14 août 2026, Tudigo affirme que les sommes déjà affectées à une souscription ont été distribuées aux sociétés porteuses et que les fonds en attente de reversement sont conservés sur des comptes ségrégués auprès du prestataire de paiement Lemonway. Le même document précise que les reversements peuvent être retardés par le contrôle de l’administrateur judiciaire. Cette information peut aider à localiser un flux, mais elle ne répond pas à une question de défaut d’information lors de l’investissement. Elle ne prouve pas davantage que tous les dossiers ont été traités de manière identique.

La qualification de l’intervenant change aussi le raisonnement. Pour une activité relevant de l’intermédiation ancienne, l’article L. 548-1 du code monétaire et financier décrit la mise en relation par internet entre le porteur d’un projet et les personnes qui le financent. Il précise ensuite : « Toute information fournie par le porteur de projet erronée ou susceptible d’induire l’intermédiaire en financement participatif en erreur engage la responsabilité du porteur de projet. » Cette phrase rappelle la responsabilité première du porteur pour ses propres informations. Elle n’exonère pas la plateforme si elle a repris, amplifié ou maintenu une présentation qu’elle savait fausse, incomplète ou incompatible avec les contrôles auxquels elle était tenue.

Le contrat signé avec l’investisseur peut ajouter des obligations. Il faut vérifier si Tudigo agissait comme simple opérateur de mise en relation, comme mandataire chargé de recouvrer les échéances, comme représentant de la masse obligataire, ou selon plusieurs fonctions cumulées. Un mandat de recouvrement crée une question différente de la seule publication d’une fiche projet. La plateforme peut devoir mettre en demeure, appeler une caution, déclarer une créance, saisir une juridiction ou rendre compte des démarches prévues. Une clause générale rappelant les risques du crowdfunding ne neutralise pas automatiquement une obligation précise de diligence.

Le redressement judiciaire ne modifie pas cette architecture. Le premier article du titre consacré au redressement judiciaire, l’article L. 631-1 du code de commerce, décrit la procédure ouverte lorsque le débiteur ne peut plus faire face au passif exigible avec son actif disponible et se trouve en cessation des paiements. La procédure vise la société Tudigo et son patrimoine propre. Elle n’efface pas le contrat d’investissement conclu avec une autre société, ni les obligations d’un émetteur qui serait lui-même en défaut. Elle impose en revanche une discipline procédurale à toute demande dirigée contre Tudigo.

Le jugement d’ouverture ne crée donc ni une garantie de remboursement, ni une immunité générale. Il impose de travailler sur deux voies en parallèle : la voie collective pour préserver la créance contre Tudigo et la voie de responsabilité pour établir, si les faits le permettent, un manquement distinct de la simple perte du projet. Attendre que la procédure révèle toute la situation sans sauvegarder les délais peut faire perdre une chance procédurale qui ne dépend pas du bien-fondé final de la demande.

B. Défaut de sélection, d’information ou de gestion : quels manquements faut-il caractériser ?

Un dossier de responsabilité doit partir d’une obligation identifiée, et non d’un résultat décevant. Le règlement européen impose notamment une information correcte et compréhensible sur le prestataire, les coûts, les risques, les critères de sélection et les conditions de l’offre. Pour un prêt, l’évaluation du risque de crédit doit être raisonnable au regard des informations disponibles. Pour une offre en titres, la fiche d’informations clés doit donner au souscripteur une présentation qui ne masque pas les éléments déterminants du risque. Le travail porte sur ce que Tudigo devait faire à la date de la campagne, pas sur ce que l’on sait seulement après l’échec.

Quatre familles de manquements doivent être séparées.

  • L’information précontractuelle. Un rendement présenté comme probable, une garantie décrite sans ses exclusions, une assurance annoncée sans préciser le risque réellement couvert, un niveau de sécurité incompatible avec les documents financiers ou une omission concernant une difficulté déjà connue peuvent orienter le consentement de l’investisseur.
  • La sélection et la diligence. Une plateforme ne promet pas de choisir uniquement des projets gagnants. Elle doit cependant pouvoir expliquer les contrôles annoncés, les informations reçues, les comptes examinés, les alertes relevées et la manière dont une incohérence a été traitée.
  • Les conflits d’intérêts. Une rémunération, une relation avec le porteur, une participation indirecte, un avantage accordé à un projet ou une présentation commerciale privilégiée doivent être examinés si ces éléments ont influencé la décision de souscrire.
  • Le suivi et le recouvrement. Lorsque Tudigo avait promis un suivi périodique, une information sur les impayés, une action contre une caution ou une représentation des investisseurs, l’absence de diligences après le premier incident peut constituer un manquement indépendant de la défaillance initiale.

Les articles 4, 5, 7, 8, 19 et 23 du règlement (UE) 2020/1503 structurent cette analyse pour les offres relevant du statut PSFP. Ils portent respectivement sur l’évaluation du risque, la diligence raisonnable, les réclamations, les conflits, les communications et la fiche d’informations clés. L’article 23 est particulièrement utile lorsque la fiche d’investissement est incomplète ou trompeuse : le porteur reste responsable de l’information qu’il fournit, tandis que la plateforme doit contrôler la complétude, la clarté et l’exactitude du document dans le cadre qui lui est imposé. Il faut comparer la fiche, la page de campagne, les courriels et les modifications intervenues pendant la collecte.

Pour un investisseur qui agissait en dehors d’une activité professionnelle, le code de la consommation, notamment ses articles L. 121-1 à L. 121-4, peut compléter le dossier. L’article L. 121-1 dispose : « Les pratiques commerciales déloyales sont interdites. » Il vise une pratique contraire aux exigences de la diligence professionnelle qui altère, ou peut altérer substantiellement, le comportement économique d’un consommateur normalement informé et raisonnablement attentif. L’article L. 121-2 vise ensuite les allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur sur les caractéristiques essentielles du service, les résultats attendus, l’identité du professionnel ou les conditions de l’opération.

Ce régime ne doit pas être appliqué mécaniquement à tous les investisseurs. Un professionnel qui investit pour les besoins de son activité peut relever d’une analyse commerciale et contractuelle différente. La qualité du souscripteur, le montant investi, l’existence d’un conseil indépendant et l’usage du compte doivent être conservés dans le dossier. Une même présentation peut être appréciée différemment selon le public auquel elle était destinée et selon la relation contractuelle nouée avec la plateforme.

La simple mention d’un risque ne règle pas tout. Un avertissement standard sur la possibilité de perdre le capital peut coexister avec une présentation positive qui minimise un défaut connu. Le juge confrontera la visibilité, la précision et la cohérence des avertissements avec les messages commerciaux. Une plateforme ne peut pas, d’un côté, mettre en avant une sélection rigoureuse ou une garantie et, de l’autre, opposer une clause générale qui laisserait l’investisseur supporter toutes les conséquences de la présentation.

Les conditions générales doivent être lues avec les fiches de chaque projet. Une clause qui exclut la responsabilité de Tudigo pour le défaut de l’émetteur peut avoir un effet sur le risque d’investissement, mais elle ne décide pas à l’avance d’une faute de sélection, d’une information trompeuse ou d’une mauvaise exécution d’un mandat. Les clauses relatives à la réclamation, à la médiation, à la représentation collective et au droit applicable doivent aussi être distinguées des clauses de rendement ou de garantie.

Une décision officielle illustre cette distinction. Dans le jugement du tribunal judiciaire de Nancy du 7 novembre 2024, RG n° 23/00362, relatif à la plateforme UnitUp, le demandeur reprochait notamment à l’intermédiaire la présentation de garanties, la gestion du recouvrement et l’information sur l’assurance. Le jugement rappelle que « Les plateformes ayant le statut d’intermédiaire de financement participatif sont soumis à plusieurs obligations spécifiques d’informations à l’égard des utilisateurs desdites plateformes, ainsi qu’à des règles de bonne pratique ». La décision est à lire avec les faits propres à UnitUp, mais elle montre qu’une perte sur des emprunteurs ne ferme pas, à elle seule, le débat sur la diligence de l’intermédiaire. Elle est disponible sur le site officiel de la Cour de cassation, sous le RG n° 23/00362.

Un autre dossier publié par la juridiction judiciaire, cour d’appel de Dijon, RG n° 21/00484, concerne la plateforme Crédit.fr et la récupération de sommes dues par des sociétés financées. Il permet de vérifier l’importance des mandats donnés par les prêteurs, de la qualification d’intermédiaire et des démarches de recouvrement effectivement accomplies. Cette référence n’est pas une décision sur Tudigo et ne permet pas de transposer une solution sans examen du contrat. Elle peut être consultée dans la base officielle des décisions de la Cour de cassation.

Le manquement devient juridiquement exploitable lorsqu’il est relié à un dommage et à une causalité. L’investisseur doit pouvoir soutenir, avec des pièces, qu’il n’aurait pas souscrit, qu’il aurait investi une somme différente ou qu’il aurait demandé une garantie différente si l’information exacte avait été donnée. Une irrégularité purement formelle sans influence sur la décision et sans préjudice démontré ne suffit pas nécessairement. Inversement, une présentation fausse qui a conduit à immobiliser une somme dans un projet manifestement incompatible avec les critères annoncés peut ouvrir un débat sérieux sur la perte de chance ou la perte financière.

II. Investisseur Tudigo : comment prouver la faute, agir contre le bon débiteur et préserver ses droits ?

A. Quelles preuves réunir et comment démontrer le lien causal avec la perte ?

La preuve commence avant toute mise en demeure. Il faut télécharger les documents encore accessibles, sauvegarder les pages de campagne, conserver les courriels et noter la date de chaque information. Une page qui disparaît ou qui est modifiée peut devenir la pièce centrale du litige. Les captures doivent montrer l’adresse, la date et, lorsque cela est possible, le fichier original ou le message qui a conduit à la souscription. Un investisseur ne doit pas se limiter au relevé bancaire : celui-ci prouve le paiement, mais pas ce qui a été promis.

Le dossier peut être organisé dans une chronologie simple : découverte de l’offre, échanges avec Tudigo, lecture de la fiche, souscription, réception des titres ou du contrat de prêt, premiers retards, alertes publiées, réclamations, réponses, déclaration éventuelle auprès d’un organe de procédure et montant restant dû. Chaque date doit être associée à une pièce et à une question. Par exemple : l’alerte sur la trésorerie existait-elle avant la souscription ? La plateforme a-t-elle modifié le niveau de risque après le versement ? Une caution était-elle réellement mobilisable ? Une assurance comportait-elle une exclusion qui contredisait la page de campagne ?

Les documents à rechercher sont les suivants :

  • bulletin de souscription, contrat de prêt, statuts ou conditions de l’émission, tableau d’échéances et preuve du versement ;
  • fiche d’informations clés sur l’investissement, fiche projet, présentation du porteur, prévisionnel, comptes communiqués et niveau de risque affiché ;
  • versions successives de la page internet, courriels promotionnels, messages de relance, webinaires, enregistrements ou documents transmis par un conseiller ;
  • conditions de l’assurance, garanties, caution personnelle, sûretés, pacte ou mandat confié à Tudigo pour la représentation et le recouvrement ;
  • relevés de compte, attestations de détention, preuves d’intérêts versés, impayés, remboursements partiels et frais supportés ;
  • réclamations adressées à la plateforme, accusés de réception, réponses, demandes de pièces, silence persistant et informations communiquées après le redressement judiciaire.

L’article 1353 du code civil fixe le principe de la charge de la preuve : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. » Le même article ajoute que celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de l’obligation. Dans un dossier Tudigo, cette règle commande de distinguer la preuve du capital investi, la preuve de l’impayé de l’émetteur, la preuve de l’engagement de Tudigo et la preuve du manquement qui aurait provoqué la perte.

La faute peut être contractuelle lorsque la plateforme n’a pas exécuté un service prévu au contrat, ou extracontractuelle lorsque le préjudice repose sur un comportement fautif distinct. L’article 1231-1 du code civil prévoit que le débiteur peut être condamné à des dommages et intérêts en raison de l’inexécution ou du retard dans l’exécution, sous réserve de la force majeure. L’article 1240 du code civil énonce, lui : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Le fondement dépendra du contrat, du statut de l’investisseur, de l’obligation invoquée et du dommage recherché.

Le lien causal mérite un raisonnement concret. Trois scénarios doivent être séparés. Dans le premier, l’émetteur était solvable et le remboursement aurait dû être effectué, mais Tudigo n’a pas appelé une garantie ou n’a pas engagé le recouvrement prévu. Le dommage peut correspondre au montant qui aurait pu être recouvré, à une perte de chance ou aux frais directement causés par le retard. Dans le deuxième, le projet était déjà voué à l’échec mais la plateforme a caché une information déterminante. Le débat porte sur le consentement à investir et sur la part de perte imputable à cette information. Dans le troisième, l’émetteur a simplement subi un aléa économique normalement annoncé. La perte existe, mais la faute de Tudigo n’est pas établie par le seul résultat.

La comparaison entre investisseurs peut aider sans remplacer l’analyse individuelle. Si plusieurs souscripteurs ont reçu une fiche identique, le même message commercial ou la même réponse sur une garantie, ces éléments peuvent révéler une pratique commune. Chaque investisseur doit cependant prouver sa propre souscription, son exposition, le produit concerné et son préjudice. Une action groupée de fait, une association d’investisseurs ou une représentation de masse ne dispense pas de cette vérification.

La nature du titre modifie aussi la preuve. Pour des obligations logées dans un véhicule, l’investisseur peut détenir une créance contre le véhicule et non directement contre l’entreprise opérationnelle. Pour des actions, il peut être associé d’une société ou d’un SPV sans disposer d’une créance de remboursement. Pour un prêt, le contrat peut prévoir un mandat de recouvrement donné à Tudigo. Les relevés de la plateforme doivent être rapprochés des statuts, du contrat d’émission, du registre des mouvements et des décisions de la collectivité des investisseurs.

La représentation de la masse obligataire appelle une prudence particulière. Les investisseurs doivent vérifier qui est le représentant de la masse, quelles décisions ont été votées, si un changement est soumis à l’approbation de la collectivité et si une action déjà engagée couvre la période et le projet concernés. Une démarche individuelle qui ignore cette représentation peut être irrecevable, redondante ou inutilement coûteuse. À l’inverse, la représentation collective ne règle pas forcément une faute personnelle de la plateforme dans l’information donnée à chaque souscripteur.

Le jugement UnitUp du RG n° 23/00362 fournit un point de méthode utile : il examine séparément le mandat de recouvrement, l’appel tardif d’une caution, les documents de l’offre et la présentation d’une assurance. Il ne suffit donc pas d’écrire « Tudigo a mal sélectionné le projet ». Il faut identifier le contrôle attendu, l’élément qui manquait, la date à laquelle il devait être connu, le message envoyé à l’investisseur et le montant qui en découle.

La demande peut porter sur le capital, les intérêts contractuels, les frais, une perte de chance, un préjudice lié à une immobilisation ou une demande de production de pièces. Le chiffrage doit rester cohérent avec le produit. Un actionnaire ne réclame pas mécaniquement le remboursement du nominal comme un prêteur. Un obligataire doit intégrer les versements reçus, les déclarations déjà faites, les sûretés et les sommes qui pourraient être recouvrées auprès de l’émetteur. Toute somme récupérée doit être signalée pour éviter une double indemnisation.

B. Quelles démarches lancer malgré le redressement judiciaire de Tudigo ?

La première démarche concerne la procédure collective. Le jugement d’ouverture de Tudigo a été annoncé pour le 5 août 2026, avec une cessation des paiements fixée au 31 juillet 2026 selon les informations de presse disponibles. Ces dates doivent être vérifiées sur l’avis BODACC et le jugement qui désignent le mandataire judiciaire, car le délai de déclaration court selon la publication et les mentions officielles de la procédure. Le site de Tudigo indique en outre une date limite d’offres de reprise au 14 septembre 2026 et une audience d’examen au 30 septembre 2026 : ces dates concernent la reprise, pas le délai personnel de déclaration de chaque créance.

La déclaration ne doit pas être limitée aux seuls remboursements déjà exigibles si la responsabilité de Tudigo est encore discutée. Une créance de dommages et intérêts peut être déclarée à titre provisionnel, conditionnel ou évalué lorsque son montant exact dépend d’une décision, d’un recouvrement ou d’une expertise. Le dossier doit préciser l’origine de la créance, l’événement générateur, les contrats concernés, le principal demandé, les intérêts, les paiements déjà reçus et la méthode de calcul. Une déclaration imprécise ne devient pas solide par le seul ajout d’une somme globale.

Les articles L. 622-24 et L. 622-25 du code de commerce organisent la déclaration des créances antérieures et le montant à retenir au jour du jugement d’ouverture. Le créancier doit joindre les justificatifs et indiquer les éléments permettant au mandataire de vérifier l’existence, le montant et le caractère exigible, futur ou conditionnel de la créance. Le règlement d’application, notamment l’article R. 622-24, fixe en principe un délai de deux mois à compter de la publication au BODACC, avec une règle particulière pour certains créanciers qui ne demeurent pas en France métropolitaine.

La déclaration a un effet conservatoire important. L’article L. 622-25-1 du code de commerce dispose mot pour mot : « La déclaration de créance interrompt la prescription jusqu’à la clôture de la procédure ; elle dispense de toute mise en demeure et vaut acte de poursuites. » Cela ne signifie pas que la responsabilité de Tudigo est reconnue. Cela signifie que le droit doit être présenté à la procédure selon les formes requises. En cas de doute sérieux sur le montant, une déclaration argumentée et documentée est préférable à l’inaction.

Le risque de forclusion est réel. L’article L. 622-26 du code de commerce prévoit qu’à défaut de déclaration dans les délais, les créanciers ne sont pas admis aux répartitions et dividendes, sauf relevé de forclusion dans les conditions qu’il énonce. La demande de relevé n’est pas une prolongation automatique. Elle suppose de démontrer une cause qui ne dépend pas du créancier ou une omission du débiteur dans la liste des créanciers. Il faut donc rechercher immédiatement l’avis BODACC, les organes désignés et le canal de déclaration.

La deuxième démarche consiste à choisir le bon défendeur. Une déclaration contre Tudigo ne remplace pas une déclaration contre la société financée si celle-ci est elle-même en procédure collective. Une action contre l’émetteur ne remplace pas une demande contre la plateforme si le grief porte sur l’information ou la sélection. Un véhicule d’investissement peut avoir une personnalité et un patrimoine propres. Un représentant de la masse peut être le seul interlocuteur pour une action attachée à l’emprunt, alors qu’une demande personnelle contre la plateforme obéit à une autre logique.

La troisième démarche consiste à qualifier l’objet de l’action. Le I de l’article L. 622-21 du code de commerce prévoit que le jugement d’ouverture « interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers dont la créance n’est pas mentionnée au I de l’article L. 622-17 et tendant : 1° A la condamnation du débiteur au paiement d’une somme d’argent ». Une assignation en paiement dirigée contre Tudigo ne peut donc pas être lancée comme si la procédure n’existait pas. Il faut vérifier la déclaration, la reprise de l’instance, la mise en cause des organes et le régime de la créance.

Les articles L. 622-20, L. 622-22 et L. 622-23 du même chapitre doivent être consultés avec le texte du jugement et la nature exacte de la prétention. Le mandataire agit dans l’intérêt collectif des créanciers. Une instance en cours peut être interrompue et reprendre pour fixer la créance, avec les organes de la procédure appelés à la cause. Une action tendant à faire reconnaître un manquement, obtenir une mesure d’instruction ou fixer le montant du préjudice n’est pas présentée de la même manière qu’une simple demande de paiement immédiat. La stratégie procédurale doit être écrite avant l’envoi d’une assignation.

La quatrième démarche est une réclamation formelle à Tudigo et aux organes compétents, sans confondre cette réclamation avec une déclaration de créance. Elle doit rappeler le numéro de l’offre, le produit, les montants, les documents contestés, les questions précises et les pièces demandées. Elle peut demander la conservation de la fiche projet, des versions archivées, des journaux de modification, des évaluations de risque, des échanges avec le porteur et des éléments de suivi. Une réclamation courte et datée facilite ensuite la preuve du silence, de la réponse contradictoire ou de l’information apparue tardivement.

La cinquième démarche consiste à saisir l’AMF sur le volet réglementaire lorsque des faits précis le justifient. L’AMF peut être informée d’une difficulté de fonctionnement, d’une question de statut, d’une information incohérente ou d’un problème de continuité. Une saisine administrative ne remplace ni la déclaration au mandataire ni l’action civile. Elle ne garantit pas un remboursement et n’interrompt pas, par elle-même, tous les délais. Elle peut toutefois permettre de signaler un risque affectant plusieurs investisseurs et d’orienter la conservation des documents.

Pour un investisseur qui souhaite agir, la séquence pratique peut être la suivante :

  1. télécharger les contrats, fiches, pages de campagne, courriels et relevés avant toute fermeture de compte ou modification d’accès ;
  2. identifier l’émetteur, le véhicule, le représentant de la masse, le prestataire de paiement et la fonction exacte de Tudigo ;
  3. obtenir l’avis BODACC, le jugement d’ouverture, le nom et l’adresse du mandataire et la date limite applicable ;
  4. déclarer la créance contre Tudigo lorsqu’un droit est invoqué contre la plateforme, même si son montant doit encore être précisé, avec une méthode d’évaluation et les justificatifs ;
  5. vérifier séparément la situation de l’émetteur ou du SPV et les procédures concernant le projet financé ;
  6. envoyer une réclamation documentée à la plateforme ou à l’organe qui assure désormais le suivi, en demandant la conservation des données et la réponse aux manquements précis ;
  7. faire analyser le lien causal, le délai de prescription, la clause de représentation et la compatibilité d’une action individuelle avec la procédure collective ;
  8. ne signer aucune renonciation, transaction ou quittance globale avant d’avoir distingué le remboursement du projet, le dividende de la procédure et l’indemnisation éventuelle d’une faute de Tudigo.

Cette méthode permet aussi de ne pas confondre les deux articles déjà consacrés aux conséquences pratiques du dossier : l’analyse de la récupération de l’investissement et de la déclaration de créance Tudigo traite la sauvegarde de la créance et le nouvel article vise la responsabilité propre de la plateforme. Le lien entre les deux sujets est procédural, pas éditorial : une déclaration contre Tudigo peut être nécessaire même si la faute d’information n’est pas encore démontrée.

La proximité géographique ne change pas les délais. Un investisseur domicilié à Paris ou en Île-de-France doit suivre le tribunal compétent pour la procédure de Tudigo, les indications du BODACC et les organes nommés à Bordeaux. Une consultation à Paris peut permettre de préparer les pièces, mais elle ne déplace pas le mandataire ni ne dispense d’utiliser le canal de déclaration prévu. Pour les dossiers d’entreprise et de contentieux commercial, la page du cabinet consacrée au droit des affaires à Paris rappelle le cadre général d’intervention : le dossier Tudigo, lui, doit rester centré sur l’offre, le contrat, les preuves et la procédure collective.

Conclusion

Le redressement judiciaire de Tudigo ne signifie ni que chaque investisseur sera remboursé par la plateforme, ni que toute demande contre Tudigo est vouée à l’échec. Le risque attaché au projet financé reste distinct de la responsabilité de l’intermédiaire. Une action peut devenir pertinente lorsqu’une information essentielle a été présentée de manière trompeuse, lorsqu’un contrôle annoncé n’a pas été effectué, lorsqu’un conflit a été dissimulé ou lorsqu’un mandat de suivi et de recouvrement a été mal exécuté.

La priorité est double : préserver la créance dans le délai de la procédure collective et réunir les éléments permettant de démontrer un manquement propre de Tudigo. La déclaration doit être dirigée contre le bon débiteur, chiffrée ou évaluée avec prudence et accompagnée des contrats et relevés. La responsabilité doit ensuite être construite autour d’une obligation, d’une faute, d’un lien causal et d’un dommage. Le jugement du tribunal de commerce, les communications de Tudigo et les décisions publiées sur le financement participatif donnent le contexte ; ils ne remplacent pas l’examen du dossier individuel.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet permet d’examiner les contrats Tudigo, les documents de l’offre, les preuves de perte, la déclaration de créance et la responsabilité éventuelle de la plateforme.

Une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet permet aussi de vérifier le bon débiteur, le représentant de la masse, le délai BODACC et les démarches à engager auprès du mandataire judiciaire.

Appelez le cabinet au 06 46 60 58 22 ou utilisez le formulaire de contact pour transmettre les premières pièces utiles.

Envoyez vos pièces. Recevez une stratégie.

Transmettez les pièces de votre dossier au cabinet. Maître Reda KOHEN vous répond personnellement sous 24 heures avec une première analyse stratégique.

Première analyse offerte
Réponse personnelle sous 24 h
100 % confidentiel
Jusqu’à 1 Go de pièces

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».