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Augmentation de capital Crédit Agricole 2026 : décote, plafonnement et recours des salariés

Mis à jour le 18 août 2026. L’augmentation de capital 2026 réservée aux salariés et anciens salariés retraités du groupe Crédit Agricole arrive à son étape décisive : le communiqué officiel prévoit l’émission des actions nouvelles le 27 août 2026, après une période de souscription close le 8 juillet. Le prix annoncé repose sur la moyenne arithmétique des cours d’ouverture observés du 26 mai au 22 juin 2026, avec une décote de 20 %. Plus de 190 000 personnes étaient éligibles à l’opération et le nombre maximal d’actions nouvelles a été fixé à 32 millions. Ces chiffres ne suffisent toutefois pas à répondre à la question d’un souscripteur : quel nombre d’actions sera réellement attribué, quel sera le prix définitif, et que faire si l’ordre a été plafonné, mal enregistré ou refusé ?

Le dossier doit être examiné à partir de trois documents : la notice d’offre, la preuve de l’ordre et le relevé d’attribution. Une baisse ultérieure du cours ne rend pas automatiquement l’opération irrégulière. En revanche, une information incomplète, un calcul contraire aux règles annoncées, une différence entre l’ordre validé et l’allocation reçue ou une décision sociale adoptée sans le formalisme requis peuvent ouvrir des demandes de correction, de responsabilité ou de nullité. La stratégie dépend donc de la qualité de la preuve et de la date exacte à laquelle la décision contestée a été prise.

I. Que signifie l’augmentation de capital Crédit Agricole 2026 pour les salariés souscripteurs ?

A. Quel prix, quelle décote et quel plafonnement des ordres ?

Le communiqué de Crédit Agricole S.A. du 2 juin 2026 décrit une augmentation de capital réservée aux salariés du groupe dans le monde. Le texte indique que plus de 190 000 salariés, anciens salariés et retraités éligibles peuvent souscrire des actions nouvelles. Il fixe la méthode de détermination du prix : la moyenne arithmétique des cours d’ouverture de l’action entre le 26 mai et le 22 juin 2026 inclus, diminuée d’une décote de 20 %. La période de souscription était annoncée du 24 juin au 8 juillet 2026.

Cette méthode n’est pas la même chose qu’un prix garanti inférieur au cours du 27 août. La décote est appliquée à une moyenne historique déterminée par le plan. Le cours de marché peut ensuite être supérieur, égal ou inférieur au prix de souscription au moment où les actions sont livrées. Le souscripteur doit donc séparer deux questions : la conformité du calcul du prix au règlement de l’opération, puis le risque financier normal attaché à une action cotée. La première peut se discuter juridiquement ; la seconde ne constitue pas, à elle seule, une faute de la société.

Le communiqué prévoit par ailleurs un maximum de 32 millions d’actions nouvelles, représentant un nominal de 96 millions d’euros. Lorsque les demandes dépassent le nombre de titres disponible, le dispositif doit appliquer la règle d’allocation prévue dans la notice. Le groupe a ensuite précisé que la demande avait dépassé la capacité d’émission et que les ordres les plus élevés avaient été plafonnés. Un plafond n’est donc pas nécessairement une réduction arbitraire : il peut être la conséquence mécanique d’une sursouscription, à condition que le mécanisme ait été annoncé, compréhensible et appliqué de manière identique aux personnes placées dans la même catégorie.

Le premier contrôle d’un salarié consiste à reconstituer le passage entre le montant demandé et le nombre de titres reçu. Il faut conserver :

  1. la notice ou le règlement de l’offre applicable à la campagne 2026 ;
  2. le courriel d’ouverture de la souscription et les conditions d’éligibilité ;
  3. le formulaire ou l’écran de souscription comportant la date, le nombre d’actions et le montant demandé ;
  4. le justificatif de validation, avec son horodatage et son numéro de dossier ;
  5. le relevé indiquant le prix retenu, le nombre de titres attribués et le montant prélevé ;
  6. les échanges avec les ressources humaines, l’établissement teneur de compte, le gestionnaire du plan ou la plateforme d’épargne salariale.

La comparaison doit être chiffrée. Si une personne a demandé 1 000 actions et en reçoit 420, le taux d’allocation apparent est de 42 %. Ce taux n’a de valeur probante que si la notice permet de savoir si l’allocation porte sur les actions, sur la somme investie ou sur un ordre après conversion au prix de souscription. Les arrondis, le minimum d’investissement, le plafond individuel et l’éventuelle répartition entre plusieurs formules peuvent modifier le résultat. Une réclamation solide ne se limite pas à écrire que le nombre attribué est décevant ; elle montre la règle annoncée, le calcul attendu et l’écart constaté.

Le régime juridique exact doit aussi être identifié. L’article L. 3332-18 du Code du travail prévoit que « les sociétés peuvent procéder à des augmentations de capital réservées aux adhérents d’un plan d’épargne d’entreprise ». Cette disposition autorise l’opération dans le cadre de l’épargne salariale, mais elle ne remplace pas la lecture du règlement du plan. Il faut vérifier si l’offre Crédit Agricole 2026 repose sur un plan d’épargne d’entreprise, une offre réservée à une catégorie de salariés au sens du Code de commerce, un véhicule collectif ou une combinaison de ces instruments.

Dans le Code de commerce, l’article L. 225-138 permet à l’assemblée générale extraordinaire de réserver une augmentation de capital à des catégories de personnes déterminées, avec un rapport sur les bénéficiaires et les conditions de l’opération. Cette voie peut comporter une suppression du droit préférentiel de souscription des actionnaires existants. L’article L. 225-138-1 organise pour sa part l’augmentation destinée aux adhérents d’un plan d’épargne d’entreprise et encadre notamment la souscription, la libération et la disponibilité des titres. La résolution et la notice doivent permettre de savoir quelle branche a été utilisée.

Cette qualification est importante pour un ancien salarié retraité. Son éligibilité ne se déduit pas de son ancienne qualité de salarié ; elle dépend de la définition retenue par le plan, de la date de départ, de la situation du compte d’épargne salariale et des conditions propres à la campagne. La mention « anciens salariés retraités » dans le communiqué est un indice général, pas une réponse personnalisée à chaque dossier. En cas de refus, il faut demander par écrit la règle précise opposée, le document qui la contient et la date à laquelle la condition n’aurait plus été remplie.

Enfin, la décote ne doit pas être isolée du calendrier. Les actions annoncées comme émises le 27 août 2026 seraient éligibles au dividende versé au titre de l’exercice 2026, avec un premier acompte annoncé en octobre. Cette indication ne garantit ni le montant du dividende ni la conservation des titres. Elle doit être rapprochée des règles de blocage, des cas de déblocage anticipé, des frais de tenue de compte et du régime fiscal applicable. Une contestation qui réclame une plus-value certaine à la place d’un mécanisme de marché risque de manquer sa cible ; une contestation qui démontre une mauvaise application du plan peut, elle, être instruite.

B. Pourquoi les actions seront-elles émises le 27 août et quel est l’effet de dilution ?

Une augmentation de capital crée des titres nouveaux. Le capital social augmente et, lorsque le nombre de titres détenus par les actionnaires existants ne progresse pas dans la même proportion, leur pourcentage relatif diminue. C’est le mécanisme de dilution. Il ne signifie pas automatiquement que la valeur économique de la société est détruite : les fonds apportés peuvent financer l’activité, renforcer les capitaux propres ou soutenir une politique de participation des salariés. La dilution doit être appréciée avec le nombre de titres créés, le prix d’émission, les droits attachés et l’usage des fonds.

Le communiqué Crédit Agricole annonce une opération de rachat d’actions destinée à compenser l’effet dilutif, sous réserve de l’autorisation de la Banque centrale européenne. Cette réserve est essentielle. Le rachat projeté ne doit pas être présenté comme déjà réalisé ni comme une garantie de cours. Il s’agit d’une opération distincte, soumise à une autorisation et à ses propres conditions. Un actionnaire qui analyse l’opération doit demander la décision définitive, le nombre de titres effectivement émis, le résultat du rachat et la répartition des titres après chaque étape.

Pour le salarié souscripteur, le premier effet est différent : il devient actionnaire à un prix défini par la formule de l’offre, avec les droits et restrictions attachés à ces titres. Il ne peut pas réclamer une attribution identique à celle d’un autre souscripteur sans comparer les catégories, les montants et les règles d’allocation. À l’inverse, la société ou le gestionnaire ne peut pas modifier après coup la formule annoncée, écarter une demande conforme sans motif vérifiable ou traiter deux ordres identiques selon des règles différentes.

L’article L. 225-129-6 du Code de commerce impose, à l’occasion de certaines augmentations de capital en numéraire, un vote sur une résolution permettant une augmentation réservée aux adhérents d’un plan d’épargne d’entreprise, sous les exceptions prévues par le texte. Cette obligation ne permet pas de conclure que toute offre de salariés est nulle si la résolution n’est pas présentée sous une forme particulière. Le dossier doit établir la nature exacte de l’opération, les décisions de l’assemblée et l’articulation entre les textes.

Le souscripteur doit ensuite distinguer le litige sur l’attribution du litige sur la décision sociale. Si le nombre de titres a été mal calculé, la demande première peut être l’exécution correcte de la règle, la restitution d’une somme ou la réparation du préjudice. Si l’offre a été autorisée par une décision irrégulière de l’assemblée générale ou du conseil agissant par délégation, la nullité de la décision peut être envisagée. Ces demandes n’ont ni le même défendeur, ni les mêmes preuves, ni les mêmes délais.

Un actionnaire qui n’était pas éligible à l’offre peut subir une dilution sans avoir le droit de participer à l’opération réservée. Son recours ne consiste pas à demander les actions offertes aux salariés. Il doit rechercher une irrégularité dans la suppression de son droit préférentiel, une absence de rapport, une violation de l’ordre du jour, un abus de majorité ou une opération contraire à l’intérêt social. La perte de pourcentage n’est qu’un élément du raisonnement. Elle doit être reliée à un comportement juridiquement fautif.

La jurisprudence rappelle cette exigence. Dans l’arrêt de la chambre commerciale du 25 septembre 2012, n° 11-17.256, la Cour de cassation a examiné le formalisme d’une augmentation réservée et la suppression du droit préférentiel. Elle énonce que « la question de la suppression du droit préférentiel de souscription […] doit être inscrite à l’ordre du jour ». La portée pratique est directe : la lecture du procès-verbal ne suffit pas ; il faut comparer la convocation, l’ordre du jour, les rapports et la résolution effectivement votée.

Le calendrier du 27 août ne doit donc pas conduire à attendre que le cours de bourse révèle un problème. Avant l’émission, la personne concernée peut demander les règles de calcul, vérifier la traçabilité de son ordre et formuler une réserve précise. Après l’émission, elle doit rapprocher la confirmation d’allocation du relevé de compte. Dans les deux cas, la preuve datée est plus utile qu’une contestation générale de l’opération.

II. Comment contester une augmentation de capital réservée aux salariés et dans quel délai ?

A. Quelles irrégularités peuvent justifier une action et quelles pièces réunir ?

La première erreur serait de demander l’annulation parce que l’investissement n’a pas produit le rendement espéré. Une décision collective ou un règlement de plan n’est pas irrégulier parce que le marché a évolué défavorablement. Le dossier devient sérieux lorsque le demandeur identifie une règle opposable et un écart démontrable : une personne éligible écartée sans fondement, un prix calculé autrement que prévu, un ordre accepté puis ignoré, un plafond appliqué à une seule catégorie, une information essentielle absente, ou une décision adoptée sans compétence, rapport ou inscription régulière à l’ordre du jour.

La grille d’analyse peut être organisée en quatre questions.

  1. Quelle décision est contestée ? Il peut s’agir de la résolution de l’assemblée générale, de la décision prise par le conseil en vertu d’une délégation, de la décision d’allocation, du traitement informatique de l’ordre ou de l’exécution du prélèvement.
  2. Quelle règle s’applique ? Il faut identifier le Code de commerce, le Code du travail, le règlement du plan, la notice d’offre, les statuts, le bulletin de souscription et les conditions de la plateforme.
  3. Quel grief personnel est établi ? Le demandeur doit montrer ce qu’il aurait pu faire ou obtenir si l’information avait été correcte ou si la règle avait été respectée.
  4. Quelle demande est utile ? Correction de l’allocation, communication de documents, restitution, dommages-intérêts, suspension d’une mesure, ou action en nullité : le remède doit correspondre à l’irrégularité.

L’article 1844-12-1 du Code civil, issu de la réforme du régime des nullités des sociétés, encadre le prononcé de la nullité. Le demandeur doit établir un grief, démontrer que l’irrégularité a eu une influence sur le sens de la décision et convaincre le juge que la nullité ne produirait pas des conséquences excessives pour l’intérêt social. Le simple constat d’une erreur formelle ne dispense donc pas de démontrer son effet concret. Dans un dossier de souscription, il faut expliquer si l’erreur a privé le salarié de l’accès à l’offre, réduit le nombre de titres, modifié le prix ou empêché un vote utile.

Le formalisme de l’assemblée est un premier terrain de vérification. L’article L. 225-105 du Code de commerce encadre l’ordre du jour et interdit à l’assemblée de délibérer sur une question qui n’y figure pas, sous réserve des règles particulières prévues par le texte. L’arrêt du 25 septembre 2012 précité montre qu’une résolution sur la suppression du droit préférentiel ne se déduit pas d’une formulation vague. Il faut rechercher les termes utilisés dans la convocation et vérifier si les actionnaires pouvaient comprendre qu’ils allaient se prononcer sur la réservation de l’émission et sur la suppression de leur droit.

Le deuxième terrain concerne l’information financière et les rapports. Dans une opération réservée, les bénéficiaires, le nombre de titres, la méthode de fixation du prix, la justification de la suppression du droit préférentiel et les modalités de réalisation doivent être cohérents entre les documents. Une différence de rédaction ne suffit pas toujours à provoquer une nullité, mais elle peut révéler une information trompeuse ou rendre l’ordre impossible à comprendre. Le salarié doit conserver les versions reçues, y compris les corrections et les messages envoyés après la souscription.

Le troisième terrain concerne le consentement. La chambre commerciale a jugé, dans son arrêt du 25 juin 2013, n° 12-17.583, que « le consentement du souscripteur […] doit être pur et simple ». La formule doit être lue avec les documents du dossier : elle ne transforme pas toute difficulté technique en vice du consentement, mais elle invite à vérifier si l’engagement portait sur les conditions effectivement présentées. Une souscription enregistrée sous une condition non prévue, une modification unilatérale après validation ou une acceptation obtenue sur une information erronée peuvent justifier une analyse contractuelle.

Le quatrième terrain concerne l’abus et la dilution. La jurisprudence n’interdit pas aux majoritaires ou à la société de rechercher un financement ou de mettre en place une participation des salariés. En revanche, l’opération peut devenir fautive si elle est détournée de son objet pour attribuer des titres à un bénéficiaire choisi, sous-évaluer la société ou évincer un associé. Dans l’arrêt Cass. com., 30 septembre 2020, n° 18-22.076, la Cour de cassation a rappelé que l’intérêt social invoqué ne dispense pas les juges de rechercher une fraude des majoritaires, notamment lorsque la sous-évaluation d’un apport et l’attribution corrélative d’actions nouvelles ont pour effet de diluer une associée minoritaire. La preuve doit porter sur la chronologie, les valorisations, les bénéficiaires et l’absence de justification économique, pas seulement sur la baisse du pourcentage détenu.

Pour une opération Crédit Agricole, les pièces prioritaires sont donc les suivantes :

  • le communiqué officiel et la notice détaillée de l’ACR 2026 ;
  • la résolution de l’assemblée générale, la délégation éventuelle et le rapport sur les conditions définitives ;
  • le règlement du plan d’épargne et les conditions d’éligibilité des salariés et retraités ;
  • le relevé des cours d’ouverture utilisés pour calculer la moyenne, si la notice prévoit une information détaillée sur ce calcul ;
  • le bulletin de souscription, le récapitulatif électronique et la preuve de validation ;
  • la confirmation d’allocation, le relevé bancaire ou le relevé du teneur de compte ;
  • les courriers de refus, de plafonnement ou de correction, avec leurs dates ;
  • les éléments permettant de comparer le traitement de personnes placées dans une situation identique, après anonymisation des données qui ne sont pas nécessaires.

Une demande de communication doit rester ciblée. Le salarié peut demander la règle d’allocation qui lui a été appliquée, le prix définitif, le nombre d’actions émises, le motif d’une réduction, la date de comptabilisation et le service compétent pour une réclamation. Il ne doit pas transmettre inutilement des données sensibles de collègues. Si la réponse reste générale, une mise en demeure peut reprendre le tableau de calcul et fixer un délai raisonnable pour répondre.

B. Quel recours après l’émission, pour un salarié ou un actionnaire à Paris et en Île-de-France ?

Le choix du recours dépend de la personne qui agit. Le salarié souscripteur peut avoir un litige d’exécution du plan, une contestation du prélèvement ou une demande de réparation liée à l’allocation. L’ancien salarié retraité doit, en plus, démontrer le fondement de son éligibilité. L’actionnaire non bénéficiaire de l’offre examinera plutôt la régularité de la décision sociale, la suppression du droit préférentiel et l’existence d’un abus. Ces situations peuvent se recouper, mais elles ne se confondent pas.

La nullité d’une décision d’augmentation de capital obéit désormais à des délais courts. L’article L. 225-149-4 du Code de commerce, en vigueur depuis le 1er octobre 2025 après l’ordonnance n° 2025-229 du 12 mars 2025, prévoit un délai de trois mois lorsque l’augmentation a fait l’objet d’une délégation : le délai court à compter de l’assemblée générale au cours de laquelle le rapport sur les conditions définitives est porté à la connaissance des actionnaires. Dans les autres cas, le délai court à compter de la décision dont la régularité est contestée. Il ne faut pas calculer ce délai à partir du seul jour où le salarié découvre son nombre d’actions.

Le demandeur doit donc identifier la décision qui a produit le grief. Si la contestation porte sur la résolution initiale, le point de départ peut être celui de l’assemblée. Si elle porte sur une décision prise par délégation, il faut rechercher la date de l’assemblée qui a reçu le rapport définitif. Si elle porte sur l’exécution d’un ordre ou sur une information contractuelle, le fondement peut être différent et le délai applicable ne se déduit pas automatiquement de l’article L. 225-149-4. La prudence impose d’agir avant l’expiration du délai le plus court pendant que la qualification est vérifiée.

L’article L. 225-149-5 du Code de commerce prévoit que la nullité de la décision d’augmentation de capital est opposable à l’ensemble des souscripteurs. Cette règle explique pourquoi une action sociale peut affecter des salariés qui n’étaient pas parties au litige initial. Elle renforce aussi l’intérêt d’une analyse précise : un demandeur ne doit pas utiliser la nullité comme une simple demande de révision individuelle du nombre d’actions si une correction ciblée suffit.

Pour les sociétés cotées, l’article L. 22-10-55-1 du Code de commerce prévoit en principe que l’action en nullité n’est plus recevable après la réalisation de l’opération, tout en maintenant une exception pour l’augmentation réservée à des personnes ou catégories déterminées mentionnée au I de l’article L. 225-138. La qualification de l’ACR 2026 doit être confirmée dans la résolution et les documents de l’offre avant de tirer une conclusion sur cette exception. Le 27 août n’est donc pas une date à laquelle tous les recours disparaissent, mais c’est une date qui peut modifier le régime procédural et rendre l’urgence déterminante.

Avant l’émission, une démarche utile consiste à adresser une réclamation conservatoire au gestionnaire et à la société. Elle doit rappeler l’identité du souscripteur, le numéro d’ordre, la date, le nombre demandé, le montant payé ou à payer, le problème concret et la pièce jointe qui l’établit. La demande doit solliciter la conservation des journaux de connexion, des horodatages et des données d’allocation. Elle peut demander qu’aucune clôture du dossier ne soit opposée avant réponse, sans prétendre interrompre par elle-même un délai légal de recours. Une réclamation n’est pas un acte de saisine du tribunal.

Après l’émission, il faut refaire le calcul avec le relevé définitif. Le contrôle porte sur cinq éléments : prix unitaire, nombre d’actions, montant effectivement débité, date d’inscription et restrictions attachées aux titres. Si le compte indique un nombre différent de celui de la confirmation, la personne doit demander une correction immédiate au teneur de compte et obtenir une réponse écrite. Si l’écart résulte d’une règle de plafond appliquée correctement, la demande peut être rejetée ; si la règle annoncée n’a pas été appliquée, une demande d’exécution ou d’indemnisation peut être discutée.

À Paris et en Île-de-France, le lieu de résidence du salarié ne suffit pas à déterminer la juridiction. La nature du litige, l’identité du défendeur, le siège de la société, le règlement du plan et la demande formulée doivent être examinés ensemble. Un recours portant sur une décision de société commerciale peut relever du tribunal de commerce compétent ; un litige lié à l’exécution d’une relation de travail ou à un dispositif d’épargne salariale peut appeler une autre analyse. La présence d’un établissement, d’un teneur de compte ou d’un service de ressources humaines dans la région ne crée pas automatiquement la compétence d’un tribunal parisien.

Cette analyse locale est particulièrement importante pour les salariés du groupe travaillant à Paris, Montrouge, Boulogne-Billancourt, Nanterre, Versailles ou dans une autre commune francilienne. Il faut distinguer le siège de Crédit Agricole S.A., le lieu de travail, l’adresse du gestionnaire du plan et le lieu prévu par les conditions contractuelles pour les réclamations. Une action urgente mal orientée peut faire perdre du temps alors que la date d’émission et le délai de trois mois imposent une décision rapide. Les pièces doivent être classées dans un dossier chronologique avant tout rendez-vous.

La stratégie peut être résumée en quatre étapes :

  1. Figer la preuve : télécharger la notice, les courriels, les écrans, l’accusé d’ordre, les relevés et les réponses, sans modifier les fichiers originaux.
  2. Chiffrer l’écart : comparer la formule de prix, le nombre demandé, le plafond annoncé, le nombre attribué et le prélèvement.
  3. Qualifier la demande : correction de l’ordre, communication, exécution du plan, responsabilité ou nullité de la décision sociale.
  4. Sécuriser le délai : dater la résolution, la délégation, le rapport définitif et l’émission, puis faire vérifier la juridiction et l’acte nécessaire avant de laisser courir le délai le plus court.

La demande doit rester proportionnée à la preuve. Un souscripteur qui a validé les conditions et reçu le nombre de titres résultant du plafond annoncé ne dispose pas d’un droit automatique à une allocation supérieure. Un actionnaire qui n’a pas souscrit ne dispose pas d’un droit automatique à obtenir les actions réservées aux salariés. En revanche, un traitement différent entre ordres comparables, une règle non communiquée ou une incohérence entre la résolution et l’exécution mérite une vérification contradictoire.

Le fait que l’offre comporte une décote de 20 % ne dispense pas de vérifier les intérêts en présence. Une société peut organiser l’actionnariat salarié dans l’intérêt de l’entreprise, mais la décision doit respecter les règles de compétence, d’information et d’égalité applicables à l’opération. La chambre commerciale l’a rappelé dans les décisions précitées sur l’ordre du jour, le consentement du souscripteur et la fraude de dilution. Ce sont ces éléments qui donnent une portée juridique au dossier, non la seule frustration d’un investissement moins rentable qu’espéré.

Conclusion

L’augmentation de capital Crédit Agricole 2026 présente un calendrier précis : prix calculé à partir d’une moyenne de cours d’ouverture diminuée d’une décote de 20 %, souscription close le 8 juillet et émission annoncée le 27 août, dans la limite de 32 millions d’actions nouvelles. Le plafonnement d’un ordre peut résulter de la sursouscription et n’est contestable que si la règle a été mal appliquée, insuffisamment communiquée ou utilisée de façon inégale.

La personne concernée doit conserver la notice, la preuve de souscription, le relevé d’allocation et toutes les réponses reçues. Elle doit ensuite distinguer un recours individuel sur l’exécution du plan d’une action contre la décision sociale. Les délais de nullité sont courts depuis le 1er octobre 2025 et leur point de départ dépend de la résolution, de la délégation et du rapport sur les conditions définitives. Une baisse du cours ne suffit pas ; une irrégularité documentée, un défaut d’information, une erreur d’allocation ou un abus de dilution peuvent justifier une démarche adaptée.

Le dossier doit être examiné sans attendre la livraison des actions si une incohérence apparaît déjà. À défaut, la vérification du relevé du 27 août permettra de préciser le montant du préjudice et la demande utile. Les salariés et actionnaires de Paris et d’Île-de-France doivent en outre faire confirmer la juridiction compétente avant toute saisine. Le cadre plus large du droit des affaires à Paris permet de replacer cette contestation dans le contentieux des sociétés et de l’actionnariat.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».