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Kbis non reçu après le Guichet unique INPI : quels recours ?

Un dossier de création déposé sur le Guichet unique peut être accepté, transmis ou indiqué comme traité, sans que l’entreprise reçoive immédiatement son extrait Kbis. En pratique, ce blocage arrive au pire moment : ouverture d’un compte bancaire professionnel, signature d’un bail commercial, déblocage d’un financement, première facture, appel d’offres, immatriculation d’un établissement secondaire, changement de dirigeant ou besoin de prouver rapidement l’existence de la société. Depuis la généralisation du Guichet unique, la question n’est plus seulement administrative. Elle devient juridique dès que le retard empêche l’entreprise d’agir, crée une perte de chiffre d’affaires ou met un contrat en péril.

L’INPI rappelle sur sa page officielle consacrée aux documents justifiant l’existence d’une entreprise que le Guichet unique ne délivre pas lui-même le Kbis. Cette distinction change la stratégie : il faut comprendre qui détient le dossier, qui doit contrôler les pièces, quel délai s’applique au greffe, et comment saisir le bon juge si le blocage persiste. Le dirigeant ne doit donc pas se limiter à multiplier les messages génériques sur la plateforme. Il doit constituer un dossier probatoire daté, identifier l’étape exacte du blocage, puis agir auprès du bon interlocuteur.

I. Kbis non reçu après le Guichet unique INPI : identifier le blocage et prouver que le dossier est complet

A. Qui délivre le Kbis et que signifie un dossier transmis par le Guichet unique ?

La première erreur consiste à penser que le dépôt sur le Guichet unique suffit à obtenir automatiquement le Kbis. Le Guichet unique centralise les formalités, mais l’extrait Kbis reste lié au registre du commerce et des sociétés. L’article L. 123-33 du code de commerce pose le principe du dossier unique : « Ce dossier est déposé par voie électronique auprès d’un organisme unique désigné à cet effet. » Le même texte ajoute que « Ce dépôt vaut déclaration auprès du destinataire dès lors que le dossier est régulier et complet à l’égard de celui-ci. » La formule est importante : le dépôt électronique protège le déclarant, mais seulement si le dossier est régulier et complet pour l’organisme destinataire concerné.

L’article R. 123-1 du code de commerce précise le rôle de l’organisme unique. Il « permet aux entreprises de réaliser l’ensemble des formalités et procédures nécessaires à l’accès et à l’exercice de leur activité » et « reçoit à cet effet le dossier unique ». Le texte prévoit ensuite que l’organisme unique transmet les renseignements et pièces « à chacun des organismes destinataires ». Autrement dit, lorsque le dossier vise une immatriculation au registre du commerce et des sociétés, le greffe conserve son rôle de contrôle et d’inscription. L’entreprise doit donc distinguer trois niveaux : le dépôt sur la plateforme, la transmission au destinataire compétent et l’inscription effective au registre.

L’article R. 123-7 du code de commerce organise ces échanges. Il prévoit que l’organisme unique transmet à l’INSEE les informations nécessaires à l’inscription au répertoire, puis communique les informations et pièces aux organismes destinataires. Il impose surtout une traçabilité utile au dirigeant, puisque « L’accusé de réception délivré à l’organisme unique par chacun des organismes et autorités mentionnés ci-dessus indique que le dossier est complet et mentionne le délai prévisible de traitement de ce dernier. » Si une pièce manque, les organismes doivent transmettre « la liste des éléments complémentaires » ; en cas de rejet, ils doivent communiquer « ses motifs ainsi que des délais et voies de recours ».

Cette architecture explique pourquoi un numéro SIREN, une attestation de dépôt ou une mention de transmission ne remplacent pas toujours un Kbis. Le SIREN identifie l’entreprise au répertoire, tandis que le Kbis prouve son immatriculation au registre du commerce et des sociétés à une date donnée. L’article R. 123-31 du code de commerce rappelle que « L’immatriculation au registre du commerce et des sociétés a un caractère personnel. » L’immatriculation est donc un acte propre à la personne physique ou morale concernée, distinct d’une simple réception de documents.

Le dirigeant doit aussi garder à l’esprit que la signature électronique et les transmissions doivent être exploitables comme preuve. L’article R. 123-5 du code de commerce impose des procédés techniques capables de « garantir la conservation des transmissions opérées, l’établissement de manière certaine de leur date d’envoi ». En cas de blocage, les captures d’écran isolées sont utiles, mais elles ne suffisent pas toujours. Il faut conserver l’accusé de dépôt, les courriels de notification, les références de formalité, la date et l’heure de chaque transmission, les messages de régularisation, les preuves de paiement des frais, les statuts signés, l’attestation de parution de l’annonce légale et tous les échanges avec le greffe ou la plateforme.

Le contrôle du greffe n’est pas purement automatique. L’article R. 123-95 du code de commerce indique que le greffier « vérifie que les énonciations sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires, correspondent aux pièces justificatives et actes déposés en annexe ». Ce contrôle peut expliquer une demande de régularisation : incohérence entre les statuts et le formulaire, adresse imprécise, activité réglementée, bénéficiaire effectif mal renseigné, dirigeant mal identifié, pièce d’identité expirée, annonce légale incomplète, siège contestable ou erreur dans la date de début d’activité.

Mais le contrôle du greffier a des limites. Dans son arrêt du 1er juin 2023, n° 21-22.446, la chambre commerciale de la Cour de cassation a jugé que « le greffier vérifie que les énonciations d’une demande d’inscription au registre du commerce et des sociétés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires, correspondent aux pièces justificatives et actes déposés en annexe ». Elle ajoute qu’il « ne dispose d’aucun pouvoir d’interpréter lesdits actes et pièces justificatives ». Cette décision, publiée au Bulletin, aide à cadrer le débat : un greffe peut refuser un dossier irrégulier, mais il ne doit pas transformer une difficulté d’interprétation juridique complexe en obstacle indéfini à l’immatriculation.

Lorsque le Kbis n’arrive pas, l’entreprise doit donc qualifier le blocage avec précision. Le dossier est-il seulement déposé ? A-t-il été transmis au greffe ? Le greffe a-t-il accusé réception ? A-t-il demandé une pièce complémentaire ? A-t-il rendu une décision de rejet ? Le délai prévisible annoncé est-il dépassé ? La banque demande-t-elle un Kbis alors que l’entreprise dispose déjà d’un justificatif alternatif ? Chaque réponse appelle une action différente. Une relance générale adressée au mauvais service retarde souvent la solution.

La méthode la plus efficace consiste à dresser une chronologie courte : date de signature des statuts, date de publication de l’annonce légale, date de dépôt sur le Guichet unique, numéro de formalité, date du paiement, date de transmission au greffe, date d’éventuelle demande de complément, date de réponse, date de refus ou silence persistant. Cette chronologie doit être accompagnée d’un tableau des pièces. L’objectif n’est pas de raconter une difficulté technique ; il est de prouver que le dossier était complet à telle date ou, si une pièce manquait, que la régularisation a été transmise dans le délai imparti.

B. Quels délais et quelles preuves réunir avant de relancer le greffe ou l’INPI ?

La règle centrale se trouve à l’article R. 123-97 du code de commerce. Le texte dispose que « Le greffier procède à l’inscription dans le délai d’un jour franc ouvrable après réception de la demande. » Il précise aussi que, lorsque le dossier est incomplet, le greffier réclame les renseignements ou pièces manquants dans ce délai, et que ces éléments doivent être fournis « dans un délai de quinze jours ». Après réception de ces éléments, le greffier procède à l’immatriculation dans le même délai. Ce texte ne signifie pas que toute création aboutit mécaniquement en vingt-quatre heures, mais il donne au dirigeant un point d’appui très concret lorsqu’un dossier complet reste sans effet.

La cour d’appel de Bordeaux a appliqué cette logique dans un arrêt du 14 janvier 2025, n° 24/04716. Elle a relevé que « La société FBDS était donc fondée à soutenir que son dossier était complet à la date à laquelle elle a déposé sa demande d’immatriculation, soit le 1er septembre 2023 ». La cour a ensuite ordonné la modification du registre pour faire apparaître une date d’immatriculation correspondant au délai d’un jour franc après le dépôt des éléments nécessaires. Cette décision illustre l’intérêt d’une preuve datée du dossier complet : elle peut servir à corriger la date portée au registre, pas seulement à accélérer une formalité en cours.

Avant toute action contentieuse, le dirigeant doit préparer un courrier ou un message de relance précis. Il doit rappeler le numéro de formalité, l’identité de la société, le numéro SIREN s’il existe, le greffe concerné, la date de dépôt, la date de transmission, les références des notifications et la liste des pièces déjà fournies. La relance doit demander trois réponses concrètes : confirmation de la réception par le greffe, indication de toute pièce manquante fondée sur un texte, et date prévisible d’inscription ou de rejet motivé. Un message court, factuel et documenté vaut mieux qu’une plainte générale sur le dysfonctionnement de la plateforme.

Le droit commun des relations avec l’administration peut être utile lorsque l’interlocuteur demande des pièces sans précision. L’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l’administration prévoit que, si une demande est incomplète, l’administration « indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur ». Cette règle aide à contester les demandes vagues du type « dossier non conforme » sans indication de la pièce ou du texte applicable. Elle ne remplace pas les règles spéciales du code de commerce, mais elle renforce l’exigence de motivation et de loyauté dans le traitement du dossier.

Le dirigeant doit en revanche se méfier d’une invocation automatique du silence valant acceptation. L’article L. 231-1 du code des relations entre le public et l’administration énonce que « Le silence gardé pendant deux mois par l’administration sur une demande vaut décision d’acceptation. » Toutefois, en matière d’immatriculation au registre du commerce et des sociétés, le code de commerce organise des délais, des demandes de pièces, des refus motivés et une saisine spécifique du juge commis. Le dirigeant ne doit pas bâtir toute sa stratégie sur une acceptation tacite si le régime spécial impose une inscription effective, un extrait délivré et une publicité opposable.

La preuve du préjudice doit être préparée dès la relance. Un retard de Kbis peut sembler administratif, mais il peut coûter cher : compte professionnel non ouvert, prêt non débloqué, bail retardé, impossibilité d’émettre certaines factures, marché perdu, fournisseur qui refuse de livrer, client public ou privé qui écarte l’entreprise, assurance suspendue, impossibilité de publier une annonce modificative cohérente. Pour documenter ce préjudice, l’entreprise doit conserver les courriels de la banque, les demandes du bailleur, les relances des clients, les devis devenus caducs, les échéanciers de financement, les captures de la plateforme et les justificatifs de frais supplémentaires.

Sur le plan contractuel, l’article 1231-1 du code civil rappelle que le débiteur peut être condamné à des dommages et intérêts « à raison de l’inexécution de l’obligation » ou « du retard dans l’exécution ». Cette référence devient pertinente lorsque le blocage du Kbis déclenche un conflit avec un prestataire chargé des formalités, un mandataire, une plateforme de services juridiques ou un partenaire qui s’était engagé à accomplir une formalité dans un calendrier précis. Si le dommage vient d’un tiers sans contrat, l’article 1240 du code civil pose le principe selon lequel « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » La difficulté sera alors de prouver la faute, le dommage et le lien de causalité.

À Paris et en Île-de-France, cette préparation a une importance pratique particulière. Les délais bancaires, les baux commerciaux, les ouvertures de points de vente, les formalités d’établissement secondaire et les dossiers de financement se concentrent souvent sur des calendriers courts. Une société peut avoir signé un bail à Paris, obtenu un accord de principe bancaire, réservé une date de lancement ou pris des engagements avec des fournisseurs franciliens. Le dossier de relance doit donc expliquer concrètement l’urgence : date de signature, date limite imposée par la banque, échéance de remise des clés, pénalité contractuelle, perte prévisible de chiffre d’affaires ou blocage d’une embauche.

II. Que faire si le Kbis reste bloqué : recours, juge commis et protection de l’entreprise

A. Comment saisir le juge commis à la surveillance du RCS en cas de refus ou d’inertie ?

Lorsque le dossier reste sans issue après relance documentée, le code de commerce ouvre une voie spécifique. L’article R. 123-139 du code de commerce prévoit que « toute contestation entre la personne tenue à l’immatriculation et le greffier est portée devant le juge commis à la surveillance du registre, qui statue par ordonnance. » Cette voie est plus adaptée qu’une assignation improvisée contre le greffe. Elle vise précisément les contestations liées à l’immatriculation, aux mentions du registre, aux refus, aux retards et aux rectifications.

L’article R. 123-97 du code de commerce confirme d’ailleurs cette possibilité en cas de non-respect des délais. Le texte indique que « Faute par le greffier de respecter les délais qui lui sont impartis par le présent article, le demandeur peut saisir le juge commis à la surveillance du registre. » Cette phrase doit être citée dans la requête lorsque le dirigeant peut démontrer que le greffe a reçu un dossier complet et que le délai légal n’a pas été respecté. Elle permet de sortir d’une simple attente de plateforme et de replacer le litige devant le juge compétent.

La requête doit rester juridique et opérationnelle. Elle expose l’identité du demandeur, la formalité concernée, le registre en cause, le greffe compétent, la chronologie, les pièces déposées, les demandes de régularisation, les réponses fournies et le préjudice attaché au retard. Elle doit demander une mesure précise : inscription, rectification d’une date, réexamen, annulation d’un refus, transmission d’une décision motivée ou injonction limitée aux mentions du registre. Le juge commis n’est pas le juge de tous les litiges de société ; il statue dans le périmètre du registre.

La Cour de cassation a rappelé cette limite dans l’arrêt du 1er juin 2023, n° 21-22.446. Elle a jugé que « le pouvoir d’injonction conféré au juge commis à la surveillance du registre du commerce et des sociétés ne peut porter que sur les mentions inscrites sur ce registre ». Elle a donc censuré l’injonction qui visait la modification des statuts, car elle dépassait le registre lui-même. Pour un Kbis non reçu, la demande doit donc viser l’inscription, la rectification ou la délivrance des conséquences registrales, sans demander au juge commis de trancher un conflit d’associés, une responsabilité contractuelle complète ou une contestation de fond sur la validité des actes sociaux.

La même décision précise aussi le rôle du greffier. La Cour indique que le greffier ne peut pas interpréter les actes et pièces justificatives comme le ferait un juge du fond. Cette nuance est utile dans les dossiers où le greffe bloque une formalité parce qu’un acte semble ambigu, alors que les pièces déposées correspondent formellement aux exigences applicables. La requête peut alors demander au juge de constater que le contrôle de régularité a été poussé au-delà de son périmètre ou que le refus n’est pas suffisamment motivé au regard des textes.

Si le juge commis rejette la demande, l’appel est organisé par l’article R. 123-141 du code de commerce. Ce texte prévoit que « L’appel des ordonnances est formé, instruit et jugé comme en matière gracieuse » et ajoute que « la partie est dispensée du ministère d’avocat ». Cette dispense ne signifie pas que le dossier peut être présenté sans méthode. En appel, les pièces doivent être lisibles, classées et reliées aux textes. La décision de la cour d’appel de Bordeaux du 14 janvier 2025 montre qu’une contestation bien documentée peut aboutir à une modification du registre lorsque la date du dossier complet est établie.

Un autre texte peut intervenir lorsqu’une inscription existe mais devient non conforme. L’article R. 123-100 du code de commerce prévoit que le greffier peut vérifier la permanence de la conformité des inscriptions, inviter la personne immatriculée à régulariser son dossier, puis saisir le juge commis si la régularisation n’intervient pas dans le délai d’un mois. Pour un Kbis non reçu lors d’une création, ce texte n’est pas toujours le fondement principal, mais il rappelle que le registre n’est pas une simple base de données : les inscriptions doivent rester conformes aux pièces et aux règles applicables.

Dans les échanges avec la banque ou le bailleur, il faut éviter de promettre que le juge ordonnera forcément l’immatriculation. Le recours dépend du dossier complet, de la compétence du greffe, de l’activité déclarée, des autorisations nécessaires et de l’existence d’un refus motivé. La bonne position consiste à dire que la société a déposé une formalité, qu’elle a relancé le service compétent, qu’elle prépare ou dépose une requête devant le juge commis, et qu’elle fournit les justificatifs disponibles dans l’attente du Kbis. Cette transparence évite d’aggraver la situation par des affirmations inexactes.

B. Comment limiter les pertes pendant l’attente du Kbis et préparer une indemnisation ?

L’entreprise ne doit pas attendre passivement l’issue de la formalité. Elle doit sécuriser ses relations essentielles. Avec la banque, elle peut demander si une attestation de dépôt, un récépissé de formalité, un avis SIRENE, les statuts signés, l’attestation de parution et une preuve de transmission au greffe permettent une ouverture provisoire ou une instruction du dossier. Avec un bailleur commercial, elle peut négocier une clause de report de prise d’effet, de condition suspensive ou de suspension de certaines pénalités jusqu’à la délivrance du Kbis. Avec un client, elle peut fournir les éléments d’identification déjà disponibles, sans présenter ces documents comme un Kbis.

L’article R. 123-152 du code de commerce rappelle la valeur de l’extrait délivré par le greffier. Il prévoit notamment la délivrance d’« un extrait indiquant l’état de l’immatriculation à la date à laquelle cet extrait est délivré » et précise que l’extrait « fait foi jusqu’à preuve contraire ». Cette force probatoire explique pourquoi certains partenaires refusent les documents alternatifs. Mais elle permet aussi au dirigeant d’expliquer que l’absence de Kbis n’est pas une simple préférence documentaire : elle bloque un justificatif légalement attendu dans la vie des affaires.

La relance doit donc être accompagnée d’une stratégie de continuité. Le dirigeant peut préparer une note courte destinée à la banque, au bailleur ou au client : identité de la société, numéro SIREN si attribué, date de dépôt de la formalité, statut du dossier, pièces jointes, interlocuteur chargé du suivi, délai prévisible et engagement de transmettre le Kbis dès réception. Cette note ne doit pas masquer le blocage. Elle doit le rendre compréhensible et montrer que l’entreprise agit. En cas de refus du partenaire, la réponse écrite doit être conservée pour chiffrer le préjudice.

Le chiffrage doit être réaliste. Pour une banque, le dommage peut correspondre aux frais supplémentaires, au retard de financement, aux pénalités ou à une opportunité perdue si elle est suffisamment certaine. Pour un bail, il peut s’agir d’un loyer payé sans exploitation, d’une indemnité d’immobilisation, de frais de stockage ou d’un lancement repoussé. Pour un marché, il faut prouver que le Kbis était la cause déterminante de l’exclusion ou du retard. Une simple inquiétude du dirigeant ne suffit pas. Le dossier doit contenir des documents datés, des montants, des échéances et des échanges avec des tiers.

Lorsque le blocage résulte d’une faute d’un mandataire chargé des formalités, l’action n’a pas le même objet que la requête devant le juge commis. La requête vise à obtenir l’inscription ou la correction du registre. L’action contre le mandataire vise la réparation du dommage causé par une erreur de saisie, un oubli de pièce, une mauvaise qualification de l’activité, un retard de transmission ou une absence de réponse à une demande de régularisation. L’article 1231-1 du code civil est alors le fondement naturel si le mandataire était lié par contrat. L’entreprise doit produire le devis, la lettre de mission, les échanges, les pièces transmises et la preuve du retard imputable au prestataire.

Si le dommage vient d’un tiers qui n’était pas le cocontractant de la société, l’article 1240 du code civil peut être envisagé. Là encore, la prudence s’impose : il faut une faute identifiable, un dommage certain et un lien direct. Une plateforme indisponible pendant quelques heures ne suffit pas nécessairement. En revanche, une erreur persistante non corrigée malgré alertes, une information erronée sur une pièce exigée, ou une transmission empêchée sans motif exploitable peuvent devenir des éléments du dossier. Le dirigeant doit faire constater les anomalies au moment où elles existent : captures horodatées, courriels, accusés, constats si l’enjeu financier le justifie.

La protection de l’entreprise passe aussi par la rédaction des contrats en cours de négociation. Si le Kbis n’est pas encore reçu, le dirigeant doit éviter les engagements irréversibles qui supposent une immatriculation déjà effective. Dans un bail, une clause peut prévoir que la remise des clés ou la facturation du loyer d’exploitation dépend de la réception du Kbis, ou que certaines échéances seront ajustées en cas de retard non imputable au preneur. Dans un contrat commercial, une clause peut prévoir la communication du Kbis dès émission et organiser les justificatifs temporaires. Dans un financement, l’entreprise peut demander une instruction préalable sous réserve de production de l’extrait.

Pour les entreprises parisiennes et franciliennes, la dimension locale se joue surtout dans la gestion des urgences. Un commerce qui attend son Kbis pour ouvrir à Paris, une société qui doit signer un bail à Boulogne-Billancourt, une structure qui doit immatriculer un établissement à Saint-Denis ou une holding qui attend l’inscription d’une modification de dirigeant à Nanterre n’ont pas toujours le temps d’attendre une réponse standardisée. Il faut identifier le greffe compétent, la juridiction du siège, les délais contractuels et les pièces exigées par les partenaires locaux. Si l’enjeu est élevé, la requête devant le juge commis doit être préparée avant même l’expiration d’une nouvelle promesse de traitement.

Lorsque le blocage touche une création, une modification statutaire, une cession ou une opération commerciale plus large, il faut aussi replacer la formalité dans la stratégie d’ensemble de l’entreprise. Le cabinet traite ces sujets dans sa page dédiée à l’avocat en droit des affaires à Paris, qui présente les principaux contentieux et accompagnements liés à la vie des sociétés.

La dernière étape consiste à décider si l’objectif est seulement d’obtenir le Kbis ou aussi de réparer une perte. Dans le premier cas, l’énergie doit être concentrée sur la formalité, la preuve du dossier complet et la saisine du juge commis. Dans le second cas, il faut ouvrir un dossier indemnitaire séparé, avec chiffrage, pièces commerciales, preuves de causalité et mise en demeure de la personne éventuellement responsable. Mélanger les deux demandes dans un courrier confus affaiblit souvent le dossier. Une stratégie efficace sépare l’urgence registrale, qui vise l’inscription, et la réparation, qui suppose une démonstration plus longue.

Conclusion

Un Kbis non reçu après un dépôt sur le Guichet unique n’est pas seulement un retard administratif. C’est un blocage probatoire qui peut empêcher l’entreprise de fonctionner. La réponse doit commencer par une distinction simple : le Guichet unique centralise et transmet, mais le Kbis dépend de l’immatriculation au registre du commerce et des sociétés et de l’extrait délivré par le greffe. Le dirigeant doit donc réunir les preuves du dépôt, vérifier si le dossier est complet, relancer avec des demandes précises, puis saisir le juge commis si les délais du code de commerce ne sont pas respectés.

La clé du dossier est la date. Date de dépôt, date de transmission, date de réception par le greffe, date de demande de pièces, date de régularisation, date de refus ou de silence persistant. Plus ces éléments sont clairs, plus il devient possible d’obtenir une inscription, une rectification ou une décision motivée. Les décisions récentes montrent que le juge peut corriger la situation lorsque la société démontre que son dossier était complet et que le registre ne reflète pas correctement la chronologie.

En attendant le Kbis, l’entreprise doit sécuriser ses partenaires : banque, bailleur, client, fournisseur, assureur. Les justificatifs alternatifs ne remplacent pas toujours l’extrait, mais ils peuvent limiter les pertes si leur portée est présentée correctement. Si le retard cause un dommage, l’indemnisation se prépare séparément, avec des preuves chiffrées et une analyse de responsabilité. Le bon réflexe est donc double : agir vite pour débloquer le registre, et documenter immédiatement les conséquences économiques du retard.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».