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La modernisation de l’INPI par le décret du 30 juin 2026 : entre simplification procédurale et consolidation des droits des déposants

La modernisation de l’Institut national de la propriété industrielle par le décret du 30 juin 2026 : entre simplification procédurale et consolidation des droits des déposants

Le décret n° 2026-576 du 30 juin 2026, publié au Journal officiel du 1er juillet 2026, constitue une étape significative dans la modernisation du droit français de la propriété industrielle. Portant diverses mesures d’harmonisation, de simplification et de modernisation des procédures de l’Institut national de la propriété industrielle, ce texte modifie trente-cinq articles du code de la propriété intellectuelle et s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation numérique de l’administration, engagé depuis plusieurs années. Son entrée en vigueur immédiate, dès le 2 juillet 2026, y compris pour les procédures en cours, témoigne de la volonté du pouvoir réglementaire d’imprimer un rythme soutenu à cette réforme.

Cette refonte procédurale intervient dans un contexte de forte croissance des dépôts de titres de propriété industrielle. L’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle a ainsi annoncé, le 7 juillet 2026, un record historique de 166 214 dépôts de marques et de dessins et modèles de l’Union européenne au premier semestre 2026, en hausse de 4,7 % par rapport à la même période de 2025. La France se distingue particulièrement, avec une progression de 17,4 % des dépôts de marques de l’Union européenne, soit la plus forte croissance parmi les États membres. Ces chiffres confirment l’importance stratégique de la propriété industrielle dans l’économie contemporaine et justifient, en creux, la nécessité d’un cadre procédural moderne et efficace.

Le décret du 30 juin 2026 articule ses dispositions autour de huit chapitres distincts, couvrant l’harmonisation des délais, la simplification des formalités, les modalités de notification, la mise à disposition du fascicule du brevet, la protection des données personnelles, le remboursement des redevances, les dispositions relatives à l’outre-mer et les mesures transitoires. Cette architecture témoigne d’une approche globale, qui entend traiter simultanément l’ensemble des dimensions de la relation entre l’INPI et les déposants.

L’analyse de cette réforme révèle une tension féconde entre deux impératifs : d’une part, la recherche d’une plus grande efficacité administrative, par la simplification et la dématérialisation des procédures ; d’autre part, le renforcement des garanties offertes aux déposants et aux tiers, notamment par une meilleure protection des données personnelles et une transparence accrue. Cette double orientation structure l’ensemble du dispositif et mérite d’être examinée successivement.

I. La simplification des procédures au service de l’efficacité administrative

La première orientation du décret du 30 juin 2026 consiste à rationaliser les procédures devant l’INPI, en harmonisant les délais et en achevant la transition numérique entamée depuis plusieurs années. Cette démarche de simplification répond à un impératif pratique : adapter l’outil administratif à l’augmentation continue du nombre de dépôts et aux exigences de célérité des opérateurs économiques.

A. L’harmonisation des délais et l’alignement des formalités

Le décret procède à un alignement significatif des délais applicables aux différentes procédures contradictoires. Le délai de décision en matière d’opposition et de nullité de marque est porté de trois à quatre mois, à l’instar du délai déjà applicable aux oppositions en matière de brevets. Cette harmonisation, d’application immédiate y compris pour les affaires en cours au 2 juillet 2026, présente un double avantage : elle offre aux parties un temps d’instruction supplémentaire et elle unifie le régime procédural des différentes branches de la propriété industrielle, facilitant ainsi la lisibilité du système pour les praticiens. Par ailleurs, le décret ouvre la possibilité de régulariser une opposition à l’enregistrement d’une marque en cas d’irrecevabilité, faculté qui n’existait pas jusqu’alors, et qui tempère utilement la rigueur du formalisme.

L’alignement du seuil de réduction des redevances pour les petites et moyennes entreprises sur la définition européenne constitue une autre mesure d’harmonisation remarquable. Le plafond est abaissé de 1 000 à 250 salariés, conformément à la définition communautaire de la PME. Cette convergence normative, applicable aux demandes de brevet déposées à compter du 2 juillet 2026, simplifie l’identification des bénéficiaires et supprime une source potentielle de contentieux liée à la discordance entre les définitions nationales et européennes. L’obligation nouvelle de présenter la demande de réduction dès le dépôt de la demande de brevet, et non plus dans le mois suivant, renforce la sécurité juridique en fixant un cadre temporel clair.

La simplification des formalités de dépôt s’illustre également par la suppression des enveloppes de déclaration d’inventions de salariés et par la dispense de fourniture d’une copie des demandes antérieures en cas de revendication de priorité interne, l’INPI ayant désormais accès à ces documents par d’autres canaux. Ces mesures, en apparence modestes, réduisent les contraintes administratives pesant sur les déposants et accélèrent le traitement des dossiers. Le délai imparti aux tiers pour présenter des observations sur les certificats d’utilité est fixé à trois mois après la publication, à l’identique du régime applicable aux brevets, ce qui parachève l’unification des régimes procéduraux.

La chambre commerciale de la Cour de cassation avait d’ailleurs rappelé, dans un arrêt du 17 mai 2023, l’importance de la rigueur procédurale dans les relations avec l’INPI. Dans cette affaire, elle a jugé que « la notification de la décision constatant la déchéance d’un brevet, qu’elle soit faite au breveté ou à son mandataire, met fin à l’excuse légitime visée à l’article L. 612-16 précité du code de la propriété intellectuelle et fait courir le délai de deux mois pour présenter un recours en restauration des droits sur ce brevet et procéder au paiement de la redevance » (Com. 17 mai 2023, n° 22-10.744, Publié au Bulletin). Cette décision illustre la portée pratique des délais de procédure et la nécessité, pour les déposants, de disposer d’un cadre procédural clair et prévisible. L’harmonisation opérée par le décret du 30 juin 2026 répond précisément à cet impératif de sécurité juridique.

B. La dématérialisation intégrale des notifications

La mesure la plus emblématique de la modernisation administrative opérée par le décret réside dans la suppression des notifications sur support papier. Aux termes de l’article 4 du décret, toutes les notifications sont désormais exclusivement électroniques. Un courriel informe le destinataire de la mise à disposition d’une notification dans son espace personnel sur le portail des e-procédures de l’INPI. À défaut d’adresse électronique renseignée, le code de la propriété intellectuelle prévoit désormais une publication au Bulletin officiel de la propriété industrielle, à l’instar de ce qui prévalait antérieurement lorsque l’adresse postale était inconnue.

Cette dématérialisation intégrale constitue l’aboutissement d’un processus de transition numérique engagé de longue date. Elle emporte des conséquences juridiques significatives, notamment en matière de computation des délais de recours. La date de notification électronique devient le point de départ des délais de recours contentieux, ce qui impose aux déposants et à leurs conseils une vigilance accrue dans la consultation de leurs espaces personnels. Pour les praticiens du droit de la propriété industrielle, cette évolution appelle une adaptation des pratiques de gestion des portefeuilles de titres, la surveillance des notifications électroniques devenant un élément central de la stratégie de protection.

L’arrêt précité de la chambre commerciale du 17 mai 2023 prend, à cet égard, une résonance particulière. La Cour de cassation y a rappelé que la notification au mandataire inscrit au registre national des brevets produit les mêmes effets que la notification au titulaire lui-même, en précisant que « toute notification est réputée régulière si elle est faite au mandataire du titulaire du brevet » (Com. 17 mai 2023, n° 22-10.744, précité). La transposition de ce principe à l’environnement dématérialisé suppose que les mandataires disposent d’un accès effectif et permanent au portail des e-procédures, et qu’ils soient en mesure de détecter sans délai les notifications qui leur sont adressées.

La Cour de cassation a également eu l’occasion de préciser, dans un arrêt du 1er février 2023, les règles de compétence en matière de requêtes aux fins de saisie-contrefaçon, en jugeant que ces requêtes relèvent de « la seule compétence du président de la chambre saisie ou à laquelle l’affaire a été distribuée ou au juge déjà saisi » (Com. 1er fév. 2023, n° 21-22.225, Publié au Bulletin). Cette décision, qui sanctionne par l’irrecevabilité l’invocation tardive d’une exception d’incompétence, souligne l’importance de la maîtrise des règles procédurales dans le contentieux de la propriété industrielle. La simplification des voies de notification électronique, en rendant le système plus accessible, contribue à réduire le risque d’erreurs procédurales préjudiciables aux droits des parties.

II. Le renforcement des garanties au profit des déposants et des tiers

La seconde orientation du décret du 30 juin 2026 vise à renforcer la protection des droits des déposants et des tiers, par une meilleure transparence de l’action administrative et par un encadrement plus strict du traitement des données personnelles. Ces garanties constituent le pendant nécessaire de la simplification procédurale, en ce qu’elles préservent les intérêts légitimes des usagers du système de propriété industrielle.

A. La protection des données personnelles et la transparence du fascicule du brevet

Le chapitre V du décret introduit une mesure importante de protection des données personnelles : les adresses personnelles des personnes physiques déposant des titres de propriété industrielle ne sont plus publiées ni diffusées dans les registres et au Bulletin officiel de la propriété industrielle. Cette information ne figurera donc plus sur le site DATA INPI, afin de respecter la confidentialité des données personnelles, à l’image de ce qui est déjà en vigueur pour le Registre national des entreprises.

Cette évolution répond aux exigences de la Commission nationale de l’informatique et des libertés et s’inscrit dans le cadre du Règlement général sur la protection des données du 27 avril 2016. Elle traduit une prise de conscience de la nécessité de concilier le principe de publicité des registres de propriété industrielle, qui fonde la sécurité juridique des tiers, avec le droit fondamental à la protection des données personnelles. La Cour de cassation avait d’ailleurs eu à connaître de cette tension entre transparence et confidentialité dans l’arrêt Chavanoz du 17 mai 2023, en jugeant que « la publication d’une demande de brevet ne divulgue au public que les caractéristiques techniques et les informations relatives à l’invention qu’elle contient » et qu’elle n’a donc pas « pour effet de rendre caduc l’accord de confidentialité en lui-même ni de libérer le débiteur de son obligation de confidentialité à l’égard des éléments protégés par l’accord, non divulgués par cette publication » (Com. 17 mai 2023, n° 19-25.007, Publié au Bulletin). Cet arrêt, rendu sous l’empire des articles 52 de la Convention sur la délivrance des brevets européens du 5 octobre 1973 et L. 611-1 du code de la propriété intellectuelle, rappelle que la publication n’emporte pas levée générale du secret et que la confidentialité conserve sa pleine portée pour les informations non techniques.

Le chapitre IV du décret apporte, par ailleurs, une modification substantielle au régime du fascicule du brevet. L’impression des fascicules de brevet est supprimée, dans une logique de dématérialisation qui s’étend désormais à l’ensemble des supports de l’action administrative. Les résumés de brevet pourront être intégralement rédigés par l’INPI, et non plus seulement mis en forme, ce qui évite les échanges avec les déposants et accélère le processus de publication. Cette mesure, en apparence technique, modifie profondément la relation entre l’INPI et les déposants, en conférant à l’administration un rôle accru dans la synthèse de l’information technique.

B. La redéfinition du régime des redevances et la consolidation des droits de la défense

Le chapitre VI du décret opère une refonte du régime des redevances acquittées auprès de l’INPI. Tous les remboursements prévus par le code de la propriété intellectuelle sont désormais supprimés, à l’exception du remboursement de la redevance de rapport de recherche lorsque ce rapport n’a pas encore été établi. En conséquence, les sommes versées en cas d’irrecevabilité de la demande, de clôture de la procédure de limitation de brevet à la suite d’une opposition, de défaut de traduction lors de la conversion d’un brevet européen ou encore de défaut de transmission de la demande d’extension internationale de brevet à l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle ne seront plus restituées. Cette mesure est applicable à toutes les demandes déposées à compter du 2 juillet 2026.

La suppression généralisée des remboursements de redevances constitue une évolution financière significative pour les déposants. Elle fait peser sur ces derniers une responsabilité accrue dans la préparation et la vérification de leurs demandes, le coût de l’irrecevabilité ou de l’abandon étant désormais intégralement supporté par le demandeur. Cette logique de responsabilisation, si elle peut être perçue comme sévère, s’inscrit dans une tendance plus large de rationalisation de la gestion budgétaire des offices de propriété industrielle en Europe. Elle invite les déposants à recourir de manière plus systématique aux conseils de professionnels qualifiés, avocats ou conseils en propriété industrielle, pour sécuriser leurs démarches.

Parallèlement, le décret renforce les droits de la défense dans le cadre des procédures contradictoires. Les propositions de modification du brevet peuvent désormais être introduites dans la procédure d’opposition jusqu’à la fin de la phase orale, sous réserve du respect du contradictoire. Cette faculté nouvelle, qui élargit la marge de manœuvre du titulaire du brevet, doit être mise en regard avec l’arrêt du 1er février 2023 précité, dans lequel la Cour de cassation a rappelé que « le juge a l’obligation de ne pas dénaturer l’écrit qui lui est soumis » et que « les exceptions doivent, à peine d’irrecevabilité, être soulevées simultanément et avant toute défense au fond ou fin de non-recevoir » (Com. 1er fév. 2023, n° 21-22.225, précité). L’assouplissement des conditions de modification du brevet en cours de procédure d’opposition, s’il doit être salué comme un progrès, ne saurait dispenser les parties d’une rigueur procédurale que la chambre commerciale continue d’exiger avec constance.

L’arrêt du 17 mai 2023 rendu dans l’affaire Urschel Laboratories avait d’ailleurs précisé les conditions du recours en restauration des droits en cas de déchéance pour défaut de paiement des redevances annuelles. La Cour de cassation y a jugé que « le recours formé plus de deux mois après la cessation de l’empêchement est irrecevable » (Com. 17 mai 2023, n° 22-10.744, précité). Cette rigueur dans l’appréciation des délais, combinée à la suppression des remboursements de redevances, impose désormais aux déposants une vigilance renforcée dans le suivi de leurs titres et le respect des échéances procédurales.

Enfin, le décret parachève l’alignement du droit français sur le droit de l’Union européenne s’agissant de la définition des PME, et sur la pratique des offices étrangers en matière de gestion des procédures. Le chapitre III, relatif aux modalités de notification, et le chapitre VII, consacré aux dispositions d’outre-mer, complètent ce dispositif en assurant une couverture territoriale complète de la réforme. Les dispositions transitoires du chapitre VIII précisent les conditions d’application dans le temps, avec une entrée en vigueur immédiate pour l’essentiel des mesures, ce qui témoigne de la volonté du gouvernement de ne pas différer les effets de cette modernisation.

Conclusion

Le décret n° 2026-576 du 30 juin 2026, dont l’analyse complète est accessible sur le site de Legifrance, opère une transformation profonde et cohérente du cadre procédural de la propriété industrielle française. En articulant simplification administrative et renforcement des garanties, il répond à la double exigence d’efficacité économique et de sécurité juridique qui caractérise le droit contemporain de la propriété intellectuelle.

La suppression intégrale des notifications papier, l’harmonisation des délais de procédure, la protection renforcée des données personnelles et la refonte du régime des redevances constituent autant de mesures qui, prises ensemble, dessinent un nouveau visage de l’INPI. La prudence commande toutefois de réserver l’appréciation définitive de cette réforme à l’épreuve de sa mise en œuvre concrète. La dématérialisation intégrale, en particulier, suppose que les outils numériques de l’INPI fonctionnent de manière irréprochable, ce que les praticiens devront vérifier dans les mois à venir. La suppression des remboursements de redevances, quant à elle, pourrait susciter des contestations si elle devait être perçue comme une atteinte disproportionnée aux droits des déposants de bonne foi.

Il appartiendra à la chambre commerciale de la Cour de cassation, juge de droit commun du contentieux de la propriété industrielle, de préciser la portée de ces nouvelles dispositions à l’occasion des litiges qui ne manqueront pas de naître de leur application. La cohérence de la jurisprudence antérieure, qui conjugue rigueur procédurale et protection des droits fondamentaux, laisse augurer une interprétation équilibrée de ce nouveau cadre normatif.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».