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La servitude par destination du père de famille : constitution et jurisprudence

La servitude par destination du père de famille : conditions de constitution et appréciation de la division d’un fonds unique

L’établissement d’une servitude par destination du père de famille constitue un mécanisme juridique singulier, dérogeant au principe de la constitution conventionnelle des servitudes. La jurisprudence récente de la Cour de cassation, à travers deux arrêts rendus au début de l’année 2026, vient rappeler avec une rigueur accrue l’exigence fondamentale de l’appartenance originaire des fonds divisés à un même et unique propriétaire, soumettant le juge du fond à un contrôle strict de la qualification des titres.

Par Reda Kohen, avocat au barreau de Paris.

La reconnaissance d’une servitude par destination du père de famille obéit à des conditions strictes posées par le code civil, dont l’interprétation par la Cour de cassation ne cesse de se préciser au fil du temps. Ce mode d’établissement des servitudes, prévu par les articles 693 et 694 du code civil, permet de figer un état de fait créé par un propriétaire unique lors de la division de son fonds. L’institution repose sur l’idée pragmatique selon laquelle un propriétaire qui aménage son propre terrain crée des rapports de service entre les différentes parties de celui-ci, rapports qui ont vocation à survivre s’il vient à morceler sa propriété pour la transmettre à des propriétaires distincts. La jurisprudence récente illustre cependant la complexité de ce mécanisme lorsque la division intervient dans le cadre d’opérations patrimoniales complexes, telles que des donations-partages ou des successions impliquant des biens propres et des biens communs. La notion même d’appartenance à un même propriétaire soulève alors des interrogations fondamentales sur l’étanchéité des masses de biens au sein des régimes matrimoniaux.

L’article 693 du code civil pose le principe matriciel en disposant qu’il n’y a destination du père de famille que lorsqu’il est prouvé que les deux fonds actuellement divisés ont appartenu au même propriétaire, et que c’est par lui que les choses ont été mises dans l’état duquel résulte la servitude. L’article 694 du même code complète ce dispositif en prévoyant que si le propriétaire de deux héritages entre lesquels il existe un signe apparent de servitude dispose de l’un des héritages sans que le contrat contienne aucune convention relative à la servitude, elle continue d’exister activement ou passivement en faveur du fonds aliéné ou sur le fonds aliéné. L’articulation de ces deux textes a souvent nourri un abondant contentieux, la doctrine et la jurisprudence ayant progressivement circonscrit le domaine de l’article 693 aux servitudes continues et apparentes, et celui de l’article 694 aux servitudes discontinues mais dotées d’un signe apparent lors de la division.

Toutefois, la difficulté primordiale d’application de ces textes réside aujourd’hui dans l’identification préalable de l’auteur commun et dans la qualification rigoureuse de la division originaire. La troisième chambre civile de la Cour de cassation a eu l’occasion, par deux arrêts successifs rendus le 27 février 2025 et le 27 mars 2025, de censurer des cours d’appel ayant retenu l’existence d’une telle servitude en l’absence d’une véritable identité de propriété lors de l’aménagement matériel des lieux. Ces décisions rappellent avec force que le juge du fond ne dispose d’aucun pouvoir d’appréciation souple quant à la condition de l’unicité de propriété. La fiction juridique qui fonde la destination du père de famille ne s’accommode d’aucune approximation quant à la titularité des droits réels sur les parcelles concernées.

Il convient dès lors d’analyser l’exigence d’un fonds originaire commun comme condition impérative à la constitution de la servitude par destination du père de famille (I), avant d’examiner l’incidence des modalités de la division du fonds sur la caractérisation de l’aménagement initial et sur la charge de la preuve pesant sur les parties (II).

I. L’exigence impérative d’un fonds originaire appartenant à un propriétaire unique

La constitution d’une servitude par destination du père de famille repose sur la fiction juridique selon laquelle l’aménagement matériel réalisé par un propriétaire sur son propre fonds se transforme implicitement en servitude lors de la division de celui-ci, afin de préserver l’économie générale des lieux. Cette métamorphose fonctionnelle suppose la démonstration d’une identité parfaite et absolue de propriété avant la séparation des héritages.

A. La caractérisation stricte de l’identité du propriétaire originaire

La jurisprudence de la Cour de cassation exige une lecture littérale et intransigeante de l’article 693 du code civil. La constitution de la servitude par destination du père de famille requiert que l’auteur de l’aménagement matériel ait été le propriétaire exclusif de l’ensemble de l’assiette foncière concernée. Cette condition substantielle vise à s’assurer que l’état de fait n’est pas le fruit d’une simple tolérance précaire entre propriétaires distincts, ni l’effet d’une servitude conventionnelle mal documentée, mais bien la manifestation de la volonté unilatérale d’un propriétaire unique organisant l’exploitation de son propre bien de la manière la plus rationnelle possible.

La Cour de cassation contrôle avec une extrême vigilance la caractérisation de cette identité de propriété, n’hésitant pas à censurer les décisions des juges du fond qui extrapolent l’unité foncière à partir de situations familiales ou successorales confuses. Dans un arrêt rendu le 27 mars 2025, la troisième chambre civile a fermement sanctionné une cour d’appel ayant procédé à une appréciation erronée de la titularité des droits de propriété lors de la prétendue division. L’affaire concernait le tracé de canalisations d’évacuation des eaux pluviales et usées qui se piquaient sur celles d’une propriété contiguë. La cour d’appel, cherchant à dénouer le conflit de voisinage, avait déduit de divers actes de succession et de partage que les deux immeubles avaient autrefois appartenu à des auteurs communs. Selon les juges du fond, l’acte de partage ancien était à l’origine de la division, justifiant ainsi l’existence d’une servitude par destination du père de famille permettant le maintien des évacuations [[Cass. 3e civ., 27 mars 2025, n° 23-22.444, https://www.courdecassation.fr/decision/67e4f3b3482b9311fa9a3de2 : « Il en déduit que les deux immeubles ont appartenu à des auteurs communs, que l’acte de partage du 7 novembre 1950 est à l’origine de la division des immeubles situés aux n° [Adresse 1] et [Adresse 2], et, constatant que l’aménagement des canalisations des évacuations d’eaux usées existait déjà à cette date et était apparent lors de la division des fonds, que les conditions d’une servitude par destination du père de famille sont réunies. ».]].

Cependant, la Haute juridiction a relevé la dénaturation flagrante de l’acte de partage par la cour d’appel. La Cour de cassation souligne que la décision attaquée ne pouvait retenir la division d’un fonds unique alors que l’acte notarié invoqué précisait clairement que les droits de propriété étaient répartis de manière distincte entre les différentes parties de la succession. La Cour indique que l’acte historique mentionnait que l’un des immeubles appartenait en pleine propriété à la veuve, tandis que l’autre appartenait par tiers en nue-propriété aux enfants et en usufruit seulement à la veuve. La troisième chambre civile censure logiquement la décision d’appel en relevant que les juges du fond ont violé l’obligation fondamentale de ne pas dénaturer l’écrit clair et précis qui leur est soumis [[Cass. 3e civ., 27 mars 2025, n° 23-22.444, https://www.courdecassation.fr/decision/67e4f3b3482b9311fa9a3de2 : « En statuant ainsi, alors que l’acte du 7 novembre 1950 mentionnait que l’immeuble situé au n° [Adresse 2] appartenait à [F] [J] pour lui avoir été attribué en pleine propriété par un acte notarié du 21 janvier 1905, et que l’immeuble situé au n° [Adresse 1] appartenait par tiers en nue-propriété aux trois enfants d'[W] [Z], qui en était le seul propriétaire, et en usufruit à [F] [J], sa veuve, la cour d’appel, qui a considéré que cet acte avait procédé à la division d’un fonds unique composé des immeubles situés aux n° [Adresse 1] et [Adresse 2], en a dénaturé les termes clairs et précis et a violé le principe susvisé. ».]].

Cette solution démontre sans ambiguïté que la simple indivision, le démembrement de propriété superposé ou l’existence de droits réels concurrents sur des parcelles contiguës excluent catégoriquement la qualification de propriétaire unique. Le concept originaire de père de famille ne souffre aucune pluralité de titulaires de droits réels, fussent-ils membres d’une même cellule familiale, sur le fonds considéré avant sa division formelle. L’unité de la propriété doit être absolue et ne peut résulter d’une agglomération d’intérêts ou d’une possession partagée.

B. L’obstacle de la nature juridique des biens dans les actes de transmission

L’exigence impérative d’un propriétaire unique se heurte fréquemment à la complexité des transmissions patrimoniales modernes, tout particulièrement lorsque les biens concernés relèvent de masses de biens distinctes soumises à des régimes juridiques propres. La qualification des biens lors d’une donation-partage entre ascendants et descendants constitue une illustration particulièrement révélatrice de la rigueur implacable de la Cour de cassation en matière de droits réels démembrés et de servitudes.

Dans une décision remarquée du 27 février 2025, la troisième chambre civile s’est prononcée sur l’application des conditions de l’article 693 du code civil à la suite d’un acte de donation-partage impliquant des biens de natures différentes. Les donateurs, un couple marié, avaient transmis à l’un de leurs héritiers la nue-propriété d’une parcelle constituant un bien propre exclusif à l’un des donateurs, et à un autre de leurs héritiers des parcelles constituant, à l’inverse, des biens communs relevant de la communauté matrimoniale. La question centrale se posait de savoir si un tel acte global de transmission pouvait juridiquement opérer la division d’un fonds unique, condition sine qua non ouvrant droit à la reconnaissance d’une servitude de passage par destination du père de famille.

La Cour de cassation rappelle dans un premier temps la règle absolue selon laquelle la destination du père de famille n’existe que lorsqu’il est incontestablement prouvé que les fonds divisés ont appartenu exactement au même propriétaire [[Cass. 3e civ., 27 fév. 2025, n° 23-10.658, https://www.courdecassation.fr/decision/67c00a671125355ef3efdbb9 : « Aux termes de l’article 693 du code civil, il n’y a destination du père de famille que lorsqu’il est prouvé que les deux fonds actuellement divisés ont appartenu au même propriétaire et que c’est par lui que les choses ont été mises dans l’état duquel résulte la servitude. ».]]. Elle en tire ensuite une conséquence implacable et didactique relative à la nature intrinsèque des biens objets de la transmission patrimoniale.

La Haute juridiction affirme solennellement que la transmission simultanée de biens de natures juridiques différentes, même au sein d’un instrumentum unique, empêche radicalement toute création de servitude par ce mécanisme de la destination du père de famille. Elle précise que les biens ainsi transmis n’ont pas appartenu au même propriétaire et que le partage successoral n’a donc pas opéré la division d’un même et unique fonds de terre [[Cass. 3e civ., 27 fév. 2025, n° 23-10.658, https://www.courdecassation.fr/decision/67c00a671125355ef3efdbb9 : « Il s’en déduit que, lorsque, par une donation-partage, des époux transmettent à l’un de leurs héritiers un fonds constituant un bien propre de l’un d’eux, et à un autre un fonds constituant un bien commun, aucune servitude par destination du père de famille ne peut être constituée à cette occasion, les biens ainsi transmis n’ayant pas appartenu au même propriétaire et le partage n’ayant donc pas opéré de division d’un même fonds. ».]].

Cette décision retentissante consacre l’étanchéité absolue des masses patrimoniales dans l’application stricte du droit des biens. Un bien propre appartient exclusivement à l’un des époux, soumis à son seul pouvoir d’administration et de disposition final, tandis qu’un bien commun appartient conjointement à la communauté matrimoniale. Par conséquent, leur transmission conjointe et simultanée dans un acte notarié unique ne valide en aucune manière la condition d’appartenance préalable au même propriétaire exigée par l’article 693. Le fait que les époux donateurs aient conjointement et solidairement consenti à la donation-partage globale ne supplée en rien l’absence rédhibitoire d’identité de propriété originaire sur les différentes assises foncières matérielles. L’indépendance des masses de biens fait écran à la création de la servitude.

II. L’aménagement initial des lieux et les modalités de la séparation matérielle

La condition fondamentale tenant à la division préalable d’un fonds unique doit obligatoirement s’accompagner de la preuve incontestable d’un aménagement matériel spécifique, révélateur de l’intention claire du propriétaire initial d’assujettir une fraction de sa propriété au service exclusif d’une autre fraction. La charge de cette preuve complexe repose lourdement sur celui qui invoque le bénéfice de la servitude. L’analyse détaillée de ces aménagements par les juridictions du fond s’avère particulièrement méticuleuse et soumise au contrôle de la Cour de cassation.

A. L’antériorité de l’aménagement apparent par rapport à l’acte de division

La naissance effective de la servitude par destination du père de famille requiert de manière consubstantielle que l’état de fait ait été physiquement et matériellement constitué avant l’acte juridique emportant la séparation définitive des héritages. L’aménagement fonctionnel doit être l’œuvre exclusive de l’auteur commun et doit subsister de manière apparente au moment précis où le fonds perd son unité juridique originelle.

Cette exigence de chronologie interdit rigoureusement de fonder l’existence d’une telle servitude sur des aménagements ou des constructions postérieures à la division, fussent-ils réalisés de bonne foi par l’un des nouveaux propriétaires avec la tolérance silencieuse ou même l’accord verbal de l’autre. Le signe apparent de servitude doit témoigner univoquement de la volonté passée et cristallisée du propriétaire unique d’organiser l’espace de manière dissymétrique, en créant une dépendance pérenne.

Dans le cas fréquent des canalisations d’évacuation des eaux, la visibilité manifeste de l’ouvrage lors de la division constitue assurément un indice factuel déterminant, mais il demeure fondamentalement insuffisant si la preuve irréfragable de la réalisation de l’aménagement par un auteur véritablement unique fait défaut. L’erreur d’appréciation des juges du fond sanctionnée dans l’arrêt du 27 mars 2025 reposait précisément sur l’amalgame pernicieux entre la seule constatation d’un aménagement apparent et l’exigence juridique d’un aménagement réalisé par un propriétaire commun souverain. Le seul constat factuel que les canalisations litigieuses existaient déjà à la date du partage ancien et se trouvaient apparentes lors de la séparation matérielle ne saurait en aucun cas pallier l’absence structurelle d’unité de propriété [[Cass. 3e civ., 27 mars 2025, n° 23-22.444, https://www.courdecassation.fr/decision/67e4f3b3482b9311fa9a3de2 : « que l’acte de partage du 7 novembre 1950 est à l’origine de la division des immeubles situés aux n° [Adresse 1] et [Adresse 2], et, constatant que l’aménagement des canalisations des évacuations d’eaux usées existait déjà à cette date et était apparent lors de la division des fonds, que les conditions d’une servitude par destination du père de famille sont réunies. ».]].

Il incombe par conséquent au juge de vérifier avec minutie non seulement la matérialité et la visibilité de l’aménagement, mais également son imputabilité temporelle et juridique exacte au propriétaire initial du fonds supposément unique. La preuve de l’état précis des lieux à la date historique de la division s’avère souvent délicate en pratique, impliquant le recours méthodique à des titres de propriété anciens, des plans cadastraux historiques, des attestations testimoniales concordantes ou des éléments architecturaux probants mis en lumière par l’expertise judiciaire.

B. Le silence de l’acte de séparation et le contrôle final du juge

Conformément à la lettre de l’article 694 du code civil, la survie de l’aménagement matériel sous forme de servitude juridique est expressément conditionnée à l’absence de toute convention contraire inscrite dans le contrat opérant la division. Le silence absolu de l’acte notarié quant au sort de l’aménagement vaut alors, par l’effet de la loi, maintien définitif de l’état de fait. À l’inverse, toute clause manifestant l’intention expresse ou tacite des parties de supprimer l’aménagement fait durablement obstacle à la constitution de la servitude.

La Cour de cassation veille attentivement à ce que les juges du fond examinent l’ensemble de ces conditions restrictives avec la plus grande rigueur, y compris lorsque l’état d’enclave prétendument inéluctable d’une parcelle est invoqué à titre purement subsidiaire par le demandeur. L’existence avérée d’un état d’enclave matériel ne permet pas de se soustraire artificiellement aux conditions strictes de constitution de l’article 693.

Dans l’arrêt marquant du 27 février 2025, la cour d’appel avait courageusement écarté l’état d’enclave en s’appuyant sur des constatations de fait démontrant l’existence incontestable d’accès routiers alternatifs pour la parcelle concernée. La Cour de cassation a fermement validé cette appréciation souveraine des juges du fond en relevant que le passage revendiqué à travers le fonds voisin relevait de la pure commodité personnelle et ne caractérisait en aucune manière une situation d’enclavement juridique au sens de l’article 682 du code civil. La Haute juridiction souligne que les pièces photographiques produites aux débats confirmaient la possibilité matérielle d’un accès automobile indépendant, justifiant pleinement le rejet de la qualification d’enclave [[Cass. 3e civ., 27 fév. 2025, n° 23-10.658, https://www.courdecassation.fr/decision/67c00a671125355ef3efdbb9 : « la cour d’appel, qui a ainsi fait ressortir que le passage revendiqué pour accéder directement au garage situé à l’arrière de la parcelle F n° [Cadastre 9] relevait d’une simple commodité, en a exactement déduit que ce fonds n’était pas enclavé. ».]].

Cette approche casuistique démontre de manière éclatante que la destination du père de famille ne constitue aucunement une alternative de complaisance destinée à contourner les exigences de la servitude légale de passage pour cause d’enclave. Elle demeure indéfectiblement une modalité autonome, historique et spécifique d’établissement des servitudes, obéissant à des critères stricts dont le premier et le plus essentiel reste l’unité originaire incontestable de la propriété immobilière. La jurisprudence récente confirme ainsi une lecture extraordinairement restrictive et hautement protectrice du droit fondamental de propriété, refusant de manière assumée de pallier les insuffisances rédactionnelles des actes notariés de transmission ou de partage par l’activation de fictions juridiques qui ne seraient pas rigoureusement établies.

La consolidation définitive de cette trajectoire jurisprudentielle invite avec insistance les praticiens du droit et les rédacteurs d’actes à redoubler de vigilance lors de la conception des opérations de division foncière. La qualification précise et indiscutable des biens transmis, la détermination minutieuse de l’origine de propriété et l’expression claire, expresse et circonstanciée de la volonté des parties quant au sort ultérieur des aménagements existants demeurent les meilleurs remparts contre l’insécurité juridique structurelle attachée à la reconnaissance judiciaire a posteriori des servitudes par destination du père de famille. L’omission de stipulations explicites dans l’acte de division expose invariablement les propriétaires successifs à un contentieux probatoire long, coûteux et incertain, dont l’issue finale dépend quasi-exclusivement d’une analyse chirurgicale des titres de propriété originaires.

Conclusion

La théorie civiliste de la servitude par destination du père de famille illustre avec une rare acuité la persistance d’une institution classique du droit des biens confrontée à l’extrême complexité des mutations immobilières et patrimoniales contemporaines. L’intervention répétée et pédagogique de la Cour de cassation sur l’exigence d’un fonds originaire rigoureusement commun témoigne de la volonté farouche de préserver le délicat équilibre entre, d’une part, la pérennité souhaitable des aménagements matériels fonciers manifestement utiles à l’exploitation et, d’autre part, le respect absolu et constitutionnel de l’étendue des droits de propriété transmis aux acquéreurs. L’orthodoxie juridique commandée par les articles 693 et 694 du code civil s’impose avec la plus implacable rigueur aux juridictions du fond, garantissant ainsi au justiciable la prévisibilité de la norme et la sécurité absolue des transactions immobilières dans la durée.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».