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RE2020 et permis de construire en 2026 : attestation manquante, refus ou dossier incomplet, que faire ?

La RE2020 revient au premier plan en 2026 dans les dossiers de construction neuve. Les maîtres d’ouvrage, promoteurs, constructeurs, particuliers qui font bâtir une maison, investisseurs et vendeurs sous condition suspensive de permis doivent désormais être particulièrement attentifs à une question très pratique : le dossier de permis contient-il bien l’attestation environnementale exigée pour le projet ?

Le sujet n’est pas seulement technique. Une attestation absente, incomplète ou mal datée peut retarder l’instruction, fragiliser un permis déjà obtenu, alimenter un recours de voisin, bloquer une vente immobilière ou conduire la mairie à opposer un refus. En 2026, les ajustements de la RE2020 et son extension progressive à de nouveaux bâtiments rendent ce point encore plus sensible, notamment pour les projets déposés autour des dates d’entrée en vigueur.

Le bon réflexe consiste à traiter l’attestation RE2020 comme une pièce juridique du dossier de permis, pas comme un simple document d’ingénierie thermique.

Ce que la RE2020 change dans le dossier de permis

La RE2020 est la réglementation environnementale applicable à la construction neuve. Le ministère de la Transition écologique rappelle qu’elle ne vise plus seulement la consommation d’énergie, mais aussi les émissions de carbone et le confort d’été. Elle s’applique par étapes selon les catégories de bâtiments : logements, bureaux, enseignement, puis bâtiments tertiaires spécifiques.

En pratique, lorsqu’un projet est soumis aux exigences de performance énergétique et environnementale, le dossier joint à la demande de permis de construire doit comprendre une attestation de respect ou de prise en compte de ces exigences.

Cette obligation résulte notamment de l’article R. 431-16 du code de l’urbanisme, qui vise l’attestation exigée par le code de la construction et de l’habitation. Le Conseil d’Etat a rappelé, dans une décision du 18 novembre 2024, que la date de dépôt de la demande est déterminante pour savoir si la réglementation environnementale s’applique au projet d’habitation concerné.

Cela signifie qu’un projet ne se juge pas seulement à la date à laquelle la mairie signe l’arrêté. Il faut reprendre la chronologie exacte : date du dépôt initial, complétude du dossier, éventuelle demande de pièces, dépôt d’un permis modificatif, cristallisation éventuelle des règles d’urbanisme et nature précise des travaux.

Attestation RE2020 manquante : la mairie peut-elle refuser le permis ?

Oui, mais pas n’importe comment.

Lorsqu’une pièce obligatoire manque au dossier, l’administration doit en principe demander les pièces complémentaires dans le délai prévu par le code de l’urbanisme. La demande doit être précise et exhaustive. Si la mairie laisse passer le délai d’un mois sans réclamer la pièce manquante, elle ne peut pas toujours se fonder ensuite sur cette incomplétude pour refuser le permis.

La cour administrative d’appel de Lyon l’a jugé le 10 octobre 2023 dans une affaire relative à une attestation thermique : faute de demande de pièce complémentaire dans le délai d’un mois, la commune ne pouvait pas fonder le refus sur le caractère incomplet de l’attestation. Cette décision ne dispense évidemment pas de produire l’attestation lorsqu’elle est légalement exigée, mais elle montre qu’un refus doit être vérifié dans sa procédure, pas seulement dans son motif apparent.

Concrètement, si vous recevez un refus pour « dossier incomplet », il faut contrôler immédiatement :

  • la date du dépôt initial ;
  • la date de l’accusé d’enregistrement ;
  • l’existence d’une demande de pièces complémentaires ;
  • la date de réception de cette demande ;
  • le contenu exact de la demande ;
  • la date de production des pièces ;
  • la catégorie de bâtiment et les textes applicables à la date du dépôt.

Un refus qui paraît technique peut cacher un vice de procédure exploitable.

Permis modificatif : l’attestation est-elle toujours exigée ?

Pas automatiquement.

Le Conseil d’Etat a censuré, le 18 novembre 2024, un raisonnement qui imposait une attestation environnementale à un permis modificatif alors que cette attestation n’était pas exigée lors du dépôt du permis initial. Le point est important : un permis modificatif ne fait pas nécessairement basculer tout le projet dans un nouveau régime si le permis initial relevait d’une chronologie antérieure.

Il faut donc distinguer trois situations :

  1. le permis initial est soumis à la RE2020 et l’attestation était exigée dès le dépôt ;
  2. le permis initial n’y était pas soumis, mais un nouveau permis est nécessaire pour un projet substantiellement différent ;
  3. le permis modificatif ne change pas la nature du régime applicable au permis initial.

La qualification est décisive. Un constructeur ou une mairie peut présenter une attestation comme obligatoire alors qu’elle ne l’est pas dans la configuration exacte du dossier. A l’inverse, un maître d’ouvrage peut croire être protégé par l’ancien permis alors que les modifications imposent un nouveau dépôt ou une nouvelle vérification environnementale.

Que faire si la mairie demande une attestation RE2020 complémentaire ?

Il ne faut pas répondre trop vite avec un document approximatif. Une attestation incohérente peut fragiliser la suite de la procédure, surtout si un voisin attaque ensuite le permis.

La réponse doit être construite en quatre temps.

D’abord, vérifier si la demande de pièces a été adressée dans le délai utile. Si elle est tardive, elle peut ne pas produire les effets que la mairie lui attribue.

Ensuite, vérifier si l’attestation est réellement exigée pour le projet. Certains débats naissent d’une confusion entre construction neuve, extension, surélévation, changement de destination, rénovation lourde, bâtiment temporaire ou bâtiment non concerné par la catégorie visée.

Troisièmement, coordonner la réponse avec le bureau d’études, l’architecte et le maître d’oeuvre. L’attestation doit correspondre aux plans, aux surfaces, aux matériaux et au programme réellement déposés. Si l’étude thermique ou environnementale ne correspond pas aux plans de permis, le dossier devient vulnérable.

Enfin, conserver une preuve complète du dépôt : courrier, accusé, récépissé du guichet numérique, bordereau de pièces, version horodatée des plans et de l’attestation.

Que faire si le permis est refusé pour absence d’attestation ?

La première étape consiste à ne pas déposer immédiatement un nouveau dossier sans analyser le refus. Un nouveau dépôt peut parfois être utile, mais il peut aussi faire perdre du temps, déplacer la date applicable ou affaiblir une promesse de vente en cours.

Il faut lire l’arrêté de refus et isoler chaque motif. Un refus peut contenir un motif RE2020 et d’autres motifs d’urbanisme : accès, stationnement, hauteur, emprise, aspect extérieur, risques naturels, PLU, servitudes ou assainissement. Si un seul motif légal suffit à justifier le refus, l’annulation contentieuse devient plus difficile. Si tous les motifs peuvent être contestés, l’action peut viser non seulement l’annulation, mais aussi une injonction de réexaminer ou de délivrer l’autorisation lorsque les conditions sont réunies.

Le recours gracieux auprès de la mairie peut être pertinent lorsqu’il existe une erreur manifeste, une pièce déjà produite, une demande de pièces tardive ou une mauvaise application de la date d’entrée en vigueur. Mais il doit être rédigé avec prudence, car il fixe souvent la première version argumentative du dossier.

Le recours contentieux devant le tribunal administratif doit être envisagé lorsque le refus bloque une vente, un financement, un chantier ou un calendrier contractuel. Dans ce cas, il faut agir vite : les délais d’urbanisme sont courts et le point de départ dépend de la notification de la décision.

Pour un panorama plus large des délais de recours contre un permis ou un refus, vous pouvez consulter notre article sur le recours gracieux en matière de permis de construire.

Vente immobilière et condition suspensive : attention au calendrier

L’attestation RE2020 peut aussi devenir un problème de vente immobilière.

Un propriétaire vend un terrain. L’acquéreur signe une promesse sous condition suspensive d’obtention d’un permis de construire. Le permis est refusé parce que le dossier serait incomplet ou parce que l’attestation environnementale ne correspondrait pas au projet. La vente se bloque. Le vendeur accuse l’acquéreur d’avoir mal constitué son dossier. L’acquéreur répond que la mairie a commis une erreur. Le notaire suspend la signature.

Dans ce type de situation, il faut relire la promesse :

  • qui devait déposer le permis ;
  • quels délais étaient prévus ;
  • le permis devait-il être purgé de recours ;
  • la condition suspensive impose-t-elle un permis définitif ou seulement un dépôt sérieux ;
  • le refus permet-il à l’acquéreur de se désengager ;
  • une obligation de recours était-elle prévue ;
  • une indemnité d’immobilisation peut-elle être conservée ou restituée.

La question RE2020 devient alors un point de preuve contractuelle. Il faut démontrer si le dossier a été loyalement préparé, si le refus était évitable, si un recours avait une chance sérieuse, et si l’une des parties a empêché la condition de se réaliser.

Voisin, recours et attestation RE2020 : quel risque pour un permis déjà obtenu ?

Un voisin peut attaquer un permis en soutenant que le dossier était incomplet ou que l’attestation environnementale était insuffisante. Ce moyen n’entraîne pas automatiquement l’annulation du permis. Les juridictions administratives vérifient notamment si l’omission ou l’insuffisance a été de nature à fausser l’appréciation de l’administration.

Il ne faut donc pas paniquer à la seule lecture d’un recours. Mais il ne faut pas non plus le minimiser. Une attestation absente, incohérente ou sans lien avec les plans déposés peut servir de point d’entrée pour contester plus largement le sérieux du dossier.

Lorsque le permis est attaqué, les pièces à réunir sont les suivantes :

  • dossier complet de permis ;
  • bordereau des pièces déposées ;
  • attestation RE2020 et étude associée ;
  • échanges avec la mairie ;
  • demandes de pièces complémentaires ;
  • permis modificatif éventuel ;
  • plans comparés entre dépôt initial et modification ;
  • contrat d’architecte, mission du bureau d’études et échanges techniques ;
  • promesse de vente ou contrat de construction si le projet dépend d’un calendrier contractuel.

Paris et Ile-de-France : des dossiers souvent plus exposés

A Paris et en Ile-de-France, les projets sont souvent plus sensibles : densité urbaine, voisins nombreux, PLU exigeants, surélévations, divisions foncières, transformation de locaux, bâtiments tertiaires, contraintes patrimoniales ou environnementales. Une erreur sur l’attestation RE2020 peut se cumuler avec un débat sur la hauteur, l’aspect extérieur, la végétalisation, le stationnement ou les risques.

Pour les projets franciliens, il est utile de sécuriser le dossier avant le dépôt, surtout lorsque la vente dépend d’une condition suspensive de permis ou lorsque le financement bancaire impose une date limite. Le cabinet intervient en droit immobilier et urbanisme pour analyser les refus, préparer les recours et sécuriser les échanges avec la mairie. Notre page avocat droit immobilier Paris présente plus largement les contentieux immobiliers traités au cabinet.

Les actions utiles avant de répondre ou de contester

Avant toute contestation, il faut poser un diagnostic simple :

  • l’attestation était-elle légalement exigée pour ce projet ;
  • la date de dépôt fait-elle basculer le dossier dans le bon régime ;
  • la mairie a-t-elle demandé la pièce dans le délai ;
  • le refus repose-t-il seulement sur la RE2020 ou sur plusieurs motifs ;
  • un permis modificatif peut-il régulariser ;
  • un nouveau dépôt serait-il plus rapide qu’un recours ;
  • la promesse de vente ou le contrat de construction impose-t-il une stratégie particulière ;
  • existe-t-il un risque de recours de voisin si le permis est finalement délivré.

La réponse dépend du calendrier. Si le chantier n’a pas commencé et que la mairie accepte une régularisation rapide, la priorité peut être de compléter proprement. Si le refus est déjà signé et qu’il bloque une vente, le recours doit être préparé sans attendre. Si un voisin attaque, la priorité est de défendre la complétude du dossier et, si nécessaire, de déposer un permis modificatif de régularisation.

Sources juridiques et administratives utiles

Les principaux textes et décisions à vérifier sont notamment :

  • la page officielle du ministère sur la réglementation environnementale RE2020 ;
  • le décret n° 2026-200 du 18 mars 2026, consultable sur Legifrance ;
  • la décision du Conseil d’Etat du 18 novembre 2024, n° 490025, sur l’attestation de performance énergétique et environnementale et la date de dépôt de la demande ;
  • l’arrêt de la cour administrative d’appel de Lyon du 10 octobre 2023, n° 21LY04142, sur le refus fondé sur une attestation thermique incomplète sans demande de pièce complémentaire dans le délai utile.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».