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Délit d’initié et sanction AMF : que faire après une enquête pour information privilégiée ?

Le 21 mai 2026, l’Autorité des marchés financiers a annoncé une nouvelle sanction pour manquements d’initiés. La décision vise deux personnes physiques, sanctionnées à hauteur de 50 000 euros au total après des achats de titres réalisés avant l’annonce du rachat d’une société cotée. Le dossier rappelle un point simple : l’AMF ne recherche pas seulement les dirigeants d’émetteurs ou les professionnels de marché. Elle peut aussi viser un actionnaire, un proche, un conseil, un salarié, un apporteur d’affaires ou une personne qui a reçu une recommandation.

Les recherches Google le confirment. Le terme « délit d’initié » représente environ 5 400 recherches mensuelles en France. « Sanction AMF » représente environ 320 recherches mensuelles. « Information privilégiée » reste plus étroit, avec environ 90 recherches mensuelles, mais l’intention est plus qualifiée : la personne cherche souvent à comprendre si une opération, une discussion ou un ordre de bourse peut déclencher une enquête.

Pour une entreprise, un dirigeant ou un investisseur, le sujet n’est donc pas théorique. Une opération sur titres avant une annonce sensible peut ouvrir une enquête, puis une procédure de sanction administrative devant l’AMF, voire un volet pénal selon les cas. Le bon réflexe consiste à reconstituer la chronologie avant de répondre, et non à improviser une explication après réception d’une demande de l’Autorité.

Pourquoi la sanction AMF du 21 mai 2026 mérite l’attention des dirigeants

Dans son communiqué du 21 mai 2026, l’AMF indique que la Commission des sanctions a retenu le caractère privilégié de l’information relative au rachat d’une société cotée, puis examiné plusieurs indices : circuits plausibles de transmission, opérations atypiques, moment des interventions, déclarations des mis en cause et absence d’explications convaincantes. La décision publiée sous la référence SAN-2026-04 vise une sanction de 30 000 euros pour l’un des mis en cause et de 20 000 euros pour l’autre.

La décision est utile parce qu’elle montre la mécanique concrète d’un dossier de manquement d’initié. L’AMF ne se limite pas à demander : « qui savait quoi ? » Elle croise les dates, les liens personnels, les communications, l’historique d’investissement, le volume acheté, la proximité entre l’ordre et l’annonce publique, puis la cohérence des explications données pendant l’enquête.

Un achat isolé peut donc devenir suspect lorsqu’il intervient juste avant une annonce de rachat, de cession, de financement, de restructuration ou de résultat. Une recommandation donnée à un proche peut aussi être reprochée. Le risque ne pèse pas seulement sur celui qui achète. Il pèse aussi sur celui qui transmet ou recommande.

Qu’est-ce qu’une information privilégiée ?

Le droit français renvoie au règlement européen sur les abus de marché, dit règlement MAR. L’article L. 465-1 du code monétaire et financier précise que l’information privilégiée est celle visée par l’article 7 du règlement européen n° 596/2014. En pratique, il s’agit d’une information précise, non publique, qui serait susceptible d’influencer de façon sensible le cours d’un instrument financier si elle était rendue publique.

Trois questions doivent donc être posées.

L’information était-elle suffisamment précise ? Une simple rumeur vague ne suffit pas toujours. En revanche, un projet de rachat déjà avancé, une offre ferme, une négociation structurée, un résultat financier non publié ou une opération de cession peuvent caractériser une information exploitable.

L’information était-elle non publique ? Si le marché n’en dispose pas encore par un communiqué, une publication réglementée ou une diffusion suffisamment accessible, la prudence s’impose. Le fait que plusieurs personnes soient informées ne rend pas nécessairement l’information publique.

L’information pouvait-elle influencer le cours ? L’AMF regarde l’effet potentiel, pas seulement l’effet effectivement constaté. Une annonce de rachat, une opération sur capital, une restructuration, une alerte sur les résultats ou une perte d’agrément peuvent suffire.

Délit d’initié, manquement d’initié : quelle différence pratique ?

Dans le langage courant, on parle souvent de « délit d’initié ». Juridiquement, il faut distinguer deux voies.

La première est administrative. L’AMF peut poursuivre un manquement d’initié devant sa Commission des sanctions sur le fondement de l’article L. 621-15 du code monétaire et financier. Cet article vise notamment la personne qui s’est livrée, ou a tenté de se livrer, à une opération d’initié, mais aussi celle qui a recommandé à une autre personne d’effectuer une telle opération ou l’y a incitée.

La seconde est pénale. L’article L. 465-1 du code monétaire et financier punit l’usage d’une information privilégiée de cinq ans d’emprisonnement et de 100 millions d’euros d’amende, ce montant pouvant être porté jusqu’au décuple de l’avantage retiré. Le texte vise le dirigeant, le membre d’un organe social, la personne informée à raison de sa profession ou de ses fonctions, mais aussi toute personne disposant d’une information privilégiée en connaissance de cause.

L’article L. 465-3-6 organise l’articulation entre l’AMF et le procureur de la République financier. Pour les mêmes faits et la même personne, l’autorité administrative et l’autorité pénale ne peuvent pas poursuivre librement en parallèle sans respecter cette procédure d’aiguillage.

Pour la défense, cette distinction est décisive. Une réponse à une enquête AMF peut avoir des effets au-delà du dossier administratif. Il faut donc traiter les demandes de l’Autorité avec précision, sans remettre des explications partielles ou contradictoires.

Les indices qui déclenchent le risque en pratique

Dans les dossiers de manquement d’initié, la preuve est souvent indirecte. L’AMF construit un faisceau d’indices.

Le premier indice est le calendrier. Un ordre passé quelques jours ou quelques heures avant l’annonce publique attire l’attention, surtout si l’annonce a un effet sur le cours. Le deuxième indice est le caractère inhabituel de l’opération. Un investisseur qui n’achetait jamais ce titre, qui investit soudain une somme importante, ou qui modifie son comportement habituel, devra pouvoir l’expliquer.

Le troisième indice est le lien avec une personne informée. Lien familial. Lien professionnel. Relation d’affaires. Echanges téléphoniques. Messages. Réunions. L’AMF ne cherche pas toujours une preuve écrite explicite. Elle peut raisonner à partir de circuits plausibles de transmission.

Le quatrième indice est l’absence d’explication cohérente. Dans le communiqué du 21 mai 2026, l’AMF mentionne précisément l’absence d’explications convaincantes pour justifier les opérations reprochées. C’est un point de méthode : une défense préparée tardivement, sans pièces et sans chronologie stable, peut aggraver la lecture du dossier.

Que faire dès la première demande de l’AMF ?

La première urgence est de préserver les éléments. Il faut conserver les ordres de bourse, relevés de compte, échanges avec le teneur de compte, emails, messages, convocations, notes internes, agendas, documents de transaction et justificatifs d’analyse financière. Il ne faut pas supprimer de messages ni « nettoyer » un téléphone ou une boîte mail. Une telle initiative peut être interprétée contre la personne concernée.

La deuxième urgence est de construire une chronologie. Elle doit distinguer la date à laquelle l’information a commencé à exister, la date à laquelle la personne mise en cause aurait pu en avoir connaissance, la date des ordres, la date de l’annonce publique et la date de revente éventuelle. Sans cette chronologie, la défense reste abstraite.

La troisième urgence est d’identifier les personnes informées. Dans une opération de rachat, de cession ou de financement, la liste peut comprendre les dirigeants, les administrateurs, les conseils, les banques, les commissaires aux comptes, les prestataires, les actionnaires, les salariés impliqués et parfois des proches indirectement exposés.

La quatrième urgence est de préparer les réponses. Une audition AMF n’est pas un échange informel. Une phrase approximative peut ensuite être confrontée aux données de connexion, aux relevés de compte, aux échanges téléphoniques ou aux explications d’autres personnes entendues.

Comment se défendre contre une suspicion de manquement d’initié ?

La défense ne consiste pas seulement à dire que la personne ignorait l’information. Elle doit expliquer pourquoi l’opération était légitime au moment où elle a été réalisée.

Il peut s’agir d’un investissement habituel, d’une stratégie documentée avant l’information litigieuse, d’un ordre programmé, d’un arbitrage de portefeuille, d’un conseil reçu d’une source publique, d’une analyse sectorielle ou d’une contrainte personnelle sans lien avec l’information. Mais ces explications doivent être prouvées. Un relevé, une note, un historique d’ordres ou un échange antérieur pèse davantage qu’une affirmation.

Lorsque la personne mise en cause est dirigeant, administrateur, salarié ou conseil d’une société cotée, il faut aussi vérifier les procédures internes : listes d’initiés, fenêtres négatives, autorisations préalables, politique de transactions personnelles, déclarations de dirigeants et conservation des informations sensibles. Une défaillance interne peut alimenter le dossier, même lorsque l’opération personnelle paraît marginale.

La Cour de cassation a rappelé, dans une décision du 28 mai 2025 publiée au Bulletin, que les enquêtes de l’AMF peuvent justifier l’accès à certaines données de connexion lorsque la gravité des faits le permet. Cette décision confirme que les dossiers d’abus de marché sont traités comme des dossiers d’enquête structurés, et non comme de simples litiges financiers.

Sanction AMF : quels risques pour une personne physique ou une entreprise ?

Le risque financier dépend du cadre retenu.

Devant l’AMF, l’article L. 621-15 du code monétaire et financier prévoit des sanctions pécuniaires qui peuvent atteindre 100 millions d’euros ou le décuple de l’avantage retiré pour certaines personnes. Pour les personnes physiques placées sous l’autorité ou agissant pour le compte d’un professionnel régulé, le texte prévoit également des interdictions, notamment d’exercer certaines activités ou de négocier pour compte propre.

Au pénal, l’article L. 465-1 vise cinq ans d’emprisonnement et 100 millions d’euros d’amende, avec une possible majoration jusqu’au décuple de l’avantage retiré.

Il existe aussi un risque réputationnel. Les décisions de sanction de l’AMF sont publiées, sauf exception. L’article L. 621-15 prévoit la publication de la décision, avec des possibilités de report, d’anonymisation ou de non-publication lorsque certaines conditions sont remplies. Cette question doit être traitée dès la défense, car la publication peut affecter un dirigeant, une levée de fonds, une relation bancaire ou une candidature professionnelle.

Dirigeants et entreprises cotées : les réflexes à adopter avant l’incident

La meilleure défense commence avant l’enquête.

Une société cotée doit tenir ses listes d’initiés, former les personnes exposées, encadrer les périodes d’interdiction de transaction et documenter la diffusion des informations sensibles. Lors d’une opération de rachat, de cession ou de financement, chaque transmission d’information doit être justifiée par un besoin professionnel identifié.

Le dirigeant doit aussi surveiller son entourage. Une information évoquée trop librement à un proche peut entraîner une recommandation, une opération, puis une enquête. Le risque est renforcé lorsque le proche n’avait aucun historique d’investissement sur le titre ou investit juste avant une annonce.

Les conseils, prestataires et partenaires doivent être intégrés à cette discipline. Une clause de confidentialité ne suffit pas. Il faut identifier les destinataires, limiter les accès, conserver la preuve de la remise des avertissements et pouvoir expliquer pourquoi chaque personne avait besoin de connaître l’information.

Paris et Île-de-France : pourquoi le dossier se traite souvent localement

Les dossiers AMF ont une forte dimension parisienne. L’Autorité des marchés financiers siège à Paris. Les recours contre les décisions de sanction relèvent de la cour d’appel de Paris dans les conditions prévues par les textes applicables. Le procureur de la République financier, compétent pour les poursuites pénales financières les plus sensibles, est également à Paris.

Pour un dirigeant, un investisseur ou une entreprise d’Île-de-France, l’enjeu pratique est donc de préparer un dossier exploitable devant ces interlocuteurs : chronologie, pièces bancaires, justificatifs d’investissement, échanges, procédures internes et analyse du risque de publication. Le sujet dépasse la simple réponse à un courrier de l’AMF.

Synthèse pratique : les 48 premières heures

Après une demande de l’AMF ou une convocation, il faut éviter trois erreurs.

La première est de répondre seul, trop vite, pour « rassurer ». Une réponse imprécise peut fixer une version difficile à corriger. La deuxième est de traiter l’affaire comme un simple contrôle documentaire. Une enquête sur information privilégiée peut avoir un prolongement pénal. La troisième est de négliger la publication de la sanction. Même une sanction financière limitée peut produire un dommage professionnel durable si elle est publiée avec le nom de la personne.

Le bon ordre est différent. Il faut préserver les données, figer la chronologie, identifier les personnes exposées, vérifier les textes applicables, préparer les réponses et anticiper la stratégie en cas de notification de griefs.

Pour une entreprise, il faut aussi corriger immédiatement les failles internes : liste d’initiés incomplète, absence de procédure sur les transactions personnelles, diffusion trop large des documents sensibles, conservation insuffisante des preuves. Ces mesures ne remplacent pas la défense, mais elles peuvent montrer que le risque est compris et traité.

Sources utiles

La décision récente de référence est la décision AMF SAN-2026-04 du 20 mai 2026, publiée le 21 mai 2026, ainsi que le communiqué de la Commission des sanctions de l’AMF sur les manquements d’initiés : décision AMF SAN-2026-04 et communiqué AMF du 21 mai 2026.

Les textes principaux sont l’article L. 621-15 du code monétaire et financier, l’article L. 465-1 du code monétaire et financier et l’article L. 465-3-6 du même code sur l’articulation entre l’AMF et le procureur de la République financier.

La Cour de cassation a également rendu une décision utile sur les pouvoirs d’enquête de l’AMF et l’accès aux données de connexion : Cass. com., 28 mai 2025, n° 24-10.054.

Pour une analyse plus large des risques du dirigeant et des contentieux commerciaux, vous pouvez consulter la page du cabinet consacrée au droit des affaires.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».