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Contrat de franchise 2026 : que faire si le DIP ou le prévisionnel était trompeur ?

La franchise attire toujours des porteurs de projet qui cherchent une enseigne, un concept déjà éprouvé et un accompagnement commercial. Elle attire aussi des litiges très concrets : chiffre d’affaires inférieur aux prévisions, zone moins rentable qu’annoncé, réseau plus fragile que prévu, droit d’entrée déjà payé, prêt bancaire engagé, bail commercial signé, puis découverte d’informations qui auraient changé la décision de signer.

En 2026, l’enjeu est pratique. Les recherches liées à la franchise restent fortes, et les décisions récentes de la chambre commerciale rappellent que le contrat ne se juge pas seulement à partir de ce qui est écrit le jour de la signature. Il faut aussi regarder ce que le franchiseur a remis avant la signature, ce qu’il savait, ce qu’il a tu, et ce qui a déterminé le consentement du franchisé.

Le document d’information précontractuelle, souvent appelé DIP, n’est pas une brochure commerciale. C’est une pièce juridique. Le prévisionnel n’est pas toujours obligatoire, mais lorsqu’il est communiqué, il doit être pris au sérieux. Si les chiffres sont exagérément optimistes ou si des informations importantes sur le réseau ont été cachées, le franchisé peut envisager plusieurs recours : mise en demeure, négociation de sortie, demande indemnitaire, nullité du contrat, ou action ciblée contre le franchiseur.

Le DIP franchise : ce que le franchiseur doit remettre avant la signature

L’article L. 330-3 du code de commerce impose au franchiseur de remettre un document donnant des informations sincères, permettant au candidat de s’engager en connaissance de cause, lorsqu’il met à disposition un nom commercial, une marque ou une enseigne et exige une exclusivité ou quasi-exclusivité.

Ce document, ainsi que le projet de contrat, doit être communiqué au moins vingt jours avant la signature du contrat ou, le cas échéant, avant le versement d’une somme préalable comme un droit de réservation de zone.

L’article R. 330-1 du code de commerce détaille le contenu attendu. Le DIP doit notamment présenter l’entreprise, la marque, les domiciliations bancaires, l’historique du réseau, l’état général et local du marché, les comptes annuels des deux derniers exercices, la liste des exploitants du réseau, les sorties du réseau au cours de l’année précédente, la durée du contrat, les conditions de renouvellement, de résiliation, de cession, les exclusivités et les investissements spécifiques à prévoir avant l’exploitation.

En pratique, les litiges naissent rarement d’une simple erreur de forme. Ils naissent quand le candidat découvre trop tard que le réseau a connu des fermetures, que le marché local était déjà saturé, que les dépenses de lancement étaient sous-estimées, que l’assistance promise était faible ou que le prévisionnel ne reposait sur rien de vérifiable.

DIP incomplet : tous les manquements ne suffisent pas, mais certains changent tout

Un DIP incomplet ne donne pas automatiquement droit à l’annulation du contrat de franchise. Le franchisé doit démontrer que l’information manquante était déterminante et qu’elle a affecté son consentement.

La question devient donc factuelle. Le franchisé aurait-il signé s’il avait connu l’information cachée ? Aurait-il payé le même droit d’entrée ? Aurait-il signé le bail ? Aurait-il accepté la même exclusivité ? Aurait-il choisi une autre zone ou demandé des garanties ?

La Cour de cassation a donné une illustration importante dans un arrêt du 26 juin 2024, n° 23-14.085, publié au Bulletin. Elle reproche à la cour d’appel de ne pas avoir recherché si le franchiseur avait gardé le silence sur des procédures collectives survenues dans le réseau après la remise du DIP et avant la signature du contrat, et si cette information aurait dissuadé le franchisé de contracter.

Le point est essentiel. Même si un DIP paraît conforme au moment où il est remis, l’information peut devenir insuffisante si un événement important intervient avant la signature et si le franchiseur se tait. Le franchisé ne doit donc pas seulement vérifier le document reçu. Il doit aussi reconstituer la chronologie entre la remise du DIP, les échanges commerciaux, le versement des sommes, la signature et l’ouverture effective.

Prévisionnel franchise : obligatoire ou non ?

Le franchiseur n’est pas tenu, par principe, de remettre un compte d’exploitation prévisionnel. Le candidat franchisé doit aussi faire ses propres vérifications, se faire assister par un expert-comptable et tester la cohérence économique du projet.

Mais la situation change lorsque le franchiseur communique un prévisionnel, un business plan, des chiffres moyens du réseau ou des simulations de rentabilité. Ces chiffres ne doivent pas servir à rassurer artificiellement le candidat. Ils doivent être sincères, prudents et vérifiables.

La Cour de cassation l’a rappelé dans l’arrêt du 1er juin 2022, n° 21-16.481. Elle retient que les comptes prévisionnels éventuellement fournis doivent revêtir un caractère sérieux. Dans cette affaire, la cour d’appel avait constaté plusieurs omissions dans le DIP et un prévisionnel exagérément optimiste, tout en rejetant la nullité. La Cour de cassation censure ce raisonnement, car les informations dissimulées étaient de nature à empêcher le franchisé de contracter.

Le prévisionnel devient donc une pièce centrale du dossier. Il faut le comparer aux données réelles du réseau, aux résultats des points de vente comparables, à la zone de chalandise, au loyer, au coût du personnel, aux redevances, aux investissements, au besoin en fonds de roulement et aux contraintes d’approvisionnement.

Quels signes doivent alerter avant de signer ?

Avant de signer un contrat de franchise, plusieurs signaux doivent conduire à ralentir.

Le premier signal est un DIP remis tardivement ou signé le même jour que le contrat. Le délai de vingt jours existe pour permettre une vraie analyse, pas pour être régularisé à la dernière minute.

Le deuxième signal est un état local du marché trop général. Une présentation nationale du secteur ne suffit pas toujours à éclairer la rentabilité d’un point de vente précis, surtout dans la restauration, la boulangerie, le fitness, l’immobilier, les services à la personne ou les commerces de proximité.

Le troisième signal est l’absence d’informations lisibles sur les sorties du réseau. Les fermetures, résiliations, annulations, non-renouvellements et procédures collectives doivent être regardés avec attention. Une enseigne peut croître tout en ayant des zones fragiles.

Le quatrième signal est un prévisionnel qui ne mentionne pas ses hypothèses. Un chiffre d’affaires attendu n’a de valeur que si l’on comprend d’où il vient : nombre de clients, panier moyen, saisonnalité, coût d’acquisition, taux de conversion, charges de personnel, royalties, frais marketing, achats imposés, loyer et emprunt.

Le cinquième signal est une pression commerciale : zone à réserver vite, droit d’entrée à payer immédiatement, discours oral plus optimiste que les documents écrits, refus de transmettre les données des franchisés existants ou impossibilité d’échanger avec des exploitants du réseau.

Que faire si le contrat est déjà signé ?

Si le contrat est déjà signé et que le point de vente ne fonctionne pas, il faut éviter deux erreurs.

La première erreur consiste à agir uniquement sur l’émotion du chiffre d’affaires décevant. Une mauvaise rentabilité ne prouve pas à elle seule une faute du franchiseur. Il faut identifier un manquement : DIP incomplet, information cachée, prévisionnel irréaliste, assistance insuffisante, zone mal présentée, promesse non tenue, savoir-faire inexistant ou modification unilatérale du modèle.

La seconde erreur consiste à attendre que la trésorerie soit épuisée. Plus le franchisé attend, plus le franchiseur pourra soutenir que les difficultés viennent de la gestion locale, du marché, du personnel, du bail, du financement ou d’un manque d’implication du franchisé.

La première étape consiste à rassembler les pièces. Il faut retrouver le DIP, le projet de contrat, le contrat signé, les annexes, les échanges commerciaux, les présentations du franchiseur, le prévisionnel, les courriels, les comptes rendus de réunion, les factures de droit d’entrée, les redevances, les tableaux de bord, les bilans, les échanges avec la banque, le bail, les échanges avec les autres franchisés et les alertes adressées au réseau.

Ensuite, il faut construire une chronologie. Date de remise du DIP. Date des échanges décisifs. Date du versement des premières sommes. Date de signature. Date de prise à bail. Date d’ouverture. Date des premières difficultés. Date des alertes. Date des réponses du franchiseur.

Cette chronologie permet de savoir si le dossier relève d’une négociation de sortie, d’une demande de dommages et intérêts, d’une action en nullité ou d’une défense contre les demandes du franchiseur.

Nullité, indemnisation, sortie négociée : quel recours choisir ?

La nullité du contrat est le recours le plus radical. Elle vise à remettre les parties dans l’état antérieur, autant que possible. Elle suppose de démontrer un vice du consentement : erreur, dol, information déterminante cachée ou présentation trompeuse.

L’indemnisation peut être plus adaptée lorsque le franchisé veut réparer une perte sans nécessairement remettre tout le contrat en cause. Elle peut porter sur le droit d’entrée, les investissements non amortis, les pertes d’exploitation imputables au manquement, certains frais de lancement ou une perte de chance de ne pas contracter.

La sortie négociée peut être utile lorsque l’urgence économique prime : arrêt des redevances, restitution de certains éléments, levée d’une clause de non-concurrence, reprise du stock, cession du fonds ou accord transactionnel.

Le choix dépend aussi du contrat. Certaines clauses imposent une médiation, une compétence territoriale, un délai de réclamation, une clause de non-concurrence, une clause de confidentialité, une clause pénale ou des obligations post-contractuelles.

Il faut également vérifier la situation financière du franchisé. Si une procédure collective est ouverte, l’action ne se pilote plus de la même manière. Le mandataire ou le liquidateur peut avoir un rôle dans la reconstitution de l’actif et dans certaines demandes indemnitaires.

Le franchisé doit aussi prouver sa propre diligence

Un candidat à la franchise ne peut pas rester passif. Les juges regardent aussi ce qu’il a fait avant de signer.

Il est donc utile de pouvoir prouver que le franchisé a demandé des informations complémentaires, consulté un expert-comptable, interrogé des franchisés existants, comparé plusieurs zones, relu le bail, vérifié les coûts de travaux, demandé les comptes ou contesté certains chiffres.

Cela ne décharge pas le franchiseur de ses obligations. Mais un dossier est plus solide lorsque le franchisé peut montrer qu’il n’a pas signé à l’aveugle et que l’information litigieuse n’était pas accessible par une simple vérification.

La décision du 19 mars 2025, n° 24-13.066, sur les actes préparatoires à une activité concurrente après un contrat de franchise, rappelle par ailleurs que les litiges de franchise ne s’arrêtent pas à l’entrée dans le réseau. La sortie, les clauses de non-concurrence, la loyauté contractuelle et la préparation d’une activité future doivent aussi être anticipées.

Paris et Île-de-France : pourquoi l’analyse locale compte

Pour un franchisé à Paris ou en Île-de-France, l’état local du marché est souvent décisif. Le loyer, la concurrence, la densité commerciale, le coût du personnel, les travaux, les contraintes d’exploitation et la zone de chalandise peuvent modifier totalement la rentabilité attendue.

Un prévisionnel national ou une moyenne réseau ne suffit pas toujours à sécuriser un projet parisien. Une enseigne peut fonctionner dans une ville moyenne et être beaucoup plus difficile à rentabiliser dans une rue chère, une galerie saturée ou une zone à forte rotation commerciale.

En cas de litige, l’analyse doit donc relier le DIP aux données concrètes : bail commercial, emplacement, charges, travaux, flux de clientèle, concurrents, durée d’ouverture, dépendance à la plateforme de réservation, coût marketing, approvisionnement imposé et redevances.

Le lien avec le droit des affaires à Paris est direct : le contrat de franchise croise le bail commercial, la banque, la preuve, la responsabilité contractuelle, les procédures collectives et parfois le conflit entre associés.

Checklist : les pièces à réunir avant de contester

Avant d’écrire au franchiseur, il faut réunir un dossier vérifiable.

Le DIP remis avant signature, avec sa date de remise.

Le projet de contrat et le contrat signé.

Les annexes, notamment les exclusivités, la zone, les obligations d’approvisionnement, les redevances, les investissements et les conditions de sortie.

Les prévisionnels, business plans, tableaux de rentabilité, supports commerciaux et simulations de chiffre d’affaires.

Les preuves des échanges : courriels, messages, comptes rendus, présentations, promesses orales confirmées par écrit.

Les comptes réels, tableaux de trésorerie, pertes, factures de travaux, droit d’entrée, royalties, frais marketing et charges d’exploitation.

Les preuves des informations découvertes après signature : fermetures dans le réseau, procédures collectives, difficultés d’autres franchisés, changement de concept, modification des conditions d’achat ou défaut d’assistance.

Les alertes adressées au franchiseur et ses réponses.

Une fois ces pièces réunies, la stratégie devient plus nette. Le franchisé peut demander des explications, mettre en demeure, négocier une sortie ou préparer une action. L’objectif n’est pas de transformer tout échec commercial en procès. L’objectif est de vérifier si le franchisé a signé sur une information incomplète, insincère ou trompeuse.

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Pour un franchisé ou un candidat franchisé situé à Paris ou en Île-de-France, l’analyse peut intégrer le tribunal compétent, la preuve du marché local, les clauses de sortie, le bail commercial et les mesures urgentes à envisager avant que la trésorerie ne soit consommée.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».