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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Cession de fonds de commerce : les contrats de distribution suivent-ils le repreneur ?

Une cession de fonds de commerce peut donner l’impression que tout ce qui permet d’exploiter l’activite passe automatiquement au repreneur. C’est souvent faux. Un bail commercial, des salaries, une enseigne, une clientele, des marques, des autorisations, des fichiers clients ou des contrats fournisseurs ne suivent pas tous les memes regles. Pour un repreneur, l’erreur peut couter tres cher : il signe l’acte, paie le prix, puis decouvre qu’un contrat de distribution, une licence de marque ou un accord essentiel a l’activite n’a pas ete transmis.

L’actualite juridique rend le sujet immediat. Par un arret du 18 fevrier 2026, publie au Bulletin, la chambre commerciale de la Cour de cassation a rappele qu’une cession de fonds comprenant des marques n’emporte pas, sauf clause contraire, la cession du contrat de distribution selective ni celle de la licence indivisible de ce contrat. Autrement dit, acheter le fonds et les droits sur des marques ne suffit pas toujours a reprendre le reseau commercial ou les autorisations contractuelles qui font vivre l’activite.

Les recherches Google confirment l’enjeu pratique : cession fonds de commerce, vente fond de commerce, avocat cession fonds de commerce, acte cession fonds de commerce, cession de fonds de commerce formalites ou vendre fond de commerce concentrent une demande reelle. Mais la question decisive est souvent plus precise : que devient le contrat qui permet au fonds de fonctionner apres la vente ?

La regle a retenir avant de signer

La cession d’un fonds de commerce transfere les elements composant ce fonds selon leur nature. La clientele, le nom commercial, l’enseigne, certains droits de propriete industrielle, le materiel ou les marchandises peuvent entrer dans le perimetre de la vente. En revanche, les contrats en cours ne sont pas tous transmis automatiquement.

Certains contrats ont un regime particulier. Le contrat de travail est en principe transfere lorsque les conditions legales sont reunies. Le bail commercial suit souvent une logique propre, avec des clauses de cession, d’agrement du bailleur ou de solidarite du cedant. D’autres contrats, notamment les contrats de distribution, contrats de franchise, licences de marque, contrats informatiques, abonnements logiciels, contrats de maintenance, accords cadres fournisseurs ou contrats de plateforme, supposent une verification ligne par ligne.

La raison est simple : un contrat engage des personnes determinees. Le cocontractant peut avoir accepte de travailler avec le cedant en raison de son experience, de ses garanties, de sa solvabilite, de son reseau ou de sa qualite professionnelle. Il n’est pas automatiquement oblige d’accepter le repreneur si le contrat ou la loi ne le prevoit pas.

Ce que change l’arret du 18 fevrier 2026 pour les repreneurs

Dans l’affaire jugee le 18 fevrier 2026, la question portait sur une cession de fonds de commerce comprenant des droits sur des marques, alors que l’activite etait liee a un contrat de distribution selective et a une licence de marque. La Cour de cassation retient que la transmission des droits sur les marques ne suffit pas a transmettre le contrat de distribution selective. Elle ajoute que, lorsque la licence est indivisible de ce contrat, la licence ne suit pas non plus automatiquement la cession du fonds.

La portee pratique est forte pour les commerces exploites dans un reseau, sous marque, sous licence ou avec un fournisseur strategique. Un repreneur peut acheter un fonds en pensant recuperer l’acces aux produits, au reseau, aux visuels, au savoir-faire commercial ou aux conditions tarifaires. Si l’acte de cession ne le prevoit pas clairement et si le cocontractant n’a pas consenti, le repreneur risque de se retrouver avec un fonds moins exploitable que prevu.

Le point ne concerne pas seulement la distribution selective. Il vise toutes les situations ou la valeur du fonds depend de contrats conclus avec des tiers : contrat de concession, franchise, licence de marque, exclusivite territoriale, accord de referencement, contrat de marketplace, contrat d’approvisionnement, contrat SaaS essentiel, contrat de maintenance industrielle ou contrat d’exploitation d’une base de donnees.

Les contrats a auditer avant une vente de fonds de commerce

Le premier travail consiste a dresser la liste complete des contrats dont depend l’activite. Cette liste doit etre plus large que les seuls contrats annexes a l’acte. Il faut demander les contrats signes, les avenants, les conditions generales, les bons de commande recurrentes, les courriels d’agrement, les contrats tacitement reconduits, les accords de distribution, les licences, les contrats de maintenance, les abonnements numeriques, les contrats de paiement, les contrats avec les plateformes et les contrats fournisseurs.

Le deuxieme travail consiste a classer les contrats selon leur risque. Un contrat utile mais remplaçable n’a pas le meme poids qu’un contrat indispensable. Si le fonds vend des produits d’une marque precise, utilise un logiciel metier proprietaire, depend d’une plateforme de livraison, exploite une licence de fabrication ou repose sur un fournisseur exclusif, le contrat devient un actif critique. Son absence peut modifier le prix, les conditions suspensives, les garanties et meme l’interet de l’operation.

Le troisieme travail consiste a lire les clauses de cession. Beaucoup de contrats interdisent la cession sans accord prealable. D’autres prevoient un agrement, un droit de refus, une notification, une clause de changement de controle, une resiliation automatique ou une renegociation des conditions. La clause peut viser la cession du contrat, la cession du fonds, la cession des titres, le changement d’actionnaire, le transfert d’activite ou la sous-traitance.

Que mettre dans l’acte de cession pour proteger le repreneur ?

L’acte de cession ne doit pas seulement decrire le fonds. Il doit organiser le sort des contrats essentiels. Pour chaque contrat critique, il faut indiquer s’il est transmis, s’il fait l’objet d’un accord separe, si le cocontractant a donne son consentement, si une notification est necessaire, si la cession est subordonnee a une condition suspensive, et qui supporte le risque si le consentement n’est pas obtenu.

Une clause generale indiquant que « tous les contrats necessaires a l’exploitation » sont transmis ne suffit pas toujours. Elle peut creer une fausse securite si les contrats eux-memes interdisent la cession ou exigent un accord expres. Le repreneur doit obtenir des preuves : lettre d’agrement, avenant tripartite, courriel valide par le signataire habilite, proces-verbal du franchiseur ou du reseau, annexe contractuelle signee.

Il faut aussi prevoir les consequences financieres. Si un contrat essentiel n’est pas repris, le prix doit-il baisser ? Le repreneur peut-il refuser de signer ? Le sequestre peut-il retenir une partie du prix ? Le cedant garantit-il la continuite pendant une periode ? Le vendeur doit-il assister le repreneur pour obtenir un agrement ? Ces questions doivent etre reglees avant le closing, pas apres la decouverte du blocage.

Vendeur : attention a la garantie et aux informations donnees

Le vendeur a interet a ne pas presenter comme acquis un contrat qui ne l’est pas. Une data room incomplete, un contrat essentiel non communique ou une affirmation trop optimiste sur le transfert d’un accord peut declencher un contentieux apres la vente. Le repreneur pourra soutenir qu’il n’a pas achete ce qu’il croyait acheter, que la valeur du fonds a ete surevaluee ou que son consentement a ete vicie.

Le cedant doit donc fournir une information loyale : contrats existants, clauses de cession, historiques de renouvellement, incidents de paiement, litiges, mises en demeure, dependance economique, exclusivites, conditions tarifaires et risque de resiliation. Lorsque l’activite depend d’une marque, d’un reseau ou d’un fournisseur dominant, le vendeur doit mettre le sujet au centre de la negociation.

Pour le vendeur, l’objectif n’est pas seulement d’eviter une action en responsabilite. C’est aussi de securiser le paiement du prix. Un repreneur qui decouvre apres la vente qu’il ne peut pas exploiter le contrat principal aura tendance a contester le prix, invoquer une garantie, bloquer le sequestre ou demander une indemnisation.

Repreneur : les questions a poser avant le compromis

Avant meme l’acte definitif, le repreneur doit poser des questions tres concretes. Quels sont les dix contrats sans lesquels le fonds ne peut pas tourner ? Le bail autorise-t-il l’activite projetee ? Les fournisseurs accepteront-ils le repreneur ? Les logiciels peuvent-ils etre transferees ? La marque peut-elle etre exploitee ? Les plateformes peuvent-elles ouvrir un compte au nom du repreneur ? Les contrats d’assurance, de paiement, de livraison et de maintenance continuent-ils ?

Il faut aussi demander si le chiffre d’affaires historique depend d’un contrat ponctuel, d’un client principal ou d’un fournisseur dont l’accord n’est pas garanti. Un fonds peut etre rentable sur les trois derniers exercices et devenir beaucoup moins interessant si un contrat cle disparait au moment de la reprise.

La bonne methode consiste a integrer ces points dans les conditions suspensives. Par exemple : obtention de l’agrement du bailleur, accord du franchiseur, acceptation du fournisseur principal, transfert du compte marketplace, maintien d’un logiciel, confirmation de la licence de marque ou absence d’opposition du reseau de distribution.

Paris et Ile-de-France : pourquoi le sujet est sensible

A Paris et en Ile-de-France, de nombreux fonds de commerce sont valorises par leur emplacement, mais aussi par leur reseau contractuel : restauration, mode, beaute, distribution specialisee, franchise, concepts de quartier, commerces sous enseigne, boutiques en centre commercial, salles de sport, services B2B, agences et activites digitales.

La vitesse des operations accentue le risque. Un repreneur peut etre presse par une banque, un bailleur, un vendeur concurrent ou une opportunite de local. Un vendeur peut vouloir signer rapidement avant une baisse d’activite. Or les agrements de tiers prennent du temps. Un franchiseur, un fournisseur, un bailleur, une plateforme ou une banque peuvent demander des pieces, un entretien, un business plan, des garanties ou une modification du contrat.

Le reflexe local est donc simple : avant de signer, verifier les contrats essentiels, le bail, les formalites, les autorisations et les accords de tiers. Pour une cession situee a Paris, Nanterre, Bobigny, Creteil, Versailles, Evry, Pontoise, Meaux ou Melun, cette verification doit etre documentee dans le dossier, car elle servira aussi en cas de litige devant le tribunal competent.

Checklist pratique avant signature

Le repreneur doit obtenir la liste des contrats en cours, identifier les contrats indispensables, lire les clauses de cession et demander les accords ecrits des cocontractants. Il doit aussi verifier si le contrat interdit la cession, si l’accord du tiers est obligatoire, si une notification suffit, si un delai est prevu, si le contrat peut etre resilie en cas de changement de controle et si les conditions economiques restent les memes apres la reprise.

Le vendeur doit preparer les contrats, signaler les restrictions, organiser les demandes d’agrement, eviter les promesses vagues et clarifier ce qui est vendu. Si un contrat ne peut pas etre transmis, il vaut mieux l’indiquer dans l’acte et en tenir compte dans le prix plutot que de laisser le repreneur decouvrir le probleme apres la vente.

Les deux parties doivent aussi distinguer trois niveaux : les elements automatiquement transmis, les elements transmis seulement si l’acte le prevoit, et les contrats transmis seulement avec l’accord d’un tiers. Cette grille evite beaucoup de litiges.

Quand appeler un avocat en cession de fonds de commerce ?

L’intervention d’un avocat devient utile des qu’un contrat represente une part importante de la valeur du fonds. C’est le cas pour une franchise, une licence de marque, une distribution selective, un contrat fournisseur exclusif, un compte marketplace, un accord de fabrication, un logiciel metier ou un bail avec clauses restrictives.

L’avocat peut relire l’acte, auditer les contrats essentiels, rediger les conditions suspensives, preparer les demandes d’agrement, organiser les garanties et anticiper les recours si un tiers refuse la reprise. Il peut aussi aider a recalculer le risque economique : baisse du prix, sequestre, garantie d’actif, clause de sortie ou calendrier de closing.

L’enjeu n’est pas de compliquer la vente. Il est de verifier que le repreneur pourra exploiter ce qu’il achete, et que le vendeur sera paye sans contentieux ulterieur.

Sources et méthode

Cet article s’appuie sur la decision de la Cour de cassation, chambre commerciale, du 18 fevrier 2026, n° 23-23.681, publiee au Bulletin et accessible sur le site de la Cour de cassation : cession de fonds, contrat de distribution selective et licence de marque.

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Pour le cadre administratif general de la cession de fonds, voir aussi les pages officielles Entreprendre Service Public sur l’acte de cession definitif et impots.gouv.fr sur la cession de fonds de commerce. Pour une approche globale du droit des affaires, vous pouvez consulter notre page avocat en droit des affaires a Paris.

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Nous vérifions le fonds vendu, les contrats essentiels, les accords de tiers, le bail commercial et les garanties avant signature ou en cas de litige après la cession.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».