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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
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Tribunal de commerce de Orléans, le 22 janvier 2026, n°2023003950

Le Tribunal de commerce d’Orléans, dans un jugement du 22 janvier 2026, était saisi d’un litige relatif à l’exécution d’un contrat de gestion commerciale d’un navire. La société propriétaire du navire avait résilié unilatéralement le contrat et refusait de payer les factures, invoquant une exception d’inexécution. La question de droit portait sur la validité de cette résiliation et le bien-fondé des créances respectives des parties. Le tribunal a débouté la société propriétaire de son exception d’inexécution et l’a condamnée à payer les factures et des dommages-intérêts pour résiliation abusive.

La rigueur contractuelle et la preuve des obligations.

Le tribunal a écarté l’exception d’inexécution en rappelant que la charge de la preuve incombe à celui qui s’en prévaut. Il a constaté que la société propriétaire ne démontrait pas que son cocontractant avait manqué à ses obligations d’entretien et de commercialisation. Le rapport d’expertise a même établi que le navire était en meilleur état après la période de gestion.

La portée de cette solution est de rappeler que l’exception d’inexécution, prévue à l’article 1219 du Code civil, ne saurait être invoquée de manière purement allégatoire. Elle exige la démonstration d’une inexécution suffisamment grave par la partie adverse. Le tribunal valorise ainsi la force probante du rapport d’expertise judiciaire.

La régularité de la résiliation unilatérale du contrat.

Le tribunal a jugé que la résiliation du contrat par la société propriétaire était irrégulière car elle n’avait pas respecté la procédure contractuelle. La clause 7.2 imposait une notification écrite des manquements, suivie d’un délai de rectification de trente jours avant toute résiliation. La société n’a pas prouvé la réception de cette notification ni l’envoi de la notification de résiliation.

Le sens de cette décision est de sanctionner le non-respect des stipulations contractuelles qui régissent la rupture du lien. Le tribunal fait une application stricte de la convention des parties, qui tient lieu de loi. La valeur de cet arrêt est de rappeler que la liberté de rompre un contrat est encadrée par les modalités prévues par les parties elles-mêmes.

La réparation du préjudice et l’évaluation des créances.

Le tribunal a condamné la société propriétaire à payer les factures impayées pour un montant de 48 444,81 euros. Il s’est fondé sur le rapport d’expertise qui a validé le quantum des factures, malgré le caractère « flou et imprécis » de la comptabilité du gestionnaire. La créance a été jugée certaine et exigible.

Cette solution illustre l’importance de l’expertise judiciaire comme outil de clarification des comptes complexes. Le tribunal écarte les critiques sur la forme comptable pour se concentrer sur la réalité des prestations fournies. La portée est de privilégier une approche pragmatique de la preuve des créances en matière commerciale.

La condamnation au paiement de 18 000 euros de dommages-intérêts pour préjudice financier sanctionne la résiliation abusive. Le tribunal a considéré que le contrat étant resté en vigueur jusqu’à son terme, la rémunération contractuelle était due pour la période d’août à décembre 2023. La société propriétaire a ainsi été tenue pour responsable de l’inexécution de son obligation de payer.

Le tribunal rappelle ici le principe selon lequel la partie qui rompt abusivement un contrat engage sa responsabilité contractuelle. Il évalue le préjudice de manière concrète en se référant aux stipulations du contrat. La valeur de cette décision est de dissuader les résiliations unilatérales non conformes aux clauses contractuelles.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».