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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Paris, le 12 décembre 2025, n°2025000213

Le tribunal des activités économiques de Paris, dans un jugement du 12 décembre 2025, a dû se prononcer sur la légitimité de la résiliation unilatérale d’un contrat de location-entretien. Le litige opposait un prestataire de blanchisserie textile à un restaurateur ayant cessé ses paiements et résilié le contrat pour manquements. La question centrale était de savoir si les défauts d’exécution reprochés au prestataire constituaient une faute suffisamment grave pour justifier la rupture du contrat à ses torts exclusifs. Le tribunal a jugé que oui, déboutant le prestataire de toutes ses demandes en paiement.

La gravité des manquements justifie la résiliation aux torts du prestataire.

Le tribunal a estimé que les griefs formulés par le restaurateur étaient établis et sérieux. Il relève que « la moitié des serviettes est sale ou mal pliée » et que cela « constitue un préjudice commercial sérieux pour un restaurant » (Motifs). Une telle défaillance dans la qualité essentielle de la prestation, affectant directement l’activité du client, caractérise un manquement contractuel grave. L’absence de contestation par le prestataire du courriel de résiliation a également été interprétée comme un aveu implicite de ses propres manquements.

Cette solution s’inscrit dans la droite ligne de l’article 1224 du code civil, qui permet la résiliation unilatérale en cas d’inexécution suffisamment grave. La valeur de la décision est de rappeler que la simple existence d’une clause contractuelle de résiliation anticipée ne prive pas le cocontractant de la faculté de rompre le contrat pour faute. Sa portée est de protéger le professionnel victime d’une prestation défectueuse, même face à un contrat à durée irrévocable.

L’absence de contestation de la résiliation emporte des conséquences financières pour le prestataire.

Le tribunal a déduit de l’attitude du prestataire qu’il avait accepté le principe de la rupture à ses torts. En ne répondant pas sur le fond aux griefs et en réclamant seulement le paiement d’un solde, il a validé la résiliation. Par conséquent, sa demande d’indemnité de résiliation, prévue pour une rupture unilatérale fautive du client, a été logiquement rejetée. Le paiement du solde des prestations effectuées a été considéré comme une régularisation satisfaisante.

La valeur de ce raisonnement est de sanctionner le comportement contradictoire du prestataire, qui ne peut à la fois ne pas contester les manquements et réclamer l’indemnité contractuelle. La portée du jugement est dissuasive pour les professionnels qui négligeraient les réclamations de leurs clients avant d’actionner une clause pénale. Cette décision rappelle que la bonne foi contractuelle impose une réaction claire et motivée face à une notification de résiliation pour faute.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».