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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Châteauroux, le 4 juin 2025, n°2024002586

Le Tribunal de commerce de Châteauroux, par jugement du 4 juin 2025, statue sur une opposition à une ordonnance d’injonction de payer. Un créancier avait obtenu une injonction de payer pour une créance de faible montant. Le débiteur, opposant, soulève l’irrecevabilité de la demande initiale pour défaut de tentative préalable de résolution amiable. Le tribunal accueille ce moyen et déboute le créancier de toutes ses demandes, sanctionnant ainsi le non-respect de l’article 750-1 du code de procédure civile.

La sanction rigoureuse d’une obligation procédurale préalable

L’exigence d’une tentative amiable préalable est interprétée strictement. Le tribunal rappelle le cadre légal en vigueur depuis le 13 mai 2023. « La demande en Justice est précédée, au choix des parties, d’une tentative de conciliation, d’une tentative de médiation ou d’une tentative de procédure participative, lorsqu’elle tend au paiement d’une somme n’excédant pas 5.000,00 € » (Motifs). Le juge peut prononcer d’office l’irrecevabilité en cas de manquement. Cette lecture littérale de la loi écarte toute appréciation subjective des circonstances de l’espèce.

La portée de cette solution est significative pour la pratique des petits créances. Le tribunal refuse d’examiner le bien-fondé de la créance au fond. Il sanctionne le défaut de formalité procédurale par un débouté pur et simple. Cette sévérité est renforcée par le rejet de la demande sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. La jurisprudence antérieure confirme cette rigueur, exigeant une réelle volonté de parvenir à un accord. « Il est constaté par le tribunal que ce courrier ne laissait manifestement pas la place au moindre règlement amiable » (Tribunal judiciaire de Toulon, le 19 novembre 2025, n°24/07226). La simple mise en demeure ne suffit pas à satisfaire l’obligation.

Les limites de l’appréciation in concreto par le juge

Le tribunal nuance cependant sa rigueur par une appréciation des circonstances particulières. Il relève que le rappel de la possibilité de conciliation est fait à chaque audience. Il estime le défaut de tentative « d’autant plus incompréhensible » compte tenu des relations commerciales antérieures. Le débiteur avait toujours respecté ses engagements pendant dix années. Cette considération subjective influence la sévérité de la sanction prononcée par les juges.

La valeur de cette décision réside dans son équilibre entre formalisme et équité. Le tribunal applique strictement la règle de l’article 750-1 du code de procédure civile. Il refuse pourtant de condamner le débiteur aux frais irrépétibles, laissant chaque partie à ses propres dépens. Cette modération dans les conséquences financières atténue la rigueur du débouté. Elle rappelle que le formalisme procédural doit servir l’accès à une justice apaisée. La décision illustre ainsi la marge d’appréciation laissée au juge dans la mise en œuvre des sanctions.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».