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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal judiciaire de commerce de Bordeaux, le 8 avril 2025, n°2025F00744

Le tribunal judiciaire, statuant en matière commerciale, rend un jugement le 8 avril 2025. Il est saisi d’un litige relatif à un contrat de location-financement résilié pour défaut de paiement. La juridiction doit se prononcer sur la validité du contrat électronique, le calcul des sommes dues et la qualification d’une clause contractuelle. Elle accueille partiellement les demandes de la société locatrice et rejette plusieurs de ses prétentions.

La validation probatoire de la signature électronique

Le tribunal reconnaît la force probante du contrat signé électroniquement. Il relève que l’acte et ses conditions générales sont signés dans une enveloppe électronique identifiée. « Le tribunal considèrera que la société PREFILOC CAPITAL SAS rapporte la preuve de la validité de la signature » (PAR CES MOTIFS). Cette approche consacre la sécurité juridique des procédures dématérialisées. Elle s’inscrit dans le sillage des solutions antérieures sur la fiabilité présumée des signatures électroniques. « La fiabilité de ce procédé est présumée, jusqu’à preuve contraire, lorsque la signature électronique est créée, l’identité du signataire assurée et l’intégrité de l’acte garantie » (Cour d’appel de Besançon, le 7 août 2025, n°24/01465). La décision conforte ainsi l’équivalence entre l’écrit électronique et l’écrit papier.

La requalification et la révision judiciaire d’une clause pénale

La juridiction opère une qualification juridique cruciale sur une clause contractuelle. Elle estime que la stipulation prévoyant le paiement de tous les loyers à échoir en cas de résiliation a un caractère comminatoire. « Cette clause présente, dès lors, un caractère comminatoire, en ayant pour objet de contraindre le locataire d’exécuter le contrat » (SUR CE). Elle la requalifie donc en clause pénale soumise au pouvoir de révision du juge. Appliquant l’article 1231-5 du code civil, le tribunal juge le montant initial manifestement excessif. Il procède alors à une réduction substantielle du montant réclamé. « La réduira à 5 % pour l’ensemble des sommes soumises à cette clause pénale » (SUR CE). Ce contrôle actif protège le débiteur contre les sanctions disproportionnées.

La portée de cette décision est significative en droit des contrats. Elle rappelle la distinction fondamentale entre clause pénale et clause de dédit. Le juge affirme son pouvoir d’office pour requalifier et modérer les stipulations abusives. Cette solution promeut l’équilibre contractuel et l’exigence de proportionnalité des sanctions. Elle sert d’avertissement aux rédacteurs de contrats sur les risques d’invalidation. La modération opérée illustre la fonction corrective de l’office du juge. Elle prévient ainsi l’enrichissement sans cause au détriment de la partie défaillante.

La rigueur exigée dans la justification des demandes indemnitaires

Le tribunal fait preuve d’une exigence stricte quant à la preuve des préjudices allégués. Il rejette plusieurs demandes de la société locatrice par défaut de justification suffisante. Pour une somme réclamée en cas de non-restitution, il note l’absence de démonstration. « Le tribunal dira qu’elle ne justifie pas dans ses conclusions des modalités de calcul » (SUR CE). Il écarte également des frais par échéance impayée faute de preuve de connaissance du débiteur. La demande de dommages-intérêts pour réticence abusive est aussi déboutée. « La société PREFILOC CAPITAL SAS n’apporte aucun élément probant » (SUR CE). Cette rigueur procédurale garantit le principe du contradictoire et la sécurité juridique.

Cette exigence rappelle les obligations pesant sur la partie demanderesse. Elle doit articuler clairement ses prétentions et en apporter la preuve. Le juge refuse de suppléer à l’absence de démonstration dans les conclusions. Cette position protège le défendeur, même défaillant, contre des demandes infondées. Elle souligne l’importance d’une argumentation précise et étayée en justice. La décision réaffirme ainsi les règles fondamentales de la charge de la preuve. Elle conditionne l’allocation de sommes d’argent à une justification concrète et pertinente.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».