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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal judiciaire de Grenoble, le 26 septembre 2025, n°2025F00765

Le tribunal judiciaire de Grenoble, statuant en matière commerciale le 26 septembre 2025, examine la procédure collective d’une société spécialisée dans l’imprimerie. Deux offres de reprise concurrentes sont soumises à l’audience. La juridiction doit désigner l’offre la mieux-disante au sens des articles L.642-4 et L.642-5 du code de commerce. Elle retient finalement l’offre présentée par le groupe ICREA et arrête le plan de cession en sa faveur, tout en prononçant la liquidation judiciaire.

La primauté des garanties d’exécution et de pérennité
Le tribunal opère un choix fondé sur une appréciation comparative globale des offres. Il écarte l’offre d’un candidat pourtant acteur du secteur et source de synergies potentielles. La décision motive ce rejet par une solidité financière perçue comme inférieure et un prix de cession moins élevé. Le critère financier devient ainsi déterminant dans l’analyse des garanties d’exécution. Le tribunal estime que « la société ICREA présente de meilleures garanties et semble plus aboutie que l’offre concurrente » (DISCUSSION). Cette approche confirme que la surface financière du repreneur est un élément essentiel pour assurer la durabilité de l’activité reprise, primant sur d’autres considérations comme les synergies sectorielles.

La pondération des critères légaux au service de l’emploi
La décision procède à une pondération nuancée des objectifs légaux de sauvegarde de l’emploi et de paiement des créanciers. Elle reconnaît explicitement l’insuffisance du prix proposé pour désintéresser les créanciers. Elle retient néanmoins l’offre au nom de la préservation de l’emploi et pour éviter les conséquences d’une liquidation. Le tribunal constate que « l’offre permet la sauvegarde de l’emploi dans une proportion très significative » (DISCUSSION). Le maintien de près de quatre-vingts pour cent des effectifs constitue ainsi un argument décisif, même face à un prix faible. Cette solution illustre la recherche d’un moindre mal économique et social dans un contexte de passif important.

L’intégration de la volonté des salariés dans l’appréciation judiciaire
La décision accorde un poids notable à l’expression des salariés concernés. Le tribunal relève que « les salariés se sont très majoritairement déclarés favorables à la cession » au profit du repreneur retenu (DISCUSSION). Bien que non décisif seul, cet élément vient étayer l’appréciation du juge sur les garanties de pérennité et la qualité du projet social. Il s’agit d’un facteur d’appréciation concret intégré à l’analyse des meilleures conditions de sauvegarde de l’emploi. Cette prise en compte renforce la légitimité sociale du choix opéré entre deux offres aux propositions d’emploi équivalentes.

La validation d’une offre assortie de charges augmentatives significatives
Le tribunal valide une offre où le prix de cession nominal est notablement augmenté par des charges annexes. Le jugement acte la reprise de l’intégralité des congés payés acquis par les salariés, une charge financière substantielle. Il s’agit d’un élément de coût souvent sous-estimé qui alourdit significativement l’enveloppe globale de la reprise. Cette approche démontre que l’analyse économique du juge dépasse le seul prix de cession stipulé. Elle englobe l’ensemble des engagements financiers du repreneur, offrant une vision plus réaliste de l’effort consenti et des garanties réelles pour la poursuite d’activité.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».