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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Tribunal de commerce de Marseille, le 23 septembre 2025, n°2025F00916

Le Tribunal des activités économiques de Marseille, le 23 septembre 2025, statue sur un litige contractuel. Un contrat de licence d’exploitation de site internet a été conclu pour quarante-huit mois. Le preneur a manqué à ses obligations de paiement des mensualités convenues. Le bailleur a alors mis en demeure puis sollicité la résiliation et le paiement d’une indemnité. La juridiction constate la résiliation aux torts du preneur et condamne au paiement de sommes conséquentes. Elle rejette cependant la demande de dommages-intérêts complémentaire pour défaut de preuve.

La sanction du manquement contractuel par la résiliation

La reconnaissance d’une cause légitime de résiliation

Le manquement du preneur est établi par le défaut de paiement des mensualités dues. La mise en demeure préalable est régulière et reste sans effet. Le bailleur a ainsi subi une inexécution essentielle de la contrepartie financière. Ce comportement justifie pleinement la rupture du contrat par le juge. La résiliation est donc prononcée aux torts exclusifs du débiteur défaillant.

La valeur de cette solution réside dans la protection de la partie exécutante. Elle rappelle que l’inexécution du prix peut être une cause grave. Cette gravité tient à la privation de l’objet même du contrat pour le créancier. Un précédent judiciaire soulignait déjà ce principe pour un autre type de contrat. « Il s’agit d’un motif grave puisqu’objet même du contrat, justifiant dès lors le prononcé de sa résolution judiciaire » (Tribunal judiciaire de Montpellier, le 11 février 2025, n°22/00458). La décision marseillaise en confirme la portée générale.

La mise en œuvre d’une clause indemnitaire forfaitaire

Le juge accueille la demande de paiement d’une indemnité de résiliation contractuelle. Son montant est fixé à douze mille quatre cent soixante-quatorze euros par la clause. Le tribunal valide ce mécanisme sans discuter son caractère éventuellement pénal. Il ordonne également le paiement d’une somme forfaitaire par échéance impayée. Ces stipulations sont appliquées comme convenu entre les parties contractantes.

La portée de cette analyse est de reconnaître la force obligatoire des clauses contractuelles. Le juge ne recherche pas spontanément un déséquilibre manifeste. Il appartient au débiteur de démontrer le caractère excessif de telles stipulations. Une autre jurisprudence rappelle cette exigence procédurale pour le contractant. « Cependant, comme le rappelle justement la banque, M. [N] et Mme [U] ne démontrent pas en quoi, au cas d’espèce, cette clause pénale présenterait un caractère manifestement excessif » (Tribunal judiciaire de Paris, le 23 septembre 2025, n°24/06701). L’absence de contestation entraîne donc son application stricte.

La délimitation des préjudices réparables

Le rejet de la demande complémentaire de dommages-intérêts

La société créancière sollicitait une indemnisation au-delà des clauses forfaitaires. Le tribunal écarte cette demande au motif d’un défaut de justification suffisant. Le préjudice allégué n’est pas établi comme étant certain et actuel. Le juge opère ainsi une distinction nette entre indemnité contractuelle et dommages-intérêts. Seul le préjudice directement lié à l’inexécution et prévu au contrat est réparé.

Le sens de cette décision est de cantonner la réparation au cadre contractuel préétabli. Elle protège le débiteur contre des demandes indemnitaires imprévisibles et excessives. La charge de la preuve du préjudice supplémentaire incombe au créancier. En l’absence d’éléments probants, le juge refuse d’allouer une somme complémentaire. Cette rigueur évite une compensation sans fondement objectif et vérifiable.

L’octroi limité des frais irrépétibles et l’exécution provisoire

La juridiction alloue une somme forfaitaire au titre de l’article 700 du code de procédure civile. Elle se limite à cinq cents euros pour les frais non compris dans les dépens. Le jugement est également déclaré exécutoire à titre provisoire de plein droit. Ces mesures procédurales accompagnent la condamnation au fond prononcée. Elles visent à assurer une effectivité pratique de la décision rendue.

La valeur de ces dispositions est d’équilibrer les impératifs de réparation et de célérité. L’exécution provisoire permet au créancier de ne pas attendre un éventuel appel. L’allocation modeste des frais irrépétibles tempère la condamnation financière globale. Le tribunal marque ainsi sa volonté de clore le litige dans des proportions raisonnables. Cette approche concilie la sanction de l’inexécution et la proportionnalité des conséquences.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».