Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Rappel conso : produit non alimentaire rappelé, que faire pour être remboursé et indemnisé

La fiche publiée sur RappelConso pour un set de 3 bijoux fantaisie, composé d’une bague, d’un bracelet et d’un collier avec des éléments en plastique colorés, décrit un motif de rappel limpide : des tests ont révélé une teneur élevée en plomb au niveau de la soudure de la bague. Le produit a été commercialisé du 19 juillet 2026 au 21 octobre 2026, dans la France entière, dans tous les magasins TEDi France. La fiche indique que le plomb peut être nocif pour la santé et déconseille fortement de continuer à utiliser ou de porter cette parure. La conduite à tenir tient en deux consignes, « Ne plus utiliser le produit » et « Rapporter le produit au point de vente », et les modalités de compensation annoncées sont le remboursement et l’échange. À la date de rédaction, aucune source officielle ne fait état d’un accident, d’une intoxication ni d’un dommage constaté au-delà du risque décrit par la fiche, à savoir une réaction de la peau en portant la bague ; il s’agit d’un rappel de précaution et les contrats conclus entre le vendeur et chaque acheteur priment sur toute analyse générale.

Ce cas illustre une situation que des dizaines de milliers d’internautes recherchent chaque mois avec la requête « rappel conso » : un produit non alimentaire, jouet, bijou fantaisie, petit appareil électrique, cosmétique ou meuble, se révèle dangereux après son achat et fait l’objet d’une fiche officielle. Les réflexes alimentaires sont connus, rapporter le produit et se faire rembourser, mais les produits non alimentaires posent des questions plus larges. Faut-il rapporter le produit sans ticket de caisse, peut-on exiger une réparation ou un remplacement au titre de la garantie légale, et surtout qui paie lorsque le produit a déjà causé un dommage, brûlure, réaction cutanée, incendie domestique ou dégât matériel.

Cet article répond dans l’ordre pratique où les questions se posent. La première partie explique comment vérifier la fiche RappelConso de votre produit, appliquer la conduite à tenir et obtenir le remboursement ou l’échange auprès du point de vente, avec les justificatifs à conserver. La seconde partie traite des produits qui ont causé ou auraient pu causer un dommage : mise en conformité au titre de la garantie légale de conformité, puis indemnisation du préjudice sur le fondement de la responsabilité du fait des produits défectueux, avec les délais exacts et les décisions de la Cour de cassation qui les appliquent. Seul le juge apprécie chaque dossier, mais la méthode ci-dessous permet d’agir vite et de ne perdre aucun droit.

I. Produit rappelé sur RappelConso : que faire et comment obtenir remboursement ou échange

A. Retrouver la fiche RappelConso de votre produit et suivre la conduite à tenir

Le premier réflexe consiste à vérifier que votre produit est réellement visé par un rappel et non par une rumeur. Le site officiel rappel.conso.gouv.fr permet de rechercher une fiche par nom de produit, marque, référence, lot ou code-barres. Chaque fiche décrit le produit avec précision, photographies et conditionnements à l’appui, puis indique la période de commercialisation, la zone géographique de vente et la liste des distributeurs. Dans l’exemple du set de 3 bijoux, la fiche mentionne des une parure vendue dans la France entière dans la France entière et une liste des points de vente téléchargeable. Vérifiez ces trois éléments avant de vous déplacer : la référence exacte, car un même modèle peut n’être rappelé que pour certains lots, la période d’achat, car un article acheté hors période visée n’ouvre pas les mêmes droits, et le distributeur, car la procédure de retour passe en priorité par le point de vente.

La fiche impose ensuite une conduite à tenir qui prime sur tout le reste. Les formules varient selon le risque : ne plus utiliser le produit, ne plus le porter, cesser de l’alimenter électriquement, le tenir hors de portée des enfants, puis le rapporter au point de vente. Ces consignes ont une portée juridique directe. Continuer à utiliser un produit après la publication du rappel, alors que le risque est décrit noir sur blanc, peut être analysé comme une faute de la victime et réduire l’indemnisation en cas de dommage ultérieur. À l’inverse, respecter la conduite prescrite et conserver la preuve de ce respect, photographie du produit intact, de l’emballage et de la fiche imprimée ou enregistrée en PDF, protège vos recours. Lorsque le rappel porte sur un appareil électrique ou à gaz, coupez l’alimentation et n’essayez aucune réparation domestique : un démontage peut détruire la preuve du défaut et exposer à un risque supplémentaire.

Conservez méthodiquement tout ce qui établit l’achat et le défaut. Le ticket de caisse ou la facture reste la preuve la plus simple, mais un relevé bancaire, une confirmation de commande en ligne, un historique de fidélité ou une photographie du produit chez vous complètent utilement le dossier. Gardez l’emballage et la notice, qui mentionnent les références et les avertissements du fabricant, et notez la date à laquelle vous avez eu connaissance du rappel, car plusieurs délais courent à compter de cette connaissance, comme la seconde partie l’explique. Si le produit a provoqué une réaction cutanée, une brûlure ou tout autre trouble, consultez rapidement un médecin et conservez le certificat médical initial, les ordonnances et les photographies datées des lésions : ces pièces conditionnent toute demande d’indemnisation du préjudice corporel.

Un dernier réflexe concerne les produits encore visibles en rayon. Lorsqu’un article rappelé reste proposé à la vente, la fiche RappelConso elle-même invite à le signaler, avec un lien dédié vers SignalConso, la plateforme de signalement de la répression des fraudes. Ce signalement ne remplace pas votre démarche de remboursement, mais il permet aux enquêteurs de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de vérifier le retrait effectif et, le cas échéant, de sanctionner le professionnel qui maintiendrait sciemment un produit dangereux en vente. Les obligations des commerçants qui découvrent un produit rappelé dans leurs rayons, retrait, information des clients, traçabilité des lots, ont été détaillées dans l’article consacré au commerçant face à un produit rappelé dans son magasin.

B. Obtenir le remboursement ou l’échange : justificatifs et démarches au point de vente

Les modalités de compensation figurent dans chaque fiche, rubrique « modalités de compensation ». Les deux formules les plus courantes sont le remboursement et l’échange, parfois cumulées au choix du consommateur, comme pour le set de bijoux au plomb. Le remboursement porte sur le prix effectivement payé, et l’échange suppose la remise d’un produit sain, identique ou équivalent. Présentez-vous au point de vente indiqué, muni du produit, de son emballage lorsque vous l’avez conservé et de votre preuve d’achat, et demandez l’application écrite de la modalité prévue par la fiche, avec un reçu de restitution mentionnant la date, la référence et la modalité obtenue. Ce reçu prouve que vous avez suivi la conduite prescrite et fixe le point de départ de vos démarches ultérieures si un dommage apparaît plus tard.

L’absence de ticket de caisse ne fait pas perdre tous vos droits, mais elle complique la preuve. Un relevé bancaire faisant apparaître le montant et la date chez le même distributeur, une commande en ligne retrouvée dans votre messagerie, ou le rappel de la carte de fidélité permettent souvent au magasin de retrouver la transaction. À défaut de toute preuve d’achat, le vendeur peut refuser le remboursement en espèces, mais il reste tenu par la garantie légale de conformité dès lors que le défaut de sécurité est établi par la fiche officielle, comme la seconde partie le démontre. Conservez dans tous les cas une copie de la fiche RappelConso correspondant à votre produit : elle établit publiquement l’existence du défaut et la reconnaissance du risque par le professionnel, sans que vous ayez à faire expertiser le produit à vos frais dans un premier temps.

Lorsque le point de vente refuse d’appliquer la modalité annoncée, exige un avoir au lieu du remboursement promis ou vous renvoie vers un fabricant injoignable, formalisez votre demande par écrit. Une mise en demeure envoyée en recommandé avec accusé de réception, rappelant la référence de la fiche, la modalité de compensation qu’elle prévoit et le délai raisonnable laissé au professionnel, constitue le préalable utile à toute action. Joignez-y la copie de la fiche et de vos justificatifs, et conservez l’accusé de réception. Parallèlement, un signalement sur SignalConso permet à l’administration de contrôler le professionnel. Si le litige persiste, la garantie légale de conformité et la responsabilité du fait des produits défectueux offrent des voies d’action contre le vendeur comme contre le producteur, y compris lorsque le magasin a fermé ou que la marque a disparu : la seconde partie expose ces recours, leurs conditions et leurs délais.

Le cas des achats en ligne suit la même logique, avec une étape supplémentaire. Identifiez le vendeur exact sur la plateforme, place factrice ou vendeur tiers, car le débiteur du remboursement diffère selon les cas, et utilisez la messagerie de la plateforme pour conserver une trace écrite horodatée. Les confirmations de commande et les avis d’expédition valent preuve d’achat, et les frais de retour d’un produit dangereux ne doivent pas rester à votre charge lorsque le rappel incombe au professionnel. Pour les rappels alimentaires, qui suivent des règles sanitaires spécifiques et des circuits d’indemnisation parfois distincts, l’article consacré au rappel d’un produit alimentaire contaminé détaille les preuves et les recours propres à ces dossiers.

II. Produit rappelé dangereux : réparation, garantie légale et indemnisation du préjudice

A. Faire réparer ou remplacer le produit rappelé au titre de la garantie légale de conformité

Un produit rappelé pour défaut de sécurité n’est pas seulement dangereux, il est juridiquement non conforme. L’article L. 217-4 du code de la consommation dispose que « Le bien est conforme au contrat s’il répond notamment, le cas échéant, aux critères suivants : 1° Il correspond à la description, au type, à la quantité et à la qualité, notamment en ce qui concerne la fonctionnalité, la compatibilité, l’interopérabilité, ou toute autre caractéristique prévues au contrat ; 2° Il est propre à tout usage spécial recherché par le consommateur, porté à la connaissance du vendeur au plus tard au moment de la conclusion du contrat et que ce dernier a accepté ; 3° Il est délivré avec tous les accessoires et les instructions d’installation, devant être fournis conformément au contrat ; 4° Il est mis à jour conformément au contrat » (article L. 217-4 du code de la consommation). L’article L. 217-5 ajoute le critère objectif décisif : « Il est propre à l’usage habituellement attendu d’un bien de même type » (article L. 217-5 du code de la consommation). Un bijou qui libère du plomb au contact de la peau, un chargeur qui surchauffe ou un jouet dont les petites pièces se détachent ne répond ni à l’usage habituellement attendu ni à la sécurité légitime, et le vendeur ne peut opposer ni l’usure normale ni une mauvaise utilisation lorsque le rappel officiel décrit le défaut.

Le consommateur dispose alors d’un choix que la loi organise précisément. L’article L. 217-9 du code de la consommation prévoit que « Le consommateur est en droit d’exiger la mise en conformité du bien aux critères énoncés dans la sous-section 1 de la présente section. Le consommateur sollicite auprès du vendeur la mise en conformité du bien, en choisissant entre la réparation et le remplacement. A cette fin, le consommateur met le bien à la disposition du vendeur » (article L. 217-9 du code de la consommation). Cette mise en conformité « a lieu sans aucun frais pour le consommateur », et « Le consommateur n’est pas tenu de payer pour l’utilisation normale qu’il a faite du bien remplacé pendant la période antérieure à son remplacement » (article L. 217-11 du code de la consommation). Concrètement, le vendeur ne peut facturer ni le diagnostic, ni la main-d’œuvre, ni l’envoi, ni exiger une décote pour les mois d’utilisation antérieure au rappel.

Le vendeur ne peut écarter le choix du consommateur que dans des hypothèses strictes. L’article L. 217-12 du code de la consommation dispose que « Le vendeur peut ne pas procéder selon le choix opéré par le consommateur si la mise en conformité sollicitée est impossible ou entraîne des coûts disproportionnés », en tenant compte notamment de la valeur du bien sans défaut, de l’importance du défaut et de la possibilité d’opter pour l’autre solution sans inconvénient majeur (article L. 217-12 du code de la consommation). En matière de rappel pour risque sanitaire ou électrique, la réparation est fréquemment impossible, car le défaut tient à la conception même du produit, et le remplacement par un exemplaire du même lot serait dangereux. Le consommateur bascule alors vers la réduction du prix ou la résolution du contrat, c’est-à-dire le remboursement. L’article L. 217-14 du code de la consommation ouvre ce droit notamment « Lorsque la mise en conformité intervient au-delà d’un délai de trente jours suivant la demande du consommateur ou si elle lui occasionne un inconvénient majeur » (article L. 217-14 du code de la consommation). Ce délai de trente jours court à compter de la demande adressée au vendeur, d’où l’importance d’une demande écrite et datée, et il s’applique aussi lorsque la non-conformité persiste après une tentative infructueuse ou lorsque le défaut est d’emblée si grave qu’il justifie une résolution immédiate.

En pratique, articulez la fiche de rappel et la garantie légale dans le même courrier. Rappelez la référence officielle, décrivez le défaut avec les termes de la fiche, formulez expressément votre choix entre réparation et remplacement, ou demandez directement la résolution et le remboursement lorsque la réparation est manifestement impossible ou que le produit a causé un dommage. Fixez un délai de trente jours en visant l’article L. 217-14, et annoncez qu’à défaut vous saisirez le juge. Cette mise en demeure interrompt les délais de prescription de droit commun et établit la mauvaise foi du professionnel en cas de procès. La fiche pratique de Service-Public sur la garantie légale de conformité résume ces étapes pour les démarches courantes. Lorsque le vendeur a disparu, a fermé son magasin ou invoque la liquidation de son fournisseur, ne renoncez pas : l’action contre le producteur sur le fondement des produits défectueux, examinée ci-après, ne dépend pas de la survie du vendeur.

B. Être indemnisé du dommage causé par le produit défectueux : producteur, faute et délais

Lorsque le produit rappelé a causé un dommage, brûlure, réaction allergique, intoxication, incendie, dégât des eaux ou simple impossibilité durable d’usage avec frais exposés, un second régime entre en jeu, indépendant de la garantie contre le vendeur. L’article 1245 du code civil pose le principe : « Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu’il soit ou non lié par un contrat avec la victime » (article 1245 du code civil). La responsabilité est de plein droit : la victime n’a pas à prouver une faute du fabricant, seulement le défaut, le dommage et le lien entre les deux. Le défaut s’apprécie objectivement, car « Un produit est défectueux au sens du présent chapitre lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre. Dans l’appréciation de la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre, il doit être tenu compte de toutes les circonstances et notamment de la présentation du produit, de l’usage qui peut en être raisonnablement attendu et du moment de sa mise en circulation » (article 1245-3 du code civil). Une fiche RappelConso qui décrit un risque chimique ou électrique constitue un indice puissant, parfois déterminant, de ce défaut de sécurité, sans dispenser de rapporter la preuve du dommage subi personnellement.

Le débiteur de cette responsabilité ne se limite pas au fabricant. L’article 1245-5 du code civil dispose : « Est producteur, lorsqu’il agit à titre professionnel, le fabricant d’un produit fini, le producteur d’une matière première, le fabricant d’une partie composante. Est assimilée à un producteur pour l’application du présent chapitre toute personne agissant à titre professionnel : 1° Qui se présente comme producteur en apposant sur le produit son nom, sa marque ou un autre signe distinctif ; 2° Qui importe un produit dans la Communauté européenne en vue d’une vente, d’une location, avec ou sans promesse de vente, ou de toute autre forme de distribution » (article 1245-5 du code civil). Une enseigne qui commercialise sous sa propre marque un bijou ou un appareil fabriqué à l’étranger, comme un importateur qui introduit le produit sur le marché européen, répond donc comme producteur. Le producteur ne s’exonère qu’en prouvant l’un des cas limitativement énumérés, notamment « Qu’il n’avait pas mis le produit en circulation », « Que, compte tenu des circonstances, il y a lieu d’estimer que le défaut ayant causé le dommage n’existait pas au moment où le produit a été mis en circulation par lui ou que ce défaut est né postérieurement », ou « Que l’état des connaissances scientifiques et techniques, au moment où il a mis le produit en circulation, n’a pas permis de déceler l’existence du défaut » (article 1245-10 du code civil). Enfin, « La responsabilité du producteur envers la victime n’est pas réduite par le fait d’un tiers ayant concouru à la réalisation du dommage » (article 1245-13 du code civil), de sorte que l’intervention du vendeur, d’un installateur ou d’un réparateur ne diminue pas la dette du producteur.

Les délais commandent la stratégie et doivent être calculés dès la découverte du dommage. L’article 1245-16 du code civil dispose que « L’action en réparation fondée sur les dispositions du présent chapitre se prescrit dans un délai de trois ans à compter de la date à laquelle le demandeur a eu ou aurait dû avoir connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur » (article 1245-16 du code civil). Le point de départ suppose la réunion des trois connaissances : dommage, défaut et producteur. La Cour de cassation applique strictement ce point de départ : dans un arrêt du 15 novembre 2023, une cour d’appel avait déclaré irrecevable comme prescrite l’action engagée les 7 et 8 juillet 2020, plus de trois ans après la connaissance du dommage acquise à la date d’un avis du 24 avril 2014 (Cass. 1re civ., 15 nov. 2023, n° 22-21.179). Conservez donc la preuve de la date de chaque découverte, premier diagnostic médical, première analyse du défaut, identification du fabricant, car le producteur invoquera systématiquement la prescription. À ce délai de trois ans s’ajoute une butée de dix ans : « Sauf faute du producteur, la responsabilité de celui-ci, fondée sur les dispositions du présent chapitre, est éteinte dix ans après la mise en circulation du produit même qui a causé le dommage à moins que, durant cette période, la victime n’ait engagé une action en justice » (article 1245-15 du code civil). Seule une action en justice engagée dans ce délai de dix ans, ou la démonstration d’une faute du producteur, permet de le dépasser.

La faute du producteur ouvre d’ailleurs un cumul de fondements que la Cour de cassation a consacré. L’article 1245-17 du code civil prévoit que « Les dispositions du présent chapitre ne portent pas atteinte aux droits dont la victime d’un dommage peut se prévaloir au titre du droit de la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle ou au titre d’un régime spécial de responsabilité. Le producteur reste responsable des conséquences de sa faute et de celle des personnes dont il répond » (article 1245-17 du code civil). Tirant les conséquences de ce texte, la première chambre civile juge : « Il en résulte que la victime d’un dommage imputé à un produit défectueux peut agir en responsabilité contre le producteur sur le fondement du second de ces textes, si elle établit que son dommage résulte d’une faute commise par le producteur, telle qu’un maintien en circulation du produit dont il connaît le défaut ou encore un manquement à son devoir de vigilance quant aux risques présentés par le produit » (Cass. 1re civ., 15 nov. 2023, n° 22-21.179). Dans cette affaire, la Cour casse l’arrêt qui refusait ce cumul : « CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l’arrêt rendu le 7 juillet 2022, entre les parties, par la cour d’appel de Versailles ». Maintenir sciemment en vente un produit dont le défaut est connu, ou tarder à déclencher le rappel alors que les signalements s’accumulent, caractérise une telle faute et permet d’agir hors du seul régime des produits défectueux, avec ses propres délais. En revanche, le cumul n’est pas sans limite : l’action en responsabilité du fait des choses ne repose pas sur un fondement différent lorsque le dommage est imputé au produit après sa mise en circulation, car elle « procède nécessairement d’un défaut de sécurité », et la Cour en déduit que l’action intentée plus de trois ans après la connaissance de l’origine du sinistre était prescrite (Cass. 1re civ., 11 juil. 2018, n° 17-20.154). Enfin, le régime ne s’applique qu’aux produits dont la mise en circulation est postérieure au 22 mai 1998, et « la date de mise en circulation du produit s’entend, dans le cas de produits fabriqués en série, de la date de commercialisation du lot dont il faisait partie » (Cass. 1re civ., 21 oct. 2020, n° 19-18.689), ce qui rend la fiche RappelConso et ses dates de commercialisation, ici du 19 juillet au 21 octobre 2026, déterminantes pour situer le produit dans le temps.

En pratique, conduisez les deux actions de front sans les confondre. Réclamez au vendeur la mise en conformité, le remplacement ou la résolution dans le délai de trente jours de l’article L. 217-14, et adressez parallèlement au producteur, identifié grâce à la fiche, une mise en demeure chiffrant chaque préjudice : prix du produit, frais médicaux restés à charge, frais de remplacement provisoire, perte de jouissance et, pour un préjudice corporel, un chiffrage provisoire soumis à expertise. Vérifiez vos contrats d’assurance, qui comportent parfois une garantie défense-recours finançant la procédure, et faites constater le défaut et le dommage par un professionnel avant toute restitution définitive du produit, car le renvoi au point de vente peut priver l’expert de la pièce essentielle. Les décisions consultées pour cet article ne tranchent pas la question du point de départ du délai de trois ans lorsque la victime, dûment informée du rappel, tarde à vérifier si son propre exemplaire appartient au lot visé : dans le doute, agissez comme si le délai courait dès la publication de la fiche vous concernant.

Conclusion

Face à un produit non alimentaire rappelé, la méthode tient en quatre gestes. Vérifier la fiche RappelConso correspondant exactement à votre référence, appliquer sans délai la conduite à tenir et cesser toute utilisation, rapporter le produit au point de vente avec vos preuves d’achat pour obtenir le remboursement ou l’échange prévus par la fiche, puis, lorsque le produit a causé un dommage, exiger du vendeur la mise en conformité, le remplacement ou la résolution dans les trente jours de la garantie légale, tout en mettant en demeure le producteur d’indemniser chaque préjudice. Les textes fixent des délais stricts, trois ans à compter de la triple connaissance du dommage, du défaut et du producteur, dix ans au plus après la mise en circulation sauf faute, et la jurisprudence sanctionne le producteur qui maintient en circulation un produit dont il connaît le défaut. Conservez chaque pièce, agissez par écrit et faites vérifier votre dossier par le juge plutôt que de laisser un droit s’éteindre : un rappel bien géré se termine par un remboursement rapide, un rappel négligé par une prescription.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».