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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Contestation état des lieux de sortie : comment récupérer sa caution retenue sans justificatif

Vous venez de rendre les clés et le bailleur vous annonce qu’il garde tout ou partie de votre dépôt de garantie en s’appuyant sur l’état des lieux de sortie, alors que vous estimez n’avoir causé aucune dégradation ou que les sommes réclamées ne reposent sur aucun justificatif. Cette situation concerne chaque année des milliers de locataires : un état des lieux de sortie rédigé vite, parfois signé sur tablette sans relecture, des photos floues, un devis établi plusieurs semaines après le départ, puis une retenue de plusieurs centaines d’euros notifiée sans facture. Face à ce document, beaucoup de locataires renoncent, persuadés qu’un état des lieux signé ne se conteste pas. C’est inexact. Un état des lieux de sortie se conteste point par point, et toute retenue sur la caution doit être justifiée par des pièces précises, sans quoi le bailleur doit restituer et peut devoir une majoration de 10 % du loyer par mois de retard. Cet article explique comment lire votre état des lieux de sortie, quelles retenues sont interdites sans justificatif, comment chiffrer la vétusté, puis comment récupérer votre dépôt de garantie, à Paris et en Île-de-France comme ailleurs, avec les textes applicables et des décisions rendues en 2025 et 2026 qui montrent comment les juges tranchent ces litiges.

I. Contestation de l’état des lieux de sortie : ce qui rend la retenue sur la caution justifiée ou non

Un état des lieux de sortie n’est pas une sentence. C’est un constat comparatif entre l’entrée et la sortie, établi dans des conditions précises, et chaque dégradation imputée au locataire doit être prouvée par le bailleur. La contestation porte donc sur deux fronts indissociables : la régularité du document lui-même et le bien-fondé de chaque retenue chiffrée.

A. État des lieux de sortie signé : valeur probante, comparatif entrée-sortie et signature sur tablette

Le principe est posé par la loi : « Un état des lieux est établi selon des modalités définies par décret en Conseil d’Etat, pris après avis de la Commission nationale de concertation, dans les mêmes formes et en autant d’exemplaires que de parties lors de la remise et de la restitution des clés. Il est établi contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles et joint au contrat de location. » Article 3-2 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. Trois exigences en découlent : un écrit remis à chaque partie, un établissement contradictoire, et une comparaison terme à terme avec l’état des lieux d’entrée. Si le bailleur ne vous a jamais remis votre exemplaire ou s’il a fait obstacle à l’établissement contradictoire, il ne peut pas se prévaloir de la présomption de l’article 1731 du code civil, et c’est à lui de prouver les dégradations par d’autres moyens. Le texte de référence pour l’absence d’état des lieux est clair : « S’il n’a pas été fait d’état des lieux, le preneur est présumé les avoir reçus en bon état de réparations locatives, et doit les rendre tels, sauf la preuve contraire. » Article 1731 du code civil sur Légifrance. À l’inverse, quand un état des lieux a été dressé, la règle de comparaison s’applique : « S’il a été fait un état des lieux entre le bailleur et le preneur, celui-ci doit rendre la chose telle qu’il l’a reçue, suivant cet état, excepté ce qui a péri ou a été dégradé par vétusté ou force majeure. » Article 1730 du code civil sur Légifrance. Concrètement, le juge ne lit jamais l’état des lieux de sortie seul. Il superpose les deux documents, pièce par pièce, et écarte toute mention qui ne révèle aucune aggravation par rapport à l’entrée. Un plan de travail décrit comme rayé à l’entrée puis très usagé à la sortie, une peinture notée sale des deux côtés, un joint déjà noirci à l’entrée : ces mentions ne suffisent pas à justifier une retenue si l’aggravation n’est pas caractérisée et chiffrée.

La signature apposée sur tablette, pratique devenue courante, n’empêche pas la contestation mais obéit à des règles de preuve. Le tribunal judiciaire de Chambéry l’a rappelé le 2 juillet 2026 dans un litige où la locataire contestait la retenue de 790 euros de dépôt de garantie et niait être l’auteur des paraphes figurant sur l’état des lieux de sortie signé électroniquement (Tribunal judiciaire de Chambéry, JCP, 2 juillet 2026, RG n° 25/00177, jugement consultable sur courdecassation.fr). Le tribunal rappelle d’abord le droit commun de l’écrit électronique : « l’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité ». Faute de certificat qualifié produit par le bailleur, la signature relevait de la signature simple, sans présomption de fiabilité, et le tribunal a vérifié concrètement l’imputabilité : présence de la locataire lors de l’établissement, signature apposée au pied de chaque page, ressemblance suffisante avec son paraphe de comparaison. La contestation de la signature a donc été écartée sur les faits de l’espèce, et le caractère probant des états des lieux a été retenu. L’enseignement pratique est direct : contester la signature pour la forme seule suffit rarement quand vous étiez présent et que vous avez signé chaque page. En revanche, si vous étiez absent, si aucun exemplaire ne vous a été remis, si l’agent a coché des cases sans visite pièce par pièce ou si vous avez émis des réserves manuscrites, ces éléments fragilisent la force probante du document. Ajoutez-y les preuves contraires : photos datées de l’entrée et de la sortie, constat de commissaire de justice dressé rapidement après le départ, attestations de l’état réel, échanges écrits avec le bailleur. Le juge des contentieux de la protection apprécie l’ensemble, et un état des lieux de sortie régulier dans sa forme peut malgré tout perdre sur le fond si les retenues ne sont pas justifiées.

Autre point souvent décisif : le recours au commissaire de justice quand l’état des lieux amiable est impossible. La loi prévoit que si l’état des lieux ne peut pas être établi à l’amiable, il est dressé par un commissaire de justice à frais partagés, avec un préavis d’au moins sept jours par lettre recommandée. Un état des lieux de sortie établi unilatéralement par le bailleur seul, sans vous convoquer et sans commissaire de justice, n’a pas la valeur d’un constat contradictoire. Vous pouvez alors en contester la portée et exiger que chaque dégradation soit prouvée autrement. De même, un état des lieux d’entrée inexistant ou non remis vous protège partiellement grâce à la présomption de bon état, mais il vous expose aussi à devoir rendre le logement en bon état de réparations locatives : conservez dans tous les cas vos propres preuves d’entrée.

B. Retenue sur la caution sans justificatif : devis, factures, vétusté et charges que le bailleur doit prouver

Le cœur du litige se joue rarement sur la forme de l’état des lieux, et presque toujours sur les justificatifs. La loi autorise la déduction « des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées » Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. La formule « dûment justifiées » est le verrou : sans facture, sans devis détaillé, sans décompte de charges régularisé, sans preuve d’une dégradation distincte de l’usure normale, la retenue tombe. La Cour de cassation applique cette exigence avec constance. Dans un arrêt du 31 mai 2018, la troisième chambre civile a cassé un jugement qui avait mélangé les régimes de restitution en rappelant « qu’il résulte de ce texte que le dépôt de garantie est prévu pour garantir l’exécution de ses obligations locatives par le locataire et que, lorsque les locaux loués se situent dans un immeuble collectif, la régularisation définitive des charges et la restitution du solde, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et de celles dont celui-ci pourrait être tenu en lieu et place du locataire, interviennent dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes de l’immeuble » (Cass. 3e civ., 31 mai 2018, n° 17-18.069, arrêt consultable sur courdecassation.fr). Autrement dit, le dépôt de garantie garantit des dettes réelles et justifiées, pas un forfait de remise en état, et les charges d’immeuble collectif suivent leur propre calendrier d’approbation des comptes.

En pratique, exigez pour chaque ligne de retenue quatre éléments : la mention précise dans l’état des lieux de sortie comparée à l’entrée, la nature exacte des travaux imputés, une pièce chiffrée, et la démonstration que l’usure normale a été déduite. Un devis non suivi de facture peut être accepté par les juges quand il est détaillé, daté et cohérent avec les dégradations constatées, mais deux estimatifs contradictoires établis le même jour, un devis de réfection de peinture réalisé deux mois après la sortie sans lien démontré avec l’occupation, ou une facture globale sans ventilation pièce par pièce fragilisent la demande du bailleur. Le jugement de Chambéry du 2 juillet 2026 illustre ce contrôle : la locataire soutenait que les dégradations résultaient de la vétusté et que les deux estimatifs produits le même jour se contredisaient, tandis que le devis de peinture avait été établi deux mois après son départ. Le tribunal a examiné chaque poste au lieu de valider un montant global, et a rappelé qu’il appartient à chaque partie de prouver les faits nécessaires au succès de sa prétention. Quand le bailleur ne justifie ni la réalité des dégradations au-delà de la vétusté ni le montant exact des reprises nécessaires, la retenue est écartée et la restitution ordonnée.

La vétusté mérite un développement propre car elle annule un grand nombre de retenues. L’article 1730 du code civil exclut expressément l’usure liée à la vétusté ou à la force majeure de la restitution due par le preneur. Une peinture jaunie après neuf ans d’occupation, un sol stratifié usé dans les passages, des joints silicone noircis par le temps, une moquette tassée, des traces d’usure autour des interrupteurs : ces phénomènes relèvent de l’usage normal et ne peuvent pas être facturés au locataire sortant comme s’il s’agissait de dégradations. La grille de vétusté, quand elle est annexée au bail, sert précisément à appliquer un abattement année par année et à distinguer la part d’usure de la part de dégradation. Le tribunal judiciaire d’Évreux a jugé le 30 janvier 2025 dans une affaire où le bailleur réclamait plus de 7 600 euros de réparations locatives après déduction d’un dépôt de 344,84 euros, en appliquant la grille de vétusté produite par la bailleresse elle-même pour fixer le montant réellement dû (Tribunal judiciaire d’Évreux, JCP, 30 janvier 2025, RG n° 24/00284, jugement consultable sur courdecassation.fr). Retenez la méthode : repérez la durée d’occupation, identifiez la durée de vie théorique de l’élément, appliquez l’abattement prévu par la grille, et ne laissez au bailleur que le résiduel imputable à un usage anormal. Sans grille, le raisonnement reste identique mais s’appuie sur l’ancienneté démontrée, l’état d’entrée et des factures d’origine quand elles existent. Un remplacement à neuf facturé au locataire pour un équipement en fin de vie est systématiquement réduit ou écarté.

Les charges et les frais annexes obéissent à la même logique de justification. Le bailleur peut conserver une provision d’au plus 20 % du dépôt de garantie dans un immeuble collectif jusqu’à l’arrêté annuel des comptes, à condition qu’elle soit justifiée, puis il régularise dans le mois de l’approbation définitive. Il ne peut pas conserver 20 % par réflexe sans décompte, ni imputer au locataire des charges non régularisées ou des frais de gestion, des frais de relocation, des pénalités inventées ou des heures de ménage sans preuve d’un manquement à l’obligation de rendre le logement propre. Les frais d’état des lieux par commissaire de justice sont partagés par moitié et encadrés, et ils ne s’ajoutent pas librement à la retenue. De même, une retenue pour trou de cheville, petite rayure ou trace de meuble doit être rapportée à l’obligation d’user raisonnablement des lieux et au coût réel de reprise, souvent modeste. Quand le bailleur invoque des charges impayées, réclamez le décompte définitif et l’approbation des comptes : une simple estimation ne suffit pas. Quand il invoque un dégât précis, réclamez la facture acquittée ou un devis circonstancié avec photos avant et après travaux. Toute ligne sans pièce est une ligne à contester par écrit, poste par poste, en rappelant l’exigence de justification de l’article 22.

II. Dépôt de garantie non restitué après un état des lieux contesté : comment récupérer son argent

Une fois l’analyse technique faite, la récupération suit un chemin procédural balisé : vérifier le délai applicable, mettre en demeure par écrit, saisir le conciliateur puis le juge, et demander la majoration de retard en plus du principal. Chaque étape doit être documentée car le juge statue sur pièces.

A. Dépôt de garantie : délais de restitution d’un mois ou de deux mois et majoration de 10 % par mois de retard

Le point de départ est la remise des clés, en main propre ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, avec indication de votre nouvelle adresse. À compter de cette remise, deux délais existent selon la comparaison des états des lieux. Quand la sortie est conforme à l’entrée, le texte impose une restitution rapide : « Il est restitué dans un délai maximal d’un mois à compter de la remise des clés par le locataire lorsque l’état des lieux de sortie est conforme à l’état des lieux d’entrée, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, en lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. Quand la sortie révèle des différences, le délai passe à deux mois : « Il est restitué dans un délai maximal de deux mois à compter de la remise en main propre, ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, des clés au bailleur ou à son mandataire, déduction faite, le cas échéant, des sommes restant dues au bailleur et des sommes dont celui-ci pourrait être tenu, aux lieu et place du locataire, sous réserve qu’elles soient dûment justifiées. » Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. Dans les deux cas, la déduction n’est permise que pour des sommes justifiées, et c’est au bailleur de produire les pièces dans le délai. Une retenue notifiée après l’expiration du délai, sans facture ni décompte, ne régularise pas le retard et ouvre droit à la majoration.

La sanction du retard est automatique dès lors que les conditions sont réunies : « A défaut de restitution dans les délais prévus, le dépôt de garantie restant dû au locataire est majoré d’une somme égale à 10 % du loyer mensuel en principal, pour chaque période mensuelle commencée en retard. » Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. La base de calcul est le loyer mensuel en principal, hors charges, et chaque mois commencé compte. La seule exception prévue par la loi concerne l’adresse : « Cette majoration n’est pas due lorsque l’origine du défaut de restitution dans les délais résulte de l’absence de transmission par le locataire de l’adresse de son nouveau domicile. » Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 sur Légifrance. Transmettez donc votre nouvelle adresse dès la remise des clés, par écrit, et conservez la preuve de cet envoi. Sans cette précaution, le bailleur pourra soutenir que le retard vous est imputable.

Le tribunal judiciaire de Paris a appliqué ces règles le 31 octobre 2025 dans une espèce où la locataire avait versé 2 230 euros de dépôt pour un loyer de 933 euros, avait reçu une restitution partielle tardive de 1 289 euros après mise en demeure, puis s’était vu opposer 160 euros de ménage et 781 euros de remplacement d’un plan de travail décrit comme très usagé à la sortie alors que l’entrée mentionnait déjà des rayures, une auréole et des traces d’usure (Tribunal judiciaire de Paris, PCP JCP, 31 octobre 2025, RG n° 25/04331, jugement consultable sur courdecassation.fr). La locataire demandait le solde de 781 euros et 669 euros de majoration de 10 %. Les bailleurs invoquaient le délai de deux mois et la provision pour charges. Le tribunal a confronté les deux états des lieux, écarté le remplacement à neuf quand une simple remise en état suffisait, vérifié la réalité de chaque poste, et calculé la majoration sur la période de retard effectif. La leçon est claire : même quand l’état des lieux de sortie mentionne une dégradation, le juge contrôle si la dépense était nécessaire, si son montant est prouvé, et si la restitution est intervenue dans le délai d’un ou deux mois selon la conformité. Un remplacement intégral facturé alors qu’une réparation ciblée suffisait est réduit à la mesure de la remise en état utile, et le solde tardif porte la majoration.

Le cas de l’immeuble collectif appelle une vigilance supplémentaire sur les charges. Le bailleur peut conserver une provision limitée à 20 % jusqu’à l’arrêté annuel, mais il doit ensuite régulariser dans le mois de l’approbation définitive des comptes et restituer le solde avec les justificatifs. L’arrêt de la Cour de cassation du 31 mai 2018 cité plus haut sanctionne la confusion entre ce calendrier des charges et celui des réparations locatives : le bailleur ne peut pas faire supporter au locataire une majoration calculée sur une dette de charges soumise à un autre délai, ni refuser la restitution du solde disponible sous prétexte d’une régularisation future non chiffrée. Concrètement, si vous occupiez un appartement en copropriété à Paris, exigez l’arrêté des comptes provisoire, le décompte définitif après approbation, et la preuve de l’approbation elle-même. Une provision de 20 % conservée sans arrêté provisoire ou maintenue au-delà du mois suivant l’approbation est contestable et porte majoration.

Chiffrez votre demande avant d’écrire. Repartez du montant du dépôt, soustrayez uniquement les postes justifiés et acceptés, ajoutez la majoration de 10 % du loyer mensuel par mois commencé depuis l’expiration du délai d’un ou deux mois jusqu’au paiement complet, et déduisez les sommes déjà restituées même tardivement. Joignez le bail avec le montant du dépôt, les deux états des lieux, la preuve de remise des clés et de transmission de la nouvelle adresse, les justificatifs du bailleur avec vos observations poste par poste, vos propres photos, factures et devis, ainsi que le décompte de charges quand il existe. Ce dossier chiffré servira pour la mise en demeure, la conciliation et le juge.

B. Récupérer sa caution à Paris et en Île-de-France : mise en demeure, conciliation et juge des contentieux de la protection

À Paris et en Île-de-France, où les dépôts de garantie atteignent souvent un mois de loyer pour des montants élevés et où les gestions par agence multiplient les intermédiaires, la méthode gagnante associe écrits recommandés, conciliation départementale et saisine du bon juge avec un dossier complet. Commencez par une mise en demeure adressée au bailleur ou à son mandataire, par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, qui liste chaque retenue contestée, rappelle l’exigence de justification de l’article 22, joint vos preuves et réclame la restitution du solde chiffré plus la majoration de 10 % déjà courue. Fixez un délai de huit à quinze jours et indiquez que vous saisirez la commission départementale de conciliation à défaut de paiement. Cette lettre interrompt les argumentaires téléphoniques et crée une date certaine pour le calcul de la majoration et des intérêts. Quand le bien est géré par une agence parisienne, adressez la mise en demeure au bailleur et à l’agence, et demandez à qui incombe la restitution en cas de changement de gestion ou de vente du bien en cours de bail : en cas de mutation, la restitution incombe au nouveau bailleur, et toute convention contraire n’a d’effet qu’entre les parties à la mutation.

En cas d’échec, saisissez la commission départementale de conciliation de Paris, des Hauts-de-Seine, de la Seine-Saint-Denis ou du Val-de-Marne selon la situation du logement. La saisine est gratuite, écrite, et impose au bailleur de s’expliquer sur pièces devant un tiers. Joignez le dossier chiffré décrit plus haut, avec un tableau comparatif entrée-sortie pièce par pièce et vos calculs de vétusté. De nombreux litiges sur des retenues de 300 à 1 500 euros se règlent à ce stade, car l’agence préfère restituer plutôt que de défendre en justice un devis tardif ou une retenue forfaitaire. Si la conciliation échoue ou si le bailleur ne s’y présente pas, saisissez le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de l’immeuble : à Paris, le tribunal judiciaire de Paris, pôle civil de proximité pour les petits montants, et dans les autres départements franciliens le tribunal judiciaire territorialement compétent. La requête ou l’assignation reprend le décompte, la majoration à parfaire jusqu’au complet paiement, les intérêts au taux légal depuis la mise en demeure ou depuis la signification, et l’article 700 du code de procédure civile pour les frais. Les jugements rendus en 2025 et 2026 montrent que ce juge contrôle poste par poste : à Chambéry, vérification de la signature électronique et de chaque dégradation au-delà de la vétusté ; à Paris, réduction du remplacement à neuf à la remise en état utile et calcul strict de la majoration ; à Évreux, application de la grille de vétusté pour ramener une réclamation de plus de 7 600 euros à son montant justifié. Présentez-vous avec les originaux, classez les pièces par poste, et préparez une note d’une page qui résume la chronologie : bail, loyer, dépôt, dates d’entrée et de sortie, remise des clés, nouvelle adresse, mise en demeure, sommes reçues, solde réclamé, majoration calculée.

Deux erreurs fréquentes font perdre à Paris alors que le droit est favorable. La première consiste à contester en bloc sans chiffrer : le juge ne peut pas devine ce qui relève de la vétusté. Détaillez chaque pièce, appliquez l’abattement d’usure, et ne contestez que le résiduel avec des montants précis. La seconde consiste à négliger la preuve de la remise des clés et de la nouvelle adresse, ce qui fait échec à la majoration de 10 %. Conservez le récépissé de remise, la lettre recommandée de résiliation, la preuve d’envoi de la nouvelle adresse et tous les relevés de compte montrant les restitutions partielles. Pour les signatures électroniques sur tablette, très répandues dans les agences parisiennes, demandez dès la sortie une copie complète et lisible des deux états des lieux, vérifiez que chaque page est paraphée, photographiez les compteurs et les pièces litigieuses le jour même, et émettez immédiatement vos réserves écrites si une mention vous paraît inexacte. Ces réflexes transforment une contestation orale en dossier gagnable devant le conciliateur puis devant le juge.

Conclusion

Un état des lieux de sortie se conteste utilement quand vous déplacez le débat de l’impression générale vers la preuve poste par poste. Faites comparer l’entrée et la sortie ligne à ligne, écartez ce qui relève de la vétusté et de l’usage normal au sens de l’article 1730 du code civil, et n’acceptez aucune retenue sans facture, devis détaillé ou décompte régularisé conformément à l’exigence de justification de l’article 22 de la loi du 6 juillet 1989. Vérifiez le délai d’un mois en cas de conformité ou de deux mois dans le cas contraire à compter de la remise des clés, transmettez votre nouvelle adresse par écrit, et calculez la majoration de 10 % du loyer mensuel par mois commencé dès l’expiration. Les décisions de 2025 et 2026 confirment que les juges appliquent ce contrôle sans indulgence pour les forfaits : signature électronique vérifiée mais retenues écartées faute de preuve à Chambéry, remplacement à neuf ramené à la remise en état utile à Paris, grille de vétusté appliquée pour réduire une réclamation massive à Évreux, et calendrier des charges distingué du calendrier des réparations par la Cour de cassation en 2018. À Paris et en Île-de-France, enchaînez mise en demeure recommandée, commission départementale de conciliation puis juge des contentieux de la protection avec un dossier chiffré et complet. C’est ce dossier, plus que l’indignation, qui fait restituer la caution.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».