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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Black Friday arnaque ou pas : faux prix barrés, faux sites et remboursements, que faire en 2026 ?

A l’approche de la fin novembre, l’intérêt des internautes repart à la hausse : les formulations « date black friday » et « black friday arnaque ou pas » figurent parmi les saisies les plus fréquentes des acheteurs qui hésitent avant de payer. La méfiance est documentée : dans son bilan du 24 novembre 2025, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) relève dans son bilan consacré au Black Friday que de nombreuses promotions ne sont pas réelles, que les avis publiés en ligne manquent parfois de fiabilité et que les sites de dropshipping ne tiennent pas toujours leurs promesses. Son enquête réalisée en 2024 auprès de près de 5 300 établissements et de 350 sites internet, engagée notamment à partir de signalements déposés par des consommateurs sur Signal Conso, a constaté qu’un tiers des établissements proposant des réductions de prix présentaient une anomalie et qu’un établissement contrôlé sur dix recevait une injonction de mise en conformité ou un procès-verbal selon la gravité des manquements. Cet article explique comment vérifier une offre avant de payer, puis comment récupérer son argent quand la promotion était trompeuse ou que le site n’a jamais livré, avec les textes et les décisions applicables. Cet engouement explique l’enjeu : l’attention des acheteurs culmine chaque année au mois de novembre, au moment où ils tranchent entre la bonne affaire et l’arnaque.

I. Black Friday arnaque ou pas : comment vérifier la promo avant de payer

A. Prix barré trompeur : le prix de référence des trente jours et le contrôle de la DGCCRF

La première vérification porte sur le prix barré. Depuis la transposition de la directive dite Omnibus, toute annonce d’une réduction de prix doit indiquer le prix antérieur pratiqué par le professionnel : « Ce prix antérieur correspond au prix le plus bas pratiqué par le professionnel à l’égard de tous les consommateurs au cours des trente derniers jours précédant l’application de la réduction de prix », dispose l’article L. 112-1-1 du code de la consommation. Un prix barré qui n’a jamais été pratiqué, un prix « conseillé » présenté comme un prix de vente antérieur ou une comparaison avec un prix pratiqué ailleurs entretiennent une confusion que la DGCCRF sanctionne : Certains vendeurs entretiennent la confusion avec des prix pratiqués ailleurs ou de simples prix conseillés, observe-t-elle dans ce bilan du 24 novembre 2025, qui rappelle que la réglementation impose de joindre à toute annonce de réduction un prix de référence égal au prix le plus bas pratiqué pendant les 30 jours précédents, afin de lutter contre les faux rabais.

Concrètement, avant de cliquer, comparez le prix barré au prix réellement pratiqué les semaines précédentes, par exemple au moyen d’un comparateur d’historique de prix, et capturez l’écran de l’offre avec sa date : ces captures serviront de preuve si le vendeur modifie l’annonce. Méfiez-vous aussi des promotions dites permanentes : Certains sites affichent des prix barrés en permanence alors qu’une promotion doit par principe rester limitée dans le temps ; dans ce cas, le prix barré peut être regardé comme dépourvu de réalité économique s’il n’est jamais ou presque pratiqué. La DGCCRF cite à ce propos une enseigne de cosmétiques avertie pour des promotions affichées à l’occasion du Black Friday sans dates de validité ni prix de référence.

Lorsqu’un prix de référence est fictif, l’annonce peut constituer une pratique commerciale trompeuse. L’article L. 121-1 du code de la consommation interdit les pratiques commerciales déloyales, et l’article L. 121-2 du même code précise qu’une pratique est trompeuse lorsqu’elle « repose sur des allégations, indications ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur » portant notamment sur « Le prix ou le mode de calcul du prix, le caractère promotionnel du prix notamment les réductions de prix au sens du I de l’article L. 112-1-1 , les comparaisons de prix et les conditions de vente, de paiement et de livraison du bien ou du service ». Les sanctions sont pénales : l’article L. 132-2 du code de la consommation dispose que « Les pratiques commerciales trompeuses mentionnées aux articles L. 121-2 à L. 121-4 sont punies d’un emprisonnement de deux ans et d’une amende de 300 000 euros », et que « Lorsque l’infraction a été commise par l’utilisation d’un service de communication au public en ligne ou par le biais d’un support numérique ou électronique, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 750 000 euros d’amende ».

La jurisprudence montre comment les juges contrôlent ces annonces. Dans un arrêt du 19 novembre 2025 opposant deux enseignes d’articles de sport à propos d’annonces de réduction de prix, la cour d’appel de Paris a vérifié si les produits avaient été effectivement vendus au prix de référence, factures à l’appui, avant de juger « qu’il est admissible que le prix 2020 desdits vélos soit utilisé comme prix de référence dans la promotion de leurs versions 2021, identiques ou quasiment identiques ». La cour a relevé que la société poursuivie « justifie en outre par la production de factures datées respectivement, du 24 juillet au 18 septembre 2021, et du 28 octobre au 5 novembre 2021 » que les produits « ont été vendus en magasin et sur internet au prix de 999,99 euros », de sorte que « Le grief relatif au fait que le prix de référence utilisé dans les promotions n’a pas été pratiqué de manière effective n’est donc pas caractérisé » (cour d’appel de Paris, pôle 5, chambre 1, 19 novembre 2025, RG 24/07129, décision publiée). L’enseignement est double : le vendeur qui a réellement pratiqué son prix de référence peut le prouver par ses factures, et l’acheteur qui conteste une fausse remise doit, symétriquement, démontrer que le prix barré n’a jamais été pratiqué. Dans cette affaire, les demandes fondées sur la concurrence déloyale ont d’ailleurs été rejetées et le jugement confirmé, preuve que l’allégation de « fausse promo » ne suffit jamais sans pièces.

Dans tous les cas, la preuve se prépare avant le litige. Photographiez ou enregistrez la page de l’offre avec son prix barré, ses dates de validité et ses conditions, conservez le courriel de confirmation, la facture et les références exactes du produit, et notez les prix pratiqués par le même vendeur avant la période promotionnelle. Ces éléments permettront de vérifier si le prix de référence a été réellement pratiqué, comme les juges l’exigent, et de chiffrer le préjudice si la remise promise n’a jamais existé. Un dossier complet accélère la réclamation amiable, la contestation bancaire et, le cas échéant, l’action en justice, sans changer d’un mot les règles applicables.

B. Faux sites, faux avis et fausses urgences : les signaux qui doivent alerter

Le second risque du Black Friday n’est pas la remise exagérée, mais le vendeur inexistant : faux site marchand créé pour l’occasion, usurpation d’une enseigne connue, page de paiement qui aspire les coordonnées bancaires. Avant tout paiement, contrôlez les mentions légales du site : dénomination sociale, adresse, numéro d’immatriculation, directeur de la publication et coordonnées de contact. Un site qui n’affiche ni société identifiable ni adresse, qui n’accepte que le virement ou les cryptomonnaies, ou dont le nom de domaine a été déposé quelques jours plus tôt, cumule les signaux d’alerte. Vérifiez aussi que la page de paiement est chiffrée et que le marchand n’est pas un simple visuel imitant une marque : en cas de doute, passez par l’adresse officielle de l’enseigne plutôt que par un lien reçu par message ou sur un réseau social.

Les faux avis et les fausses urgences font partie du même arsenal. La DGCCRF relève que les avis publiés en ligne manquent parfois de fiabilité, et les comptes à rebours qui repartent à zéro, les stocks prétendument épuisés qui se regarnissent seuls ou les fenêtres surgissantes annonçant un visiteur fictif visent à empêcher la comparaison rationnelle. Ces procédés, lorsqu’ils reposent sur des informations fausses, entrent dans le champ des pratiques commerciales trompeuses ou agressives punies par l’article L. 132-2 du code de la consommation : deux ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende, portés à cinq ans et 750 000 euros lorsque l’infraction est commise en ligne. Conservez là encore les preuves : captures d’écran datées du compte à rebours, de l’annonce de stock, des avis suspects et de l’offre complète avec le prix barré. Si le vendeur est établi et identifiable, ces pièces fonderont une réclamation ; s’il est introuvable après encaissement, elles fonderont un signalement puis une plainte.

Un réflexe utile consiste à vérifier le vendeur avant la promotion plutôt que pendant : existence réelle de la société, ancienneté du site, avis extérieurs au site lui-même, conditions générales de vente accessibles et rédigées en français, information claire sur le droit de rétractation et sur les frais de retour. Un professionnel sérieux indique qui il est, où il est et comment le joindre ; un faux marchand vit de l’urgence et de l’anonymat. Lorsque le site appartient à une place de marché, identifiez qui est le vendeur : la plateforme et le vendeur tiers n’ont pas les mêmes obligations, et vos recours dépendront du contrat que vous avez réellement conclu. En cas de doute persistant sur un site que vous n’avez pas encore utilisé, le plus sûr reste de ne pas payer : aucune « vente flash » ne justifie de transmettre ses coordonnées bancaires à un inconnu.

II. Acheté pendant le Black Friday : comment se faire rembourser et quels recours

A. Rétractation de quatorze jours et remboursement du vendeur : la procédure exacte

Lorsque le vendeur existe et que le produit déçoit, le premier levier est le droit de rétractation. L’article L. 221-18 du code de la consommation dispose que « Le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours pour exercer son droit de rétractation d’un contrat conclu à distance, à la suite d’un démarchage téléphonique ou hors établissement, sans avoir à motiver sa décision ni à supporter d’autres coûts que ceux prévus aux articles L. 221-23 à L. 221-25 ». Pour les contrats de vente de biens, ce délai « court à compter du jour » « De la réception du bien par le consommateur ou un tiers, autre que le transporteur, désigné par lui ». Aucune justification n’est exigée : un article acheté sur un coup de tête pendant le Black Friday peut être renvoyé parce qu’il ne plaît pas, parce que la remise était moins intéressante qu’annoncée ou sans aucun motif.

Ce droit connaît toutefois des exceptions, énumérées par l’article L. 221-28 du code de la consommation : biens confectionnés selon les spécifications du consommateur ou nettement personnalisés, biens susceptibles de se détériorer ou de se périmer rapidement, biens descellés qui ne peuvent être renvoyés pour des raisons d’hygiène ou de protection de la santé, enregistrements audio, vidéo ou logiciels descellés, journaux, ou encore services pleinement exécutés avant la fin du délai avec l’accord exprès du consommateur. Avant d’invoquer la rétractation pour un produit d’hygiène descellé, un logiciel activé ou un article personnalisé, vérifiez donc que votre achat n’entre pas dans l’une de ces catégories, car le vendeur pourra légitimement refuser le retour.

Une fois la rétractation exercée dans le délai, le remboursement est encadré strictement. L’article L. 221-24 du code de la consommation prévoit que « Lorsque le droit de rétractation est exercé, le professionnel rembourse le consommateur de la totalité des sommes versées, y compris les frais de livraison, sans retard injustifié et au plus tard dans les quatorze jours à compter de la date à laquelle il est informé de la décision du consommateur de se rétracter ». Le même article autorise le professionnel, pour les ventes de biens et sauf s’il propose de récupérer lui-même les biens, à « différer le remboursement jusqu’à récupération des biens ou jusqu’à ce que le consommateur ait fourni une preuve de l’expédition de ces biens ». Renvoyez donc le bien avec un suivi, conservez la preuve de dépôt et réclamez par écrit en rappelant la date à laquelle le vendeur a été informé : c’est elle qui fait courir le délai de quatorze jours.

Les tribunaux appliquent ces textes à la lettre. Le 19 mars 2026, le tribunal de proximité de Saint-Avold a jugé le cas d’un acheteur ayant commandé un véhicule à distance, versé un acompte de 600 euros puis exercé sa rétractation : « M. [W] [I] ayant exercé son droit à rétractation dans le délai précité, il appartenait à la SASU AS IMPORT 57 de lui rembourser la somme de 600 € virée en prévision de cette vente. » Le tribunal a en conséquence prononcé que « CONDAMNE la SASU AS IMPORT 57 à payer à M. [W] [I] la somme de 600 €, somme assortie des intérêts au taux légal à compter du présent jugement » (tribunal de proximité de Saint-Avold, 19 mars 2026, RG 25/00392, décision publiée). Notez deux limites de cette décision : l’acheteur « qui ne justifie pas d’un préjudice distinct du retard dans le remboursement sera débouté de sa demande de dommages et intérêts », et les frais non justifiés ont été rejetés. Autrement dit, la rétractation garantit le remboursement, pas une indemnisation automatique : pour obtenir davantage, il faut prouver un préjudice distinct.

B. Banque, signalement et plainte : que faire face à un site frauduleux après paiement

Lorsque le site n’a jamais livré, que le vendeur ne répond plus ou que le débit ne correspond à aucun achat consenti, la banque devient le deuxième front. Le réflexe est d’abord conservatoire : faire opposition à la carte si les coordonnées ont été captées, demander à la banque le détail de l’opération et contester par écrit en précisant qu’il s’agit d’une opération non autorisée ou d’un bien payé et jamais livré par un marchand injoignable. Conservez le récépissé de la contestation, les relevés, les échanges avec le prétendu vendeur et les captures du site : la banque peut demander ces pièces, et elles seront indispensables en cas de litige ultérieur.

Le droit des paiements protège le payeur contre les opérations non autorisées. L’article L. 133-24 du code monétaire et financier dispose que « L’utilisateur de services de paiement signale, sans tarder, à son prestataire de services de paiement une opération de paiement non autorisée ou mal exécutée et au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit sous peine de forclusion ». Une fois l’opération signalée dans ces conditions, l’article L. 133-18 du même code impose au prestataire du payeur de rembourser « le montant de l’opération non autorisée immédiatement après avoir pris connaissance de l’opération ou après en avoir été informé, et en tout état de cause au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant », puis de rétablir le compte « dans l’état où il se serait trouvé si l’opération de paiement non autorisée n’avait pas eu lieu ». Attention à la distinction : ce remboursement immédiat de plein droit vise les opérations non autorisées. Pour un paiement que vous avez vous-même validé au profit d’un marchand qui ne livre pas, la banque applique ses procédures de contestation et de chargeback des réseaux de cartes, dont l’issue dépend des pièces fournies ; la contestation écrite et rapide reste néanmoins déterminante.

En parallèle, signalez le site. La plateforme Signal Conso de la DGCCRF reçoit les signalements des consommateurs et c’est notamment à partir de signalements déposés par des consommateurs sur Signal Conso que l’enquête 2024 sur les fausses promotions a été engagée. Un signalement précis, avec l’URL, les captures de l’offre, le récapitulatif de commande et les échanges, alimente les contrôles qui ont conduit à constater qu’un tiers des établissements proposant des réductions de prix présentaient une anomalie. Si vous n’avez pas acheté mais que le site vous paraît frauduleux, le signalement reste utile : il permet aux enquêteurs d’intervenir avant que d’autres consommateurs ne paient. Vous pouvez compléter cette démarche par les conseils pratiques consacrés au signalement d’un site frauduleux sans avoir acheté.

Enfin, lorsque de l’argent a été capté par tromperie, déposez plainte. Le fait de créer un faux site marchand, d’usurper une enseigne ou d’encaisser des paiements sans jamais livrer peut caractériser une escroquerie : l’article 313-1 du code pénal définit « L’escroquerie » comme « le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manoeuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge », et précise que « L’escroquerie est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende ». La plainte se dépose au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie, y compris à Paris où chaque arrondissement dispose d’un commissariat, en joignant l’ensemble des pièces : offre, preuve de paiement, échanges, captures du site et récépissé de la contestation bancaire. Vous pouvez vous constituer partie civile pour demander le remboursement dans le cadre de la procédure pénale, en plus des démarches civiles et bancaires qui suivent leur propre cours.

Conclusion

Le Black Friday concentre en quelques jours tout ce que le droit de la consommation encadre le reste de l’année : prix de référence obligatoire calculé sur les trente derniers jours, interdiction des allégations trompeuses sur le caractère promotionnel du prix, sanctions pénales aggravées en ligne, rétractation de quatorze jours avec remboursement intégral sous quatorze jours, et remboursement bancaire au plus tard à la fin du premier jour ouvré pour les opérations non autorisées signalées dans les treize mois. La vérification avant paiement reste l’arme la plus efficace : prix barré comparé à son historique, vendeur identifié et joignable, page de paiement sécurisée, captures datées de l’offre. Quand la promotion était fausse ou que le marchand a disparu, l’ordre des démarches compte : réclamation écrite au vendeur avec rappel des délais légaux, contestation rapide auprès de la banque, signalement sur Signal Conso pour alimenter les contrôles de la DGCCRF, puis plainte pour escroquerie avec un dossier de preuves complet. Aucune remise, aussi spectaculaire soit-elle, ne vaut un paiement à un vendeur invérifiable. En pratique, traitez chaque offre spectaculaire comme une offre à vérifier : comparez le prix à son historique, identifiez précisément le vendeur qui encaisse, capturez l’annonce avec sa date, puis seulement payez, et conservez chaque preuve jusqu’à la livraison complète et la fin du délai de rétractation : les bonnes affaires du Black Friday sont celles que le droit permet de défaire, année après année.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».