Jeudi 22 octobre 2026, vers 10 heures, une voiture a embouti par accident la vitrine d’une boulangerie à Aunay-sur-Odon, dans la commune nouvelle des Monts d’Aunay, dans le Calvados. La patronne, présente au moment du choc, a confié à La Voix le Bocage, relayée par Actu.fr le 22 octobre 2026, qu’il n’y avait miraculeusement aucun blessé alors qu’elle se trouvait aux premières loges. Le trottoir large et les marches devant le commerce ont aidé à ralentir le véhicule, la vitre a plutôt bien tenu le choc, et un panneau en bois a été posé à la place de la vitre brisée, avec des affiches pour signaler que la boulangerie restait ouverte. Plus de peur que de mal, donc, mais le commerce doit désormais vivre plusieurs semaines avec une devanture de fortune, commander une vitrine neuve, réparer l’encadrement, vérifier les installations et, peut-être, jeter des marchandises souillées par le verre. La question que se pose tout commerçant le lendemain d’un tel choc est simple : qui paie la vitrine cassée, et par quelle assurance.
Cette question porte un nom que les internautes tapent déjà dans Google : « vitrine cassée assurance ». La tendance « Aunay-sur-Odon », active depuis le 22 octobre 2026 avec plus de 5 000 recherches et une progression mesurée à +800 %, montre que l’événement intéresse bien au-delà du Calvados, et les suggestions associées parlent de « voiture bélier » pour les boulangeries dans d’autres villes. Le cas d’Aunay-sur-Odon est un accident : rien, dans les articles publiés le 22 octobre 2026, n’indique une manoeuvre volontaire, et cet article ne l’affirme pas. Le droit applicable est donc celui de l’accident de la circulation subi par un tiers, combiné au contrat d’assurance du commerce et au bail du local. Cet article explique, textes et décisions en main, qui répond des dégâts, ce que paie l’assureur auto du conducteur, ce qu’avance votre propre multirisque professionnelle, dans quels délais déclarer et comment contester une offre insuffisante. Les faits d’Aunay-sur-Odon sont rapportés d’après la presse locale citée ci-dessus ; le droit exposé est le droit français en vigueur, vérifié article par article dans sa version applicable au 23 octobre 2026.
I. Vitrine cassée assurance : qui paie la vitrine, la devanture et les marchandises
A. Le conducteur qui entre dans votre commerce paie les dégâts et son assureur automobile répond
Quand une voiture quitte la chaussée et détruit la vitrine d’un commerce, le premier débiteur du commerçant est le conducteur. L’article 1240 du code civil dispose que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer » (art. 1240 du code civil). Conduire un véhicule qui termine sa course dans une vitrine constitue, sauf démonstration contraire apportée par le conducteur, une faute de conduite : défaut de maîtrise, vitesse inadaptée, malaise suivi d’une perte de contrôle dont il doit répondre, ou défaillance mécanique dont il assume le risque en tant que gardien du véhicule. Le commerçant n’a pas à prouver la mécanique exacte de l’accident : il lui suffit d’établir que le véhicule conduit par le défendeur a causé la destruction de sa devanture.
La cour d’appel de Besançon a jugé le 4 février 2026 une situation voisine, dans laquelle un automobiliste avait percuté un ouvrage maçonné bordant une propriété privée. La cour décrit un automobiliste qui, le 17 juin 2022, a percuté au volant de sa voiture un muret bordant la propriété d’une société civile immobilière à Gray, puis confirme que le tribunal l’avait déclaré entièrement responsable du préjudice subi par la société à la suite de cet accident de la circulation (CA Besançon, 1re ch. civ. et com., 4 févr. 2026, RG n° 25/00084). Le conducteur ne contestait pas sa responsabilité et discutait seulement l’étendue des dommages, fixés à 1 801,73 euros au titre du préjudice matériel. L’enseignement vaut pour une vitrine de boulangerie : la responsabilité du conducteur se discute rarement sur son principe, elle se chiffre sur les factures. Faites établir un devis de vitrier, photographiez l’encadrement, le seuil, le carrelage fendu, les rails du rideau métallique s’il est faussé, et conservez chaque facture, car le débat portera sur les montants, poste par poste, comme à Gray.
Derrière le conducteur se tient son assureur automobile, et c’est lui qui paiera dans la plupart des dossiers. L’article L. 211-1 du code des assurances impose que « Toute personne physique ou toute personne morale autre que l’Etat, dont la responsabilité civile peut être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d’atteintes aux personnes ou aux biens dans la réalisation desquels un véhicule est impliqué, doit, pour faire circuler celui-ci, être couverte par une assurance garantissant cette responsabilité, dans les conditions fixées par décret en Conseil d’Etat » (art. L. 211-1 du code des assurances). Le commerçant dont la vitrine est détruite est le tiers visé par ce texte : il peut agir directement contre l’assureur du conducteur, sans attendre que le conducteur l’indemnise puis se retourne. En pratique, la déclaration se fait en deux temps : dépôt de plainte ou main courante pour fixer les faits si le conducteur a pris la fuite ou si sa version est contestée, puis courrier recommandé à l’assureur adverse avec photos, devis, factures et attestation du chiffre d’affaires si une fermeture même partielle a suivi.
Le tribunal judiciaire de Paris a illustré le 16 février 2026 la force de ce recours direct dans un accident de la circulation impliquant un véhicule professionnel. Le tribunal a jugé entier le droit à indemnisation de la victime de l’accident de la circulation du 9 décembre 2020, a déclaré la société détentrice du véhicule entièrement responsable de la collision, tenue de réparer l’intégralité des préjudices, et a maintenu dans la cause l’assureur en responsabilité civile appelé en garantie (TJ Paris, 19e ch. civ., 16 févr. 2026, RG n° 23/06810). Surtout, l’assureur en responsabilité civile, appelé en garantie, a été maintenu dans la cause, ce qui confirme la méthode : identifier le véhicule, identifier l’assureur, l’appeler à payer. Pour la boulangerie d’Aunay-sur-Odon, cela signifie réclamer à l’assureur auto la vitrine, l’encadrement, la maçonnerie du seuil, le rideau ou la grille s’ils sont endommagés, les marchandises souillées et les frais de sécurisation d’urgence, comme le panneau de bois posé le jour même.
Deux cas particuliers méritent d’être anticipés. Si le conducteur n’est pas assuré, ou s’il a pris la fuite sans être identifié, le fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages prend le relais pour les accidents survenus en France. L’article L. 421-1 du code des assurances dispose que « Le fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages indemnise, dans les conditions prévues aux 1 et 2 du présent I, les victimes ou les ayants droit des victimes des dommages nés d’un accident survenu en France dans lequel est impliqué un véhicule au sens de l’article L. 211-1 » (art. L. 421-1 du code des assurances), notamment « Lorsque le responsable des dommages est inconnu » et « Lorsque le responsable des dommages n’est pas assuré, sauf par l’effet d’une dérogation légale à l’obligation d’assurance » (même article). Le commerçant victime d’un chauffard non assuré n’est donc pas sans recours, mais le dossier exige alors une plainte systématique et la preuve de l’implication du véhicule. Si le conducteur est assuré mais conteste sa faute, par exemple en invoquant un malaise brutal ou une défaillance mécanique imprévisible, la discussion relève de l’article 1242 du code civil, selon lequel « On est responsable non seulement du dommage que l’on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre, ou des choses que l’on a sous sa garde » (art. 1242 du code civil). Gardien de son véhicule, le conducteur répond des dégâts causés par celui-ci, et les causes d’exonération admises par les tribunaux restent étroites.
Enfin, lorsque l’accident fait aussi des blessés, même légers, parmi les clients ou le personnel, la loi du 5 juillet 1985 s’applique à leur indemnisation. Le tribunal judiciaire de Paris a rappelé le 21 octobre 2025 le régime protecteur des victimes non conductrices, indemnisées de leurs atteintes corporelles sans que leur propre faute puisse leur être opposée, sauf faute inexcusable cause exclusive de l’accident, avant de juger entier le droit à indemnisation de la victime de l’accident du 4 février 2014 (TJ Paris, 19e ch. civ., 21 oct. 2025, RG n° 20/06526). À Aunay-sur-Odon, la presse locale souligne qu’aucun client ne se trouvait dans l’axe de la vitrine des pâtisseries, et aucun blessé n’est à déplorer selon les articles du 22 octobre 2026. Si un client avait été blessé par le verre projeté, son indemnisation suivrait ce régime protecteur, distinct de la réparation des dégâts matériels du commerce, et l’assureur auto du conducteur devrait provisionner les deux postes sans les confondre.
B. Votre assurance du commerce avance l’argent : vitrine, contenu et perte d’exploitation
Attendre l’assureur du conducteur n’est pas toujours possible quand la boulangerie doit rouvrir le lendemain avec une plaque de bois à la place de la vitre. Votre propre contrat multirisque professionnelle prend alors le relais, à condition de distinguer ce que la loi impose et ce que le contrat promet. La loi oblige le conducteur à être assuré et désigne les débiteurs ; le contrat que vous avez signé avec votre assureur définit les garanties que vous avez achetées : bris de glace et devanture, contenu et marchandises, dommages électriques si la fermeture a grillé une chambre froide, et perte d’exploitation si le sinistre réduit le chiffre d’affaires. Une garantie facultative ne se présume jamais acquise : relisez les conditions particulières, le plafond de la garantie perte d’exploitation, la franchise par sinistre et les exclusions, notamment celles qui visent les locaux vacants ou les travaux non déclarés.
La perte d’exploitation est le poste qui fait le plus souvent débat, car l’assureur soupçonne parfois un chiffre gonflé ou un lien distendu avec le sinistre. La cour d’appel de Poitiers a tranché le 25 novembre 2025 un litige opposant un restaurateur à son assureur après un dégât des eaux qui avait fermé sa cuisine. La cour a retenu que la fermeture de l’établissement et la perte d’exploitation en découlant étaient bien liées au dégât des eaux garanti, puis, statuant à nouveau, elle a condamné l’assureur à payer 22 278,83 euros au titre de la perte d’exploitation, contre 36 937 euros réclamés (CA Poitiers, 1re ch. civ., 25 nov. 2025, RG n° 24/00031). Trois leçons pour un commerce dont la vitrine est détruite : le lien entre le sinistre et la baisse d’activité doit être démontré, le calcul doit reposer sur des pièces comptables et non sur une estimation à la louche, et le juge peut réduire la demande s’il estime le chiffrage excessif. Demandez dès la première semaine à votre expert-comptable une attestation chiffrant la perte de marge brute sur la période de trouble, en comparant avec la même période des années précédentes, et conservez les tickets de caisse, les relevés de carte bancaire et les plannings du personnel, car une fermeture partielle ou une baisse de fréquentation se prouve par les flux, pas par des affirmations.
Le revers existe et il faut le connaître avant de promettre à votre banquier une indemnisation certaine. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a jugé le 21 mars 2025 que la perte d’exploitation invoquée ne résultait d’aucun fait générateur garanti par la police et a débouté l’assurée de l’intégralité de ses demandes contre l’assureur (CA Aix-en-Provence, ch. 1-3, 21 mars 2025, RG n° 22/13102). Autrement dit, sans fait générateur couvert par la police, pas de perte d’exploitation, même si le chiffre d’affaires s’est effondré. Pour une vitrine emboutie par une voiture, le fait générateur couvert est généralement le choc de véhicule ou le bris de glace, souvent listé dans les garanties de base, mais vérifiez que votre contrat ne limite pas la perte d’exploitation aux seuls incendie, dégât des eaux et vol. Si la garantie est absente, la perte d’exploitation se réclame au conducteur et à son assureur sur le fondement délictuel, facture à l’appui, avec le même chiffrage comptable, mais sans l’avance de votre assureur.
Le contenu du commerce suit la même logique contractuelle. Les vitrines de pâtisserie exposées derrière la vitre brisée, les gâteaux souillés par les éclats, les emballages perforés et les présentoirs fendus relèvent de la garantie contenu et marchandises, dans la limite du capital déclaré. Photographiez les produits avant de les jeter, pesez ou comptez ce qui est jeté, faites contresigner l’inventaire par un témoin ou par l’expert, et ne jetez rien avant le passage de l’expert sauf périssables, auquel cas conservez les bons de destruction. Les frais de sécurisation d’urgence, gardiennage la première nuit si la plaque de bois ne suffit pas, bâchage, serrure provisoire, relèvent des mesures conservatoires que la plupart des contrats remboursent en supplément du capital, parfois sans franchise. À Aunay-sur-Odon, la pose rapide d’un panneau en bois et le maintien de l’ouverture, salués par la maire venue sur place, sont exactement les mesures qu’un assuré diligent doit prendre : elles limitent le dommage, elles prouvent votre bonne foi, et elles se remboursent.
Une question voisine mérite d’être traitée ici, car les commerçants la posent systématiquement : que devient le loyer quand le local est à moitié inutilisable. Si vous êtes locataire de vos murs commerciaux, l’article 1722 du code civil s’applique : « Si, pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit ; si elle n’est détruite qu’en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander ou une diminution du prix, ou la résiliation même du bail. Dans l’un et l’autre cas, il n’y a lieu à aucun dédommagement » (art. 1722 du code civil). Une vitrine détruite avec un commerce qui reste exploitable, comme à Aunay-sur-Odon où la boulangerie n’a pas fermé, ouvre droit à une diminution du loyer pour la période de trouble, proportionnée à la gêne, mais pas à une résiliation aux torts du bailleur, et sans dommages et intérêts dans un sens ou dans l’autre. La Cour de cassation a rappelé le 7 mai 2025 la portée exacte de ce texte dans un litige de bail commercial, en censurant une cour d’appel qui avait vu une perte partielle de la chose louée dans une fermeture administrative sans lien direct avec la destination du local (Cass. 3e civ., 7 mai 2025, n° 24-10.097). Écrivez au bailleur dès la première semaine pour constater la destruction partielle et proposer une diminution amiable du loyer au prorata de la période de réparation, par lettre recommandée avec les photos jointes. Les règles propres aux commerces dont la vitrine est brisée et au sort du loyer pendant les réparations sont détaillées dans l’article consacré à la vitrine brisée d’un commerce : qui paie les réparations et que devient le loyer, dont la méthode vaut pour un accident comme pour une dégradation.
II. Vitrine cassée assurance : déclarer dans les délais, faire expertiser et contester
A. Déclarer en cinq jours ouvrés, faire constater et préserver les preuves
Le délai de déclaration conditionne tout le reste, et il est plus court que les commerçants ne l’imaginent. L’article L. 113-2 du code des assurances oblige l’assuré « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » et précise que « Les délais ci-dessus peuvent être prolongés d’un commun accord entre les parties contractantes » (art. L. 113-2 du code des assurances). Cinq jours ouvrés à compter de la connaissance du sinistre : pour un choc survenu un jeudi matin comme à Aunay-sur-Odon, la déclaration doit partir au plus tard le jeudi suivant, dimanche et jours fériés exclus du décompte. Déclarez par lettre recommandée ou par envoi recommandé électronique, conservez la preuve de dépôt, et déclarez à tous vos assureurs potentiellement concernés : multirisque professionnelle, assurance du prêt professionnel si elle couvre le local, et protection juridique si vous en avez une, car elle financera l’expertise amiable et, au besoin, le procès contre l’assureur adverse.
La sanction du retard existe mais elle est strictement encadrée, et beaucoup de refus d’assureurs ne résistent pas à l’examen. La Cour de cassation a jugé le 21 janvier 2021, au visa des articles L. 113-2, 4°, et L. 111-2 du code des assurances, que le délai contractuel de déclaration ne peut descendre sous cinq jours ouvrés, que la déchéance pour déclaration tardive suppose une clause qui l’édicte et la preuve par l’assureur d’un préjudice causé par le retard, et qu’une clause non conforme à ces dispositions, qui n’autorisent que la prorogation du délai, ne peut fonder aucune déchéance (Cass. 2e civ., 21 janv. 2021, n° 19-13.347). Le code exprime la règle en ces termes : « De donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur. Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés » (art. L. 113-2 du code des assurances), avant d’ajouter que « Les délais ci-dessus peuvent être prolongés d’un commun accord entre les parties contractantes » (même article) et que « Lorsqu’elle est prévue par une clause du contrat, la déchéance pour déclaration tardive au regard des délais prévus au 3° et au 4° ci-dessus ne peut être opposée à l’assuré que si l’assureur établit que le retard dans la déclaration lui a causé un préjudice » (même article). Concrètement, un assureur qui vous oppose une déclaration tardive doit produire la clause de déchéance et démontrer le préjudice concret que le retard lui a causé, par exemple une expertise devenue impossible. Cette protection est d’ordre public : l’article L. 111-2 du code des assurances dispose que « Ne peuvent être modifiées par convention les prescriptions des titres Ier, II, III et IV du présent livre, sauf celles qui donnent aux parties une simple faculté » et énumère limitativement les articles auxquels les parties peuvent déroger (art. L. 111-2 du code des assurances). Une clause qui réduirait le délai sous cinq jours ouvrés ou qui instaurerait une déchéance automatique sans préjudice est privée d’effet.
La preuve se construit dans les quarante-huit premières heures, quand les gravats sont encore là et que les témoins se souviennent. Faites constater par la gendarmerie ou la police municipale, surtout si le conducteur conteste ou si son identité reste incertaine, demandez une copie du procès-verbal ou au moins son numéro, photographiez la scène sous tous les angles avec un journal du jour dans le champ pour dater les clichés, filmez l’intérieur avec les marchandises souillées, et recueillez par écrit le témoignage des clients présents et des voisins, avec copie de leur pièce d’identité. À Aunay-sur-Odon, la maire s’est déplacée et a fait apposer des affiches : demandez à la mairie une attestation de déplacement et conservez les affiches, car elles prouvent la date, l’ampleur et le maintien de l’activité. Faites établir deux devis indépendants, l’un pour la vitrine et la menuiserie, l’autre pour la remise en état intérieure, et transmettez-les à votre assureur avant tout début de travaux, en le mettant en demeure d’organiser l’expertise sous huitaine. Si la sécurité l’exige, réparez en urgence mais photographiez avant, pendant et après, et gardez les éléments déposés à disposition de l’expert.
Le bailleur doit être informé dans le même temps, par un courrier distinct de la déclaration d’assurance. Rappelez la destruction partielle au sens de l’article 1722 précité, demandez qui du bailleur ou du preneur commande les travaux de gros oeuvre selon la répartition du bail commercial, et proposez un calendrier. Lorsque le bail met la vitrine et la devanture à la charge du preneur, comme c’est souvent le cas dans les baux commerciaux, vous paierez puis vous réclamerez au conducteur et à son assureur ; lorsque le bail les met au bailleur, c’est lui qui commande et qui déclare à sa propre assurance propriétaire non occupant, tandis que vous déclarez votre contenu et votre perte d’exploitation à la vôtre. Dans les deux cas, la diminution de loyer pour la période de trouble se négocie sur la base du même texte, et le refus du bailleur se conteste devant le juge des loyers commerciaux, pièces et constats à l’appui.
B. Expertise, offre d’indemnisation et contestation devant le juge
L’expertise est le moment où se gagne ou se perd l’indemnisation, car l’assureur chiffre rarement large de lui-même. L’expert mandaté par votre assureur vient constater, mesurer, photographier et proposer une évaluation ; vous avez le droit de vous faire assister par votre propre expert, financé par votre protection juridique ou payé de votre poche puis réclamé comme frais nécessaires. Préparez un dossier chiffré avant sa venue : devis de vitrerie, facture du panneau provisoire et du gardiennage, inventaire des marchandises détruites contresigné, attestation de l’expert-comptable sur la perte de marge brute, relevés bancaires montrant la baisse des encaissements, et copie du bail pour la question du loyer. L’exemple de Poitiers montre que le juge suit le chiffrage comptable quand il est sérieux et le réduit quand il est excessif : un chiffre rond sans pièce ne passe pas, une moyenne de marge brute sur deux années comparables, au prorata exact des jours de trouble, passe presque toujours.
Si l’offre de l’assureur vous paraît insuffisante, contestez par écrit, poste par poste, en joignant les pièces manquantes, puis demandez la contre-expertise amiable prévue par la plupart des contrats, et enfin saisissez le juge. L’action contre votre assureur obéit à la prescription biennale de l’article L. 114-1 du code des assurances, selon lequel « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance » (art. L. 114-1 du code des assurances). Ce délai ne court toutefois, « En cas de sinistre, que du jour où les intéressés en ont eu connaissance, s’ils prouvent qu’ils l’ont ignoré jusque-là », et « Quand l’action de l’assuré contre l’assureur a pour cause le recours d’un tiers, le délai de la prescription ne court que du jour où ce tiers a exercé une action en justice contre l’assuré ou a été indemnisé par ce dernier » (même article). Deux ans, donc, à compter du choc du 22 octobre 2026 pour l’action directe, sauf ignorance prouvée du sinistre, et un point de départ reporté quand c’est le recours du conducteur ou de son assureur qui déclenche votre action contre votre propre compagnie. Ne laissez pas passer ce délai en négociant : la négociation n’interrompt pas la prescription, seule l’assignation ou la désignation d’un expert judiciaire l’interrompt utilement.
L’action contre le conducteur et son assureur automobile suit un autre calendrier, plus confortable mais à ne pas négliger. Fondée sur l’article 1240 précité, elle est soumise à la prescription de droit commun de l’article 2224 du code civil, selon lequel « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer » (art. 2224 du code civil). Cinq ans à compter du jour où vous avez connu les faits permettant d’agir, c’est-à-dire le jour de l’accident quand le conducteur est identifié sur place, ou le jour de son identification quand il a pris la fuite. Cette dualité explique la stratégie des bons dossiers : agir vite contre votre assureur pour obtenir l’avance contractuelle dans les deux ans, puis laisser votre assureur, subrogé dans vos droits, poursuivre le conducteur et son assureur, ou agir vous-même contre eux dans les cinq ans pour le reliquat, franchise, vétusté contestée et perte non couverte. Vérifiez chaque délai sur le texte applicable à votre situation avant d’agir, car un délai manqué éteint le droit, et aucun juge ne relève une prescription acquise par sympathie pour un commerçant sinistré.
Devant le juge, la contestation porte sur trois points et trois seulement : le principe de la garantie, l’étendue des dommages et le montant de chaque poste. Sur le principe, l’assureur qui refuse la garantie doit viser une exclusion précise, lisible et applicable aux faits ; une exclusion vague ou un motif général tiré du défaut d’entretien ne suffit pas, comme le montre l’arrêt d’Aix-en-Provence qui exige un fait générateur garanti et déboute l’assuré quand il fait défaut. Sur l’étendue, l’assureur qui minore doit expliquer pourquoi tel poste serait sans lien avec le choc ; la cour de Poitiers a validé le lien entre la fermeture et le dégât des eaux couvert, et la même logique lie la baisse de fréquentation à la vitrine éventrée, à condition de la chiffrer. Sur les montants, le juge arbitre entre devis : deux devis indépendants et une attestation comptable valent mieux qu’un seul chiffrage de l’expert d’assurance. Demandez au tribunal une provision si l’urgence le justifie, par exemple pour payer la vitrine neuve avant l’hiver, et sollicitez la déchéance du droit de l’assureur à opposer une clause qu’il ne produit pas, sur le fondement de l’arrêt du 21 janvier 2021 précité.
Conclusion
Une voiture qui entre dans une vitrine de boulangerie laisse un commerçant avec une plaque de bois, des factures et une baisse de clientèle, mais le droit lui donne trois débiteurs et une méthode. Le conducteur répond de son véhicule sur le fondement de l’article 1240, comme l’automobiliste condamné à Gray pour un muret percuté, et son assureur automobile paie directement en vertu de l’assurance obligatoire, avec le fonds de garantie en filet de sécurité quand le responsable est inconnu ou non assuré. Votre multirisque professionnelle avance l’argent pour la vitrine, le contenu et, si le contrat la prévoit, la perte d’exploitation chiffrée par votre comptable, comme le restaurateur indemnisé à hauteur de 22 278,83 euros après expertise. Le bailleur accorde une diminution de loyer pour la période de trouble quand le local n’est détruit qu’en partie, aux conditions de l’article 1722 rappelées par la Cour de cassation. Déclarez en cinq jours ouvrés, faites constater, conservez tout, contestez poste par poste, et surveillez les deux prescriptions : deux ans contre votre assureur, cinq ans contre le conducteur. À Aunay-sur-Odon comme ailleurs, la vitrine se remplace en quelques semaines ; l’indemnisation intégrale se gagne en quelques mois, avec des pièces, des délais tenus et, au besoin, un juge.