Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Article généré par une intelligence artificielle, selon un processus conçu et contrôlé par le cabinet

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Revolut bug le 20 octobre 2026 : virement et carte bloqués, comment prouver la panne et être indemnisé

Le 20 octobre 2026 au matin, l’application Revolut est devenue inaccessible pour des millions d’utilisateurs dans plusieurs pays, dont la France. Selon Euronews, qui publie le jour même un article d’Euronews publié le 20 octobre 2026 sur la panne mondiale de la banque en ligne, des clients ne parvenaient plus à accéder à leur argent ni à utiliser leurs cartes bancaires, des paiements auraient été refusés et des messages d’erreur s’affichaient à la connexion. D’après Libération, daté du même jour, l’incident serait lié à une panne électrique survenue dans la zone europe-west2-b du centre de données européen de Google Cloud, près de Londres, avec des « taux d’erreurs élevés » et des « pannes réseau intermittentes » depuis le matin, et un rétablissement complet envisagé à partir de 15 heures (article de Libération du 20 octobre 2026). Revolut a publié un communiqué le jour même, cité par les deux titres : l’entreprise déclare faire face à une interruption de service touchant plusieurs de ses services, travailler à la correction du problème depuis son identification le matin même, et assure que l’argent et les données de tous ses clients sont en sécurité (communiqué de Revolut cité par Euronews le 20 octobre 2026). À la date de rédaction, aucune source officielle ne fait état d’une atteinte aux fonds ou aux données, aucune responsabilité n’est établie, et les contrats signés entre chaque client et son prestataire priment sur toute analyse générale : seul le juge, saisi d’un litige précis, tranche ces questions. Cet article décrit le droit applicable à cette situation pour les entreprises dont le compte professionnel a été bloqué : virements de salaires non partis, règlements fournisseurs rejetés, cartes professionnelles refusées. Il explique quelles preuves réunir dès le jour de la panne et par quelles voies demander réparation, sans affirmer au-delà de ce que les sources disent.

I. « Revolut bug » : pourquoi les virements et les cartes ont été bloqués le 20 octobre 2026

A. « Revolut panne » : ce que les sources décrivent de l’application et des paiements

La première question que se posent les internautes qui tapent « revolut bug », « revolut panne » ou « revolut down » est simple : que s’est-il passé exactement, et mon argent est-il en danger. Sur le premier point, les éléments rapportés par la presse le 20 octobre 2026 sont concordants. D’après Euronews, les premiers signalements sont apparus dans la matinée : des utilisateurs ne parvenaient plus à accéder à leur argent ni à utiliser leurs cartes bancaires après une défaillance du système, des paiements auraient été refusés, et d’autres clients recevaient un message d’erreur en tentant de se connecter pour consulter leurs comptes (article d’Euronews du 20 octobre 2026). D’après Libération, la plateforme Downdetector, qui collecte les signalements d’utilisateurs, a recensé les premiers signalements concernant Revolut peu avant 8 heures, et plus de 1 500 alertes avaient déjà été enregistrées à 9 heures (article de Libération du 20 octobre 2026). La même source précise que Revolut a signalé sur son site une perturbation de ses services visant notamment les retraits aux distributeurs, les virements bancaires et les rechargements de cartes bancaires (article de Libération du 20 octobre 2026). Ces faits sont rapportés au conditionnel ou à l’indicatif selon les sources, et c’est à l’indicatif sourcé qu’il faut les lire : ce sont des perturbations décrites par l’entreprise elle-même et par des relevés d’usagers, pas une analyse du cabinet.

Sur la cause, la presse attribue l’incident à une défaillance en amont, chez un prestataire d’infrastructure. Selon Libération, Google a expliqué faire face à « des taux d’erreurs élevés » et des « pannes réseau intermittentes » sur son centre de données européen (article de Libération du 20 octobre 2026)à la suite d’un événement électrique ayant provoqué une panne dans la zone europe-west2-b (déclaration de Google citée par Libération le 20 octobre 2026). Selon un communiqué de Google partagé en fin de matinée et cité par le même titre, l’incident a commencé à 8 heures, heure de Paris, avec un taux d’erreurs élevé et des pannes réseau intermittentes dans la région europe-west2 (communiqué de Google cité par Libération le 20 octobre 2026). Google aurait ensuite annoncé que le problème avait été atténué pour la plupart des clients (article d’Euronews du 20 octobre 2026). D’après Libération, une source proche du dossier attribue les défaillances de Revolut à celles de Google Cloud, et d’autres établissements, dont Lloyds et HSBC, ainsi que des services comme le site immobilier Rightmove ou le service postal Royal Mail, auraient également signalé des difficultés (article de Libération du 20 octobre 2026). Ce que ces sources ne disent pas ne doit pas être écrit : elles ne décrivent ni une cyberattaque, ni une faute précise imputable à telle ou telle équipe, ni l’architecture contractuelle exacte qui lie la banque en ligne à son hébergeur. Toute qualification juridique de ces faits s’écrit donc au conditionnel, et c’est l’objet de la suite de cet article.

Sur le deuxième point, celui qui inquiète le plus les clients, le message de l’entreprise est ferme. Dans son communiqué cité par Euronews le 20 octobre 2026, Revolut déclare faire face à une interruption de service touchant plusieurs de ses services et confirme que l’argent et les données de tous ses clients sont en sécurité. Un porte-parole, dans une déclaration transmise à l’AFP et citée par Libération le 20 octobre 2026, indique que la banque travaillait à la résolution du problème depuis son identification le mardi matin et confirme que l’argent et les données de tous ses clients sont en sécurité (déclaration de Revolut transmise à l’AFP et citée par Libération le 20 octobre 2026). Pour le lecteur, la conséquence pratique est double. D’un côté, il n’existe à ce jour aucun élément public permettant d’écrire que des fonds auraient disparu ou que des données auraient été compromises, et un article sérieux ne l’affirme pas. De l’autre, l’absence de perte de fonds n’efface pas le préjudice d’indisponibilité : un virement de salaires qui ne part pas, un règlement fournisseur rejeté, une carte professionnelle refusée devant un client ou un loyer commercial prélevé en retard créent des difficultés réelles, même quand les soldes restent intacts. C’est ce préjudice d’indisponibilité, et lui seul, que le droit peut conduire à réparer, selon des conditions strictes détaillées plus bas.

Pour une entreprise, la dimension quantitative donne la mesure du sujet sans pour autant créer un droit. Euronews rappelle dans son article du 20 octobre 2026 que la société compterait plus de 80 millions de clients particuliers, avec ses plus grands marchés au Royaume-Uni (13 millions), en Espagne (6 millions) et en France (5 millions), et que plus de 750 000 entreprises utiliseraient son offre Revolut Business. Ces chiffres, publiés par la presse le jour de la panne, expliquent pourquoi les requêtes « revolut business », « revolut pro », « service client revolut » et « contacter revolut » figurent parmi les recherches associées relevées par Google Trends : des dirigeants et des comptables cherchaient le 20 octobre un moyen de payer malgré tout. Le présent article répond à ces recherches sur le terrain du droit français applicable aux comptes ouverts en France, sans préjuger des contrats particuliers ni des statuts étrangers des entités du groupe. Chaque client est renvoyé à sa convention de compte et à son contrat-cadre, qui fixent les canaux de réclamation, les délais de traitement et les limitations convenues.

B. « Probleme Revolut » : qui répond de l’argent, des données et des opérations manquées

Derrière la requête « probleme revolut » se cache une question de droit précise : quand un ordre de paiement ne s’exécute pas à cause d’une panne, sur qui pèse la responsabilité, et à quelles conditions. En droit français des services de paiement, issu de la directive européenne sur les services de paiement dite DSP2, la réponse de principe est exigeante pour le prestataire. L’article L. 133-22 du code monétaire et financier, en vigueur et consulté sur Légifrance, dispose : « Lorsque l’ordre de paiement est donné par le payeur, son prestataire de services de paiement est, sous réserve de l’article L. 133-5 , des deuxième et troisième alinéas de l’article L. 133-21 et de l’article L. 133-24 , responsable de la bonne exécution de l’opération de paiement à l’égard du payeur jusqu’à réception du montant de l’opération de paiement, conformément au I de l’article L. 133-13 , par le prestataire de services de paiement du bénéficiaire » (article L. 133-22 du code monétaire et financier). Le même texte ajoute : « Lorsque le prestataire de services de paiement du payeur est responsable, au titre du premier alinéa, de l’opération de paiement mal exécutée, il restitue sans tarder son montant au payeur » (article L. 133-22 du code monétaire et financier). Il précise encore : « Si besoin est, il rétablit le compte débité dans la situation qui aurait prévalu si l’opération de paiement mal exécutée n’avait pas eu lieu » (article L. 133-22 du code monétaire et financier). Autrement dit, le cadre légal attribue au prestataire du payeur une responsabilité de résultat sur la bonne exécution jusqu’à la transmission au prestataire du bénéficiaire, avec une obligation de remise en état du compte. Pour une entreprise dont un virement est resté bloqué dans une application inaccessible, ce texte serait le fondement envisageable d’une demande de régularisation, sous réserve des exceptions qu’il vise lui-même.

La principale exception visée par ce texte renvoie à la force majeure. L’article L. 133-5 du même code prévoit que « La responsabilité prévue aux sections 2 à 9 du présent chapitre ne s’applique pas aux cas de force majeure, ni lorsque le prestataire de services de paiement est lié par d’autres obligations légales prévues par des législations nationales ou communautaires » (article L. 133-5 du code monétaire et financier). La question devient alors : une panne électrique chez un fournisseur de cloud utilisé par la banque constituerait-elle un cas de force majeure qui exonérerait le prestataire. Le droit commun des contrats donne une définition stricte. L’article 1218 du code civil dispose : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur » (article 1218 du code civil). Le même article précise que : « Si l’empêchement est temporaire, l’exécution de l’obligation est suspendue à moins que le retard qui en résulterait ne justifie la résolution du contrat » (article 1218 du code civil). Une interruption de quelques heures, comme celle décrite le 20 octobre 2026, relèverait de l’empêchement temporaire, donc d’une suspension plutôt que d’une résolution, si la qualification était retenue. Mais elle ne serait retenue que si les trois critères sont réunis : extériorité au débiteur, imprévisibilité à la conclusion, irrésistibilité malgré des mesures appropriées. Or le choix d’un prestataire d’hébergement, la redondance des infrastructures, les plans de bascule et les clauses de niveau de service relèvent des mesures appropriées qu’un établissement financier choisit en amont. Un tribunal pourrait donc juger que la défaillance d’un sous-traitant choisi et rémunéré par le débiteur n’échappe pas à son contrôle, ou au contraire admettre l’exonération si l’événement électrique présentait un caractère véritablement irrésistible. Aucune décision consultée dans ce dossier ne tranche ce cas précis, et l’article ne l’affirme dans aucun sens : il décrit le test que le juge appliquerait.

La Cour de cassation éclaire ce test par deux arrêts récents dont les motifs ont été lus intégralement pendant la préparation de cet article. Dans un arrêt du 25 novembre 2020 (pourvoi n° 19-21.060), la première chambre civile vise l’article 1218 et juge : « Aux termes de ce texte, il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur », avant d’en déduire qu’« Il en résulte que le créancier qui n’a pu profiter de la prestation à laquelle il avait droit ne peut obtenir la résolution du contrat en invoquant la force majeure » (Cass. 1re civ., 25 nov. 2020, n° 19-21.060). Dans un arrêt du 8 mars 2023 (pourvoi n° 21-24.783), la même chambre rappelle d’abord que, selon l’article 1103 du code civil, « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits » (article 1103 du code civil), reprend la définition de l’article 1218, puis juge : « Il s’en déduit que, si le créancier ne peut obtenir la résolution du contrat en soutenant que la force majeure l’a empêché de profiter de la contrepartie à laquelle il avait droit, il peut se prévaloir de l’inexécution par le débiteur de son obligation contractuelle en raison de la force majeure » (Cass. 1re civ., 8 mars 2023, n° 21-24.783). Transposée avec prudence au cas d’une panne bancaire, cette jurisprudence suggère une distinction utile : le client qui n’a pas pu utiliser son compte ne pourrait pas nécessairement faire résoudre sa convention pour ce seul motif, mais il pourrait se prévaloir de l’inexécution par l’établissement de son obligation d’exécuter les ordres, sauf force majeure prouvée par le débiteur. C’est au prestataire, en cas de litige, de justifier que l’exécution a été empêchée par un événement répondant aux trois critères, et non au client de prouver l’absence de force majeure.

Le droit commun de l’inexécution complète ce cadre sectoriel. L’article 1231-1 du code civil dispose : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure » (article 1231-1 du code civil). Ce texte gouverne les demandes indemnitaires quand le régime spécial des services de paiement ne suffit pas, par exemple pour les préjudices indirects subis par une entreprise : pénalités contractuelles versées à un fournisseur à cause d’un règlement parti en retard, majorations fiscales ou sociales, frais de découvert dans une autre banque mobilisée en urgence, perte d’un marché. Mais ces préjudices ne sont indemnisables que dans des limites strictes. L’article 1231-3 du code civil prévoit : « Le débiteur n’est tenu que des dommages et intérêts qui ont été prévus ou qui pouvaient être prévus lors de la conclusion du contrat, sauf lorsque l’inexécution est due à une faute lourde ou dolosive » (article 1231-3 du code civil), et l’article 1231-4 ajoute : « Dans le cas même où l’inexécution du contrat résulte d’une faute lourde ou dolosive, les dommages et intérêts ne comprennent que ce qui est une suite immédiate et directe de l’inexécution » (article 1231-4 du code civil). Pour une société, cela signifie qu’une perte de chance commerciale lointaine ou un chiffre d’affaires annuel en berne seraient difficiles à rattacher en lien direct à quelques heures d’indisponibilité, tandis que des frais bancaires supplémentaires, des pénalités documentées ou un préjudice d’image précisément chiffré auraient plus de chances d’être examinés. La chambre commerciale de la Cour de cassation l’a rappelé le 3 décembre 2025 (pourvoi n° 24-17.537) : « Selon ce texte, les dommages et intérêts dus au créancier sont, en général, de la perte qu’il a faite et du gain dont il a été privé », et « Il résulte de ce texte et de ce principe que, dans l’hypothèse d’une résiliation anticipée d’un contrat à durée déterminée, le prix n’est dû qu’en cas d’exécution de la prestation convenue. Il appartient au juge d’évaluer le préjudice résultant de cette résiliation » (Cass. com., 3 déc. 2025, n° 24-17.537). Le principe de réparation intégrale, sans perte ni profit, vaut aussi pour l’entreprise cliente d’une banque : elle doit être replacée dans la situation qui aurait été la sienne sans la panne, ni mieux ni moins bien lotie.

II. « Compte Revolut bloqué » : comment prouver la panne et obtenir réparation quand on est une entreprise

A. « Revolut business » : quelles preuves réunir quand le compte professionnel est bloqué

Les dirigeants qui cherchent « revolut business », « revolut pro » ou « compte revolut » le jour d’une panne veulent d’abord une méthode : que conserver comme preuve quand l’application ne répond plus. Le point de départ est la charge de la preuve. L’article 1353 du code civil dispose : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation » (article 1353 du code civil). Concrètement, l’entreprise qui demandera demain le remboursement de frais ou la réparation d’un préjudice devra prouver trois choses : l’existence et le contenu de l’ordre qu’elle a tenté de passer, l’échec ou le retard d’exécution, et le lien entre cet échec et son dommage. Entre commerçants, la preuve est libre : l’article L. 110-3 du code de commerce dispose qu’« A l’égard des commerçants, les actes de commerce peuvent se prouver par tous moyens à moins qu’il n’en soit autrement disposé par la loi » (article L. 110-3 du code de commerce). Captures d’écran horodatées, messages d’erreur, journaux de connexion, relevés de compte, échanges avec le support, attestations de tiers : tous ces éléments sont recevables, et leur force dépendra de leur précision et de leur cohérence.

Le premier réflexe consiste à figer l’indisponibilité elle-même, le jour même, avec des éléments datés. Les messages d’erreur affichés par l’application, les écrans de connexion refusée, les notifications d’échec de paiement par carte, les courriels automatiques de rejet d’un virement : chaque élément doit être conservé avec sa date, son heure et le fuseau horaire, et si possible avec l’identifiant de l’opération concernée. Les relevés publiés par Downdetector, qui a recensé les premiers signalements peu avant 8 heures et plus de 1 500 alertes à 9 heures selon Libération, peuvent corroborer la dimension collective de l’incident, mais ils ne remplacent pas la preuve individuelle : ils montrent qu’un problème général existait, pas que tel virement précis a échoué à telle heure. De même, les articles de presse du 20 octobre 2026 et le communiqué de l’entreprise, qui reconnaît une interruption de service touchant plusieurs de ses services, établissent le contexte, mais le dossier d’une société doit contenir ses propres pièces. Pour les montants importants ou les litiges prévisibles avec un fournisseur, une entreprise peut faire établir un constat par un commissaire de justice, y compris à Paris et en Île-de-France où ces professionnels interviennent rapidement, afin de faire attester de l’impossibilité de se connecter ou d’exécuter un ordre à un moment précis. Ce constat, payant, n’est pas obligatoire, mais il donne une force particulière à la preuve de l’indisponibilité.

Le deuxième réflexe porte sur les ordres eux-mêmes : références, montants, bénéficiaires, échéances. Un virement de salaires qui ne part pas n’a pas les mêmes conséquences qu’un règlement fournisseur différé d’une journée, et le dossier doit permettre au juge ou au médiateur de comprendre chaque opération. Pour chaque ordre manqué ou retardé, noter avec précision le numéro de référence interne, le montant, le bénéficiaire, la date d’échéance contractuelle, le canal utilisé (application mobile, interface web, carte professionnelle, prélèvement), ainsi que la date et l’heure de la tentative et, après rétablissement, la date d’exécution effective. Les exports de l’historique des opérations, les journaux d’audit de l’interface professionnelle et les accusés de réception, quand ils existent, complètent utilement les captures d’écran. Si l’entreprise a dû payer autrement en urgence, par exemple depuis un compte ouvert dans un autre établissement, elle conserve les ordres de substitution, les frais exposés et les écarts de change éventuels : ces pièces fondent la demande de remboursement du surcoût. Si un tiers lui a appliqué des pénalités, elle conserve la facture majorée, les conditions générales qui prévoient ces pénalités et la preuve de leur paiement. L’article L. 441-10 du code de commerce, applicable aux relations entre professionnels, prévoit que « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire » (article L. 441-10 du code de commerce) et que « Tout professionnel en situation de retard de paiement est de plein droit débiteur, à l’égard du créancier, d’une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement, dont le montant est fixé par décret » (article L. 441-10 du code de commerce). Une société qui a subi de telles pénalités à cause d’un virement bloqué devra donc démontrer que le retard de son propre règlement provient de la panne et non d’une trésorerie déjà insuffisante, ce qui suppose des relevés de solde montrant une provision disponible.

Le troisième réflexe concerne les salaires, car l’employeur reste tenu de payer à date même quand sa banque est en panne. L’article L. 3242-1 du code du travail dispose : « La rémunération des salariés est mensuelle » (article L. 3242-1 du code du travail), « Le paiement de la rémunération est effectué une fois par mois » (article L. 3242-1 du code du travail), et un acompte « est versé au salarié qui en fait la demande » (article L. 3242-1 du code du travail) (article L. 3242-1 du code du travail). Une panne bancaire n’exonère pas l’employeur de cette obligation : si les virements de paie du 20 octobre n’ont pas pu partir, l’entreprise doit les réémettre dès le rétablissement, informer les représentants du personnel et, le cas échéant, documenter les avances consenties aux salariés en difficulté. Les bulletins de paie, les fichiers de virements SEPA, les rejets bancaires et les échanges avec le prestataire de paie forment ici le dossier. Pour les sociétés parisiennes comme pour les autres, la même discipline vaut pour les échéances fiscales et sociales : un retard de télérèglement imputable à une panne peut être expliqué à l’administration avec les preuves de l’incident, mais l’obligation de payer demeure, et les majorations éventuelles devront être contestées pièce par pièce. La lecture des décisions citées plus haut confirme l’exigence : le juge évalue le préjudice au regard des frais réellement exposés et des gains réellement perdus, en écartant ce qui n’est pas la suite directe de l’inexécution.

B. « Contacter Revolut » : réclamation, signalement et juge, dans quel ordre agir

Les suggestions « service client revolut », « contacter revolut » et « revolut paris téléphone » traduisent le besoin le plus immédiat : à qui s’adresser, et dans quel ordre, pour être régularisé puis indemnisé. La première étape est la réclamation écrite auprès de l’établissement, par les canaux prévus au contrat : messagerie de l’application, formulaire du site, courrier. Cette réclamation doit être précise et datée : numéro de compte professionnel concerné, liste des opérations manquées ou retardées avec leurs références, captures et constats joints, montant de la régularisation demandée (réexécution des ordres, restitution des frais prélevés à tort, remise en état du compte) et, séparément, montant de l’indemnisation réclamée avec ses justificatifs. Le droit des services de paiement impose à l’utilisateur une diligence symétrique : l’article L. 133-24 du code monétaire et financier prévoit que « L’utilisateur de services de paiement signale, sans tarder, à son prestataire de services de paiement une opération de paiement non autorisée ou mal exécutée et au plus tard dans les treize mois suivant la date de débit sous peine de forclusion à moins que le prestataire de services de paiement ne lui ait pas fourni ou n’ait pas mis à sa disposition les informations relatives à cette opération de paiement conformément au chapitre IV du titre 1er du livre III » (article L. 133-24 du code monétaire et financier). Le même texte précise que, « Sauf dans les cas où l’utilisateur est une personne physique agissant pour des besoins non professionnels, les parties peuvent convenir d’un délai distinct de celui prévu au présent article » (article L. 133-24 du code monétaire et financier) : une entreprise doit donc vérifier dans sa convention de compte professionnel si un délai contractuel plus court s’applique, et agir dans tous les cas sans attendre. Signaler le jour même, comme l’ont fait les milliers d’usagers recensés par Downdetector le 20 octobre, préserve les droits ; attendre plusieurs mois les fragilise.

La deuxième étape dépend du profil du client. Pour un consommateur, l’article L. 316-1 du code monétaire et financier ouvre le recours au médiateur : « Tout consommateur a droit de recourir gratuitement à un médiateur dans les conditions prévues au chapitre II du titre Ier du livre VI du code de la consommation en vue de la résolution d’un litige qui l’oppose à un établissement de crédit, une société de financement, un établissement de monnaie électronique, un établissement de paiement ou un prestataire de services d’information sur les comptes et relatif aux services fournis et à l’exécution de contrats conclus dans le cadre du présent titre et du titre II du présent livre et relatifs aux produits mentionnés aux titres Ier et II du livre II » (article L. 316-1 du code monétaire et financier). Pour une entreprise agissant pour des besoins professionnels, en revanche, ce médiateur de la consommation n’est en principe pas compétent, et la voie passe par la réclamation interne puis, en cas de rejet ou de silence, par la saisine du juge ou par les modes amiables prévus au contrat. Dans les deux cas, un signalement auprès de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, qui supervise les établissements, peut être envisagé pour porter l’incident à la connaissance du superviseur, sans que ce signalement remplace une action en réparation. Les entreprises installées à Paris et en Île-de-France suivent le même parcours, avec une particularité pratique : la densité locale de commissaires de justice, d’experts-comptables et de juridictions permet de faire constater rapidement l’incident, de chiffrer le préjudice avec l’expert-comptable et de saisir la juridiction compétente, qui est en général le tribunal des activités économiques de Paris pour les litiges entre commerçants ou le tribunal judiciaire de Paris selon la nature du litige et les clauses du contrat. Avant toute saisine, relire avec attention les clauses attributives de juridiction et les clauses de médiation ou de conciliation préalables de la convention de compte : les contrats légalement formés tiennent lieu de loi aux parties, comme le rappelle l’article 1103 du code civil cité plus haut, et un juge vérifierait d’abord ce que les parties ont convenu.

La troisième étape, judiciaire, suppose de choisir le bon fondement et de mesurer les délais. L’action en responsabilité contre le prestataire pour mauvaise exécution des ordres et l’action en indemnisation du préjudice d’indisponibilité sont des actions personnelles : l’article 2224 du code civil dispose que « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer » (article 2224 du code civil). Ce délai de cinq ans court donc, pour chaque opération manquée, du jour où l’entreprise a connu ou aurait dû connaître les faits, en pratique le jour de la panne ou de la découverte du rejet. Ce rappel ne doit pas conduire à l’inaction : les preuves se dissipent vite, les journaux techniques sont écrasés, les souvenirs s’estompent, et la forclusion de treize mois de l’article L. 133-24 évoquée plus haut sanctionne le signalement tardif des opérations mal exécutées indépendamment de la prescription quinquennale de l’action. Par ailleurs, l’entreprise qui a subi un dommage causé non par sa banque mais par un autre acteur, par exemple un fournisseur qui a rompu abusivement un contrat sous prétexte d’un retard de paiement lui-même imputable à la panne, conserve ses recours de droit commun contre ce tiers, avec la panne comme élément de son dossier mais sans garantie sur l’issue. Enfin, la question d’un recours direct contre le prestataire d’infrastructure en nuage, évoquée par certains commentateurs à propos de l’incident Google Cloud, se heurte à l’absence de lien contractuel entre l’entreprise cliente et l’hébergeur : l’entreprise n’est pas la cocontractante du fournisseur de cloud, et une action délictuelle supposerait de démontrer une faute, un dommage et un lien de causalité dans des conditions que les décisions consultées pour cet article ne permettent pas d’affirmer. La voie la plus solide reste l’action contractuelle contre son propre prestataire de services de paiement, sur le fondement de l’article L. 133-22 et du droit commun de l’inexécution, avec un dossier probant et un préjudice chiffré.

Pour les lecteurs qui suivent aussi le guide général du cabinet sur les comptes professionnels bloqués, l’articulation est simple : le guide général, consacré aux pannes bancaires affectant les salaires et les fournisseurs des SARL et SAS (compte professionnel bloqué : salaires et fournisseurs impayés), décrit les réflexes communs à toute panne, tandis que le présent article traite le cas particulier de l’interruption du 20 octobre 2026 et de son origine en amont chez un prestataire d’infrastructure. Les deux se complètent et ne se répètent pas.

Conclusion

Le 20 octobre 2026, une panne électrique sur le centre de données londonien de Google Cloud a, selon la presse et les communiqués cités plus haut, rendu l’application Revolut inaccessible pendant plusieurs heures, avec des virements, des cartes et des retraits perturbés, avant un rétablissement annoncé dans l’après-midi. À la date de rédaction, l’entreprise affirme que l’argent et les données de ses clients sont en sécurité, et aucune source officielle ne permet d’écrire le contraire, ni d’imputer une faute à une personne ou à une équipe déterminée. Pour l’entreprise dont le compte professionnel a été bloqué, le chemin est balisé : figer les preuves le jour même, réémettre les ordres urgents par un canal de substitution, payer les salaires et les échéances sans attendre la fin de l’incident, signaler sans tarder chaque opération mal exécutée, chiffrer le préjudice poste par poste, puis réclamer par écrit avant d’envisager le juge. Le droit offre des fondements réels, de la responsabilité du prestataire pour la bonne exécution des paiements jusqu’à la réparation du préjudice direct et prévisible, mais il impose aussi des limites strictes, de la force majeure prouvée par le débiteur jusqu’à l’exigence d’un lien direct entre la panne et chaque euro réclamé. Les contrats signés priment sur toute analyse générale, aucune responsabilité n’est établie à ce stade, et seul le juge, au vu d’un dossier complet, décidera si telle entreprise doit être indemnisée et à quelle hauteur.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».