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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dossier de surendettement et redressement fiscal reçu en cours de procédure : proposition de rectification, SATD du Trésor — déclarer, contester et suspendre devant le juge, que faire ?

Vous avez déposé un dossier de surendettement, la commission de la Banque de France l’a déclaré recevable, les huissiers se sont arrêtés, et voilà que le service des impôts vous adresse une proposition de rectification : l’administration remet en cause vos déclarations, chiffre un supplément d’impôt sur le revenu, assorti de majorations et d’intérêts de retard, et le comptable public menace de recouvrer par saisie administrative à tiers détenteur sur votre compte bancaire ou votre salaire. Faut-il payer pour éviter la saisie, faut-il accepter la rectification pour rester de bonne foi, faut-il signaler cette dette nouvelle à la commission, et le plan en cours peut-il absorber ce supplément d’impôt ? La réponse tient en trois réflexes. D’abord, la proposition de rectification n’est pas un titre définitif : elle ouvre un délai de trente jours pour présenter vos observations, délai que vous pouvez faire proroger de trente jours supplémentaires sur simple demande adressée avant son expiration. Ensuite, cette dette fiscale, même née ou révélée après la recevabilité, entre dans le champ du dossier : les dettes professionnelles et non professionnelles sont prises ensemble depuis la loi du 14 février 2022, et le juge vérifie la validité de chaque créance déclarée. Enfin, la recevabilité suspend et interdit les procédures d’exécution, y compris celles du Trésor : une saisie administrative à tiers détenteur notifiée après la recevabilité pour une dette visée par le dossier peut être contestée. Cet article décrit la méthode complète : répondre au fisc dans les délais, déclarer le redressement à la commission, bloquer la saisie du comptable public, puis traiter le supplément d’impôt dans le plan, les mesures imposées ou la remise gracieuse.

I. Proposition de rectification reçue pendant le surendettement : répondre au fisc dans les délais et déclarer la dette à la commission

La proposition de rectification est l’acte par lequel l’administration vous notifie les redressements qu’elle envisage : elle indique, année par année, les montants remis en cause, les textes appliqués et les conséquences chiffrées en droits, majorations et intérêts de retard. Recevoir ce courrier en plein surendettement ne signifie ni que la dette est définitive ni que votre dossier est compromis. Il signifie que deux procédures vont désormais coexister : la procédure fiscale, avec ses délais propres que vous devez respecter sans faute, et la procédure de surendettement, que vous devez alimenter en y déclarant cette dette en formation. Chaque étape compte, car un délai fiscal manqué rend l’imposition définitive, tandis qu’une dette tue à la commission risque d’être exclue du plan.

A. Répondre à la proposition de rectification dans les trente jours et obtenir la prorogation du délai

Le premier réflexe consiste à lire la proposition de rectification comme un document de travail, pas comme une facture. L’article L. 57 du livre des procédures fiscales dispose : « L’administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. » Ce texte vous donne un droit concret : l’administration doit motiver sa rectification de façon à vous permettre de répondre utilement. Si la motivation est insuffisante, si les comparaisons chiffrées manquent, si les années visées restent floues, relevez-le par écrit dans vos observations, car l’insuffisance de motivation constitue un moyen de contestation devant le juge de l’impôt.

Le délai de réponse est fixé par l’article L. 11 du livre des procédures fiscales : « A moins qu’un délai ne soit prévu par le présent livre, le délai accordé aux contribuables pour répondre aux demandes de renseignements, de justifications ou d’éclaircissements et, d’une manière générale, à toute notification émanant d’un agent de l’administration des impôts est fixé à trente jours à compter de la réception de cette notification. » Vous disposez donc de trente jours à compter de la réception pour adresser vos observations ou faire connaître votre acceptation. Ce délai court à partir de la réception effective, conservez l’enveloppe et tout justificatif de la date de présentation du courrier recommandé, car le calcul du point de départ conditionne la recevabilité de votre réponse.

Le même article L. 57 prévoit une prorogation de plein droit : « Sur demande du contribuable reçue par l’administration avant l’expiration du délai mentionné à l’article L. 11 , ce délai est prorogé de trente jours. » Concrètement, adressez avant l’expiration des trente jours une demande écrite de prorogation, par lettre recommandée avec accusé de réception ou via votre messagerie sécurisée sur impots.gouv.fr, et vous gagnez trente jours supplémentaires, soit soixante jours au total pour construire votre réponse. Utilisez ce temps pour rassembler vos pièces : relevés bancaires justifiant de l’origine des sommes, factures, bulletins de salaire, attestations, avis d’imposition des années concernées, et copie de votre attestation de recevabilité du dossier de surendettement.

Sur le fond de la réponse, trois positions restent ouvertes et peuvent se combiner. L’acceptation, totale ou partielle, rend l’imposition définitive à hauteur acceptée et ouvre la voie au recouvrement, avec la possibilité de demander ensuite un délai de paiement ou une remise gracieuse. Les observations argumentées contestent la rectification en droit ou en chiffrage : erreur de calcul, double imposition, charge déductible omise, situation familiale mal prise en compte, prescription d’une année ancienne. Le silence vaut acceptation tacite et laisse l’administration mettre en recouvrement : en situation de surendettement, ne jamais laisser passer le délai sans réponse écrite, même brève, car une demande de prorogation suffit à préserver vos droits. Quand le désaccord persiste après vos observations, l’administration doit en principe soumettre le litige à une commission consultative si vous le demandez, puis émet l’avis de mise en recouvrement, que vous pourrez contester par réclamation puis devant le tribunal administratif ou judiciaire selon la nature de l’impôt.

Parallèlement à la réponse au fisc, préparez le dossier de preuve que le juge des contentieux de la protection ou la commission pourra exiger : copie de la proposition de rectification, preuve de la date de réception, copie de vos observations et de la demande de prorogation, échanges avec le service des impôts, et décompte précis des montants en droits, majorations et intérêts. Ces pièces serviront deux fois : d’abord pour discuter avec le fisc, ensuite pour faire vérifier la créance dans le cadre du surendettement si son montant reste contesté.

B. Déclarer le redressement à la commission et faire vérifier la créance fiscale par le juge

Le deuxième réflexe consiste à porter le redressement à la connaissance de la commission de surendettement sans attendre que l’imposition devienne définitive. Le dossier de surendettement vit avec votre situation : toute dette nouvelle, toute aggravation du passif et tout changement de vos ressources doivent être signalés, par courrier recommandé ou lors de vos échanges avec le secrétariat de la commission. Joignez la proposition de rectification, vos observations et le décompte des montants, en précisant que la créance reste contestée et que son montant définitif dépendra de l’issue de la procédure fiscale. La commission prendra en compte la dette à titre provisionnel ou actualisera l’état du passif au vu de l’avis de mise en recouvrement, et elle pourra adapter l’orientation du dossier : plan conventionnel réaménagé, mesures imposées complétées, ou réexamen d’ensemble si le supplément d’impôt bouleverse l’équilibre du traitement.

Cette déclaration s’impose d’autant plus que le champ du surendettement couvre désormais l’ensemble de vos dettes. L’article L. 711-1 du code de la consommation dispose : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022, les dettes professionnelles entrent dans le dossier au même titre que les dettes personnelles. La Cour de cassation l’a rappelé le 11 septembre 2025 dans un litige opposant un débiteur à l’URSSAF, au service des impôts des entreprises et à la trésorerie amendes : « Selon ce texte, la situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Dans cette affaire, le tribunal avait écarté le débiteur au motif que l’essentiel de son endettement, composé de cotisations URSSAF d’une période de gérance de SARL et d’impôts d’une période d’auto-entreprise, présentait une nature professionnelle ; la deuxième chambre civile a cassé ce jugement pour violation du texte dans sa rédaction issue de la loi du 14 février 2022. Pour un ancien indépendant, un auto-entrepreneur ou un dirigeant redressé sur ses revenus professionnels comme sur son impôt personnel, cette décision sécurise la recevabilité : le fisc et l’URSSAF ne peuvent plus faire écarter votre dossier au seul motif que les dettes publiques d’origine professionnelle dominent le passif.

La même logique vaut quand les parts respectives des dettes sont discutées. Le 2 juillet 2026, la deuxième chambre civile a jugé : « Il résulte de ce texte que le bénéfice des mesures de traitement de la situation de surendettement est ouvert au bénéfice des personnes physiques de bonne foi qui se trouvent dans l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de leurs dettes, professionnelles et non professionnelles, sans distinction selon la part respective de ces dettes. » Aucune condition de prépondérance des dettes personnelles n’existe donc : même si le redressement fiscal représente la part la plus lourde de votre endettement, il n’écarte pas le traitement en surendettement dès lors que l’impossibilité manifeste de payer l’ensemble du passif est établie.

Reste la question du montant : le Trésor déclare 18 000 euros quand vous estimez ne devoir que 9 000 euros après déduction d’une charge oubliée. C’est ici qu’intervient la vérification des créances par le juge des contentieux de la protection. Saisi d’une contestation de l’état des dettes ou des mesures, le juge contrôle la validité et le montant de chaque créance, y compris fiscale. La Cour de cassation a précisé le 8 février 2024 la portée de ce contrôle : « La vérification de la validité des créances par le juge est opérée afin de permettre à la commission de surendettement de poursuivre sa mission d’instruction du dossier ou en cas de contestation des mesures imposées, sans que ses décisions n’aient l’autorité de la chose jugée. » Concrètement, si le fisc déclare un montant que vous contestez encore devant l’administration, produisez devant le juge du surendettement vos observations fiscales, la réclamation en cours et tout élément de chiffrage : le juge pourra retenir un montant provisionnel, écarter les majorations non justifiées ou renvoyer à l’issue de la procédure fiscale, sans que sa décision fige définitivement la dette d’impôt, qui relève pour son principe du juge de l’impôt. Cette articulation évite l’effet couperet : la contestation fiscale suit son cours pendant que le dossier de surendettement avance sur une base chiffrée et contrôlée.

Attention toutefois à la bonne foi, condition d’ouverture rappelée par l’article L. 711-1. Un redressement fondé sur des manœuvres frauduleuses au préjudice d’un organisme de protection sociale ou sur des majorations fiscales non rémissibles change la donne : l’article L. 711-4 du code de la consommation dispose : « Sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement : 1° Les dettes alimentaires ; 2° Les réparations pécuniaires allouées aux victimes dans le cadre d’une condamnation pénale ; » et le même article exclut les dettes fiscales assorties des majorations non rémissibles mentionnées au II de l’article 1756 du code général des impôts. Distinguez donc deux situations. Le redressement ordinaire, fondé sur une erreur, une omission ou une interprétation discutée, avec la majoration de 10 % de l’article 1730 du code général des impôts qui dispose : « Donne lieu à l’application d’une majoration de 10 % tout retard dans le paiement des sommes dues au titre de l’impôt sur le revenu, des contributions sociales recouvrées comme en matière d’impôt sur le revenu, de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires , des taxes foncières sur les propriétés bâties et non bâties, des impositions recouvrées comme les impositions précitées et de l’impôt sur la fortune immobilière. » Ce supplément reste traitable dans le plan, rééchelonnable et partiellement effaçable selon les mesures. Le redressement pour manquement délibéré, abus de droit ou fraude, assorti de majorations de 40 %, 80 % ou des pénalités non rémissibles, risque l’exclusion de toute remise ou effacement pour la partie sanctionnée : dans ce cas, la stratégie consiste à contester le principe même de la pénalité devant le juge de l’impôt tout en traitant les droits simples dans le dossier de surendettement. Lisez donc la proposition de rectification jusqu’au bout, en repérant le taux et le fondement exact de chaque majoration, car c’est lui qui détermine ce qui pourra être effacé et ce qui restera dû.

II. Bloquer les poursuites du comptable public et faire traiter le supplément d’impôt dans le plan ou la remise gracieuse

Une fois la dette déclarée et contestée dans les délais, l’enjeu devient pratique : empêcher que le comptable public vide votre compte ou ponctionne votre salaire pendant que le dossier suit son cours, puis obtenir un traitement durable du supplément d’impôt. Le Trésor dispose d’armes redoutables, au premier rang desquelles la saisie administrative à tiers détenteur, qui bloque le compte bancaire dès sa notification et attribue immédiatement les sommes au fisc. Mais ces armes rencontrent une limite d’ordre public protecteur : la suspension attachée à la recevabilité du dossier de surendettement. Et quand la dette devient définitive, le plan conventionnel, les mesures imposées, le rétablissement personnel et la remise gracieuse offrent chacun un chemin d’apurement compatible avec votre reste à vivre. Cette seconde partie décrit les deux verrous : la suspension des poursuites, puis le traitement au fond.

A. Faire suspendre la saisie administrative à tiers détenteur et les poursuites du Trésor dès la recevabilité

La saisie administrative à tiers détenteur constitue le mode normal de recouvrement forcé des créances publiques. L’article L. 262 du livre des procédures fiscales dispose : « Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l’objet d’une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. » La banque, l’employeur ou tout détenteur de vos fonds reçoit l’avis et doit s’exécuter. Le texte précise : « L’avis de saisie administrative à tiers détenteur est notifié au redevable et au tiers détenteur. » Vous recevez donc votre exemplaire, qui doit mentionner les délais et voies de recours sous peine de nullité, et surtout : « La saisie administrative à tiers détenteur emporte l’effet d’attribution immédiate prévu à l’ article L. 211-2 du code des procédures civiles d’exécution . » L’effet attributif immédiat signifie que les sommes disponibles à la date de la saisie deviennent aussitôt la propriété du Trésor, sans attendre l’expiration d’un délai. La brutalité du mécanisme explique l’angoisse des débiteurs : un compte courant créditeur de 4 000 euros se trouve vidé en un jour, charges et loyer restant à payer.

Deux garde-fous protègent toutefois le minimum vital. D’abord, la banque doit laisser à votre disposition le solde bancaire insaisissable, d’un montant égal au revenu de solidarité active pour une personne seule, soit 651,69 euros au 1er avril 2026 d’après la documentation officielle de l’administration fiscale. Ensuite, si votre compte contient des sommes elles-mêmes insaisissables, allocations familiales, allocation aux adultes handicapés ou revenu de solidarité active, et que leur total dépasse le solde bancaire insaisissable, vous pouvez demander à la banque dans les quinze jours suivant la notification de la saisie que ces sommes vous soient rendues, en justifiant leur origine. Vérifiez ces deux points dès réception de l’avis, relevé de compte à l’appui, avant même d’engager la contestation au fond.

Le verrou décisif reste la suspension attachée au surendettement. L’article L. 722-2 du code de la consommation dispose : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » La saisie administrative à tiers détenteur diligentée pour recouvrer un impôt sur le revenu, dette non alimentaire, entre dans le champ de cette suspension dès lors que la dette est visée par le dossier. La Cour de cassation a donné à ce texte toute sa portée le 8 février 2024 : la deuxième chambre civile a jugé que la recevabilité paralyse les procédures d’exécution diligentées contre les biens du débiteur (Cass. 2e civ., 8 févr. 2024, n° 22-14.528) Dans cette affaire, une banque munie d’un titre exécutoire notarié soutenait que la procédure de surendettement ne l’empêchait pas d’agir ; la deuxième chambre civile a jugé au contraire que le créancier qui recherche l’exécution d’un titre ne peut, à compter de la décision de recevabilité, interrompre la prescription en diligentant une procédure d’exécution, et qu’il ne saurait lui être imposé d’introduire une action au fond pour préserver ses droits. Transposée au comptable public, la solution signifie qu’une saisie administrative notifiée après la recevabilité, pour une dette d’impôt déclarée au dossier, méconnaît l’interdiction légale : adressez au comptable et à la commission copie de l’attestation de recevabilité en demandant la mainlevée, et à défaut saisissez le juge des contentieux de la protection pour faire constater la suspension et obtenir la restitution des sommes attribuées à tort. Pour une analyse détaillée de la mécanique de la saisie administrative et de ses contestations dans le cadre du dossier, reportez-vous au dossier du cabinet consacré à la dette fiscale impayée poursuivie par saisie administrative à tiers détenteur dans le dossier de surendettement.

Anticipez aussi le cas inverse, chronologiquement : la saisie notifiée avant la recevabilité a déjà produit son effet attributif sur les sommes disponibles à sa date, et la recevabilité postérieure ne l’efface pas rétroactivement pour ces sommes, mais elle interdit toute nouvelle poursuite et tout renouvellement pour les dettes du dossier. D’où l’importance du calendrier : déposez le dossier sans attendre quand la proposition de rectification arrive, car chaque jour gagné rapproche la protection, et signalez immédiatement au comptable la décision de recevabilité dès sa notification. Si la dette fiscale naît après la recevabilité, parce que l’avis de mise en recouvrement du redressement intervient en cours de procédure, déclarez-la sans délai à la commission, qui actualisera l’état du passif ; à défaut de déclaration, le Trésor pourrait soutenir que la dette, née postérieurement et non visée, échappe à la suspension. Sur ce point précis des dettes apparues en cours de route, le cabinet a décrit la méthode dans son dossier consacré à la dette née après le dépôt du dossier de surendettement.

B. Obtenir le rééchelonnement, l’effacement partiel ou la remise gracieuse du supplément d’impôt définitif

Quand la procédure fiscale s’achève, par acceptation, décision juridictionnelle ou rejet de la réclamation, le supplément d’impôt devient définitif et doit trouver sa place dans le traitement du surendettement. La voie naturelle passe par le plan conventionnel négocié sous l’égide de la commission : le comptable public, comme tout créancier, est invité à consentir des délais, et la dette fiscale définitive y figure pour son montant actualisé, majoration de 10 % et intérêts compris. Si la conciliation échoue, la commission peut imposer des mesures. L’article L. 733-1 du code de la consommation dispose : « En l’absence de mission de conciliation ou en cas d’échec de celle-ci, la commission peut, à la demande du débiteur et après avoir mis les parties en mesure de fournir leurs observations, imposer tout ou partie des mesures suivantes : 1° Rééchelonner le paiement des dettes de toute nature, y compris, le cas échéant, en différant le paiement d’une partie d’entre elles, sans que le délai de report ou de rééchelonnement puisse excéder sept ans ou la moitié de la durée de remboursement restant à courir des emprunts en cours ; » Les dettes fiscales, qualifiées de dettes de toute nature, supportent donc le rééchelonnement jusqu’à sept ans, avec possibilité d’effacement partiel du solde à l’issue lorsque la capacité de remboursement ne permet pas l’apurement intégral, dans les conditions prévues pour les mesures imposées comportant effacement.

Chaque partie peut contester ces mesures : l’article L. 733-10 du code de la consommation dispose : « Une partie peut contester devant le juge des contentieux de la protection, dans un délai fixé par décret, les mesures imposées par la commission en application des articles L. 733-1 , L. 733-4 ou L. 733-7 . » Le comptable public conteste parfois l’effacement d’une dette fiscale en invoquant le principe d’égalité devant l’impôt ; le débiteur conteste parfois l’insuffisance des délais. Devant le juge, produisez l’avis de mise en recouvrement définitif, le tableau de vos ressources et charges actualisé, et la preuve des démarches fiscales accomplies, réclamation et demande de remise : un dossier fiscal sérieux renforce la demande d’effort partagé. Quand la situation est irrémédiablement compromise, caractérisée par l’impossibilité manifeste de mettre en œuvre des mesures de traitement, la commission peut recommander puis imposer un rétablissement personnel sans liquidation si le débiteur ne possède que des biens de la vie courante. L’article L. 741-1 du code de la consommation dispose : « Si l’examen de la demande de traitement de la situation de surendettement fait apparaître que le débiteur se trouve dans la situation irrémédiablement compromise définie au deuxième alinéa de l’article L. 724-1 et ne possède que des biens mentionnés au 1° du même article L. 724-1, la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. » L’effacement qui s’ensuit couvre les dettes fiscales ordinaires, à l’exception des dettes exclues par l’article L. 711-4, et vaut régularisation des incidents de paiement : l’article L. 743-1 du code de la consommation dispose : « Les dettes effacées en application des dispositions des articles L. 741-2 , L. 741-6 , L. 741-7 et L. 742-21 valent régularisation des incidents au sens de l’ article L. 131-73 du code monétaire et financier . »

En parallèle du dossier, activez le levier propre au droit fiscal : la demande de remise gracieuse ou de délai adressée au comptable public. L’article L. 247 du livre des procédures fiscales dispose : « L’administration peut accorder sur la demande du contribuable ; 1° Des remises totales ou partielles d’impôts directs régulièrement établis lorsque le contribuable est dans l’impossibilité de payer par suite de gêne ou d’indigence ; » Une demande motivée, accompagnée de l’attestation de recevabilité du dossier de surendettement, du plan ou des mesures en cours, et d’un budget mensuel détaillé, peut obtenir la remise des majorations et intérêts, voire une partie des droits, ou à défaut un échéancier compatible avec les mensualités du plan. Cette démarche ne suspend pas à elle seule le recouvrement, sauf sursis exprès du comptable : cumulez-la avec la protection du dossier de surendettement, et informez la commission de son résultat, car une remise obtenue diminue le passif et peut conduire à réviser les mesures à la baisse.

À Paris et en Île-de-France, quelques repères pratiques méritent d’être connus. Les contestations des mesures et de l’état des dettes relèvent du juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de votre domicile, à Paris celui du tribunal judiciaire de Paris, porte de Clichy, où les audiences de surendettement exigent un dossier chiffré et complet : avis de mise en recouvrement, échanges avec le service des impôts des particuliers ou le service des impôts des entreprises selon l’origine du redressement, attestation de la commission et relevés bancaires des trois derniers mois. Les services fiscaux parisiens appliquent les mêmes règles nationales pour les délais de paiement, mais l’encombrement des rôles rend les réponses parfois lentes : anticipez chaque demande de plusieurs semaines et conservez la preuve de vos envois. Enfin, quand le redressement porte sur des revenus d’une ancienne activité indépendante exercée en Île-de-France, vérifiez quel service reste compétent, service des impôts des particuliers ou des entreprises, car une réclamation adressée au mauvais guichet perd des semaines.

Conclusion

Recevoir une proposition de rectification en plein surendettement n’est ni une fatalité ni une faute : c’est une dette en formation qu’il faut traiter avec la même rigueur que les autres, sans la payer dans la précipitation et sans l’ignorer. Répondez au fisc dans les trente jours, demandez la prorogation pour gagner trente jours de plus, déclarez le redressement à la commission en précisant qu’il reste contesté, faites vérifier son montant par le juge du surendettement, opposez la suspension de l’article L. 722-2 à toute saisie administrative notifiée après la recevabilité, puis faites entrer le supplément définitif dans le plan, les mesures imposées ou le rétablissement personnel, tout en sollicitant la remise gracieuse du comptable public. La jurisprudence récente de la deuxième chambre civile sécurise chaque étape : les dettes fiscales et professionnelles n’écartent plus la recevabilité depuis la loi du 14 février 2022, la recevabilité paralyse les procédures d’exécution des créanciers munis de titres, et le juge contrôle la validité des créances déclarées sans figer définitivement la dette d’impôt. Seules les majorations non rémissibles pour fraude échappent à toute remise : identifiez-les tôt dans la proposition de rectification pour concentrer la contestation fiscale sur ce point et traiter le reste dans le dossier. Avec des délais respectés, une dette déclarée et des pièces conservées, le redressement fiscal devient une ligne du plan parmi d’autres, et non l’événement qui le fait échouer.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».