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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Vous êtes fermier et vous voulez quitter vos terres louées : donner votre congé pour partir à la retraite ou obtenir la résiliation anticipée, et sauver votre indemnité de sortie devant le tribunal paritaire

Vous exploitez des terres en fermage depuis des années et l’heure du départ approche : la retraite, un problème de santé durable, l’achat de votre propre ferme ou un refus d’autorisation d’exploiter qui vous oblige à revoir toute la structure de votre exploitation. Vous voulez rendre les terres proprement, cesser de payer le fermage à la bonne date et ne pas abandonner le prix de vos drains, de vos bâtiments ou de vos plantations. Le statut du fermage organise ce départ à l’initiative du preneur, mais il le fait avec des conditions strictes, des délais qui se calculent à partir de l’année culturale et une indemnité de sortie qui se perd en douze mois si vous agissez trop tard. Un tribunal paritaire des baux ruraux vient de le rappeler avec force : un preneur qui avait respecté la procédure de résiliation pour départ à la retraite a obtenu 96 000 euros d’indemnité de sortie, 3 000 euros pour le préjudice moral causé par la mauvaise foi de ses bailleurs et 5 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile. À l’inverse, la Cour de cassation vient de juger que des preneurs qui avaient contesté leur congé pendant des mois avaient laissé passer le délai de douze mois et perdu tout droit à expertise sur leurs améliorations. Cet article explique, cas par cas, comment donner votre congé ou obtenir la résiliation, à quelle date votre départ prend effet, et comment sécuriser votre indemnité de sortie devant le tribunal paritaire.

I. Quitter vos terres à votre initiative : les cas ouverts au preneur et la date réelle de votre départ

A. Les quatre cas de résiliation anticipée et le départ à la retraite : ce que l’article L. 411-33 exige de vous

Le bail rural dure au minimum neuf ans, la durée du bail ne peut être inférieure à neuf ans, et le preneur dispose en principe d’un droit au renouvellement, le preneur a droit au renouvellement du bail, nonobstant toutes clauses, stipulations ou arrangements contraires. Mais ce droit au renouvellement n’est pas une obligation de rester : le preneur peut demander la résiliation du bail dans des cas limitativement énumérés par la loi. L’article L. 411-33 du code rural et de la pêche maritime dispose que la résiliation peut être demandée par le preneur dans les cas suivants : l’incapacité au travail, grave et dont la durée est supérieure à deux ans, du preneur ou de l’un des membres de sa famille indispensable au travail de la ferme ; le décès d’un ou de plusieurs membres de la famille du preneur indispensables au travail de la ferme ; l’acquisition par le preneur d’une ferme qu’il doit exploiter lui-même ; le refus d’autorisation d’exploiter opposé par l’autorité administrative en application des articles L. 331-1 et suivants, obligeant le preneur à mettre la structure de son exploitation en conformité avec les dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles. Chacun de ces cas suppose une preuve précise : un certificat médical circonstancié et des éléments sur la durée prévisible pour l’incapacité, les actes d’état civil et la démonstration du rôle effectif du défunt dans l’exploitation pour le décès, l’acte d’acquisition et la preuve de l’exploitation personnelle pour l’achat d’une ferme, la décision préfectorale de refus et le schéma applicable pour l’autorisation d’exploiter. Sans ces pièces, la demande de résiliation reste une simple volonté de partir, que le bailleur peut refuser de reconnaître, et le fermage continue de courir.

La date d’effet de cette résiliation ne dépend pas de la date à laquelle vous envoyez votre courrier : elle se calcule à partir de l’année culturale. Le texte prévoit que, dans tous ces cas, si la fin de l’année culturale est postérieure de neuf mois au moins à l’événement qui cause la résiliation, celle-ci peut, au choix du locataire, prendre effet soit à la fin de l’année culturale en cours, soit à la fin de l’année culturale suivante, et que dans le cas contraire, la résiliation ne prendra effet qu’à la fin de l’année culturale suivante. Concrètement, si l’événement survient tôt dans l’année culturale, vous pouvez choisir de partir à la fin de cette même année culturale ou à la fin de la suivante ; s’il survient dans les neuf derniers mois, votre départ est reporté à la fin de l’année culturale suivante. L’année culturale n’est pas l’année civile : sa date varie selon les régions et les cultures, et elle est fixée par arrêté préfectoral. Vérifiez cet arrêté avant tout calcul, car une erreur de quelques semaines vous fait payer une année de fermage supplémentaire ou, à l’inverse, partir avant d’avoir récolté.

Le départ à la retraite obéit à un régime distinct, plus souple sur le calendrier mais strict sur le préavis. Toujours selon l’article L. 411-33, le preneur qui atteint l’âge de la retraite retenu en matière d’assurance vieillesse des exploitants agricoles peut, par dérogation aux dispositions de l’article L. 411-5, résilier le bail à la fin d’une de ses périodes annuelles suivant la date à laquelle il aura atteint l’âge requis. Dans ce cas, la loi impose une seule condition de forme et de délai : le preneur doit notifier sa décision au propriétaire au moins douze mois à l’avance. Vous pouvez donc partir à la fin de n’importe quelle période annuelle du bail, et pas seulement à la fin des neuf ans, à condition d’avoir prévenu douze mois avant. L’âge à retenir est celui de la retraite des exploitants agricoles, pas celui du régime général, et la résiliation joue période annuelle par période annuelle : identifiez la date anniversaire de votre bail et comptez douze mois en arrière pour fixer votre date limite de notification. C’est ce régime qu’avait utilisé le preneur jugé par le tribunal paritaire des baux ruraux de Blois le 28 août 2025 : le tribunal a constaté que le preneur avait respecté la procédure de résiliation de son bail à ferme pour départ à la retraite, et c’est sur ce constat que tout le reste de la décision s’est construit, jusqu’à la condamnation des bailleurs.

B. La notification qui résiste à la contestation : forme, preuve et contraste avec le congé du bailleur

La loi dit que le preneur doit notifier sa décision au propriétaire, sans imposer l’acte extrajudiciaire que le congé du bailleur exige. En pratique, les organismes agricoles recommandent une lettre recommandée avec demande d’avis de réception, motivée par référence au cas légal invoqué, envoyée au moins douze mois avant la date de départ visée pour la retraite. Cette lettre doit exposer clairement le fondement : départ à la retraite avec la date d’atteinte de l’âge, ou événement précis pour les quatre cas de résiliation anticipée, avec la date d’effet demandée compte tenu de l’année culturale. Conservez l’avis de réception, une copie du courrier et toutes les pièces justificatives, car c’est sur ces documents que le tribunal vérifiera le respect des délais si le bailleur conteste. Quand le conflit est déjà ouvert ou prévisible, l’acte de commissaire de justice reste la voie la plus sûre : il établit de façon incontestable la date et le contenu de la notification, et il place le débat sur le fond plutôt que sur la preuve de l’envoi. Évitez la simple lettre sans suivi, le message téléphonique et le courrier remis en mains propres sans reçu : si le bailleur nie avoir été prévenu, vous n’avez rien à opposer et votre départ peut être requalifié en abandon de culture, avec le fermage qui continue et une possible demande de résiliation pour faute contre vous.

Le contraste avec le congé délivré par le bailleur éclaire l’exigence des tribunaux sur les formes. Quand c’est le propriétaire qui entend s’opposer au renouvellement, l’article L. 411-47 du code rural et de la pêche maritime impose une mécanique lourde : le propriétaire qui entend s’opposer au renouvellement doit notifier congé au preneur, dix-huit mois au moins avant l’expiration du bail, par acte extrajudiciaire, et à peine de nullité le congé doit mentionner expressément les motifs allégués, indiquer en cas de reprise les identité, âge, domicile et profession du bénéficiaire ainsi que son habitation, et reproduire les termes de l’alinéa premier de l’article L. 411-54. La nullité n’est toutefois pas prononcée si l’omission ou l’inexactitude constatée ne sont pas de nature à induire le preneur en erreur. Les juges appliquent ces textes à la lettre : le tribunal paritaire des baux ruraux de Lure a, par jugement du 31 juillet 2025, annulé le congé de non-renouvellement délivré le 22 mars 2023 à un preneur en place depuis un bail sous seing privé du 24 juillet 1989, dit que le bail était renouvelé pour neuf années à compter du 1er juin 2025, condamné le bailleur à 1 500 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile et aux dépens ; la cour d’appel de Besançon a confirmé ce jugement par arrêt du 15 juillet 2026, confirmé le renouvellement pour neuf ans faute de congé régulier délivré dans les formes et délais légaux, débouté le bailleur de sa demande d’expulsion et ajouté 3 000 euros au titre de l’article 700 en cause d’appel. Retenez la leçon pour votre propre congé : même si la loi vous impose moins de mentions qu’au bailleur, un congé imprécis, non daté ou notifié hors délai expose votre départ à la contestation, et c’est votre calendrier de sortie et votre indemnité qui s’en trouvent décalés.

Pour situer votre congé dans l’ensemble du statut du fermage, durée, renouvellement et préemption, la synthèse de référence du cabinet sur le bail rural, le statut du fermage et la préemption rappelle l’architecture dans laquelle votre résiliation s’inscrit. Votre départ ne joue jamais seul : il articule la fin du bail, le sort de l’autorisation d’exploiter du successeur, l’éventuel droit de préemption si les terres sont vendues dans le même temps, et l’indemnité de sortie qui fait l’objet de toute la seconde partie de cet article.

II. Partir sans perdre d’argent : fermages dus, indemnité du preneur sortant et contentieux de sortie

A. Votre indemnité de sortie : un droit acquis quelle que soit la cause du départ, chiffré au jour de la fin du bail et perdu en douze mois

Vous avez drainé, nivelé, irrigué, construit ou replanté : ce travail et ces investissements ne restent pas au bailleur sans contrepartie. L’article L. 411-69 du code rural et de la pêche maritime pose le principe en des termes absolus : le preneur qui a, par son travail ou par ses investissements, apporté des améliorations au fonds loué a droit, à l’expiration du bail, à une indemnité due par le bailleur, quelle que soit la cause qui a mis fin au bail. Que vous partiez pour retraite, maladie, achat d’une ferme ou non-renouvellement, ce droit existe dans les mêmes termes ; sont assimilées aux améliorations les réparations nécessaires à la conservation d’un bâtiment indispensable à l’exploitation ou à votre habitation, effectuées avec l’accord du bailleur et au-delà de vos obligations légales, ainsi que les travaux rendus nécessaires pour exploiter en conformité avec la législation. Si le bien a été vendu, l’acquéreur doit être averti par l’officier public ou ministériel chargé de la vente qu’il supportera, à votre sortie, la charge de l’indemnité éventuellement due, et en cas d’adjudication le cahier des charges doit mentionner la nature, le coût et la date de vos améliorations. Gardez donc, dès le début du bail, les factures, les autorisations du bailleur, les photographies datées et les constats : c’est ce dossier qui fera le montant de votre indemnité des années plus tard.

Le montant se calcule selon des règles propres à chaque nature de travaux, fixées par l’article L. 411-71 du code rural et de la pêche maritime. Pour les bâtiments et les ouvrages incorporés au sol, l’indemnité est égale au coût des travaux, évalué à la date de l’expiration du bail, réduit de 6 % par année écoulée depuis leur exécution, avec la possibilité, fixée par décision administrative, de recourir à des tables d’amortissement établies à partir d’un barème national, et dans tous les cas l’indemnité n’est due que dans la mesure où les aménagements conservent une valeur effective d’utilisation. Pour les plantations, l’indemnité égale l’ensemble des dépenses engagées avant l’entrée en production, main-d’oeuvre comprise, évaluées à la date de fin du bail, déduction faite d’un amortissement calculé depuis l’entrée en production, sans pouvoir excéder la plus-value apportée au fonds. Pour les travaux de transformation du sol et les améliorations culturales ou foncières, le texte renvoie à des modalités techniques précises tenant à l’augmentation du potentiel de production. Tous ces calculs supposent une expertise, souvent judiciaire, et exigent des pièces d’époque : sans factures ni dates de travaux, l’expert ne peut rien évaluer et le juge ne peut rien allouer. Sachez aussi que si vous aviez financé vos améliorations par un prêt non entièrement remboursé, l’article L. 411-70 permet au bailleur, s’il en fait la demande, d’être subrogé dans vos droits et obligations, l’indemnité due étant réduite en conséquence. Et si le bailleur vous reproche une dégradation du bien loué, l’article L. 411-72 lui ouvre, à l’expiration du bail, une indemnité égale au montant du préjudice subi : l’état des lieux d’entrée et de sortie, avec photographies et constat, est votre meilleure défense contre une compensation qui viendrait rogner votre indemnité.

Seule une autorisation régulière sécurise pleinement l’indemnisation des travaux. L’article L. 411-73 organise les procédures préalables : les travaux non prévus par une clause du bail ne peuvent être exécutés qu’en observant l’une des procédures qu’il décrit, avec des travaux pouvant être exécutés sans accord préalable du bailleur, notamment ceux figurant sur une liste établie par décision administrative pour chaque région naturelle, et des procédures d’autorisation ou d’opposition pour les autres. Avant de drainer, d’arracher, de construire ou de transformer, vérifiez la clause de votre bail, la liste régionale applicable et, en cas de doute, sollicitez l’accord écrit du bailleur ou l’autorisation du tribunal : des travaux réalisés sans respecter cette procédure peuvent être exclus de l’indemnité, quel que soit leur coût. C’est l’articulation entre l’autorisation et l’indemnisation qui fait gagner ou perdre des dizaines de milliers d’euros à la sortie.

Le point le plus dangereux pour le preneur sortant est le délai : douze mois à compter de la fin du bail, à peine de forclusion. L’article L. 411-69 le dit sans détour : la demande du preneur sortant relative à une indemnisation des améliorations apportées au fonds loué se prescrit par douze mois à compter de la date de fin de bail, à peine de forclusion. La Cour de cassation vient d’en tirer une conséquence redoutable par arrêt du 6 novembre 2025 (troisième chambre civile, pourvoi n° 24-19.704). Dans cette affaire, des bailleurs avaient délivré des congés à effet au 11 novembre 2020, le tribunal paritaire avait rejeté la contestation des preneurs le 7 octobre 2021, les lieux avaient été restitués le 27 novembre 2021, et les preneurs n’avaient assigné en référé pour une expertise sur leurs améliorations que le 21 mars 2022. La cour d’appel avait déclaré la demande forclose, et la Cour de cassation a rejeté le pourvoi : après avoir exactement rappelé que le délai de douze mois était un délai de forclusion, courant à compter de la fin du bail et insusceptible, sauf dispositions contraires, d’interruption ou de suspension, elle a retenu que le délai avait commencé à courir le 11 novembre 2020, date d’effet des congés, peu important que les preneurs en aient contesté la validité en justice, et que l’action en paiement était manifestement forclose depuis le 12 novembre 2021, de sorte que la demande d’expertise du 21 mars 2022 était dépourvue de motif légitime. La leçon est directe pour votre départ : contester le congé ne suspend rien, et le délai court depuis la date d’effet du congé, pas depuis la restitution des lieux ni depuis la fin du procès sur le congé. Saisissez le tribunal ou sollicitez l’expertise dans les douze mois de la fin du bail, même si un autre procès est en cours, et faites constater vos améliorations avant qu’elles ne disparaissent sous le travail du successeur.

B. Le contentieux de sortie : bailleur qui refuse votre départ, fermages réclamés et bataille de l’état des lieux devant le tribunal paritaire

Le départ ne se passe pas toujours comme la lettre le prévoit : le bailleur conteste votre cas de résiliation, soutient que votre notification est tardive, continue à vous réclamer des fermages après votre départ ou refuse de payer l’indemnité en invoquant des dégradations. C’est le tribunal paritaire des baux ruraux qui tranche ces litiges, avec une procédure où l’expertise judiciaire tient une place centrale et où l’exécution provisoire est de droit, ce qui signifie que la décision s’applique même en cas d’appel. Le jugement du tribunal paritaire des baux ruraux de Blois du 28 août 2025 (RG n° 24/03073) montre comment un dossier bien construit se gagne. Un preneur né en 1957 et son exploitation sous forme d’EARL avaient résilié pour départ à la retraite ; les bailleurs refusaient le départ, occupaient le terrain sur les bâtiments et contestaient l’indemnité. Le tribunal a constaté que le preneur avait respecté la procédure de résiliation de son bail à ferme pour départ à la retraite, jugé que les bailleurs faisaient preuve de mauvaise foi à l’égard de leur preneur qui avait subi un préjudice, et condamné les bailleurs à payer au preneur la somme de 96 000 euros au titre de l’indemnité de sortie, assortie des intérêts légaux à compter de la décision, 3 000 euros au titre du préjudice moral et 5 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile, outre les dépens comprenant les frais d’expertise judiciaire. Trois enseignements s’en dégagent : une résiliation notifiée dans les formes fait échec au bailleur qui veut retenir son preneur, l’expertise judiciaire chiffrée est le socle de l’indemnité, et la mauvaise foi du bailleur se paie en dommages-intérêts distincts de l’indemnité de sortie.

Sur les fermages, la règle est simple dans son principe et exigeante dans sa preuve : vous devez le fermage jusqu’à la date d’effet de la résiliation, pour les terres dont vous avez eu la jouissance, et pas au-delà. Si le bailleur vous réclame des années d’arriérés, vérifiez ce qui a réellement été mis à votre disposition et à quelles conditions : la cour d’appel de Versailles, par arrêt du 20 février 2024 (RG n° 22/04790), a débouté une bailleresse de sa demande de rappel de fermages pour la période 2012-2022, d’un montant de 1 522,91 euros, après avoir constaté que la parcelle litigieuse avait été mise gratuitement à disposition de la famille des preneurs avec l’accord des bailleurs successifs, et que la bailleresse était mal fondée à reprocher à ses preneurs de ne pas exploiter ladite parcelle et à leur réclamer le paiement du fermage. Chaque dossier se joue sur ses pièces, mais la méthode vaut pour tous : bail écrit, avenants, quittances, relevés bancaires, échanges sur la mise à disposition, procès-verbaux de restitution. Et quand vous rendez les lieux, faites dresser un procès-verbal de reprise ou un état des lieux de sortie contradictoire, de préférence par commissaire de justice : dans l’affaire jugée par la Cour de cassation le 6 novembre 2025, c’est un procès-verbal de reprise dressé par commissaire de justice le 27 novembre 2021 qui a fixé la réalité de la restitution, et dans le dossier de Blois l’occupation des bâtiments après le départ a nourri tout un pan du litige sur les dégradations. Sans état des lieux d’entrée, le preneur est présumé avoir reçu les lieux en bon état de réparations locatives ; sans état des lieux de sortie, chaque dégradation alléguée devient une bataille d’experts. Le constat contradictoire, établi le jour du départ, protège à la fois votre indemnité contre une compensation abusive et votre responsabilité contre des dégradations que vous n’avez pas commises.

Anticipez enfin l’après-départ sur deux terrains que les preneurs négligent. D’abord, l’autorisation d’exploiter de votre successeur ne vous concerne plus, mais un bail résilié dont les terres restent sans repreneur autorisé peut rouvrir un litige avec le bailleur sur l’entretien du fonds entre votre départ et l’entrée du suivant : restituez des terres en état normal d’entretien et faites-le constater. Ensuite, si le bailleur envisage de vendre après votre départ, votre indemnité suit le bien : l’acquéreur doit en être averti et la supportera à votre sortie, ce qui suppose que vous ayez déclaré vos améliorations en temps utile, dans les douze mois de la fin du bail. Un départ réussi, c’est donc une chaîne sans maillon faible : cas légal établi, notification datée et prouvée, départ à la fin de la bonne année culturale ou de la bonne période annuelle, lieux restitués par procès-verbal, demande d’indemnité formée dans les douze mois avec un dossier de factures et d’autorisations.

Vous partez à la retraite, votre santé ne vous permet plus d’exploiter, vous achetez votre ferme ou l’administration vous refuse l’autorisation qui conditionne votre structure : chacun de ces cas ouvre une porte de sortie du bail rural, à condition d’en apporter la preuve, de notifier votre décision dans les délais, douze mois à l’avance pour la retraite, et de faire prendre effet votre départ à la fin de la bonne année culturale. Votre indemnité de sortie vous est due quelle que soit la cause de votre départ, mais elle se chiffre au jour de la fin du bail, suppose des travaux autorisés et documentés, et se perd par forclusion douze mois après cette date, sans que la contestation du congé ne suspende quoi que ce soit. Le tribunal paritaire des baux ruraux sanctionne la mauvaise foi du bailleur qui refuse un départ régulier, comme les 96 000 euros d’indemnité, 3 000 euros de préjudice moral et 5 000 euros d’article 700 accordés à Blois le 28 août 2025 le démontrent, et la Cour de cassation sanctionne avec la même rigueur le preneur qui laisse passer son délai, comme son arrêt du 6 novembre 2025 l’établit. Constituez votre dossier dès la notification, faites constater la restitution et saisissez le tribunal dans l’année : c’est à ce prix que votre départ reste une retraite ou une reconversion, et non un contentieux qui vous coûte vos améliorations.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».