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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Inondations en Espagne aujourd’hui : maison de vacances inondée, qui paie et comment se faire indemniser (2026)

I. Déclarer le sinistre des deux côtés de la frontière sans perdre ses droits

A. « Inondation assurance habitation » : déclarer à l’assureur français dans le délai du contrat

Le premier réflexe consiste à déclarer le sinistre à chaque assureur concerné : l’assureur français de la multirisque habitation si le contrat couvre la résidence secondaire ou la villégiature, et l’assureur espagnol si le bien est assuré sur place par une póliza de hogar. Ces deux déclarations sont indépendantes et obéissent chacune à ses propres délais. Côté français, la règle est posée par la loi et vérifiée à la date du 3 octobre 2026 : l’article L. 113-2 du code des assurances oblige l’assuré à « donner avis à l’assureur, dès qu’il en a eu connaissance et au plus tard dans le délai fixé par le contrat, de tout sinistre de nature à entraîner la garantie de l’assureur », et ajoute que « Ce délai ne peut être inférieur à cinq jours ouvrés ». Concrètement, le contrat peut prévoir dix jours ou davantage, mais jamais moins de cinq jours ouvrés, avec deux exceptions qui ne concernent pas l’inondation : le délai minimal est ramené à deux jours ouvrés en cas de vol et à vingt-quatre heures en cas de mortalité du bétail.

La sanction du retard mérite une attention particulière car les contrats cumulent souvent un délai court et une clause de déchéance. La Cour de cassation a tranché nettement ce point dans un arrêt de la deuxième chambre civile du 21 janvier 2021 (pourvoi n° 19-13.347) : l’arrêt rappelle que « l’assureur ne peut opposer à l’assuré une déchéance pour déclaration tardive lorsque le contrat applicable ne comporte pas de clause l’édictant ou lorsque la clause la prévoyant n’est pas conforme à ces dispositions, qui n’autorisent pas d’autres modifications conventionnelles que la prorogation du délai de déclaration de sinistre ». Dans cette affaire, une exploitation agricole assurée en multi-périls récoltes avait déclaré son sinistre le 6 novembre 2013 et l’assureur invoquait la tardiveté ; la Cour casse l’arrêt d’appel parce que la clause litigieuse imposait un délai de quatre jours seulement, inférieur au minimum légal de cinq jours ouvrés, et n’était donc pas opposable à l’assuré. L’enseignement vaut pour la maison de vacances inondée en Espagne et assurée en France : si la police impose par exemple quatre jours à peine de déchéance, cette clause est privée d’effet et l’assureur doit en outre établir que le retard lui a causé un préjudice pour opposer la déchéance lorsqu’elle est valablement stipulée.

En pratique, le propriétaire qui se trouve à Paris au moment des inondations de Catalogne déclare depuis la France, par lettre recommandée ou envoi recommandé électronique, en rappelant le numéro de contrat, la date du sinistre et l’adresse du bien en Espagne. Il vérifie au préalable que son contrat français couvre bien le bien situé à l’étranger : la plupart des multirisques habitation couvrent la résidence secondaire déclarée et la villégiature, mais les plafonds, les franchises et les exclusions diffèrent du logement principal, et une résidence secondaire non déclarée peut priver de garantie. C’est ici que la distinction entre la règle légale et la clause contractuelle prend tout son sens : la loi impose le minimum de cinq jours ouvrés et encadre la déchéance, tandis que le contrat seul dit si le bien espagnol est couvert, pour quels dommages et à hauteur de quels montants. Un assuré qui déclare vite mais sur un contrat qui exclut les biens hors de France n’obtiendra rien de l’assureur français, et devra se tourner vers l’assurance espagnole et le mécanisme décrit plus loin.

B. « Inondations Espagne aujourd’hui » : prouver les dégâts à distance avant toute réparation

Le foyer qui n’est pas sur place au moment des inondations doit organiser la preuve à distance, car l’expertise se jouera des semaines plus tard sur des traces qui auront disparu. La première tâche consiste à mandater une personne de confiance sur place : gardien de la résidence, voisin, administrateur de finca ou membre de la famille, en lui demandant des photographies et des vidéos datées et géolocalisées de chaque pièce, des hauteurs d’eau sur les murs, des appareils et du mobilier endommagés, de la façade et de la rue. Ces images valent d’autant plus qu’elles sont prises avant tout nettoyage et avant l’évacuation des objets détruits. Rien ne doit être jeté avant le passage de l’expert : matelas gorgés d’eau, électroménager hors service et vêtements souillés se conservent, si possible à l’extérieur sous bâche, avec les factures d’achat quand elles existent. L’inventaire chiffré pièce par pièce, rapproché des factures et des relevés bancaires, forme le socle de la demande d’indemnisation des deux côtés de la frontière.

Du côté espagnol, la demande adressée au Consorcio de Compensación de Seguros, l’organisme public qui indemnise les risques extraordinaires, suppose de réunir des pièces précises : les données de la póliza et de l’entité assurée, l’identité du demandeur, les coordonnées bancaires avec le code IBAN pour le virement, et surtout, au moment de la visite du perito, les devis et factures de réparation des dommages ainsi que deux exemplaires, original et copie, de la póliza et du reçu de paiement de la prime correspondant à la période du sinistre, selon la page officielle de demande d’indemnisation du Consorcio consultée le 3 octobre 2026. Le demandeur reçoit un numéro d’enregistrement, transmis aussi par courrier électronique ou SMS, qui sert d’identifiant pour tout suivi du dossier. Un dépôt de plainte ou une attestation des autorités locales, pompiers ou ayuntamiento, ainsi que les coupures de presse locale datées, renforcent la démonstration de l’intensité de l’épisode : tempête, débordement, coulée de boue. Pour la voiture immatriculée en France et assurée en France, la carte verte couvre la circulation en Espagne, et la déclaration se fait auprès de l’assureur automobile français, photos du véhicule enlisé et factures de dépannage à l’appui, en vérifiant que la garantie « dommages tous accidents » ou « événements climatiques » figure bien au contrat, car la simple responsabilité civile ne paie pas les dégâts subis par le véhicule lui-même.

Ce travail de preuve conditionne aussi les recours ultérieurs : sans photographies de la hauteur d’eau, sans inventaire et sans factures, la contestation d’une offre basse devient une simple affirmation contre un rapport d’expert. Le foyer avisé ouvre dès le premier jour un dossier unique, papier et numérique, où chaque envoi à chaque assureur est conservé avec sa preuve de dépôt. Les échanges téléphoniques avec l’assureur espagnol ou avec le centre d’appels du Consorcio, joignable en français, se confirment systématiquement par écrit, avec le numéro d’enregistrement du dossier. Cette discipline paraît lourde au milieu du désordre des eaux, mais elle fait la différence entre une indemnisation rapide et un contentieux qui s’enlise faute de pièces.

Pour la voiture restée en Espagne, le raisonnement diffère du logement car la garantie suit le véhicule et non le lieu du sinistre. Une automobile immatriculée en France et assurée par une police française circule en Espagne sous couvert de sa carte verte, et la garantie contractuelle contre les événements climatiques, tempête, grêle et inondation, s’applique au véhicule où qu’il se trouve dans l’espace couvert par le contrat, dès lors que cette garantie a été souscrite. Le propriétaire fait donc établir sur place un constat de dépannage, photographie le niveau d’eau dans l’habitacle et sous le capot, conserve les factures de remorquage et de gardiennage, et déclare à son assureur automobile français dans le délai du contrat, le minimum légal de cinq jours ouvrés s’appliquant ici aussi. La seule garantie de responsabilité civile obligatoire, en revanche, ne répare jamais les dommages subis par le véhicule assuré lui-même : sans garantie dommages contractuelle, l’inondation de la voiture en Espagne reste à la charge de son propriétaire, sauf recours contre un tiers fautif.

Pour la voiture restée en Espagne, le raisonnement diffère du logement car la garantie suit le véhicule et non le lieu du sinistre. Une automobile immatriculée en France et assurée par une police française circule en Espagne sous couvert de sa carte verte, et la garantie contractuelle contre les événements climatiques, tempête, grêle et inondation, s’applique au véhicule où qu’il se trouve dans l’espace couvert par le contrat, dès lors que cette garantie a été souscrite. Le propriétaire fait établir sur place un constat de dépannage, photographie le niveau d’eau dans l’habitacle et sous le capot, conserve les factures de remorquage et de gardiennage, et déclare à son assureur automobile français dans le délai du contrat, le minimum légal de cinq jours ouvrés s’appliquant ici aussi. La seule garantie de responsabilité civile obligatoire, en revanche, ne répare jamais les dommages subis par le véhicule assuré lui-même : sans garantie dommages contractuelle, l’inondation de la voiture en Espagne reste à la charge de son propriétaire, sauf recours contre un tiers fautif.

II. Se faire payer puis contester quand l’assureur refuse ou paie trop peu

A. « Assurance inondation catastrophe naturelle » : pourquoi la garantie française ne joue pas en Espagne et ce qui la remplace

L’erreur la plus fréquente des propriétaires français sinistrés en Espagne consiste à attendre un arrêté français de catastrophe naturelle pour leur maison de vacances. Or la garantie française des catastrophes naturelles ne s’applique qu’aux biens situés en France : l’article L. 125-1 du code des assurances ouvre droit à cette garantie aux contrats « garantissant les dommages d’incendie ou tous autres dommages à des biens situés en France, ainsi que les dommages aux corps de véhicules terrestres à moteur », et vise « les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l’intensité anormale d’un agent naturel ». Un appartement à Barcelone ou une villa sur la Costa Brava n’est pas un bien situé en France : aucun arrêté interministériel français ne viendra déclencher la garantie, et l’assureur français qui couvre la villégiature indemnisera, s’il garantit l’inondation, au titre de sa garantie contractuelle d’événements climatiques, pas au titre des catastrophes naturelles. Les entreprises d’assurance doivent certes insérer dans les contrats concernés « une clause étendant leur garantie » aux catastrophes naturelles, selon l’article L. 125-2 du même code, mais cette extension reste bornée au territoire français.

En Espagne, c’est un mécanisme différent qui prend le relais : le Consorcio de Compensación de Seguros indemnise les dommages causés par les risques extraordinaires, dont l’inondation, à condition que le bien soit couvert par une póliza d’assurance de dommages aux biens en vigueur assortie du recargo, la surprime reversée au Consorcio, qui doit apparaître expressément sur le reçu de prime. La page officielle des conditions du Consorcio, consultée le 3 octobre 2026, précise que l’assuré doit être à jour du paiement de la prime et qu’un délai de carence de sept jours court depuis l’émission ou la prise d’effet de la póliza : une assurance souscrite la veille de la tempête ne donne pas droit à l’indemnisation du Consorcio. La demande s’effectue par téléphone ou en ligne, le centre d’appels étant accessible en anglais et en français, et le paiement intervient directement au bénéficiaire par virement bancaire. Ce dispositif ne se cumule pas avec l’assureur privé pour le même dommage : selon la nature du péril, c’est l’assureur ou le Consorcio qui indemnise, et le contrat espagnol, comme tout contrat, fait la loi des parties sur ce partage.

Ce rappel du primat du contrat a été illustré récemment par la Cour de cassation dans un litige né d’une inondation reconnue catastrophe naturelle : par arrêt de la deuxième chambre civile du 27 novembre 2025 (pourvoi n° 24-12.307), la Cour vise le principe selon lequel « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites » et sanctionne la cour d’appel qui avait privé l’exploitant d’un camping inondé le 3 octobre 2015, puis fermé définitivement par arrêté préfectoral, de la garantie contractuelle « valeur vénale du fonds » prévue en cas de catastrophe naturelle. La leçon dépasse le camping : pour la maison de vacances comme pour le local commercial, ce sont les clauses du contrat, générales et particulières, qui fixent les conditions, les plafonds et les exclusions de la garantie inondation, et l’assureur ne peut ni ajouter une exclusion qui n’y figure pas ni refuser une garantie que les clauses promettent. Le foyer sinistré en Espagne lit donc sa póliza espagnole et sa police française avant d’écrire à qui que ce soit, en repérant la garantie tempête et inondation, la franchise et les biens couverts, puis adresse à chacun la demande qui correspond à son rôle.

B. « Inondation assurance locataire ou propriétaire » : loyer, voyage à forfait et contestation de l’offre

Lorsque le logement inondé en Espagne est une location de vacances, le sort du loyer et du contrat dépend du contrat de location et de la loi espagnole applicable, que le locataire français fait vérifier avant d’agir. Un logement devenu inhabitable, rez-de-chaussée dévasté, installation électrique noyée, ne peut donner lieu au paiement plein et entier du loyer pour la période d’impropriété, et la résiliation anticipée sans pénalité se discute dès lors que la chose louée est détruite en tout ou en partie ; à l’inverse, de simples désordres réparables ouvrent plutôt droit à une réduction temporaire et à l’exécution des réparations par le bailleur. Le dépôt de garantie ne peut servir à financer les réparations des dégâts des eaux d’origine climatique, et le locataire qui a payé d’avance la saison réclame le remboursement de la période non jouie, en distinguant la réservation conclue directement avec un particulier et le séjour vendu par une agence. Dans ce second cas, le droit français protège le voyageur : l’article L. 211-16 du code du tourisme dispose que le professionnel qui vend un forfait touristique « est responsable de plein droit de l’exécution des services prévus par ce contrat », et le voyageur empêché de profiter d’un hébergement inondé peut exiger une solution de remplacement, une réduction de prix ou le rapatriement selon les circonstances, sans préjudice du recours de l’agence contre ses prestataires. Les explications détaillées sur la répartition des rôles entre locataire, bailleur et assureur en cas de logement inondé figurent dans le guide consacré à l’inondation du logement en France, dont les principes de preuve et de déclaration valent aussi pour le dossier espagnol.

Quand l’offre d’indemnisation arrive et qu’elle paraît basse, ou quand l’assureur, français ou espagnol, refuse sa garantie, la contestation suit une gradation. Le premier niveau consiste à demander la communication intégrale du rapport d’expertise et à le faire relire par un expert d’assuré, en opposant devis d’artisans locaux, factures et photographies de la hauteur d’eau aux évaluations contestées : vétusté excessive, surfaces minorées, biens omis. Le deuxième niveau est la réclamation écrite et motivée, qui vise précisément les clauses du contrat et chiffre la demande poste par poste, en rappelant que la responsabilité de droit commun demeure : l’article 1240 du code civil dispose que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer », ce qui fonde par exemple le recours contre le voisin dont un aménagement a aggravé l’inondation, ou contre l’entreprise dont les travaux ont détourné les eaux. Le troisième niveau est la médiation de l’assurance puis le juge, en gardant à l’esprit le délai couperet : l’article L. 114-1 du code des assurances dispose que « Toutes actions dérivant d’un contrat d’assurance sont prescrites par deux ans à compter de l’événement qui y donne naissance », avec un point de départ reporté au jour où l’assuré a connu le sinistre s’il prouve l’avoir ignoré jusque-là. Deux ans passent vite quand on négocie à distance avec un assureur étranger : la réclamation amiable n’interrompt pas ce délai, seule une action en justice ou une mesure prévue par la loi le fait, et le foyer parisien qui laisse traîner l’échange de courriers avec Barcelone risque de découvrir la prescription au moment d’assigner. Lorsque le bien espagnol appartient à une indivision familiale ou à une société civile immobilière de droit français, la déclaration et la réclamation sont signées par le représentant désigné, et l’indemnité versée par virement entre dans les comptes à partager, ce qui suppose d’informer les coïndivisaires dès le premier jour pour éviter un second litige, familial celui-là, greffé sur le sinistre.

Le propriétaire parisien ou francilien n’est pas démuni pour autant : il déclare depuis Paris en recommandé, mandate son expert sur place, saisit le médiateur de son assureur français par voie postale ou électronique, et peut assigner cet assureur devant le tribunal français de son domicile pour la police française, tandis que le litige né de la póliza espagnole ou de la location relève des juridictions espagnoles, où l’assistance d’un avocat local devient vite nécessaire. Chaque courrier rappelle le numéro de contrat, la date du 3 octobre 2026, le numéro d’enregistrement du dossier et le fondement exact, clause ou article, de la demande.

Conclusion

La tempête qui inonde l’Espagne le 3 octobre 2026 ne donne pas lieu à un arrêté français de catastrophe naturelle pour la maison de vacances : la garantie française des catastrophes naturelles couvre les biens situés en France, et c’est la police française, pour sa garantie contractuelle d’événements climatiques, et la póliza espagnole, relayée par le Consorcio de Compensación de Seguros pour les risques extraordinaires, qui portent l’indemnisation. Le foyer qui déclare dans les cinq jours ouvrés minimum de la loi française, qui prouve à distance par photographies, inventaire et factures, qui conserve póliza et reçu de prime pour le perito, et qui lit son contrat avant d’écrire, se place en position de force pour obtenir le paiement puis pour contester l’offre basse dans le délai biennal de prescription. À l’inverse, attendre un arrêté qui ne viendra jamais, jeter le mobilier avant l’expertise ou laisser la négociation s’éterniser au-delà de deux ans, c’est perdre des droits certains pour des espoirs sans fondement. Le lendemain de la tempête, l’ordre des tâches tient en quatre gestes : mandater quelqu’un sur place pour photographier avant de nettoyer, déclarer à chaque assureur par écrit en rappelant les numéros de contrat, classer póliza, reçu de prime, factures et échanges dans un dossier unique, puis relire les clauses avant d’accepter la moindre offre. Le lendemain de la tempête, l’ordre des tâches tient en quatre gestes : mandater quelqu’un sur place pour photographier avant de nettoyer, déclarer à chaque assureur par écrit en rappelant les numéros de contrat, classer póliza, reçu de prime, factures et échanges dans un dossier unique, puis relire les clauses avant d’accepter la moindre offre.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».