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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Exclu de votre SAS en 2026 : contester l’exclusion, faire annuler la décision et récupérer le vrai prix de vos actions

Vous recevez une convocation en assemblée générale de votre SAS et l’ordre du jour mentionne l’exclusion de vos actions. En quelques semaines, vous risquez de perdre votre place au capital, vos droits de vote et parfois plusieurs années d’investissement, pour un prix fixé par ceux-là mêmes qui vous évincen­t. Depuis 2024, la Cour de cassation a profondément clarifié les règles du jeu : une clause qui vous prive de voter sur votre propre exclusion est réputée non écrite, et le prix de vos titres peut être soumis à un expert indépendant quand il est contesté. Les cours d’appel de Versailles et d’Aix-en-Provence, en novembre 2025 puis en janvier 2026, ainsi que le tribunal des activités économiques de Paris en mai 2026, ont appliqué ces principes à des exclusions réelles, avec des annulations et des expertises à la clé. Cet article vous explique comment vérifier la validité de la clause, comment contester la décision d’exclusion devant le juge et comment obtenir le véritable prix de vos actions, avec les textes applicables au 2 octobre 2026 et les pièces à réunir sans attendre.

I. Associé de SAS menacé d’exclusion : comment contester la décision et obtenir son annulation

A. Clause d’exclusion en SAS : quelles mentions les statuts doivent prévoir pour que l’éviction soit valable

Dans une société par actions simplifiée, personne ne peut être exclu sans un fondement écrit dans les statuts. Le principe est posé par l’article L. 227-16 du code de commerce : « Dans les conditions qu’ils déterminent, les statuts peuvent prévoir qu’un associé peut être tenu de céder ses actions. Ils peuvent également prévoir la suspension des droits non pécuniaires de cet associé tant que celui-ci n’a pas procédé à cette cession. » Chaque mot compte. Ce sont les statuts, et eux seuls, qui déterminent les conditions de l’exclusion : les motifs ouvrant la procédure, l’organe qui décide, la majorité requise, les modalités de notification et le sort des actions. Si vos statuts ne contiennent aucune clause d’exclusion, une décision d’exclusion prise par les autres associés n’a aucun fondement et encourt l’annulation. La première vérification à effectuer consiste donc à relire intégralement les statuts en vigueur, y compris leurs avenants, et à identifier l’article exact qui organise l’exclusion.

Les statuts peuvent aussi soumettre toute cession d’actions à un agrément préalable, en application de l’article L. 227-14 du code de commerce, selon lequel « Les statuts peuvent soumettre toute cession d’actions à l’agrément préalable de la société. » Cette clause d’agrément ne doit pas être confondue avec la clause d’exclusion : l’agrément filtre l’entrée d’un tiers au capital, tandis que l’exclusion organise la sortie forcée d’un associé déjà présent. Dans la pratique des conflits entre associés, les deux clauses se combinent souvent : l’associé exclu doit céder ses titres, et l’agrément verrouille le choix du repreneur. Vérifiez donc les deux dispositifs ensemble, car une exclusion qui renverrait vers un agrément discrétionnaire sans prix déterminé fragilise toute l’opération.

L’adoption et la modification d’une clause d’exclusion obéissent à un régime de vote protecteur. Aux termes de l’article L. 227-19 du code de commerce, « Les clauses statutaires mentionnées aux articles L. 227-14 et L. 227-16 ne peuvent être adoptées ou modifiées que par une décision prise collectivement par les associés dans les conditions et formes prévues par les statuts. » Concrètement, on ne peut pas vous imposer après coup une clause d’exclusion sans respecter la procédure collective prévue par vos propres statuts. Une clause introduite en catimini, par une décision du président seul ou sans consultation collective régulière, est contestable. Demandez la preuve de l’adoption de la clause : procès-verbal de la décision collective, statuts mis à jour et enregistrement de la modification. Si la société est incapable de produire cette chaîne, la décision d’exclusion repose sur du sable.

Le contenu minimal de la clause fait l’objet d’une jurisprudence nourrie. Pour les sociétés à capital variable, la Cour de cassation a jugé, dans son arrêt du 9 novembre 2022, pourvoi n° 21-10.540, que : « Il résulte de l’article L. 231-6, alinéa 2, du code de commerce qu’est licite une clause des statuts d’une société commerciale à capital variable stipulant que tout associé peut être exclu de la société pour justes motifs par une décision des associés réunis en assemblée générale statuant à la majorité fixée pour la modification des statuts, quand bien même cette clause ne précise pas les motifs d’exclusion. » Cette solution, rendue au visa de l’article L. 231-6 du code de commerce, ne doit pas être transposée sans précaution à votre SAS : elle concerne une société à capital variable, dont le régime légal prévoit expressément l’exclusion par l’assemblée. En SAS, la liberté statutaire est plus grande mais elle reste encadrée, et les juges contrôlent étroitement la précision des motifs, l’organe compétent et le respect des droits de la défense. Une clause de SAS qui se contenterait de viser des « justes motifs » sans définir ni la procédure ni les garanties de l’associé visé expose la société à un contentieux sérieux sur sa mise en œuvre.

En pratique, une clause d’exclusion de SAS solide comporte cinq éléments : la liste des motifs d’exclusion, même rédigée en termes généraux mais vérifiables (violation des statuts, concurrence déloyale, inexécution d’un engagement d’apport en industrie, mésentente grave paralysant la société) ; l’organe compétent et la majorité exigée ; l’obligation d’informer l’associé visé des griefs précis retenus contre lui ; un délai raisonnable pour présenter ses observations ; et les modalités de détermination du prix de rachat de ses actions. Si l’un de ces éléments manque, notez-le par écrit : ce sera l’axe de votre contestation. Les décisions récentes montrent que les juges n’hésitent plus à sanctionner les clauses fourre-tout appliquées sans garanties. La cour d’appel de Versailles, dans son arrêt du 18 novembre 2025 (RG n° 24/06500), a examiné dans le détail une exclusion prononcée au sein d’un groupe de sociétés de services informatiques et a contrôlé la régularité de la procédure collective ayant conduit à l’éviction. La cour d’appel d’Aix-en-Provence, dans son arrêt du 29 janvier 2026 (RG n° 21/16870), a pareillement disséqué une opération d’éviction d’associés d’une SAS et ses conséquences sur la valorisation des titres. Ces deux arrêts de 2025 et 2026 confirment la même tendance : le juge entre dans le détail des statuts et de leur application concrète, et il ne se contente plus d’un vote majoritaire formellement régulier.

Enfin, anticipez l’argument que la société vous opposera presque toujours : la clause serait claire et vous l’auriez acceptée en entrant au capital. Cet argument ne suffit pas. L’adhésion initiale aux statuts n’emporte pas renonciation à contester une application déloyale ou imprécise de la clause, ni à discuter le prix. Les statuts s’interprètent strictement quand ils portent atteinte aux droits d’un associé, et toute ambiguïté profite à celui dont l’exclusion est demandée. Conservez précieusement votre exemplaire des statuts signés lors de votre entrée, les pactes d’associés éventuels et toute correspondance montrant comment la clause a été présentée à l’époque. Ces documents serviront à démontrer, le cas échéant, que la portée réelle de la clause ne correspond pas à l’usage que la majorité en fait aujourd’hui.

B. Droits de l’associé visé par l’exclusion : voter, être informé et se défendre avant le vote

Le droit de participer au vote sur votre propre exclusion constitue votre première ligne de défense, et il est protégé par la Cour de cassation. Dans son arrêt du 29 mai 2024, pourvoi n° 22-13.158, rendu à propos de l’exclusion d’une associée d’une SAS coopérative, la chambre commerciale a posé le principe suivant : « Il résulte de la combinaison de ces textes que si les statuts d’une société par actions simplifiée peuvent prévoir l’exclusion d’un associé par une décision collective des associés, toute stipulation de la clause d’exclusion ayant pour objet ou pour effet de priver l’associé dont l’exclusion est proposée de son droit de voter sur cette proposition est réputée non écrite. » La Cour vise la combinaison de l’article 1844 du code civil, qui dispose que « Tout associé a le droit de participer aux décisions collectives », et de l’article L. 227-16 du code de commerce. La sanction est redoutable pour la société : la stipulation qui vous exclut du vote est réputée non écrite, c’est-à-dire effacée du contrat, sans qu’il soit besoin de démontrer un préjudice supplémentaire. Vérifiez donc immédiatement si vos statuts prévoient que l’associé dont l’exclusion est envisagée ne participe pas au vote, ou une formule équivalente : depuis cet arrêt, une telle stipulation ne peut plus fonder régulièrement votre mise à l’écart du scrutin.

Le droit de vote n’est pas le seul rempart. L’associé menacé doit être mis en mesure de se défendre utilement, ce qui suppose une information préalable complète : les griefs exacts retenus contre lui, les pièces qui les étayent, la date et les modalités de la décision collective, et un délai suffisant pour préparer ses observations. Une convocation expédiée la veille d’une assemblée, sans dossier joint, ou des motifs annoncés en séance sans écrit préalable, caractérisent une procédure déloyale. Exigez par lettre recommandée avec accusé de réception la communication du dossier complet : rapports, correspondances, constats et projets de résolutions. Si la société refuse ou répond de façon évasive, faites constater ce refus par écrit, car le juge y verra l’indice d’une exclusion décidée d’avance. Les cours d’appel sanctionnent régulièrement les exclusions dans lesquelles l’associé découvre les griefs au moment du vote, sans possibilité réelle de réplique.

Le contrôle du motif d’exclusion forme le cœur du contentieux. Les juges vérifient trois choses : la réalité des faits reprochés, leur rattachement à un motif prévu par les statuts, et l’absence d’abus de majorité. Un désaccord de gestion, un vote d’opposition ou l’exercice normal d’un droit d’information ne constituent pas, à eux seuls, un motif légitime d’exclusion. En revanche, des manquements établis et graves, comme le détournement de clientèle au profit d’une société concurrente personnelle, la violation caractérisée d’une clause de non-concurrence ou la rétention d’informations essentielles ayant causé un préjudice à la société, peuvent justifier la mesure. Rassemblez méthodiquement les preuves contraires : courriels montrant votre implication, comptes rendus de réunions, attestations de salariés ou de partenaires, et documents comptables contredisant les allégations de faute. Chaque grief doit être réfuté pièce par pièce, car le juge statue sur dossier et non sur affirmations.

La sanction d’une exclusion irrégulière est l’annulation de la décision collective, avec des conséquences concrètes : réintégration au capital, restitution des dividendes distribués pendant l’éviction et, le cas échéant, réparation du préjudice subi. Le fondement de la nullité a été resserré par la réforme du droit des sociétés, mais il reste ouvert pour la violation d’une disposition impérative. Aux termes de l’article 1844-10 du code civil, « Toute clause statutaire contraire à une disposition impérative du droit des sociétés dont la violation n’est pas sanctionnée par la nullité de la société, est réputée non écrite. » L’arrêt du 29 mai 2024 illustre exactement ce mécanisme : la privation du droit de vote viole l’article 1844 du code civil, disposition impérative, et la décision d’exclusion prise sur ce fondement irrégulier est annulée. Ajoutez à l’annulation une demande de dommages-intérêts pour abus de majorité lorsque l’exclusion poursuit un intérêt contraire à celui de la société, par exemple évincer un minoritaire gênant avant une distribution de réserves ou une cession lucrative.

Sur le plan procédural, ne laissez pas le temps jouer contre vous. Dès la convocation reçue, adressez une mise en demeure de respecter vos droits, demandez le report de la décision en cas d’information incomplète et faites assister l’assemblée par votre conseil, dont vous ferez consigner les protestations au procès-verbal. Si l’exclusion est votée malgré tout, saisissez rapidement le tribunal : une action en nullité tardive, engagée après que les titres ont été cédés à un tiers de bonne foi et que la vie sociale a continué, devient beaucoup plus difficile à faire aboutir en nature. En cas d’urgence, le juge des référés peut ordonner des mesures conservatoires, comme la séquestration du prix ou l’interdiction de disposer des titres litigieux jusqu’au jugement au fond. Chaque semaine compte : les convocations, les procès-verbaux et les notifications de cession forcée font courir des délais que vous ne pourrez pas rattraper.

II. Prix de rachat et sortie forcée : comment récupérer la véritable valeur de vos actions

A. Prix des actions de l’associé exclu : comment contester une valorisation au rabais et obtenir une expertise

Le second champ de bataille est celui du prix. Une exclusion régulière dans son principe peut encore être ruinée par un prix dérisoire, et c’est là que beaucoup d’associés exclus perdent l’essentiel. Le régime légal du prix est fixé par l’article L. 227-18 du code de commerce : Quand les statuts ne précisent pas les modalités du prix de cession des actions mises en oeuvre sur le fondement des clauses d’agrément, d’exclusion ou de changement de contrôle, « ce prix est fixé par accord entre les parties ou, à défaut, déterminé dans les conditions prévues à l’article 1843-4 du code civil. » Et « Lorsque les actions sont rachetées par la société, celle-ci est tenue de les céder dans un délai de six mois ou de les annuler. » Deux enseignements pratiques s’en dégagent. D’abord, vérifiez ce que vos statuts prévoient exactement pour le prix : formule de calcul, référence aux comptes du dernier exercice, décote ou prime, date d’évaluation. Ensuite, à défaut de modalités statutaires précises ou en cas de contestation, le prix relève de l’expertise de l’article 1843-4, et non de l’appréciation unilatérale de la majorité.

L’expertise de l’article 1843-4 constitue votre meilleure protection contre les rachats à un euro symbolique. Aux termes de l’article 1843-4 du code civil, « la valeur de ces droits est déterminée, en cas de contestation, par un expert désigné, soit par les parties, soit à défaut d’accord entre elles, par jugement du président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce compétent, statuant selon la procédure accélérée au fond et sans recours possible. » L’expert ainsi désigné applique en priorité les règles de valorisation prévues par les statuts ou les conventions liant les parties, lorsqu’elles existent. L’illustration la plus récente vient du tribunal des activités économiques de Paris : dans son jugement du 5 mai 2026 (RG n° 2026020113), rendu à propos de la SAS Econautik, le tribunal a relevé qu’une clause d’exclusion figurant à l’article 27.2 des statuts prévoyait la cession ou le rachat forcé des actions, que cette clause renvoyait en cas de contestation sur le prix au mécanisme d’évaluation de l’article 1843-4 du code civil, et qu’il existait une contestation sérieuse et caractérisée sur la valeur et le prix de rachat, les associés proposant un rachat pour un euro symbolique. Le tribunal en a déduit la nécessité d’une mesure d’expertise. Retenez la méthode : contestez le prix par écrit, chiffrez votre désaccord et saisissez le président du tribunal pour obtenir la désignation d’un expert.

Pour préparer l’expertise, comprenez comment un expert valorise réellement une SAS. Aucune méthode unique ne s’impose : l’expert combine généralement la valeur patrimoniale (actif net réévalué, trésorerie, immobilier, titres de participation), la valeur de rendement (actualisation des flux de trésorerie futurs) et les multiples de sociétés comparables (multiples d’excédent brut d’exploitation ou de chiffre d’affaires selon le secteur). Les points de friction habituels portent sur la date d’évaluation (jour de l’exclusion, jour de la demande d’expertise ou jour du rapport), le traitement des distributions exceptionnelles décidées après votre éviction, la prise en compte des synergies d’une cession imminente et l’application d’une décote de minorité ou d’illiquidité. Une décote de minorité systématique de 20 à 30 % appliquée sans justification à un associé exclu est contestable : vous ne vendez pas volontairement, vous êtes évincé, et la jurisprudence encadre strictement les abattements qui videraient l’exclusion de sa contrepartie équitable. Faites établir par votre expert-comptable une contre-valorisation argumentée avant l’expertise judiciaire, afin de peser sur les opérations d’expertise dès la première réunion.

La suspension de vos droits non pécuniaires pendant la procédure mérite une vigilance particulière. L’article L. 227-16 autorise les statuts à prévoir cette suspension tant que l’associé concerné n’a pas cédé ses actions. Une telle suspension, si elle est stipulée, vous prive du vote et parfois des dividendes courants, mais elle ne vous prive ni de la propriété de vos titres ni du droit d’en percevoir le prix réel. Exigez que la période de suspension soit bornée et que les dividendes mis en réserve pendant l’exclusion vous soient restitués si la décision est annulée. De même, si la société rachète elle-même vos actions, elle doit les céder dans un délai de six mois ou les annuler, conformément à l’article L. 227-18 : un rachat suivi d’une conservation prolongée en autocontrôle, sans cession ni annulation, révèle une gestion irrégulière que vous pourrez invoquer. Tracez chaque étape par écrit et faites inscrire vos réserves sur le registre des mouvements de titres.

Enfin, articulez systématiquement la contestation du prix avec celle de l’exclusion elle-même. Si la décision d’exclusion est annulée, la cession forcée tombe avec elle et vous récupérez vos titres, sans débat sur le prix. Si l’exclusion est validée, l’expertise sur le prix reste votre second rempart et peut multiplier par plusieurs fois l’offre initiale. Mener les deux actions de front n’est pas contradictoire : demandez au tribunal, à titre principal, l’annulation de l’exclusion et, à titre subsidiaire, la fixation du prix par expert. Cette stratégie à deux étages, couramment admise, évite de devoir choisir prématurément entre vos titres et leur prix. Les arrêts de Versailles du 18 novembre 2025 et d’Aix-en-Provence du 29 janvier 2026 montrent que les juges traitent les deux volets ensemble, en examinant à la fois la régularité de l’éviction et ses conséquences patrimoniales pour l’associé évincé.

B. Exclusion en SAS à Paris et en Île-de-France : tribunal compétent, délais, pièces et erreurs qui coûtent cher

Si votre société a son siège à Paris ou en Île-de-France, votre contentieux relèvera en principe du tribunal des activités économiques de Paris, qui a succédé au tribunal de commerce de Paris pour ce contentieux, ou du tribunal de commerce territorialement compétent pour les sociétés immatriculées en petite et grande couronne. Le jugement du 5 mai 2026 cité plus haut, rendu par le tribunal des activités économiques de Paris, illustre concrètement la procédure : saisine du président statuant selon la procédure accélérée au fond pour la désignation d’un expert sur le fondement de l’article 1843-4, examen de la clause statutaire d’exclusion et constat d’une contestation sérieuse sur le prix. Cette voie rapide permet d’obtenir un expert en quelques semaines, sans attendre l’issue du procès au fond sur la validité de l’exclusion. Pour l’action en nullité elle-même, comptez une assignation au fond devant la chambre compétente, avec un calendrier de mise en état et des conclusions échangées entre avocats. Les délais parisiens restent soutenus : anticipez plusieurs mois avant un jugement, et davantage en cas d’expertise comptable.

La constitution du dossier conditionne l’issue plus sûrement que tout argument d’audience. Réunissez dès la convocation reçue : les statuts en vigueur et leurs versions successives, le pacte d’associés et ses avenants, la convocation à la décision d’exclusion et ses annexes, le procès-verbal de la décision collective, le registre des mouvements de titres, les trois derniers bilans et liasses fiscales, les rapports du commissaire aux comptes s’il en existe un, les échanges écrits relatifs aux griefs, et toute offre de rachat chiffrée. Faites établir sans délai une attestation de votre expert-comptable sur la valorisation et sur les retraitements contestés. Si des pressions ont été exercées avant le vote, conservez les messages et faites établir des attestations de témoins conformes aux exigences de forme. Un dossier complet adressé tôt à votre conseil permet de chiffrer la demande, de choisir entre référé et fond, et d’éviter les conclusions complémentaires précipitées qui fragilisent la démonstration.

Cinq erreurs reviennent dans presque tous les dossiers perdus. Premièrement, signer sous la pression un acte de cession ou une démission d’associé sans réserve : une signature, même arrachée dans un climat tendu, sera brandie comme un accord sur le prix. Ne signez rien sans avis, ou apposez des réserves manuscrites précises. Deuxièmement, laisser passer les délais sans protester : l’absence de contestation écrite immédiate du prix fait présumer l’accord et complique la désignation ultérieure d’un expert. Troisièmement, négliger de demander le séquestre du prix ou des mesures conservatoires, ce qui laisse la société distribuer les fonds ou céder les titres à un tiers pendant le procès. Quatrièmement, attaquer uniquement le prix en oubliant de demander l’annulation de l’exclusion, ou l’inverse : menez les deux volets à titre principal et subsidiaire. Cinquièmement, sous-évaluer le préjudice annexe : dividendes perdus, perte de fonctions rémunérées adossées à la qualité d’associé, préjudice moral et frais d’expertise. Chaque poste doit être chiffré et justifié, car le juge ne répare que ce qui est prouvé. Les associés qui évitent ces cinq écueils abordent l’audience avec un dossier crédible et une demande calibrée.

Pour les lecteurs qui comparent avec d’autres conflits entre associés, relevez que l’exclusion de SAS n’est pas la seule voie d’éviction : le refus d’agrément lors d’une cession de parts de SARL obéit à une logique voisine de blocage et de rachat, avec ses propres règles de prix et de délais. Si votre groupe comprend à la fois une SAS et une SARL, traitez les deux contentieux de façon coordonnée, car la valorisation retenue dans l’une servira de référence dans l’autre. Vous pouvez utilement consulter l’analyse consacrée au refus d’agrément en SARL et au rachat des parts bloquées pour mesurer les différences de procédure. Cette vision d’ensemble renforce votre négociation : la société qui sait que vous maîtrisez les deux régimes hésitera davantage à vous imposer un prix de complaisance.

En pratique parisienne, anticipez aussi les coûts et la durée pour décider en connaissance de cause. Une expertise judiciaire de valorisation représente un coût de plusieurs milliers d’euros, généralement avancé par le demandeur sous forme de consignation, puis réparti à l’issue du litige. L’expert-comptable de partie, les constats et les frais de procédure s’y ajoutent. Mettez ces montants en balance avec l’écart entre le prix proposé et la valeur que vous revendiquez : si l’écart atteint plusieurs dizaines de milliers d’euros, l’expertise est presque toujours rentable. Sollicitez tôt une provision ou un calendrier de paiement, et n’acceptez un protocole transactionnel que s’il prévoit un prix réévalué, un échéancier garanti par une sûreté et une clause de non-dénigrement réciproque. Un accord signé sans garantie de paiement contre un désistement immédiat de vos actions en justice serait la pire des issues.

Conclusion

L’exclusion d’un associé de SAS n’est ni une formalité ni une fatalité. Les statuts doivent l’avoir prévue dans des conditions régulières, l’associé visé conserve le droit de voter sur son sort depuis l’arrêt du 29 mai 2024, et toute décision prise en violation de ces garanties encourt l’annulation. Sur le terrain du prix, l’article L. 227-18 et l’article 1843-4 offrent un recours concret contre les rachats au rabais : l’expert indépendant désigné par le président du tribunal, comme l’a ordonné le tribunal des activités économiques de Paris le 5 mai 2026 face à une offre à un euro symbolique. Les arrêts de Versailles du 18 novembre 2025 et d’Aix-en-Provence du 29 janvier 2026 confirment que les juges examinent désormais les exclusions dans leurs moindres détails, clause par clause et chiffre par chiffre. Si vous êtes visé, agissez vite : exigez le dossier complet, contestez la procédure et le prix par écrit, et saisissez le tribunal compétent avant que les titres ne changent définitivement de mains. La qualité de vos premières démarches déterminera presque à elle seule l’issue du litige.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».