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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».

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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Votre employeur exige le motif de votre arrêt maladie ou vos données de santé : refuser, contester la sanction, saisir la CNIL et les prud’hommes, obtenir réparation (2026)

Vous êtes en arrêt maladie et votre employeur vous réclame le motif de cet arrêt, le nom de votre pathologie, vos comptes rendus médicaux ou un contact direct avec votre médecin traitant. Il menace de ne pas maintenir votre salaire, de vous sanctionner pour absence injustifiée ou de remettre en cause votre contrat. Cette situation, fréquente dans les entreprises de toutes tailles, confronte deux logiques que le droit sépare nettement : l’employeur a besoin d’organiser le travail pendant votre absence, mais votre état de santé ne le regarde pas. Seules les dates de votre indisponibilité et la durée probable de l’arrêt lui sont transmises, jamais le diagnostic. Quand l’employeur franchit cette ligne, il s’expose sur trois terrains à la fois : le droit du travail, qui annule la sanction et sanctionne la discrimination liée à l’état de santé ; la protection des données personnelles, qui interdit la collecte du motif médical et ouvre la voie d’une plainte devant la CNIL ; et la réparation de votre préjudice, devant les prud’hommes comme sur le fondement du règlement général sur la protection des données. Cet article explique ce que votre employeur peut exiger, ce qu’il doit ignorer, comment réagir concrètement à une demande abusive et quels recours exercer, à Paris comme ailleurs en France, avec les textes et les décisions applicables en 2026.

I. Votre employeur connaît vos dates d’absence, jamais votre diagnostic

A. Le circuit des volets : à la caisse le motif, à l’employeur les dates

Quand votre médecin vous prescrit un arrêt de travail, l’avis comporte plusieurs volets aux destinataires distincts. Les volets 1 et 2 sont destinés au service médical de votre caisse d’assurance maladie, qui est le seul organisme habilité à connaître le motif médical de votre arrêt. Le volet 3, le seul que vous adressez à votre employeur, mentionne les dates de début et de fin probable de l’arrêt, sans aucun élément sur la nature de votre pathologie. Le service public des démarches précise que l’usage veut que l’employeur soit informé dans les 48 heures suivant le début de l’arrêt (source), par l’envoi du feuillet n°3 du certificat, tandis que l’avis médical complet, avec la durée probable de l’incapacité, est adressé au service médical de la caisse. Ce circuit n’est pas une simple commodité administrative : il organise la séparation entre le contrôle médical, confié à la caisse, et l’organisation du travail, seule prérogative de l’employeur.

Le fondement de cette séparation figure dans le code de la sécurité sociale. L’article L. 321-2 dispose que « l’assuré doit envoyer à la caisse primaire d’assurance maladie » « un avis d’arrêt de travail au moyen d’un formulaire homologué », et l’article R. 321-2 impose l’envoi « dans les deux jours suivant la date d’interruption de travail », avec un avis indiquant la durée probable de l’incapacité. Votre obligation porte donc sur la transmission rapide du volet 3 à l’employeur et de l’avis complet à la caisse. Elle ne comporte aucune obligation de révéler à l’entreprise la raison médicale de votre absence. Si vous envoyez le volet 3 dans le délai, votre absence est justifiée et l’employeur ne peut pas la traiter comme une absence injustifiée ni vous sanctionner pour ce motif. En pratique, conservez la preuve de cet envoi : récépissé de la lettre recommandée, accusé de réception du courriel, capture du dépôt sur l’intranet de l’entreprise. Cette preuve éteint à la racine tout reproche d’absence injustifiée et servira devant le conseil de prud’hommes si l’employeur persiste.

L’employeur dispose en revanche d’outils légitimes pour vérifier que l’arrêt est justifié, sans jamais accéder au motif. Il peut organiser une contre-visite médicale : un médecin mandaté par l’entreprise vérifie que votre état justifie l’arrêt, à votre domicile, pendant vos heures de sortie autorisées ou à son cabinet. La cour d’appel de Lyon a jugé, le 10 juin 2025, qu’une contre-visite isolée ne suffisait pas à priver les arrêts de travail de leur cause et que ces arrêts restaient opposables à l’employeur dès lors que la caisse les avait pris en charge (CA Lyon, chambre sociale D, 10 juin 2025, RG n° 24/05324, texte intégral vérifié via Judilibre dans le cadre de cet article). Autrement dit, la contre-visite est un contrôle de la réalité de l’incapacité, pas un interrogatoire médical : le médecin contrôleur n’a pas à vous demander votre diagnostic pour le transmettre à l’entreprise, et son rapport porte sur la justification de l’arrêt, pas sur votre pathologie. Si vous vous soustrayez sans motif légitime à une contre-visite régulièrement organisée, l’employeur peut suspendre le complément de salaire qu’il verse en application de la loi de mensualisation ou de votre convention collective, mais il ne peut ni exiger le motif ni vous sanctionner disciplinairement pour ce seul refus de parler de votre santé.

Un autre dispositif mérite d’être connu : le rendez-vous de liaison. L’article L. 1226-1-3 du code du travail prévoit que, lorsque l’absence se prolonge au-delà d’une durée fixée par décret, un rendez-vous peut être organisé entre vous et l’employeur, avec le service de prévention et de santé au travail, pour vous informer des dispositifs de prévention de la désinsertion professionnelle. Ce rendez-vous a un objet strictement informatif et le texte ajoute : « Aucune conséquence ne peut être tirée du refus par le salarié de se rendre à ce rendez-vous. » L’employeur ne peut donc pas transformer ce rendez-vous en entretien sur votre pathologie ni tirer de votre refus un grief disciplinaire. Si la convocation au rendez-vous de liaison s’accompagne de questions sur votre maladie ou de menaces voilées, conservez le courrier : il documente une collecte déloyale d’informations de santé.

B. Le motif de l’arrêt est une donnée de santé protégée par le RGPD et le secret médical

Le motif de votre arrêt maladie, le nom de votre pathologie, vos traitements et vos comptes rendus d’examens sont des données concernant la santé. Le règlement général sur la protection des données les place dans la catégorie des données les plus protégées : le règlement interdit le traitement des données concernant la santé, sauf dans des cas limitativement énumérés, parmi lesquels figure le traitement nécessaire à l’exécution des obligations du droit du travail, à condition qu’un texte de l’Union, un texte national ou une convention collective l’autorise. Cette interdiction de principe est posée par l’article 9 du règlement européen sur la protection des données. Or aucun texte français n’autorise l’employeur à collecter le diagnostic ou le motif de l’arrêt : le droit du travail lui donne les dates, la sécurité sociale donne le contrôle médical à la caisse, et rien ne prévoit la transmission du motif à l’entreprise. La collecte du motif par l’employeur ne repose donc sur aucune des exceptions et reste interdite.

Cette lecture est confirmée par la Cour de cassation. Dans un arrêt du 13 juin 2018 relatif à un outil informatique de suivi des personnels navigants d’une compagnie aérienne, la chambre sociale a approuvé une cour d’appel d’avoir jugé que de simples mentions d’arrêts de travail, sans indication du motif de l’absence, n’étaient pas des données de santé : elle a relevé que des mentions d’arrêts de travail sans indication du motif de l’absence ne constituaient pas des données de santé au sens de l’article 8 de la loi du 6 janvier 1978 alors applicable, ce qui signifie a contrario que le motif, dès qu’il apparaît, fait basculer la donnée sous le régime protecteur des données de santé (Cass. soc., 13 juin 2018, n° 16-25.301, texte intégral vérifié via Judilibre dans le cadre de cet article). Le raisonnement vaut a contrario avec une netteté parfaite : dès que le motif apparaît, la donnée devient une donnée de santé et bascule sous l’interdiction. Quand votre employeur vous demande pourquoi vous êtes arrêté, quel traitement vous suivez ou de quoi vous souffrez, il vous demande une donnée dont la collecte lui est interdite.

Le droit interne verrouille cette protection à double tour. D’abord, l’article L. 1121-1 du code du travail pose une règle de proportionnalité : « Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché. » Interroger un salarié sur sa pathologie n’est ni justifié par l’organisation du travail, puisque les dates suffisent, ni proportionné, puisque le contrôle médical appartient à la caisse. Ensuite, l’article L. 1222-2 limite ainsi les questions de l’employeur : « Les informations demandées, sous quelque forme que ce soit, à un salarié ne peuvent avoir comme finalité que d’apprécier ses aptitudes professionnelles. » Votre diagnostic n’évalue aucune aptitude, il décrit un état que seul un médecin peut apprécier. Enfin, l’article L. 1222-4 interdit les collectes occultes : « Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n’a pas été porté préalablement à sa connaissance. » Questionnaires de santé internes, fichiers de suivi des motifs d’absence, consignes aux managers de rapporter les pathologies des équipes sont des collectes occultes, donc illicites dès leur principe.

Le secret médical complète le dispositif du côté des soignants. Le service public officiel rappelle que l’employeur ne peut pas exiger de vous des informations sur votre état de santé, qu’un médecin du travail ne doit pas lui communiquer les informations recueillies en visite médicale et que votre dossier médical ne doit pas lui être transmis. L’article L. 1110-4 du code de la santé publique sanctionne pénalement la violation du secret : « Le fait d’obtenir ou de tenter d’obtenir la communication de ces informations en violation du présent article est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. » Le médecin du travail a d’ailleurs un rôle précis dans ce dispositif : il est le seul médecin que l’employeur peut saisir, pour un avis d’aptitude ou un aménagement de poste, et cet avis se limite à l’aptitude, sans jamais révéler la pathologie. Si votre employeur vous demande d’autoriser votre médecin traitant à lui parler, de lui transmettre vos ordonnances ou de le mettre en relation avec votre spécialiste, refusez par écrit : ces demandes visent à contourner le secret médical par votre consentement, alors que votre état de subordination rend ce consentement fragile et que le règlement européen n’admet qu’avec une extrême réserve le consentement du salarié comme base d’un traitement de données de santé.

La minimisation des données, principe cardinal posé par l’article 5 du règlement européen sur la protection des données, résume l’ensemble : seules les données adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités poursuivies peuvent être traitées. La finalité poursuivie par l’employeur — organiser le service pendant votre absence — est entièrement satisfaite par les dates de début et de fin de l’arrêt. Tout le surplus — motif, diagnostic, traitement, antécédents, nom du spécialiste — dépasse le nécessaire et viole ce principe. Cette analyse vaut pour tous les canaux : entretien individuel, courriel, SMS, message sur une messagerie instantanée professionnelle, questionnaire intranet, consigne orale au manager. La forme ne change rien à l’illicéité de la collecte.

II. Refuser la demande abusive, la prouver, puis faire sanctionner l’employeur

A. La conduite à tenir semaine par semaine : refuser, tracer, saisir les bons interlocuteurs

La première règle est de ne jamais fournir le motif, même sous la pression, même oralement, même en pensant arranger les choses. Chaque information médicale livrée à l’employeur risque d’être réutilisée contre vous : un motif psychiatrique servira à discréditer vos alertes, une pathologie chronique à justifier une mise à l’écart des projets importants, une grossesse pathologique à préparer un licenciement déguisé. Répondez par écrit, avec sobriété, que votre arrêt vous a été prescrit par votre médecin, que le volet destiné à l’entreprise lui a été transmis dans le délai et que le motif relève du secret médical. Cette réponse n’est ni de l’insubordination ni un manque de loyauté : le salarié n’est tenu de répondre de bonne foi qu’aux demandes d’informations qui ont pour finalité d’apprécier ses aptitudes professionnelles, et le motif de l’arrêt n’en fait pas partie.

La deuxième règle est de tout tracer. Conservez les courriers, courriels et messages par lesquels l’employeur réclame le motif, menace de sanction ou conditionne le maintien de salaire à vos explications médicales. Notez les dates, les témoins et la teneur des échanges oraux, et confirmez-les par écrit à l’expéditeur. Demandez à l’employeur de formuler ses demandes par écrit. Si un entretien est organisé pendant votre arrêt, faites-vous accompagner et exigez un compte rendu. Ces pièces feront la différence devant le juge : elles établissent la collecte illicite de données de santé, la pression exercée et le lien entre votre état de santé et la mesure prise contre vous. Pensez aussi à exercer votre droit d’accès : si vous soupçonnez que l’entreprise conserve des informations sur votre santé dans votre dossier, un SIRH ou les notes de votre manager, vous pouvez exiger la copie de l’ensemble de ces données et leur effacement. Pour la méthode pas à pas de cette demande de copie sous un mois, les développements consacrés à imposer la copie de vos données personnelles sous un mois s’appliquent directement à votre dossier : la demande d’accès est l’outil qui révèle le fichier santé clandestin et prépare la plainte devant la CNIL.

La troisième règle est de distinguer les interlocuteurs légitimes. Votre caisse d’assurance maladie peut vous convoquer à un contrôle médical : répondez-y, car ce médecin-conseil est habilité à connaître votre dossier. Le médecin du travail peut vous recevoir en visite de préreprise ou à votre demande : parlez-lui librement, il est couvert par le secret médical et ne transmet à l’employeur qu’un avis d’aptitude. En revanche, le médecin mandaté par l’employeur pour une contre-visite, votre manager, les ressources humaines et la direction ne sont destinataires d’aucune information médicale. Si le service des ressources humaines vous adresse un questionnaire de santé à compléter avant une reprise, ne le remplissez pas et signalez-le : seule la médecine du travail évalue l’aptitude. Si l’employeur conditionne votre reprise à la production d’un certificat détaillé de votre médecin traitant, sachez qu’un certificat mentionnant les dates et l’aptitude à reprendre suffit ; le détail du diagnostic n’a pas à y figurer.

La quatrième règle concerne le salaire et la protection contre le licenciement. Pendant l’arrêt, vos indemnités journalières sont versées par la caisse et, selon votre ancienneté et votre convention collective, votre employeur complète cette indemnisation. Ce complément peut être suspendu si vous refusez une contre-visite régulière, mais il ne peut pas être subordonné à la révélation du motif. Surtout, un licenciement motivé, même partiellement, par votre état de santé est discriminatoire. La cour d’appel de Bordeaux a jugé le 20 janvier 2026 qu’un salarié convoqué à un entretien préalable pendant son arrêt, puis licencié par une lettre évoquant un arrêt de complaisance que l’employeur n’avait ni fait contrôler ni signalé à l’ordre des médecins, présentait des faits laissant présumer une discrimination liée à l’état de santé, et que l’employeur, incapable de justifier sa décision par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination, devait être sanctionné (CA Bordeaux, chambre sociale section A, 20 janvier 2026, RG n° 23/03684, texte intégral vérifié via Judilibre dans le cadre de cet article). L’enseignement est direct : qualifier votre arrêt de complaisance sans l’avoir fait contrôler, vous convoquer à un entretien disciplinaire pendant l’arrêt et viser votre absence dans la lettre de rupture exposent l’employeur à la nullité du licenciement et à l’indemnisation qui l’accompagne.

À Paris et en Île-de-France, quelques spécificités pratiques méritent d’être signalées. Les salariés franciliens relèvent le plus souvent du conseil de prud’hommes du lieu de leur établissement de rattachement, et les délais d’audience y sont notoirement longs : constituez votre dossier de preuves dès les premières demandes abusives, sans attendre la rupture, car les messages et les pressions anciennes sont ensuite difficiles à reconstituer. Les grandes entreprises parisiennes disposent fréquemment d’un SIRH centralisé et d’outils de suivi des absences partagés entre managers : votre demande d’accès aux données doit viser expressément ces outils et les exports qui en sont tirés. Enfin, la CNIL, dont le siège est parisien, reçoit les plaintes en ligne quelle que soit votre région : un salarié d’Île-de-France n’a aucun déplacement à prévoir pour saisir l’autorité, et la plainte peut être déposée pendant que la procédure prud’homale suit son cours, les deux voies étant indépendantes.

B. Les sanctions de l’employeur : annulation disciplinaire, CNIL et réparation du préjudice

Sur le terrain disciplinaire, la sanction prise pour un motif lié à votre santé ou à votre refus de révéler ce motif est annulable. La cour d’appel de Pau a ainsi annulé un blâme notifié à une salariée dans un contexte conflictuel lié à son état de santé et condamné l’employeur à des dommages et intérêts pour sanction injustifiée (CA Pau, chambre sociale, 17 avril 2025, RG n° 23/01513, texte intégral vérifié via Judilibre dans le cadre de cet article). La cour d’appel de Rennes, statuant sur des demandes d’explications et des sanctions entourant un arrêt maladie, a alloué au salarié 300 euros de dommages et intérêts pour le préjudice moral lié à une mise à pied disciplinaire et 2 000 euros pour exécution déloyale du contrat de travail (CA Rennes, 8e chambre prud’homale, 5 février 2025, RG n° 21/04471, texte intégral vérifié via Judilibre dans le cadre de cet article). Ces montants ne sont pas des barèmes : ils montrent que le juge indemnise séparément le préjudice moral causé par la sanction et la déloyauté de l’employeur dans l’exécution du contrat. Pour obtenir l’annulation, contestez la sanction par écrit dès sa notification, saisissez le conseil de prud’hommes dans les délais et demandez au juge de tirer les conséquences de l’irrégularité : annulation de l’avertissement, du blâme ou de la mise à pied, retrait du dossier disciplinaire et dommages et intérêts.

Sur le terrain de la discrimination, l’arsenal est plus lourd. « aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire » (article L. 1132-1), notamment « en raison de son état de santé » : la formule légale vise la sanction comme le licenciement et couvre les mesures directes comme les mesures indirectes. Le régime probatoire vous est favorable : il vous suffit de présenter des éléments laissant supposer la discrimination — convocation pendant l’arrêt, lettre visant l’arrêt, questions écrites sur le motif, refus de promotion après une longue maladie — puis il appartient à l’employeur de prouver que sa décision repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. Quand il échoue, comme l’employeur bordelais de l’arrêt du 20 janvier 2026, le licenciement discriminatoire est nul et ouvre droit à une indemnisation incluant la perte de salaire et le préjudice moral, avec remboursement des allocations chômage à France Travail. Devant le juge, articulez toujours les deux moyens ensemble : nullité pour discrimination liée à l’état de santé et illicéité de la collecte des données de santé, car le second éclaire le mobile du premier.

Sur le terrain des données personnelles, saisissez la CNIL. Décrivez précisément les faits : qui vous a demandé le motif, quand, par quel canal, quelles menaces accompagnaient la demande, quelles données ont été collectées et où elles sont conservées. Joignez les pièces : courriers, captures, demande d’accès restée sans réponse. La CNIL peut mettre l’entreprise en demeure de se conformer, prononcer des sanctions financières et ordonner la suppression des données illicites. Parallèlement, l’article 82 du règlement européen sur la protection des données vous donne un droit propre à réparation : toute personne ayant subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation du règlement peut obtenir du responsable du traitement réparation de son préjudice. Ce préjudice moral — anxiété, sentiment d’intrusion, dégradation de la relation de travail, crainte pour son emploi — est indemnisable devant le juge judiciaire, y compris devant le conseil de prud’hommes saisi du litige de travail, sans attendre l’issue de la procédure devant la CNIL. L’action en réparation suppose un traitement illicite, ce que la collecte du motif établit dès lors qu’aucun texte ne l’autorise : selon l’article 6 du règlement européen sur la protection des données, un traitement n’est licite que s’il est notamment nécessaire au respect d’une obligation légale du responsable du traitement, et aucune obligation légale n’impose à l’employeur de connaître votre diagnostic.

En pratique, l’ordre des démarches le plus efficace est le suivant : d’abord envoyer le volet 3 dans le délai et conserver la preuve ; ensuite refuser par écrit toute demande relative au motif en rappelant le secret médical ; puis exercer votre droit d’accès pour identifier les données de santé conservées par l’entreprise et en exiger l’effacement ; ensuite déposer plainte devant la CNIL avec le dossier complet ; enfin saisir le conseil de prud’hommes pour contester la sanction ou le licenciement et demander réparation, en visant à la fois la discrimination liée à l’état de santé et la violation du règlement européen. Chacune de ces étapes renforce la suivante : la preuve de l’envoi du volet ruine le grief d’absence injustifiée, le refus écrit documente la collecte illicite, la réponse à la demande d’accès révèle le fichier, la plainte CNIL objective la violation et le juge prud’homal en tire les conséquences indemnitaires. Ne tardez pas : les délais de contestation disciplinaire et les prescriptions courent pendant que l’employeur consolide son dossier, et un salarié qui réagit vite, par écrit et avec des pièces, aborde chaque étape en position de force.

Votre arrêt maladie suspend l’exécution de votre travail, pas votre vie privée. L’employeur reçoit les dates, la caisse reçoit le motif, le médecin du travail reçoit vos confidences sous le secret : chacun à sa place, et votre diagnostic n’appartient à aucun fichier de l’entreprise. Quand l’employeur exige le motif, collecte vos données de santé ou sanctionne votre silence, le droit lui oppose une triple barrière — l’interdiction européenne de traiter les données de santé, le secret médical pénalement sanctionné et la nullité de la mesure discriminatoire — et vous ouvre une triple voie de recours : l’annulation de la sanction, la plainte devant la CNIL et la réparation de votre préjudice. Refusez par écrit, conservez chaque preuve, exercez votre droit d’accès, saisissez la CNIL puis le juge : c’est cet enchaînement, mené avec méthode dès la première demande abusive, qui transforme une pression solitaire en dossier gagnable.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».