Le notaire chargé de la succession de votre père écrit à chaque héritier pour fixer un rendez-vous de signature. Vous habitez à six cents kilomètres, votre mère ne peut plus voyager, votre sœur travaille de nuit et ne peut pas poser une journée. La question est très concrète : faut-il se déplacer, et sinon, que signe-t-on à distance, et avec quels risques ?
La réponse dépend de l’acte. Plusieurs étapes d’une succession se franchissent sans la présence de chaque héritier, parfois par un simple courrier. D’autres, comme le partage ou la vente d’un bien de famille, exigent le consentement de tous, donné en personne ou par un représentant. La procuration notariée peut aussi être signée par visioconférence, et depuis le 1er octobre 2025 l’identification de l’héritier passe par un système établi par le Conseil supérieur du notariat.
Donner procuration n’est pourtant pas une formalité anodine. Une procuration mal relue peut valoir acceptation de la succession avec ses dettes, rendre une vente parfaite au prix que l’agence avait négocié, ou confier à un cohéritier le pouvoir de signer contre vos intérêts. Des décisions rendues en 2025 et 2026 en donnent des exemples précis.
Avant d’examiner votre situation, quatre éléments doivent être réunis : votre lien de parenté avec le défunt et la qualité en laquelle vous héritez, la date du décès, qui fait courir les délais, le régime matrimonial du défunt s’il était marié, et la liste exacte des actes que le notaire prépare. Cet article distingue d’abord ce que la succession exige vraiment de vous, puis la manière de signer à distance sans vous exposer.
I. Ce que la succession exige vraiment de vous : les actes que vous pouvez laisser faire et ceux qui supposent votre accord
A. Acte de notoriété, déclaration fiscale, renonciation : ce qui se fait sans votre présence ou par courrier
Le premier acte que le notaire établit est souvent l’acte de notoriété, qui désigne les héritiers. L’article 730-1 du code civil prévoit qu’il est dressé « à la demande d’un ou plusieurs ayants droit » et qu’il contient l’affirmation, signée par les seuls auteurs de la demande, qu’ils ont vocation à recueillir la succession, « seuls ou avec d’autres qu’ils désignent ». Un seul héritier peut donc le faire établir pour toute la famille : les autres y figurent sans avoir à comparaître.
Signer cet acte, ou le laisser signer par un frère, n’engage pas sur l’essentiel. L’article 730-2 du code civil précise que l’affirmation contenue dans l’acte de notoriété « n’emporte pas, par elle-même, acceptation de la succession ». Vous restez libre d’accepter, de renoncer ou d’accepter à concurrence de l’actif net. En revanche, l’acte de notoriété ne se remet pas facilement en cause après coup. Une héritière qui expliquait avoir donné procuration à l’étude en raison de son éloignement, et qui reprochait au notaire de ne pas s’être assuré de son consentement, a demandé l’annulation de l’acte signé en son nom. La cour d’appel de Paris, le 29 mai 2024, a rappelé que cet acte sert uniquement à déterminer les héritiers et a jugé : « Contre cet acte, l’action en nullité n’est pas ouverte ». Si vous contestez la liste des héritiers ou leurs parts, dites-le au notaire avant la signature, par écrit.
La déclaration de succession, que les héritiers doivent déposer auprès de l’administration fiscale dans le délai légal, ne suppose pas davantage la signature de chacun. L’article 800 du code général des impôts dispose que les héritiers, légataires ou donataires « sont tenus de souscrire une déclaration détaillée ». Le BOFiP (BOI-ENR-DMTG-10-60-20, § 1 et § 80) en tire deux conséquences pratiques. Les héritiers étant solidaires du paiement des droits, chacun d’eux « a qualité pour souscrire la déclaration » au nom de tous. Et tout héritier peut désigner un mandataire pour la déposer ; la procuration sous seing privé doit alors être « certifiée par le mandataire » et déposée au service des impôts, tandis qu’une expédition de la procuration notariée est annexée à la déclaration. Les légataires et donataires, qui ne sont pas solidaires, doivent en revanche déclarer eux-mêmes ou signer une déclaration commune.
Cette facilité a un revers. Puisque l’article 1709 du code général des impôts rend les cohéritiers solidaires des droits, à l’exception de ceux qui en sont exonérés, celui qui n’a rien signé peut être appelé à payer l’ensemble des droits si un autre héritier ne règle pas sa part. Demandez donc le projet de déclaration avant son dépôt, vérifiez les valeurs retenues et les abattements appliqués, et conservez une copie de la version déposée.
Renoncer à la succession ne demande ni déplacement ni procuration. L’article 804 du code civil prévoit que la renonciation doit être « adressée ou déposée au tribunal dans le ressort duquel la succession s’est ouverte ou faite devant notaire ». L’article 1339 du code de procédure civile ajoute que le greffe l’inscrit sur un registre et « en adresse ou délivre récépissé au déclarant ou au notaire ». En pratique, le formulaire Cerfa n° 15828 de renonciation par une personne majeure se transmet au tribunal judiciaire du lieu d’ouverture de la succession, c’est-à-dire du dernier domicile du défunt. Gardez le récépissé : c’est lui qui prouvera votre renonciation face à un créancier.
L’acceptation à concurrence de l’actif net, qui protège votre patrimoine personnel des dettes du défunt, obéit à une règle voisine. Selon l’article 788 du code civil, la déclaration se fait « au greffe du tribunal judiciaire dans le ressort duquel la succession est ouverte ou devant notaire », avec élection d’un domicile situé en France, puis elle fait l’objet d’une publicité nationale. Le notaire de la succession peut donc la recevoir, ce qui permet de l’intégrer au calendrier des signatures.
Rester silencieux n’est pas une solution. L’article 771 du code civil vous laisse un délai de réflexion « de quatre mois à compter de l’ouverture de la succession ». Passé ce délai, un créancier, un cohéritier, un héritier de rang suivant ou l’État peut vous sommer de prendre parti, par un acte extrajudiciaire que délivre un commissaire de justice. Selon l’article 772 du code civil, faute de réponse dans les deux mois de cette sommation, et sauf demande de délai au juge, « l’héritier est réputé acceptant pur et simple ». L’héritier qui ne répond ni au notaire ni à ses frères se retrouve alors tenu des dettes, sans l’avoir voulu.
B. Partage, vente, donation : là, rien ne se fait sans votre consentement, donné en personne ou par un représentant
Dès qu’il s’agit de disposer d’un bien, la règle change. L’indivision successorale ne permet pas à la majorité de vendre la maison de famille ou le portefeuille de titres du défunt : l’article 815-3 du code civil réserve aux deux tiers des droits les actes d’administration, mais précise que « le consentement de tous les indivisaires est requis » pour les actes de disposition. Les exceptions existent, par exemple une vente autorisée par le juge, mais elles passent par une procédure. Dans le cours normal d’une succession, votre signature, ou celle de votre représentant, est indispensable à la vente.
Il en va de même du partage. L’article 835 du code civil laisse les héritiers présents et capables choisir la forme de leur partage amiable, mais lorsque l’indivision comprend un immeuble, « l’acte de partage est passé par acte notarié ». Chaque héritier doit y consentir. C’est l’acte le plus lourd de la succession : il fixe définitivement la composition des lots, les soultes et les comptes entre héritiers, et il se conteste ensuite difficilement.
Certains actes exigent en outre que la procuration elle-même soit notariée. C’est le cas lorsqu’un héritier accepte une donation, par exemple lorsque le parent survivant organise une donation-partage au profit de ses enfants après le premier décès. L’article 933 du code civil prévoit que la procuration portant pouvoir d’accepter la donation doit être passée devant notaire : « Cette procuration devra être passée devant notaires ». La sanction est sévère. Des parents avaient donné en 1990 à leur fils la nue-propriété de parts sociales ; le fils, absent, avait accepté par l’intermédiaire d’un clerc muni d’une simple procuration sous seing privé. La cour d’appel de Poitiers a annulé la donation à la demande des parents, et la Cour de cassation, le 11 septembre 2013, a approuvé les juges d’avoir déduit de cette irrégularité « la nullité absolue de la donation ». Une procuration inadaptée peut ainsi faire tomber, des années plus tard, une transmission que toute la famille croyait réglée.
Que se passe-t-il si vous ne venez pas et ne donnez pas procuration ? Vos cohéritiers ne peuvent pas signer à votre place, mais ils disposent d’une procédure. L’article 837 du code civil permet de mettre l’héritier défaillant en demeure, « par acte extrajudiciaire, de se faire représenter au partage amiable ». Faute d’avoir constitué mandataire dans les trois mois, un copartageant peut demander au juge de désigner une personne qualifiée qui le représentera, et le texte ajoute : « Cette personne ne peut consentir au partage qu’avec l’autorisation du juge. » L’article 1358 du code de procédure civile précise que ce représentant transmet le projet de partage, approuvé par les autres copartageants, au juge qui l’a désigné.
La procédure a ses pièges. L’article 1379 du code de procédure civile prévoit que ces demandes sont « portées devant le président du tribunal judiciaire », qui statue par ordonnance sur requête. Des héritiers qui avaient mis leur frère en demeure le 5 janvier 2024, puis assigné le tribunal pour lui faire désigner un représentant, ont vu leur demande déclarée irrecevable par le tribunal judiciaire de Versailles, le 9 janvier 2026, au motif qu’elle relevait de « celle du président du tribunal statuant sur requête ». Le mandataire successoral, que le juge désigne pour administrer une succession bloquée, n’est pas non plus la solution : la Cour de cassation, le 13 mai 2020, a jugé qu’« un mandataire successoral ne peut être désigné pour consentir à un partage, lequel met fin à l’indivision ».
Retenez donc une idée simple : si vous ne pouvez pas vous déplacer, votre absence ne bloque pas indéfiniment la succession, mais elle vous fait perdre la main. Un représentant désigné par le juge signera avec l’autorisation de celui-ci, sur un projet que vous n’aurez pas négocié. Mieux vaut organiser vous-même votre représentation, avec une procuration choisie et rédigée pour l’acte en cause.
Une limite doit enfin être signalée. La procuration suppose un héritier capable de consentir. Si votre mère, héritière de son mari, n’est plus en état d’exprimer sa volonté, une procuration signée dans cet état pourrait être contestée, et l’article 2003 du code civil prévoit que le mandat finit par « la mort, la tutelle des majeurs ou la déconfiture » du mandant ou du mandataire. Il faut alors passer par une mesure de protection ou une habilitation judiciaire, ce qui demande des délais à anticiper avec le notaire.
II. Signer à distance : choisir la bonne forme de procuration, le bon mandataire et les bonnes limites
A. Quatre façons de signer sans venir à l’étude, et ce que chacune garantit
Le point de départ est libéral. Selon l’article 1985 du code civil, « Le mandat peut être donné par acte authentique ou par acte sous seing privé, même par lettre. » La forme notariée n’est imposée que lorsque l’acte à signer est lui-même soumis à une forme solennelle, comme l’acceptation d’une donation. La fiche des notaires de France consacrée à la procuration à distance le rappelle : pour une vente immobilière, la procuration peut être donnée sous seing privé, mais pas pour consentir une donation ou une hypothèque. Entre ces deux pôles, le notaire choisit souvent la forme qu’il accepte, et c’est à lui qu’il faut poser la question dès le premier échange.
La première solution est la procuration sous seing privé, que l’étude vous envoie pré-remplie et que vous signez chez vous. Pour qu’elle soit acceptée, la plupart des notaires demandent que votre signature soit légalisée. L’article L. 2122-30 du code général des collectivités territoriales prévoit que le maire « est tenu de légaliser toute signature apposée en sa présence » par un administré connu de lui ou accompagné de deux témoins. La fiche service-public sur la légalisation de signature précise que la démarche se fait en votre présence, au guichet, avec un justificatif d’identité, qu’elle ne coûte rien en mairie et qu’elle est payante chez un notaire. Elle rappelle surtout que la légalisation authentifie votre signature et non le contenu de l’acte : la mairie ne vérifie pas ce que la procuration vous fait dire.
Le notaire qui reçoit l’acte en vertu d’une telle procuration a un devoir de contrôle. La Cour de cassation, le 20 janvier 1998, a jugé qu’il doit « vérifier la sincérité au moins apparente de la signature figurant sur la procuration sous seing privé qui lui est présentée » et, à cette fin, « se faire communiquer des éléments de comparaison qui lui permettent de prendre parti sur ce point ». L’affaire était familiale : des parents s’étaient portés caution du prêt de leur fils par procuration, et le père avait signé à la place de son épouse.
Ce contrôle a ses limites, et la légalisation aussi. Le tribunal judiciaire de Troyes, le 11 septembre 2026, a annulé pour faux une vente signée au nom d’une femme dont l’identité avait été usurpée : l’acquéreur prétendu était représenté par une procuration sous seing privé « certifiée par les services de la Mairie », que la victime disait obtenue avec une carte d’identité falsifiée, et le tribunal a jugé l’usurpation d’identité démontrée. Le notaire a été condamné à rembourser à la victime 5 134 euros de taxes foncières et d’habitation et à lui verser 8 000 euros au titre de son préjudice moral, le tribunal relevant que la confiance accordée à sa clerc « n’exclut aucunement l’obligation de contrôle ». Pour un héritier, la leçon est double : la procuration sous seing privé est la forme la plus exposée à la fraude, et celui dont la signature a été imitée doit ensuite agir en justice pour faire tomber l’acte.
La deuxième solution est la procuration notariée signée chez un notaire proche de chez vous. Vous vous présentez avec votre pièce d’identité, le notaire vérifie votre identité et votre consentement, puis il adresse la procuration au notaire de la succession, qui l’annexe à l’acte. Cette forme est la plus sûre et convient à tous les actes, y compris l’acceptation d’une donation. Elle suppose un déplacement, mais près de chez vous, et un coût que l’étude doit vous indiquer : demandez-le avant le rendez-vous.
La troisième solution évite tout déplacement : la procuration notariée à distance. Créé en 2020, l’article 20-1 du décret n° 71-941 du 26 novembre 1971, dans sa rédaction issue du décret n° 2025-538 du 13 juin 2025, en vigueur depuis le 1er octobre 2025, permet au notaire d’établir une procuration sur support électronique lorsque la partie n’est pas présente devant lui. Le texte précise : « L’identification des parties s’effectue par un système de vérification établi par le Conseil supérieur du notariat. » Le consentement est recueilli par visioconférence, puis vous signez au moyen d’une signature électronique qualifiée, et « L’acte est parfait lorsque le notaire y appose sa signature électronique qualifiée. » En pratique, la chambre des notaires de Paris indique que l’identification demande un smartphone et une pièce d’identité en cours de validité. Le recours au procédé n’est pas un droit : la fiche des notaires de France précise que le notaire décide s’il l’utilise.
La quatrième solution consiste à signer l’acte lui-même, par exemple le partage, devant un autre notaire. L’article 20 du même décret prévoit que le consentement de la partie absente est « recueilli par un autre notaire devant lequel elle comparaît », ce notaire participant « par visioconférence à l’établissement de l’acte ». Vous signez donc le jour même, dans l’étude de votre choix, un acte dont vous avez lu et discuté les termes, sans rien déléguer. Cette voie demande une coordination entre les deux études, mais elle évite les risques propres à la procuration.
Ces textes ne prévoient pas qu’un héritier signe seul, depuis son domicile, l’acte de partage ou de vente lui-même. La signature à distance vise la procuration ; pour l’acte principal, il faut un représentant ou un second notaire. Méfiez-vous des présentations qui annoncent une signature entièrement en ligne de tous les actes de la succession.
B. Rédiger, confier et retirer la procuration : les clauses qui engagent l’héritier plus que prévu
La procuration doit d’abord dire précisément ce qu’elle autorise. L’article 1988 du code civil prévoit que « Le mandat conçu en termes généraux n’embrasse que les actes d’administration » et que, pour aliéner, « le mandat doit être exprès ». L’article 1989 du code civil ajoute que « Le mandataire ne peut rien faire au-delà de ce qui est porté dans son mandat ». La Cour de cassation, le 26 novembre 2025, en a tiré une conséquence utile : un notaire mandaté pour vendre des lots aux prix d’une grille annexée avait cédé deux lots pour le prix d’un seul, et la Cour a jugé que « la preuve de l’étendue du mandat incombe à celui qui s’en prévaut ». Écrivez donc noir sur blanc le bien concerné, le prix minimum, les conditions de paiement et le versement du prix sur le compte de l’étude, pour être réparti selon les droits de chacun, jamais sur le compte personnel du mandataire.
Méfiez-vous des modèles génériques. On trouve en ligne des modèles de procuration de succession qui autorisent le mandataire à signer tous les documents nécessaires, pour une durée illimitée. Une telle formule ne suffit pas, en principe, pour vendre un bien, faute de mandat exprès, mais elle laisse planer un doute sur tout le reste, notamment sur l’option successorale, et, sans date de fin, elle reste utilisable tant qu’elle n’est pas révoquée. Une procuration par acte, datée et limitée dans le temps, protège mieux.
La clause la plus lourde de conséquences est souvent la plus discrète : celle par laquelle vous déclarez accepter la succession. L’article 782 du code civil prévoit que l’acceptation pure et simple est expresse quand le successible « prend le titre ou la qualité d’héritier acceptant dans un acte authentique ou sous seing privé ». Le tribunal judiciaire de Marseille, le 27 mai 2025, l’a appliqué à des enfants qui, dans l’attestation de propriété établie en 1994 après le décès de leur père, « avaient déclaré accepter purement et simplement la succession objet de l’attestation ». Trente ans plus tard, poursuivis par le syndicat des copropriétaires pour 24 191,77 euros de charges, ils ont tenté de renoncer. Le tribunal a jugé qu’ils « ne pouvaient pas valablement renoncer à la succession de leur père » et a condamné chacun d’eux à payer 1 727,98 euros, soit un quatorzième de la dette, outre des dommages et intérêts. Avant de signer une procuration ou un acte, cherchez le mot « accepter » : s’il y a un doute sur les dettes, demandez que la clause soit retirée ou remplacée par une acceptation à concurrence de l’actif net.
Une procuration pour vendre qui désigne l’acheteur et le prix peut, à elle seule, conclure la vente. La cour d’appel d’Aix-en-Provence, le 20 janvier 2026, en donne un exemple frappant. Une propriétaire veuve avait signé au profit du directeur de l’agence une « Procuration pour établir une attestation de propriété immobilière et pour vendre », qui nommait ses locataires comme acquéreurs au prix de 575 000 euros. La cour a jugé qu’en signant, « elle a approuvé l’offre de ces derniers », de sorte qu’il y avait « accord des parties sur la chose et sur le prix ». Elle soutenait avoir révoqué la procuration le jour même, après l’offre d’un tiers à qui elle a finalement vendu, mais la cour a relevé que cette rétractation n’était pas parvenue aux locataires avant leur acceptation. La cour a confirmé sa condamnation à comparaître devant le notaire sous astreinte de 150 euros par jour, à leur rembourser leurs loyers et à leur verser 3 000 euros chacun. Ne signez jamais une procuration nominative tant que vous n’êtes pas d’accord sur l’acheteur et le prix.
Reste le choix du mandataire. Le plus souvent, l’étude propose un de ses collaborateurs, désigné par une formule qui vise les clercs de l’étude. C’est une solution neutre, mais la clause doit être lue : les actes de partage ou de donation-partage contiennent souvent une clause qui donne pouvoir aux clercs de signer des actes rectificatifs. La cour d’appel de Bordeaux, le 25 mars 2025, a confirmé l’annulation d’un acte « rectificatif » signé en 2007 par une clerc au nom des parents et de leurs trois fils, qui avait fait passer une parcelle du lot d’un frère à celui d’un autre, onze ans après la donation-partage de 1996. L’acte initial donnait pouvoir « à tous clercs de l’Etude » pour les formalités et pour mettre l’acte en concordance avec les documents cadastraux et hypothécaires, pas pour déplacer un bien d’un lot à l’autre. Le frère lésé ne l’avait découvert qu’à l’acte de notoriété de 2017 ; la cour a retenu que « le mandataire a clairement outrepassé les pouvoirs qui lui avaient été conférés » et confirmé la restitution de la parcelle.
Confier la procuration à un cohéritier demande plus de prudence encore. L’article 1161 du code civil dispose qu’« un représentant ne peut agir pour le compte de plusieurs parties au contrat en opposition d’intérêts ni contracter pour son propre compte avec le représenté », et que dans ces cas « l’acte accompli est nul à moins que la loi ne l’autorise ou que le représenté ne l’ait autorisé ou ratifié ». Un frère qui signe le partage pour lui-même et pour vous se trouve dans la situation visée par ce texte, surtout s’il reçoit la maison et vous doit une soulte. Si vous choisissez malgré tout de lui confier votre représentation, la procuration doit l’autoriser expressément à signer ce partage précis, dont vous aurez approuvé le projet et le montant de la soulte.
Le mandataire a des comptes à vous rendre. L’article 1993 du code civil prévoit que « Tout mandataire est tenu de rendre compte de sa gestion » et de vous restituer ce qu’il a reçu en vertu de la procuration. S’il a dépassé ses pouvoirs, l’article 1156 du code civil rend l’acte « inopposable au représenté », sauf si le tiers a légitimement cru en la réalité des pouvoirs, et l’article 1998 du code civil précise que vous n’êtes tenu de ce qui a été fait au-delà « qu’autant qu’il l’a ratifié expressément ou tacitement ».
Cette ratification peut vous être opposée sans que vous l’ayez voulue. La Cour de cassation, le 2 juillet 2014, a jugé que les irrégularités de représentation dans un acte notarié « sont sanctionnées par la nullité relative de l’acte accompli pour le compte de la partie représentée, qui seule peut la demander », et que la ratification « peut être tacite et résulter de l’exécution volontaire d’un contrat par la partie qui y était irrégulièrement représentée ». Dans cette affaire, des emprunteurs qui avaient reçu les fonds et commencé à rembourser ne pouvaient plus contester. Transposé à une succession : si vous estimez qu’un acte a été signé en votre nom au-delà de la procuration, ne percevez pas votre part du prix et n’exécutez pas l’acte avant d’avoir fait valoir votre contestation par écrit.
Vous pouvez enfin retirer votre procuration. L’article 2004 du code civil prévoit que « Le mandant peut révoquer sa procuration quand bon lui semble ». Mais l’article 2005 du code civil ajoute que « La révocation notifiée au seul mandataire ne peut être opposée aux tiers qui ont traité dans l’ignorance de cette révocation ». Adressez donc la révocation au mandataire, au notaire chargé de l’acte et, si un acheteur a déjà été désigné, à celui-ci, par un moyen qui prouve la date de réception et le contenu, puis faites-vous confirmer par écrit que l’étude en a pris connaissance. L’affaire jugée à Aix-en-Provence montre qu’une révocation qui n’atteint pas à temps ses destinataires ne sert à rien.
Conclusion
Une succession ne vous oblige pas à multiplier les allers-retours chez le notaire. L’acte de notoriété peut être établi à la demande d’un seul héritier, la déclaration fiscale peut être signée par un seul d’entre eux ou par un mandataire, et la renonciation s’adresse par formulaire au tribunal. Votre consentement redevient indispensable pour le partage, la vente d’un bien de la succession et l’acceptation d’une donation, et votre absence prolongée expose à une représentation décidée par le juge.
Pour ces actes, vous avez le choix entre la procuration sous seing privé légalisée, la procuration notariée signée près de chez vous, la procuration notariée par visioconférence, dont l’identification passe depuis le 1er octobre 2025 par le système du Conseil supérieur du notariat, et la signature de l’acte devant un second notaire. Plus l’acte est lourd, plus la forme doit être sûre : la procuration sous seing privé, même légalisée, reste la plus exposée à la fraude.
Relisez toujours trois points avant de signer : ce que la procuration autorise, avec un prix minimum et un acte précis ; ce qu’elle vous fait déclarer, en particulier une acceptation pure et simple ; et la personne qui vous représente, en évitant de confier le partage à un cohéritier dont les intérêts s’opposent aux vôtres. En cas de désaccord, écrivez au notaire avant la date de signature, pas après.
Pour une vue d’ensemble des règles de transmission, vous pouvez consulter la page du cabinet consacrée au droit patrimonial et, lorsque le désaccord porte sur la composition des lots ou les comptes entre héritiers, la présentation de l’accompagnement du cabinet en matière de partage successoral.
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