Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

J’ai racheté une entreprise et je découvre des dettes cachées : activer la garantie d’actif et de passif, prouver et récupérer

Vous avez racheté les titres d’une société, payé le prix convenu, pris la direction, puis découvert des dettes que le vendeur ne vous avait jamais annoncées : un redressement fiscal notifié après la cession, un rappel de cotisations sociales, des factures de fournisseurs restées dans les tiroirs, un litige avec un ancien salarié qui se termine devant le conseil de prud’hommes. Le réflexe consiste à appeler le vendeur pour lui demander de payer. Quand il refuse ou ne répond plus, il faut passer à la méthode : relire la garantie d’actif et de passif signée le jour de la cession, déclarer le passif dans les formes et les délais prévus, prouver chaque euro réclamé, puis contraindre le vendeur à indemniser.

Le sujet est d’actualité brûlante à la rentrée 2026. Les reprises d’entreprises en difficulté se multiplient : au 4 septembre 2026, 239 procédures de reprise sont ouvertes en France, dont 130 avec une date limite fixée à moins de quinze jours. Au deuxième trimestre 2026, les liquidations judiciaires représentent 66,3 % des défaillances (11 591 dossiers) et les redressements judiciaires 31,7 % (5 546 dossiers), en hausse de 3,6 % par rapport à 2024, avec plus de 1 500 défaillances supplémentaires au premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente (baromètre Brantham Partners, données Altares). Chaque reprise conclue dans l’urgence expose l’acheteur à des passifs dissimulés. Cet article explique comment activer la garantie d’actif et de passif, prouver le passif caché, chiffrer la réclamation et agir dans les délais contre le vendeur, y compris devant les tribunaux de Paris et d’Île-de-France.

I. Faire jouer la garantie d’actif et de passif après la découverte des dettes cachées

A. Relire la clause de garantie pour savoir ce que le vendeur doit vraiment payer

La garantie d’actif et de passif est une création du contrat, pas un régime légal automatique. Tout dépend de ce que les parties ont écrit et signé. La règle de base figure dans le code civil : « Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits. » (article 1103 du code civil). Autrement dit, la convention de garantie signée avec le vendeur fixe vos droits : ce qui n’y figure pas ne pourra pas être exigé sur ce fondement. La première tâche consiste donc à retrouver le protocole de cession, la convention de garantie et ses annexes, et à les relire ligne par ligne avant d’écrire au vendeur.

Une convention de garantie d’actif et de passif comporte en pratique deux étages. D’abord, des déclarations du vendeur sur la situation de la société cédée : conformité des comptes de référence, absence de passif non comptabilisé, régularité fiscale et sociale, absence de litige en cours. Ensuite, des engagements d’indemnisation qui se déclenchent quand un supplément de passif ou une diminution d’actif apparaît après la cession, par comparaison avec les comptes de référence. Cette architecture a été décrite avec précision par la Cour de cassation dans un arrêt récent : « les parties ont signé le même jour une convention de garantie d’actif et de passif consentie par la société Sofico comportant, d’une part, diverses déclarations sur la situation de la société cédée, d’autre part, des engagements d’indemnisation au cas où apparaîtraient des suppléments de passif ou des diminutions d’actif postérieurement à l’acquisition par rapport aux comptes annuels 2017. » (Cour de cassation, chambre commerciale, 28 mai 2025, pourvoi n° 24-13.182, cession des actions de la société Vermigli). Vérifiez que votre convention contient bien ces deux étages : sans engagement d’indemnisation chiffré et daté, les déclarations seules suffisent rarement à obtenir un paiement spontané.

La même convention doit être exécutée loyalement des deux côtés. Le code civil l’impose : « Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. » (article 1104 du code civil). Concrètement, le vendeur ne peut pas organiser son insolvabilité ou vider la garantie de son contenu après la signature, et l’acheteur ne peut pas présenter une réclamation fantaisiste. Chaque courrier compte : restez factuel, daté, chiffré.

Quatre verrous chiffrés reviennent dans presque toutes les conventions et décident du sort de votre réclamation. Le premier est le seuil de déclenchement, parfois appelé franchise : en dessous d’un certain montant par événement ou au total, la garantie ne joue pas. Le deuxième est le plafond global, qui limite l’indemnisation à une fraction du prix de cession. Le troisième est la durée : douze, vingt-quatre ou trente-six mois selon les postes, avec des durées allongées pour le fiscal et le social, car un redressement arrive souvent deux ou trois ans après la cession. Le quatrième est la procédure de déclaration : lettre recommandée à une adresse précise, dans un délai de quelques jours ou semaines après la découverte, avec les pièces justificatives. Manquer l’adresse, le délai ou la forme peut entraîner la déchéance, c’est-à-dire la perte pure et simple du droit à indemnisation pour le sinistre concerné. Avant tout litige, faites établir par écrit la date exacte à laquelle vous avez découvert chaque dette, car c’est elle qui fait courir vos délais de déclaration.

Prenez un exemple chiffré simple pour comprendre le calcul. Vous rachetez 100 % des titres pour 500 000 euros. La convention prévoit une franchise globale de 15 000 euros, un plafond de 300 000 euros et une durée de vingt-quatre mois, portée à trente-six mois pour le fiscal et le social. Huit mois après la cession, vous recevez un redressement fiscal de 60 000 euros portant sur un exercice antérieur et un rappel de cotisations sociales de 45 000 euros sur la même période, soit 105 000 euros de passif antérieur à la cession. Après déduction de la franchise de 15 000 euros, la réclamation s’élève à 90 000 euros, très en dessous du plafond. Si le vendeur avait en outre laissé une partie du prix en séquestre entre les mains d’un tiers, notaire ou avocat, vous pourriez être payé sur ces fonds sans attendre l’issue d’un procès. Sans séquestre, il faudra contraindre le vendeur, d’où l’importance de la mise en demeure et de la preuve.

Attention aux dettes postérieures à la cession : la garantie couvre le passif dont la cause est antérieure au jour de la vente, même s’il se révèle après. Un redressement notifié un an plus tard mais portant sur un exercice d’avant la cession entre dans la garantie. En revanche, les dettes nées de votre propre gestion après la reprise, nouvelles embauches, nouveaux contrats, nouveaux investissements, restent à votre charge. Le tri entre passif antérieur et passif postérieur se fait poste par poste, pièce par pièce, et c’est là que les litiges naissent.

B. Prouver le supplément de passif avec des pièces qui tiennent devant le juge

Une réclamation ne vaut que par ses preuves. C’est à vous, acheteur, d’établir que la dette existait en germe avant la cession, qu’elle entre dans le champ de la garantie et qu’elle atteint le montant réclamé. Le juge ne se contente pas d’affirmations : il exige des documents. Constituez dès la découverte un dossier par poste de passif, avec une chronologie précise : date de la cession, date de découverte, date de déclaration au vendeur, nature et fait générateur de la dette, montant réclamé et pièces correspondantes.

Les pièces décisives sont presque toujours les mêmes. Pour un redressement fiscal : la proposition de rectification, la réponse aux observations, l’avis de mise en recouvrement et la preuve du paiement ou au moins de l’exigibilité. Pour un rappel social : la lettre d’observations de l’organisme, la mise en demeure et le décompte des cotisations et majorations. Pour des factures de fournisseurs : les factures datées d’avant la cession, les bons de livraison, les échanges montrant que la dette était due avant la vente. Pour un litige salarial : le contrat de travail, les bulletins de paie, la convocation devant le conseil de prud’hommes et le jugement. Ajoutez les comptes de référence annexés à la garantie, le rapport d’audit réalisé avant la cession s’il existe, et toute la correspondance avec le vendeur. Chaque poste doit renvoyer à une pièce numérotée : un tableau récapitulatif simple, avec une ligne par dette, une colonne montant et une colonne pièce, rend votre réclamation lisible et crédible.

L’audit réalisé avant l’achat mérite une attention particulière. Dans l’affaire tranchée le 28 mai 2025, l’acheteur avait mandaté un cabinet d’audit pour examiner la comptabilité de la cible, et le débat s’est déplacé sur l’identité du cabinet et l’impartialité d’un rapport d’expertise. La leçon pratique est claire : conservez le rapport d’audit, la lettre de mission et la preuve de ce qui a été réellement vérifié. Si l’audit avait déjà signalé le risque, le vendeur soutiendra que vous avez acheté en connaissance de cause. S’il n’a rien vu, le vendeur soutiendra que le passif n’existait pas. Dans les deux cas, le rapport d’audit et les comptes de référence sont vos meilleurs alliés pour montrer l’écart entre la situation déclarée et la réalité découverte.

Ne comptez pas sur la garantie légale des vices cachés pour combler les lacunes de votre garantie conventionnelle quand vous avez acheté des titres. Le code civil dispose : « Le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l’usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l’acheteur ne l’aurait pas acquise, ou n’en aurait donné qu’un moindre prix, s’il les avait connus. » (article 1641 du code civil). Ce texte vise la chose vendue elle-même. Quand l’objet de la vente est un paquet de titres et non les actifs de la société, le raisonnement sur le vice caché devient fragile : la dépréciation des titres par l’effet d’un passif social ne se traite pas comme le défaut d’une machine. C’est précisément pour cela que les praticiens stipulent une garantie d’actif et de passif sur mesure. Si votre convention est muette ou insuffisante, l’issue se joue alors sur le terrain du dol, c’est-à-dire de la tromperie du vendeur, et sur les sanctions de l’inexécution du contrat.

Quand les chiffres sont contestés, l’expertise tranche. Demandez au juge la désignation d’un expert judiciaire, comptable ou financier, pour vérifier la réalité du passif, son rattachement à la période antérieure à la cession et son évaluation. En amont, un constat d’huissier, devenu constat de commissaire de justice, peut figer l’état des documents et des logiciels comptables. Évitez de confier l’évaluation décisive à un expert payé par une seule partie sans débat contradictoire : l’arrêt du 28 mai 2025 montre qu’un rapport écarté pour défaut d’impartialité ne sert plus à rien. Préférez l’expertise contradictoire, où chaque partie fait valoir ses observations, car c’est elle que le tribunal suit le plus souvent.

II. Obtenir le paiement du vendeur et contester quand il refuse de payer

A. Mettre en demeure, chiffrer la réclamation et choisir la bonne sanction

La mise en demeure est le point de départ obligatoire de la phase contentieuse. Envoyez au vendeur, à l’adresse prévue par la convention, une lettre recommandée avec accusé de réception qui rappelle la clause, décrit chaque poste de passif avec sa date de découverte, joint les pièces numérotées, chiffre la réclamation poste par poste après application de la franchise et du plafond, et fixe un délai de paiement, généralement de quinze à trente jours. Cette lettre fait courir les intérêts de retard, interrompt les discussions inutiles et servira de pièce numéro un devant le tribunal. Si la convention impose une phase de conciliation ou une notification à un séquestre, respectez-la à la lettre et à la date, sous peine de voir votre demande déclarée irrecevable.

Le contrat inexécuté ouvre un éventail de sanctions que le code civil énumère : « La partie envers laquelle l’engagement n’a pas été exécuté, ou l’a été imparfaitement, peut : – refuser d’exécuter ou suspendre l’exécution de sa propre obligation ; – poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation ; – obtenir une réduction du prix ; – provoquer la résolution du contrat ; – demander réparation des conséquences de l’inexécution. Les sanctions qui ne sont pas incompatibles peuvent être cumulées ; des dommages et intérêts peuvent toujours s’y ajouter. » (article 1217 du code civil). Dans un litige de garantie d’actif et de passif, la sanction la plus demandée est le paiement d’une indemnité égale au passif révélé, dans la limite du plafond. La réduction du prix de cession à proportion du passif découvert est une voie voisine, utile quand la garantie est mal rédigée. La résolution de la cession, c’est-à-dire son anéantissement avec restitution du prix contre restitution des titres, reste exceptionnelle : elle suppose un manquement d’une gravité telle que l’acheteur n’aurait jamais acheté. Dans tous les cas, des dommages et intérêts peuvent s’ajouter pour le préjudice distinct, par exemple les frais d’audit complémentaire, les frais bancaires ou la perte d’une revente.

Le vendeur qui refuse de payer doit en outre des dommages et intérêts pour inexécution. Le code civil prévoit : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » (article 1231-1 du code civil). Concrètement, outre l’indemnité principale, réclamez les intérêts de retard depuis la mise en demeure et les frais que le refus vous a causés. Chiffrez ces postes séparément : le juge indemnise ce qui est prouvé, pas ce qui est affirmé.

Quand le vendeur vous a caché sciemment la dette, ajoutez le dol à votre assignation. Le code civil définit la tromperie ainsi : « Constitue également un dol la dissimulation intentionnelle par l’un des contractants d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre partie. » (article 1137 du code civil). Et il en tire une conséquence redoutable pour le vendeur : « L’erreur qui résulte d’un dol est toujours excusable ; elle est une cause de nullité alors même qu’elle porterait sur la valeur de la prestation ou sur un simple motif du contrat. » (article 1139 du code civil). La Cour de cassation l’a rappelé avec force dans une cession de parts sociales : « Selon le premier de ces textes, constitue un dol la dissimulation intentionnelle par l’un des cocontractants d’une information dont il sait le caractère déterminant pour l’autre partie. Selon le second, l’erreur qui résulte d’un dol est toujours excusable. » (Cour de cassation, chambre commerciale, 18 septembre 2024, pourvoi n° 23-10.183, cession de la totalité des parts de la société Le Sleeping). Dans cette affaire, la cour d’appel avait refusé d’annuler la cession au motif que l’acheteur ne s’était pas renseigné sur la situation financière, alors même que le passif antérieur, dettes, contrats en cours et prêt bancaire, ne lui avait pas été révélé. La Cour de cassation a censuré ce raisonnement : quand il y a réticence dolosive, l’acheteur n’a pas à prouver qu’il a été vigilant. Pour votre dossier, cela signifie qu’un vendeur qui a caché un redressement en cours, un contrôle imminent ou un litige majeur ne pourra pas vous reprocher de ne pas avoir tout découvert pendant l’audit.

Le dol ouvre deux voies : l’annulation de la cession, avec restitution du prix contre restitution des titres, et des dommages et intérêts pour le préjudice subi. L’annulation est une arme lourde, à réserver aux dossiers où la tromperie est manifeste et où vous êtes prêt à rendre la société. Le plus souvent, les acheteurs préfèrent conserver l’entreprise et obtenir l’indemnité prévue par la garantie, en ajoutant des dommages et intérêts fondés sur le dol pour les préjudices que la garantie ne couvre pas, comme la perte de chance de négocier un prix plus bas. Les deux fondements peuvent être invoqués ensemble devant le même tribunal, à titre principal et subsidiaire, ce qui évite de perdre un procès pour avoir choisi la mauvaise voie.

B. Agir dans les délais devant le bon tribunal à Paris et en Île-de-France

Deux chronomètres tournent en même temps et il faut les gagner tous les deux. Le premier est conventionnel : le délai de déclaration prévu par la garantie, souvent de quelques semaines après la découverte, et la durée totale de la garantie, souvent de un à trois ans. Manquer ces délais, c’est encourir la déchéance. Déclarez chaque sinistre par écrit dès sa découverte, même si le montant définitif n’est pas encore connu, en indiquant qu’il s’agit d’une déclaration conservatoire que vous chiffrerez ensuite. Le second chronomètre est légal : la prescription. Le code civil dispose : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » (article 2224 du code civil). Votre action en paiement contre le vendeur se prescrit donc par cinq ans à compter du jour où vous avez connu le passif caché, pas du jour de la cession. Conservez la preuve de la date de découverte, avis de redressement, lettre de l’organisme social, assignation prud’homale, car le vendeur plaidera presque toujours que vous saviez depuis longtemps.

Le choix du tribunal dépend de la nature de la cession. Quand les deux parties sont commerçantes ou que la cession porte sur le contrôle d’une société commerciale dans le cadre de leur activité, le tribunal de commerce est compétent. Quand la cession oppose des particuliers non commerçants, le tribunal judiciaire connaît du litige. À Paris, cela signifie en pratique le tribunal de commerce de Paris pour les cessions entre professionnels et le tribunal judiciaire de Paris pour les autres. En Île-de-France, les tribunaux de commerce de Nanterre, Bobigny et Créteil et les tribunaux judiciaires du ressort connaissent des dossiers équivalents selon le domicile du défendeur et les clauses du protocole. Vérifiez si le protocole contient une clause attributive de juridiction ou une clause de conciliation préalable obligatoire : saisir le mauvais tribunal ou brûler l’étape de conciliation fait perdre des mois.

Les spécificités parisiennes sont d’abord pratiques. Les rôles sont chargés : entre l’assignation et l’audience au fond, comptez plusieurs mois devant le tribunal de commerce de Paris et souvent plus d’un an devant le tribunal judiciaire. Pour obtenir une provision rapide quand la dette n’est pas sérieusement contestable, la voie du référé devant le président du tribunal permet de solliciter une avance sur l’indemnité, en attendant le jugement au fond. Pour éviter que le vendeur n’organise son insolvabilité pendant le procès, demandez au juge l’autorisation de pratiquer une saisie conservatoire sur ses comptes ou ses biens, en justifiant d’une créance qui paraît fondée et d’un péril dans le recouvrement. Ces mesures provisoires se jouent en quelques semaines et changent souvent l’issue de la négociation : un vendeur dont les comptes sont bloqués revient à la table des discussions.

Préparez l’assignation comme un dossier d’ingénieur : le protocole de cession et la convention de garantie avec leurs annexes, les comptes de référence, le rapport d’audit, le tableau des passifs poste par poste avec les pièces numérotées, la déclaration de sinistre et son accusé de réception, la mise en demeure restée sans effet, le décompte après franchise et plafond, et les justificatifs des préjudices annexes. Faites signifier l’assignation par un commissaire de justice dans les délais, avec les pièces en annexe. Devant le tribunal de commerce, la représentation par avocat n’est pas obligatoire mais elle est vivement recommandée quand les montants dépassent quelques dizaines de milliers d’euros, car le débat sur la déchéance, la prescription et le calcul exige une technicité que les dirigeants sous-estiment. Si la société cédée a son siège à Paris ou en petite couronne, mentionnez dans l’assignation les juridictions du ressort et les délais de déplacement des témoins et de l’expert, car le juge apprécie les dossiers dont la logistique est anticipée.

Un dernier point propre aux reprises franciliennes de 2026 : beaucoup de cessions se concluent vite, avec des audits réduits et des garanties rédigées sur des modèles. Si vous avez signé vite, ne laissez pas le vendeur transformer votre rapidité en argument contre vous. La jurisprudence sur le dol protège l’acheteur trompé même peu vigilant, et la garantie joue dès lors que le passif est antérieur et déclaré dans les formes. En revanche, si vous découvrez le passif après l’expiration de la durée de garantie, seules les voies non contractuelles subsistent : le dol, dont le délai court depuis la découverte de la tromperie, ou la responsabilité pour faute prouvée. D’où la règle d’or : dès la première dette surprise, déclarez par écrit, chiffrez provisoirement, mettez en demeure, puis assignez sans attendre la fin des négociations amiables.

Conclusion

Découvrir des dettes cachées après le rachat d’une entreprise n’est pas une fatalité, à condition d’agir avec méthode et vite. Relisez la convention de garantie pour identifier les déclarations du vendeur, l’engagement d’indemnisation, la franchise, le plafond, la durée et la procédure de déclaration. Déclarez chaque passif par écrit dès sa découverte, même à titre conservatoire, pour éviter la déchéance. Constituez un dossier poste par poste, avec les avis de redressement, les décomptes sociaux, les factures antérieures et les décisions de justice, et faites vérifier les montants par un expert contradictoire si le vendeur conteste. Mettez en demeure à l’adresse prévue, chiffrez après franchise et plafond, réclamez les intérêts et les frais, puis saisissez le tribunal compétent avant l’expiration du délai de cinq ans qui court depuis la découverte. Quand le vendeur a caché sciemment une information déterminante, ajoutez le dol à la garantie : l’acheteur trompé n’a pas à démontrer qu’il a été vigilant, et il peut obtenir l’annulation de la cession ou des dommages et intérêts en plus de l’indemnité contractuelle. Dans le contexte des reprises nombreuses de 2026, les vendeurs pressés et les audits réduits multiplient ces litiges : l’acheteur qui déclare vite, prouve par pièces et assigne dans les délais récupère, les autres paient deux fois.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier

Vous avez racheté une société et vous découvrez des dettes antérieures à la cession. Le cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet, pour relire votre garantie, chiffrer votre réclamation et préparer la mise en demeure : consultation téléphonique : 80 EUR TTC. Appelez Maître Reda Kohen au 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet. Intervention à Paris et en Île-de-France devant le tribunal de commerce et le tribunal judiciaire.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».