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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Mon associé-gérant se paie trop et s’offre des avantages : contester la rémunération excessive, faire annuler et récupérer (2026)

Vous venez de recevoir les comptes annuels et le choc est rude : votre associé, qui dirige la société au quotidien, s’est fait verser une prime exceptionnelle qui engloutit le bénéfice, pendant que votre dividende fond. Pire, la décision a été votée en assemblée générale, parfois avec sa propre voix, et on vous explique qu’il n’y a plus rien à faire. Cette situation explose chaque année au moment des assemblées d’approbation des comptes, et la rentrée 2026 ne fait pas exception : partout en France, les associés minoritaires découvrent que la rémunération du dirigeant a été votée sans débat réel, tandis que les oppositions d’actionnaires sur la paie des dirigeants nourrissent l’actualité des assemblées, des petites SARL familiales jusqu’aux sociétés cotées dont les votes sur la rémunération des dirigeants font la une. La bonne nouvelle, c’est qu’une rémunération votée n’est pas intouchable. La mauvaise, c’est que le juge n’annule pas une paie au seul motif qu’elle vous paraît trop élevée : la Cour de cassation l’a rappelé avec netteté, et c’est même l’arme des dirigeants bien conseillés. Encore faut-il, pour eux, que chaque règle ait été respectée : vote régulier, conventions autorisées, absence de fraude. Cet article vous donne la méthode complète : comment contrôler la paie de votre associé-gérant, comment traquer les avantages déguisés, dans quels cas précis le tribunal annule la décision, et comment récupérer l’argent versé en trop, y compris devant les juridictions parisiennes.

I. Mon associé gérant s’est fait voter une prime énorme : comment contester une rémunération excessive déjà votée

Le premier réflexe consiste à lire le procès-verbal de l’assemblée qui a fixé la rémunération. C’est ce document qui détermine toute votre stratégie : une prime versée sans vote ne se combat pas comme une prime votée, et une prime votée irrégulièrement ne se combat pas comme une prime excessive mais régulière. Distinguer ces trois situations change tout, car chacune ouvre une porte différente vers l’annulation ou le remboursement.

A. Le gérant a-t-il le droit de voter sa propre prime et qui fixe vraiment sa paie

Dans une SARL, la rémunération du gérant est fixée par les associés, dans les statuts ou par une décision collective, et les décisions ordinaires se prennent à une majorité précise : les décisions sont adoptées par un ou plusieurs associés représentant plus de la moitié des parts sociales. Quand votre associé détient à lui seul plus de la moitié des parts, il peut donc, mathématiquement, voter seul sa propre rémunération. Cette réalité choque beaucoup de minoritaires, mais elle est le point de départ du droit commun des SARL, dont le gérant tient ses pouvoirs de la loi et des statuts : les règles de nomination et de pouvoirs du gérant de SARL laissent aux associés le soin d’organiser la direction, ce qui inclut la fixation de sa paie. Dans une SAS, la logique est encore plus contractuelle : le président représente la société et ses pouvoirs sont définis par les statuts, de sorte que tout dépend de ce que vos statuts prévoient sur la fixation de sa rémunération, assemblée des associés ou décision de la collectivité désignée.

Le point qui surprend le plus, c’est que le gérant a le droit de participer au vote qui fixe sa prime. La Cour de cassation l’a jugé sans ambiguïté dans une affaire où un gérant majoritaire s’était fait attribuer une prime exceptionnelle par l’assemblée : l’allocation d’une prime exceptionnelle au gérant ne s’analyse pas en une convention passée entre ce dernier et la société mais en la fixation d’un élément de sa rémunération et que celui-ci peut donc prendre part au vote. Autrement dit, inutile d’invoquer la procédure des conventions réglementées contre le simple vote d’une prime : la chambre commerciale a écarté ce moyen. Cette solution, rendue le 31 mars 2021 dans un dossier de SARL familiale où deux frères cogérants s’affrontaient, mérite d’être lue attentivement, car elle concentre tous les pièges du contentieux : dans cette espèce, l’assemblée convoquée à Paris avait révoqué un cogérant et, dans la foulée, octroyé une prime exceptionnelle à l’autre, resté seul aux commandes. Le frère évincé contestait tout, y compris le lieu de réunion choisi pour l’entraver, et la Cour a rappelé au passage que tout associé a le droit de participer aux décisions collectives, tout en jugeant que, dans le silence des statuts, le lieu de réunion est fixé par l’auteur de la convocation et ne peut être remis en cause qu’en cas d’abus de droit.

Concrètement, votre contrôle commence donc par quatre vérifications. Premièrement, les statuts : qui fixent-ils comme organe compétent pour arrêter la rémunération, et à quelle majorité. Deuxièmement, la convocation : avez-vous été convoqué régulièrement, avec l’ordre du jour et les documents permettant de voter en connaissance de cause, car une assemblée qui vous empêche de participer est annulable. Troisièmement, le quorum et la majorité : recomptez les voix sans les parts qui devaient être exclues, le cas échéant. Quatrièmement, la proportion : comparez la prime au résultat de l’exercice, à la rémunération des années précédentes et aux dividendes distribués. Dans une affaire jugée en 2021, la cour d’appel avait relevé des primes représentant treize fois le résultat annuel de la société, versées dans les quelques mois séparant l’engagement de cession des titres et sa réalisation : ces primes constituent des rémunérations abusives comme étant manifestement excessives et contraires à l’intérêt social. Ce chiffre de treize fois le résultat annuel donne l’échelle de ce que les juges du fond regardent : la disproportion massive, brutale, documentée par les comptes des exercices 2012 et 2013 analysés dans cet arrêt. Rassemblez donc les liasses fiscales, les bilans des trois derniers exercices, les procès-verbaux d’assemblées et tout échange écrit sur la prime : c’est ce dossier chiffré qui fera la différence entre une plainte vague et une contestation crédible. Et si votre associé s’est payé sans aucun vote, votre situation est en réalité plus simple : lisez notre analyse du cas où le gérant de SARL se paie seul sans vote des associés, car la restitution suit alors un chemin plus direct.

B. Voiture, logement, voyages : comment repérer les avantages cachés et les conventions interdites

La prime spectaculaire n’est souvent que la partie visible. Dans beaucoup de dossiers, l’essentiel de l’enrichissement passe par des avantages en nature et des conventions latérales : véhicule de fonction haut de gamme sans rapport avec l’activité, loyer d’un logement payé par la société, voyages et notes de frais généreuses, contrat de prestations avec une autre société appartenant au dirigeant, compte épargne-temps abondé en douceur. Tous ces versements obéissent à un régime strict, celui des conventions réglementées, et c’est là que les dirigeants s’exposent le plus. En SARL, le gérant doit présenter à l’assemblée un rapport sur les conventions intervenues directement ou par personnes interposées entre la société et l’un de ses gérants ou associés, et la sanction procédurale est claire : le gérant ou l’associé intéressé ne peut prendre part au vote et ses parts ne sont pas prises en compte pour le calcul du quorum et de la majorité. Retenez bien la différence avec le vote de la prime : ici, l’intéressé ne vote pas. Si votre associé a voté l’approbation de son propre contrat de location, de sa propre convention de prestations ou de son avantage en nature, la procédure est viciée et la porte de l’annulation s’ouvre.

En SAS, le mécanisme est voisin mais adapté à la souplesse de cette forme sociale : le commissaire aux comptes ou, à défaut, le président présente aux associés un rapport sur les conventions passées avec le président, un dirigeant ou un actionnaire détenant plus de 10 pour cent des droits de vote, et les associés statuent sur ce rapport. La loi assume une conséquence équilibrée : les conventions non approuvées, produisent néanmoins leurs effets, à charge pour la personne intéressée et éventuellement pour le président et les autres dirigeants d’en supporter les conséquences dommageables pour la société. Autrement dit, en SAS comme en SARL, une convention désapprouvée n’est pas automatiquement anéantie, mais son bénéficiaire doit réparer le préjudice causé à la société. C’est un levier de remboursement direct, souvent sous-estimé, qui permet de chiffrer chaque avantage et d’en demander la contrepartie. Dans les sociétés anonymes à conseil d’administration, la procédure est encore plus exigeante, avec l’autorisation préalable du conseil d’administration pour les conventions avec les dirigeants et les gros actionnaires, et, dans les sociétés à directoire et conseil de surveillance, l’autorisation préalable du conseil de surveillance pour les conventions avec un membre du directoire ou du conseil.

L’arrêt rendu le 17 septembre 2025 par la chambre commerciale donne à ce contentieux une actualité brûlante et une leçon définitive. Dans cette affaire, le président d’un directoire s’était vu appliquer un accord collectif instituant un compte épargne-temps, adopté en 2007, et avait perçu à son départ une somme de 69 584,53 euros dont 55 450,05 euros au titre de ce compte. La société demandait l’annulation de l’accord et la restitution, en faisant valoir que la convention n’avait jamais été autorisée par le conseil de surveillance. La cour d’appel avait refusé de sanctionner le dirigeant, faute de preuve d’une dissimulation ou d’une perception frauduleuse. La Cour de cassation a cassé cette décision avec une formule que tout associé minoritaire doit connaître : le non-respect de la procédure des conventions réglementées constitue, en soi, une infraction aux dispositions législatives applicables en la matière et une faute au sens de l’article L. 225-251. Aucune dissimulation à prouver, aucune fraude à établir : le seul défaut d’autorisation préalable suffit à caractériser la faute du dirigeant intéressé. Appliquez cette grille à votre dossier : chaque avantage consenti à votre associé sans le rapport et sans le vote requis est une faute établie, et chaque faute ouvre droit à réparation. Demandez par écrit la communication du rapport sur les conventions, du registre des décisions et des factures correspondantes ; l’absence de réponse ou un dossier vide constitue déjà un indice puissant. Et si les versements ressemblent à un pillage pur et simple plutôt qu’à des avantages votés ou conventionnés, basculez sur le terrain pénal expliqué dans notre dossier sur l’associé qui vide la société et l’abus de biens sociaux, car les deux actions civile et pénale peuvent avancer ensemble.

II. Faire annuler la décision et récupérer l’argent versé en trop

Une fois le dossier chiffré et les irrégularités procédurales identifiées, reste la question décisive : que peut vraiment obtenir du tribunal l’associé qui estime la paie excessive. La réponse tient en deux temps, et l’ordre compte. D’abord, faire annuler la décision collective qui a accordé la rémunération, ce qui suppose de réunir des conditions précises que la jurisprudence verrouille. Ensuite, obtenir la restitution des sommes et la réparation du préjudice, par l’action en responsabilité qui appartient aux associés même minoritaires. Beaucoup de procédures échouent parce qu’elles inversent cet ordre ou parce qu’elles demandent l’annulation au seul motif que la somme paraît choquante. Le droit des sociétés est plus exigeant, mais il offre, en contrepartie, des armes redoutables quand elles sont maniées dans le bon ordre.

A. Dans quels cas le juge annule une rémunération votée par l’assemblée

Voici la règle que votre adversaire brandira : une rémunération excessive mais régulièrement votée ne s’annule pas pour ce seul motif. La Cour de cassation l’a posée le 13 janvier 2021 dans une espèce exemplaire : un gérant majoritaire s’était fait voter, quelques semaines avant de céder ses parts pour 8 000 euros, prix du capital nominal, une prime de 83 000 euros puis un rappel de salaire de 3 049,94 euros, tandis que la promesse de cession prévoyait en parallèle le rachat par la société de son fonds artisanal pour 242 000 euros, ramenés ensuite à 212 000 euros. Devenu dirigeant, l’acquéreur avait refusé de payer ces primes, jugées ruineuses pour une société dont elles représentaient treize fois le résultat annuel. La cour d’appel lui avait donné raison et annulé les délibérations. La chambre commerciale a cassé, au visa des règles de la nullité des délibérations, en énonçant le principe directeur du contentieux : une délibération de l’assemblée générale des associés d’une société octroyant une rémunération exceptionnelle à son dirigeant ne peut être annulée qu’en cas de violation des dispositions impératives du livre II dudit code ou de violation des lois qui régissent les contrats, et non au seul motif de sa contrariété à l’intérêt social, sauf fraude ou abus de droit commis par un ou plusieurs associés pour favoriser ses ou leurs intérêts au détriment de ceux d’un ou plusieurs autres associés. L’arrêt précise même que la cour d’appel avait statué, je cite, sur le seul fondement de la contrariété des délibérations à l’intérêt social, sans caractériser ni violation légale ni fraude ni abus de droit, et que cette motivation ne suffisait pas.

Ne lisez pas cet arrêt comme une défaite des minoritaires : lisez-le comme un mode d’emploi. Il vous indique exactement les trois chemins qui mènent à l’annulation. Premier chemin, la violation d’une règle impérative du livre II du code de commerce : convocation irrégulière, quorum faussé, majorité non atteinte, vote d’un intéressé là où la loi l’exclut. Rappelez-vous que les décisions prises en violation des règles de majorité peuvent être annulées à la demande de tout intéressé, ce qui vous donne qualité pour agir même avec une seule part. Deuxième chemin, la violation des lois qui régissent les contrats : dol, violence, erreur sur les qualités essentielles, cause illicite, gratification déguisée. Troisième chemin, et c’est le plus pratiqué, la fraude ou l’abus de droit, dont la forme la plus connue en droit des sociétés s’appelle l’abus de majorité. L’abus de majorité se prouve par deux éléments cumulatifs que la jurisprudence exige ensemble : une décision contraire à l’intérêt social, et la poursuite du seul intérêt des majoritaires au détriment des minoritaires. La disproportion chiffrée sert le premier élément, et le calendrier sert le second : une prime géante votée juste avant une cession, juste après votre entrée au capital, ou juste avant une distribution de dividendes dont vous êtes privé, dessine l’intention de vous évincer de la valeur. À l’inverse, une rémunération élevée mais stable depuis des années, proportionnée au travail réel et accompagnée de dividendes réguliers, résistera presque toujours.

Préparez donc votre démonstration en trois colonnes. Colonne un, l’irrégularité formelle : statuts, convocation, ordre du jour, feuille de présence, décompte des voix, rapport sur les conventions. Colonne deux, la disproportion économique : évolution de la rémunération sur cinq ans, ratio sur le chiffre d’affaires et le résultat, comparaison avec le dividende par part, niveau de vie de la société. Colonne trois, l’intention : chronologie des votes par rapport aux cessions, aux entrées et sorties d’associés, aux demandes de distribution que vous aviez formulées. C’est l’addition des trois colonnes qui emporte la conviction, jamais un seul argument isolé. Et gardez une porte de sortie négociée : beaucoup de dirigeants préfèrent transiger et restituer une partie des sommes plutôt que de subir une annulation publique, une expertise et une assignation en responsabilité. Une mise en demeure chiffrée, adossée aux textes et aux arrêts cités dans cet article, ouvre souvent cette négociation.

B. Récupérer les sommes à Paris et en Île-de-France : action sociale, pièces et tribunal compétent

Une fois la décision annulée, ou parallèlement à cette demande, la loi vous donne l’arme la plus puissante du minoritaire : l’action sociale en responsabilité. Les associés peuvent, soit individuellement, soit en se groupant, intenter l’action sociale en responsabilité contre les gérants, et les demandeurs sont habilités à poursuivre la réparation de l’entier préjudice subi par la société, à laquelle les dommages-intérêts sont alloués. Concrètement, même seul avec une part minime, vous pouvez demander au tribunal de condamner le gérant à rembourser à la société tout ce qu’il a perçu en trop : primes excessives, avantages non autorisés, conséquences dommageables des conventions désapprouvées. Et la loi verrouille la porte de sortie favorite des majoritaires, le vote d’une décharge en assemblée : aucune décision de l’assemblée ne peut avoir pour effet d’éteindre une action en responsabilité contre les gérants pour faute commise dans l’accomplissement de leur mandat. Le quitus voté par votre associé et ses alliés ne vous arrêtera pas. Ajoutez que l’assemblée générale ordinaire doit se tenir chaque année pour approuver les comptes, puisque l’assemblée générale ordinaire est réunie au moins une fois par an, dans les six mois de la clôture de l’exercice : chaque approbation annuelle des comptes est une occasion de contester, de faire consigner votre opposition au procès-verbal et de demander les justificatifs, ce qui nourrit votre dossier pour l’année suivante.

À Paris et en Île-de-France, ce contentieux suit un circuit bien rodé qu’il faut connaître pour agir vite et au bon endroit. Si le siège de votre société est à Paris, l’assignation en annulation et en responsabilité se porte devant le tribunal de commerce de Paris, et l’appel devant la cour d’appel de Paris, dont le pôle spécialisé en droit des sociétés rend l’essentiel de la jurisprudence commentée dans cet article. Si le siège est en petite ou en grande couronne, le tribunal de commerce territorialement compétent s’applique, avec appel devant la cour d’appel de Paris ou de Versailles selon le département. Les spécificités parisiennes sont pratiques autant que juridiques : les greffes exigent un dossier carré avec les comptes annuels déposés, que vous pouvez obtenir au greffe même si la société néglige de vous les transmettre ; les délais d’audiencement commandent de chiffrer vos demandes dès l’assignation ; et les présidents de chambre connaissent par cœur les trois arrêts cités ici, ce qui rend une argumentation adossée à ces décisions particulièrement efficace. Constituez dès maintenant votre pochette : statuts à jour, registre des décisions, procès-verbaux des trois dernières assemblées, bilans et comptes de résultat sur cinq ans, relevés des rémunérations et avantages, contrats et factures litigieux, échanges écrits avec le dirigeant, et la mise en demeure restée sans réponse. Faites constater par écrit chaque refus de communication, car le dirigeant qui cache ses avantages aggrave son cas devant le tribunal.

Deux erreurs reviennent sans cesse et gâchent des dossiers pourtant solides. La première consiste à demander l’annulation en invoquant seulement que la somme est scandaleuse, sans viser une règle violée ni démontrer la fraude : depuis l’arrêt du 13 janvier 2021, cette demande est vouée à l’échec. La seconde consiste à attendre des années en espérant que la situation s’arrange, pendant que les assemblées successives approuvent les comptes et que les preuves se dispersent : contestez chaque année, par écrit, au procès-verbal, et agissez dès que le dossier chiffré est prêt. Enfin, ne confondez pas les terrains : si les retraits ont eu lieu en dehors de toute décision, sans vote et sans convention, c’est le détournement pur qui domine et le réflexe pénal doit être envisagé aux côtés de l’action civile ; si une prime a été votée sans que vous soyez convoqué, c’est la nullité pour violation de votre droit de participer qui prime ; si tout a été voté en apparence mais que les montants défient toute raison économique, c’est la démonstration fraude et abus de droit qui s’impose, avec l’action sociale comme véhicule de la restitution. Le vote des rémunérations des dirigeants, qui fait l’actualité des assemblées de 2026 jusque dans les grandes sociétés cotées appelées à se prononcer fin septembre, ne change rien à ces règles, comme le montre notre éclairage sur le vote de la paye des dirigeants en assemblée : que la société soit une SARL familiale parisienne ou un groupe coté, le contrôle appartient aux associés, et le juge sanctionne les montages qui les en privent.

Conclusion

Une rémunération votée n’est jamais un chèque en blanc. Votre associé-gérant peut voter sa propre prime, mais il ne peut pas voter l’approbation de ses propres conventions, il ne peut pas s’affranchir des règles de convocation et de majorité, et il ne peut pas transformer la société en tirelire sans répondre de sa faute. La jurisprudence récente vous donne une feuille de route claire : le défaut d’autorisation d’une convention vaut faute à lui seul, la prime disproportionnée se mesure dans les comptes, et l’annulation se gagne sur la violation d’une règle, la fraude ou l’abus de droit, jamais sur la seule indignation. Commencez par exiger les documents, faites consigner votre opposition à chaque assemblée, chiffrez la disproportion sur plusieurs exercices, puis frappez dans l’ordre : nullité de la décision irrégulière, annulation pour fraude ou abus de droit, et action sociale pour faire restituer à la société chaque euro indûment perçu. Le dirigeant qui s’estime intouchable parce qu’il détient la majorité découvre alors que la loi protège aussi celui qui ne détient qu’une part.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».