Le 5 août 2026, le tribunal de commerce de Bordeaux a ouvert une procédure de redressement judiciaire à l’encontre de Tudigo, la plateforme bordelaise de financement participatif fondée en 2015, en fixant la cessation des paiements au 31 juillet 2026. L’avis publié au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales le 16 août 2026 désigne l’administrateur, la Selarl Fhbx à Bordeaux, et le mandataire judiciaire, la Selarl Laura Lafon, et invite les créanciers à déclarer leurs créances dans les deux mois. Selon les informations de l’Agence France-Presse reprises par la presse économique le 17 septembre 2026, la plateforme, qui revendique plus de 200 millions d’euros investis, 300 levées de fonds et 25 000 investisseurs depuis sa création, avait jusqu’au 14 septembre pour recevoir des offres de reprise, examinées par le tribunal le 30 septembre 2026. Derrière cette procédure, ce sont trois chaînes professionnelles qui vacillent : les petites et moyennes entreprises qui ont levé des fonds par l’intermédiaire de la plateforme et dont les remboursements transitent par ses circuits, les investisseurs qui ont souscrit des titres ou consenti des prêts via ses holdings d’investissement, et les prestataires, fournisseurs et bailleurs de la plateforme elle-même.
La réponse tient en trois réflexes, à engager par écrit et sans attendre. D’abord, déclarer sa créance au mandataire judiciaire dans le délai de deux mois à compter de la publication du jugement au Bulletin officiel, car passé ce délai la créance est forclose et seul un relevé de forclusion demandé dans les six mois peut la sauver. Ensuite, identifier qui détient juridiquement vos titres et qui assure contractuellement le suivi des remboursements : les holdings d’investissement sont en principe indépendantes de la plateforme, et tout prestataire agréé doit disposer d’un plan de continuité prévoyant la reprise du suivi par un tiers en cas de défaillance. Enfin, pour les contrats en cours avec la plateforme, écrire à l’administrateur pour qu’il prenne parti sur leur poursuite : l’ouverture du redressement ne résilie rien à elle seule, mais l’administrateur a seul la faculté d’exiger l’exécution des contrats en cours, et les impayés antérieurs ne se règlent que par déclaration au passif.
Trois réserves encadrent tout ce qui suit. Les faits procéduraux sont établis d’après l’avis du Bulletin officiel lu dans son texte intégral via l’interface officielle de diffusion, et d’après l’article de la presse économique du 17 septembre 2026 lu intégralement, qui attribue lui-même l’information sur la procédure à l’Agence France-Presse : ce qui est rapporté par la presse comme une information d’agence est présenté comme tel, sans affirmation propre sur ce qui n’a pas été vérifié à la source. Les causes internes évoquées publiquement, crise de gouvernance et désaccords entre associés, sont des explications rapportées par les protagonistes et ne fondent aucune conclusion de cet article sur les responsabilités. Enfin, chaque investissement a son véhicule juridique propre, chaque créance son rang et chaque contrat ses clauses : les règles exposées sont vérifiées sur les textes en vigueur au 22 septembre 2026 et sur des décisions lues intégralement, mais leur application suppose de relire vos propres écrits et de dater chaque démarche. Ce qui suit est la carte des décisions, pas une promesse d’issue, et aucune garantie de visibilité ou de résultat ne peut en être tirée.
I. Une plateforme en redressement et les trois dominos qu’elle déclenche
Comprendre la trajectoire exacte de Tudigo, puis identifier les trois catégories d’acteurs que le redressement frappe différemment : c’est le préalable sans lequel toute démarche se perd dans l’approximation. Une plateforme de financement participatif n’est pas un simple intermédiaire commercial, c’est le nœud contractuel par lequel transitent l’argent des investisseurs et les engagements des entreprises financées, et chaque défaillance de ce nœud se répercute des deux côtés.
A. De Bulb in Town au 5 août 2026 : une trajectoire qui épouse la crise du secteur
Tudigo est née en 2015 sous le nom de Bulb in Town, dans la décennie d’expansion du financement participatif portée par des taux d’intérêt bas. La plateforme revendique depuis sa création plus de 200 millions d’euros investis, 300 levées de fonds et 25 000 investisseurs, des chiffres rapportés par la presse économique du 17 septembre 2026. L’avis officiel la décrit comme exerçant l’activité de conseiller en investissement participatif et d’intermédiaire en financement participatif, ainsi que l’exploitation d’une plateforme au sens du règlement européen du 7 octobre 2020 sur les prestataires européens de services de financement participatif. Autrement dit, Tudigo opère sous le double régime du droit français et du règlement européen qui a harmonisé le statut des plateformes depuis novembre 2021.
Le retournement sectoriel est documenté par des données publiques. Selon le baromètre publié en mars 2026 par France FinTech et Forvis Mazars sur la collecte 2025, le financement participatif français a collecté 1 763 millions d’euros en 2025, en progression de 1,8 % après deux années de repli, mais le nombre de projets financés a chuté de 19,1 %, à 132 369, un recul qui s’explique surtout par la baisse des projets financés en don. Les projets financés en prêt ou en investissement, ceux qui concentrent le risque juridique en cas de défaillance d’une plateforme, ne représentent que 3 109 dossiers sur ce total. L’immobilier, longtemps moteur de la collecte, ne pèse plus que 47,9 % des volumes contre près de 70 % il y a quelques années, et un acteur historique du secteur, Koregraf, a cessé son activité immobilière en 2025, tandis que WeShareBonds, plateforme de prêt aux petites et moyennes entreprises et à l’immobilier, a également mis fin à la sienne la même année. L’investissement en capital dédié aux jeunes pousses a chuté de 201,6 à 163,4 millions d’euros entre 2024 et 2025, et la durée moyenne de collecte pour ces projets est passée de 61 à 89 jours. La crise de Tudigo s’inscrit donc dans un resserrement avéré du marché, même si la plateforme invoque elle aussi, dans un communiqué publié sur son site, une crise de gouvernance interne apparue à l’automne 2024, ayant conduit son cofondateur à reprendre seul la direction en décembre 2025 après le départ de son associé. Un dirigeant d’une plateforme concurrente y voit des choix internes plutôt qu’une fragilité du secteur, ce qui illustre que les causes font débat et que le lecteur doit se concentrer sur ses propres droits plutôt que sur les explications.
La chronologie procédurale, elle, ne fait débat pour personne car elle résulte de l’avis officiel. Cessation des paiements constatée le 31 juillet 2026, jugement d’ouverture du redressement judiciaire le 5 août 2026 par le tribunal de commerce de Bordeaux, publication au Bulletin officiel le 16 août 2026, avec un administrateur chargé d’assister le débiteur et un mandataire judiciaire destinataire des déclarations de créances. Les créanciers déclarent au mandataire ou sur le portail électronique prévu par le code de commerce dans les deux mois à compter de la publication. Pour les créanciers demeurant en France métropolitaine, le délai court donc en principe jusqu’au milieu du mois d’octobre 2026. Entre-temps, les offres de reprise devaient être remises jusqu’au 14 septembre et sont examinées par le tribunal le 30 septembre 2026, soit huit jours après la publication du présent article. C’est cette audience qui décidera si la plateforme continue sous une nouvelle direction, fait l’objet d’un plan de cession ou bascule vers la liquidation, et chaque acteur doit s’y préparer sans l’attendre pour agir.
B. Trois acteurs, trois situations juridiques différentes
Le premier domino, ce sont les entreprises financées, porteurs de projets au sens du code monétaire et financier. Une petite ou moyenne entreprise qui a levé des fonds en capital via Tudigo a cédé des titres à une holding d’investissement qui regroupe les souscripteurs ; une entreprise qui a emprunté via la plateforme doit rembourser des échéances selon un calendrier dont le suivi opérationnel, relances et encaissements, transitait souvent par les outils de la plateforme. Le redressement de l’intermédiaire ne fait pas disparaître la dette de l’entreprise financée ni les droits des investisseurs : les contrats de prêt et les pactes subsistent, mais leur gestion quotidienne peut se gripper si personne ne relance, n’encaisse ou ne rend compte. Le dirigeant d’une entreprise financée doit donc vérifier à qui il doit payer, sur quel compte et avec quelle preuve, plutôt que de suspendre ses remboursements au motif que la plateforme est en difficulté, car une suspension unilatérale l’exposerait à des mises en demeure des investisseurs ou du repreneur du portefeuille. Il doit aussi réunir le dossier complet de la levée : fiche d’informations clés sur l’investissement, contrat de prêt ou bulletin de souscription, tableau d’amortissement, relevés des échéances déjà réglées et copie des échanges avec la plateforme sur le suivi.
Le deuxième domino, ce sont les investisseurs, particuliers et professionnels, qui ont placé leur argent par l’intermédiaire de la plateforme. Leur situation dépend entièrement du véhicule utilisé. Dans le modèle dominant du financement participatif en capital, l’investisseur ne détient pas directement des parts de l’entreprise financée mais des titres d’une holding d’investissement, souvent une société par actions simplifiée créée pour chaque levée, qui elle-même détient la participation. Ces holdings sont juridiquement indépendantes de la plateforme, de sorte que l’ouverture d’un redressement à l’égard de la plateforme n’entraîne pas mécaniquement la perte des titres : l’investisseur reste associé de la holding, et la holding reste associée ou créancière de l’entreprise financée. Mais l’indépendance juridique ne vaut que si le suivi est assuré : assemblées générales de la holding, exercice des droits de vote, remontée des informations financières, distribution des éventuels dividendes ou remboursements. C’est précisément l’objet du plan de continuité que la réglementation européenne impose à chaque prestataire agréé, examiné dans la seconde partie. L’investisseur en prêts directs, lui, reste créancier de l’entreprise financée pour les échéances impayées et doit déclarer sa créance dans la procédure de l’emprunteur si celui-ci est lui-même défaillant, ce qui est une procédure distincte de celle de Tudigo. Quant à d’éventuelles créances contre la plateforme elle-même, commissions indûment prélevées, garanties contractuelles de suivi, fonds en transit non reversés, elles se déclarent au passif du redressement de Tudigo dans le délai de deux mois.
Le troisième domino, ce sont les cocontractants directs de la plateforme : prestataires techniques et commerciaux, fournisseurs de services, bailleur des locaux bordelais de la rue Thiac, et salariés dont les créances salariales suivent un régime propre avec avance des institutions de garantie. Ces créanciers ordinaires appliquent le droit commun des procédures collectives : déclaration au passif pour les sommes nées avant le 5 août 2026, paiement à l’échéance pour les prestations fournies après cette date pour les besoins de la période d’observation. Le bailleur des locaux, en particulier, doit surveiller le paiement des loyers postérieurs au jugement d’ouverture, car c’est sur ce terrain que se joue la continuation ou la résiliation du bail commercial, comme l’a rappelé la Cour de cassation dans un arrêt du 10 décembre 2025 : le juge-commissaire saisi par le bailleur d’une demande de constat de la résiliation du bail pour défaut de paiement des loyers afférents à une occupation postérieure au jugement d’ouverture doit s’assurer, au jour où il statue, que de tels loyers demeurent impayés. Pour les prestataires qui continuent à travailler pour la plateforme pendant la période d’observation, l’enjeu est symétrique : leurs factures postérieures, nées régulièrement pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d’une prestation fournie pendant cette période, sont payées à leur échéance et bénéficient à défaut d’un privilège de paiement avant les autres créances. Chaque facture doit donc être datée et rattachée sans ambiguïté à une prestation précise, car le rattachement décide du rang.
II. Déclarer, suivre, trancher les contrats : le mode d’emploi vérifié
Une fois la carte des acteurs dressée, le raisonnement suit un ordre impératif : d’abord la déclaration, car sans elle aucun droit au passif ne survit ; ensuite le suivi des titres et des remboursements, car l’indépendance juridique des véhicules ne suffit pas sans gestion effective ; enfin les contrats en cours, car il faut savoir s’ils vivent encore ou s’ils sont déjà condamnés.
A. Déclarer dans les deux mois : le délai qui ne pardonne pas, et ses deux filets
Le principe est posé par le code de commerce : « A partir de la publication du jugement, tous les créanciers dont la créance est née antérieurement au jugement d’ouverture, à l’exception des salariés, adressent la déclaration de leurs créances au mandataire judiciaire dans des délais fixés par décret en Conseil d’Etat ». La partie réglementaire fixe le délai avec une précision qui ne souffre aucune approximation : « Le délai de déclaration fixé en application de l’article L. 622-26 est de deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales ». Pour Tudigo, dont l’avis est paru le 16 août 2026, le délai court donc en principe jusqu’au 16 octobre 2026 pour les créanciers demeurant en France métropolitaine, avec une prolongation de deux mois pour ceux qui demeurent hors de ce territoire. La déclaration s’adresse au mandataire judiciaire désigné, la Selarl Laura Lafon à Bordeaux, ou s’effectue sur le portail électronique prévu par le code de commerce, par tout moyen conférant date certaine, et elle peut être faite par le créancier lui-même ou par un mandataire de son choix. Elle doit être faite alors même que la créance ne serait pas établie par un titre, et les créances dont le montant n’est pas encore définitivement fixé sont déclarées sur la base d’une évaluation : l’investisseur qui ignore le solde exact des sommes en transit déclare une évaluation documentée plutôt que de s’abstenir.
Le premier filet tient à la liste que le débiteur doit lui-même établir. Le code impose au débiteur de remettre à l’administrateur et au mandataire judiciaire, pour les besoins de l’exercice de leur mandat, « la liste de ses créanciers, du montant de ses dettes et des principaux contrats en cours ». Lorsque le débiteur a porté une créance à la connaissance du mandataire dans le délai réglementaire, « il est présumé avoir agi pour le compte du créancier tant que celui-ci n’a pas adressé la déclaration de créance », et le créancier peut ratifier la déclaration faite en son nom jusqu’à ce que le juge statue sur l’admission. La Cour de cassation a précisé le 3 juillet 2024 que cette présomption joue dans la limite du contenu de l’information donnée au mandataire, et qu’elle ne vaut pas reconnaissance par le débiteur du bien-fondé de la créance, de sorte qu’il peut ultérieurement la contester : « il résulte de l’article L. 622-24 du code de commerce que la créance portée par le débiteur, conformément à l’obligation que lui fait l’article L. 622-6 du même code, à la connaissance du mandataire judiciaire dans le délai de l’article R. 622-24 du même code, si elle fait présumer la déclaration de sa créance par son titulaire, dans la limite du contenu de l’information donnée au mandataire judiciaire, ne vaut pas reconnaissance par le débiteur du bien-fondé de cette créance, de sorte qu’il peut ultérieurement la contester ». La cour d’appel de Besançon en a tiré les conséquences pratiques le 4 février 2026 : « la créance portée à la connaissance du mandataire judiciaire par le débiteur, dans le délai fixé à l’article R. 622-24 du code de commerce, fait présumer de la déclaration de sa créance par son titulaire, mais seulement dans la limite du contenu de l’information fournie au mandataire judiciaire par le débiteur », de sorte que, pour le montant indiqué par le débiteur, la déclaration de celui-ci vaut déclaration pour le compte du créancier, sans valoir pour autant reconnaissance de la créance, qui reste soumise à vérification. Concrètement, l’investisseur ou le prestataire qui figure sur la liste de Tudigo pour le bon montant bénéficie d’une présomption utile, mais il doit néanmoins adresser sa propre déclaration pour sécuriser l’intégralité de ses droits, majorations et accessoires compris, et conserver la preuve de son envoi.
Le second filet est le relevé de forclusion. La loi prévoit que « les créanciers ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes à moins que le juge-commissaire ne les relève de leur forclusion s’ils établissent que leur défaillance n’est pas due à leur fait ou qu’elle est due à une omission du débiteur lors de l’établissement de la liste prévue au deuxième alinéa de l’article L. 622-6 », et que « L’action en relevé de forclusion ne peut être exercée que dans le délai de six mois ». La Cour de cassation a jugé le 3 juillet 2024 que « selon l’article L. 622-26 du code de commerce, l’omission du créancier par le débiteur sur la liste prévue à l’article L. 622-6 précité permet à ce créancier d’être de plein droit relevé de la forclusion par le juge-commissaire », en écartant l’argument du débiteur qui refusait de mentionner un créancier au motif qu’il contestait la créance. Pour les investisseurs et prestataires de Tudigo, la leçon est double : vérifier dès maintenant si vous figurez sur la liste du débiteur et pour quel montant, et si vous n’y figurez pas, préparer une demande de relevé de forclusion dans les six mois en établissant soit que votre retard n’est pas de votre fait, soit que l’omission vient du débiteur. Dans les deux cas, la preuve de la date d’envoi de chaque courrier au mandataire est l’élément qui fait basculer l’issue, comme le montrent les litiges où le sort d’une créance s’est joué sur la démonstration d’un envoi recommandé avant l’expiration du délai.
B. Titres, remboursements et contrats en cours : qui fait quoi pendant la période d’observation
Pour les investisseurs en capital, la question centrale est celle du suivi des holdings. La réglementation européenne impose à chaque prestataire agréé, dès sa demande d’agrément, « une description du plan de continuité des activités » qui, en tenant compte de la nature, de l’ampleur et de la complexité des services fournis, « établit des mesures et des procédures garantissant, en cas de défaillance du prestataire potentiel de services de financement participatif, la continuité de la fourniture des services essentiels liés aux investissements existants et la bonne gestion des accords entre le prestataire potentiel de services de financement participatif et ses clients ». Le considérant introductif du règlement affiche l’objectif : « Les prestataires de services de financement participatif devraient être tenus d’élaborer des plans de continuité des activités afin de faire face aux risques associés à la défaillance d’un prestataire de services de financement participatif ». En droit français, ces prestataires « sont agréés, dans les conditions fixées par ce règlement, par l’Autorité des marchés financiers », et « L’Autorité des marchés financiers est compétente pour assurer la surveillance et le contrôle des prestataires agréés ». L’investisseur doit donc exiger de savoir quel tiers a été désigné pour reprendre le suivi des holdings et des remboursements, sur quel fondement contractuel, et avec quel accès aux documents : relevés de la holding, identité de son représentant légal, état des participations, calendrier des assemblées. Si aucun tiers n’est désigné ou si le suivi est interrompu, l’investisseur conserve ses droits d’associé de la holding et peut agir pour les exercer, y compris en demandant en justice la désignation d’un mandataire, plutôt que de subir l’inertie. Les entreprises financées, de leur côté, doivent continuer à convoquer les organes sociaux et à informer, faute de quoi elles s’exposent à des actions en responsabilité de leurs propres investisseurs.
Pour les contrats en cours avec la plateforme, le principe est la continuité forcée, pas la résiliation automatique. Le code dispose que « Nonobstant toute disposition légale ou toute clause contractuelle, aucune indivisibilité, résiliation ou résolution d’un contrat en cours ne peut résulter du seul fait de l’ouverture d’une procédure de sauvegarde », texte rendu applicable au redressement judiciaire, et que « Le cocontractant doit remplir ses obligations malgré le défaut d’exécution par le débiteur d’engagements antérieurs au jugement d’ouverture ». Seul l’administrateur décide : « L’administrateur a seul la faculté d’exiger l’exécution des contrats en cours en fournissant la prestation promise au cocontractant du débiteur ». La Cour de cassation a précisé le 19 avril 2023 que « la continuation d’un contrat en cours oblige le cocontractant à remplir ses obligations malgré le défaut d’exécution par le débiteur d’engagements antérieurs au jugement d’ouverture, lesquels n’ouvrent droit au profit du créancier qu’à déclaration au passif ». Le prestataire de Tudigo qui poursuit sa mission pendant la période d’observation ne peut donc pas opposer ses factures antérieures impayées pour refuser d’exécuter, mais ces factures antérieures se déclarent au passif, tandis que les prestations nouvelles, nées régulièrement après le jugement pour les besoins de la procédure ou en contrepartie d’une prestation fournie pendant cette période, « sont payées à leur échéance ». La cour d’appel de Grenoble a illustré le 3 juillet 2025 la frontière entre les deux masses dans un litige opposant un carrossier à l’administrateur d’un débiteur : « les factures impayées antérieures à l’option exercée par l’administrateur judiciaire le 4 novembre 2019 ne sauraient être prises en compte » au titre de l’exécution poursuivie, et le préjudice lié à la perte de chance de contracter avec une société solvable a été évalué à 60 % des impayés postérieurs, soit « 77.664,75 euros (129.441,25 euros x 60 %) ». Si la procédure bascule en liquidation, le même raisonnement se prolonge : le liquidateur a seul la faculté d’exiger l’exécution des contrats en cours, et à défaut de poursuite, « l’inexécution peut donner lieu à des dommages et intérêts au profit du cocontractant, dont le montant doit être déclaré au passif ». Le geste utile, dès maintenant, est d’écrire à l’administrateur pour lui demander de prendre parti sur chaque contrat, car sans réponse à une mise en demeure, le contrat est résilié de plein droit au bout d’un mois, et le surcoût de remplacement se chiffre pour être déclaré.
Au terme de cette carte, chaque acteur sait ce qu’il doit faire cette semaine : l’investisseur identifie sa holding, vérifie le tiers chargé du suivi et déclare au passif de Tudigo ce que la plateforme elle-même lui doit ; l’entreprise financée sécurise le circuit de ses remboursements, réunit son dossier de levée et ne suspend aucun paiement sans écrit ; le prestataire déclare ses factures antérieures au 5 août 2026, facture à part ses prestations postérieures et demande par écrit à l’administrateur s’il poursuit ou non le contrat. Les délais courent depuis le 16 août 2026, l’audience du 30 septembre 2026 approche, et chaque semaine sans écrit est une option qui se ferme. Pour les situations où les montants, les véhicules ou les clauses sont complexes, l’accompagnement par des avocats en droit des affaires à Paris permet de faire vérifier le montage, les délais et les preuves avant qu’ils ne deviennent irréversibles.
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