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Facturation électronique bloquée depuis le 1er septembre 2026 : qui prouve quoi face aux fournisseurs et aux clients

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises françaises assujetties à la TVA doivent être capables de recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises comme les entreprises de taille intermédiaire doivent aussi les émettre sous ce format. Derrière cette bascule, une chaîne d’intermédiaires nouveaux : les plateformes agréées, qui acheminent les factures et transmettent une partie des données à l’administration fiscale. Quand l’une de ces plateformes tombe en panne, perd son agrément ou annonce son retrait du marché, l’effet est immédiat et en cascade : les factures de l’entreprise restent bloquées dans un tuyau fermé, le fournisseur n’est pas payé, le client ne reçoit pas le document dont il a besoin pour exercer ses droits, et chacun renvoie la faute à l’autre. La réponse tient en une phrase : les délais de paiement continuent de courir malgré la panne, celui qui réclame doit prouver, et celui qui subit doit écrire vite. Avec une réserve importante : le gouvernement a annoncé qu’aucune sanction ne serait appliquée aux entreprises en 2026, ce qui laisse du temps pour se mettre en règle mais n’efface ni les dettes entre professionnels ni la nécessité de prouver ce qui s’est réellement passé.

I. La carte des conséquences quand la plateforme s’arrête

A. Côté entreprise émettrice et fournisseur impayé : les délais courent toujours

Le point de départ est simple et souvent mal compris : depuis le 1er septembre 2026, « L’émission, la transmission et la réception des factures électroniques s’effectuent en recourant à une plateforme agréée. » L’entreprise ne peut donc plus contourner durablement sa plateforme en renvoyant un simple PDF par courriel : ce serait une facture hors norme, et « Le non-respect par l’assujetti de l’obligation d’émission d’une facture sous une forme électronique dans les conditions prévues à l’article 289 bis donne lieu à l’application d’une amende de 50 € par facture, sans que le total des amendes appliquées au titre d’une même année civile puisse être supérieur à 15 000 €. » Symétriquement, la plateforme défaillante n’est pas à l’abri : « Toute omission ou tout manquement par une plateforme agréée aux obligations de transmission de données mentionnées à l’article 289 E donne lieu à une amende de 50 € par facture mise à la charge de cette plateforme, sans que le total des amendes appliquées au titre d’une même année civile puisse être supérieur à 45 000 €. » La panne crée donc deux expositions fiscales en miroir, même si la tolérance annoncée pour 2026 en suspend en pratique l’application aux entreprises.

L’erreur la plus coûteuse serait de croire que la panne suspend aussi les dettes entre professionnels. Il n’en est rien : les délais de paiement du code de commerce continuent de courir, que la facture ait transité ou non. (à défaut de stipulation contraire, le délai supplétif de trente jours après la réception des marchandises ou l’exécution de la prestation s’applique, en vertu de l’article L. 441-10 du code de commerce) Et quand le contrat prévoit un délai calculé depuis la facture, la date d’émission reste le point de départ, pas la date de bonne réception par la plateforme du destinataire. Surtout, le fournisseur impayé n’a pas besoin de relancer pour faire courir les sanctions civiles : « Les pénalités de retard sont exigibles sans qu’un rappel soit nécessaire. » Le client qui retient le paiement en arguant que « la facture n’est jamais arrivée » doit comprendre qu’il accumule des pénalités calculées au taux de la Banque centrale européenne majoré de dix points, plus l’indemnité forfaitaire de recouvrement, pendant qu’il discute. C’est exactement le risque pointé avant l’échéance par les praticiens : des entreprises qui profiteraient de factures mal acheminées ou non reçues pour retarder certains paiements, avec une répercussion directe sur la trésorerie des fournisseurs, en particulier les plus petits.

Face à cette mécanique, une décision protège immédiatement l’entreprise émettrice : comptabiliser quand même la transaction. La loi récompense le contribuable transparent jusque dans l’amende pour défaut de facture : « lorsque la transaction a été comptabilisée, l’amende est réduite à 5 % et ne peut excéder 37 500 € par exercice », alors que « Le client professionnel est solidairement tenu au paiement de cette amende, qui ne peut excéder 375 000 € par exercice. » Autrement dit, même bloquée dans la plateforme, une vente enregistrée en comptabilité coûte dix fois moins cher en risque fiscal qu’une vente passée sous silence, et le client professionnel, solidaire de l’amende, a lui aussi intérêt à ce que l’opération soit tracée plutôt qu’effacée. La comptabilisation ne remplace pas la facture, mais elle prouve la réalité de la créance et limite l’exposition des deux côtés.

L’ampleur du risque n’est pas théorique : à six mois de l’échéance, 38 % des entreprises n’avaient toujours pas défini de plan d’action, seules 35 % avaient choisi leur plateforme agréée et 42 % déclaraient même n’en connaître aucune, selon le baromètre cité par France Num, le portail officiel de la transformation numérique des entreprises. C’est dans ce contexte que le ministre de l’action et des comptes publics a réuni les plateformes agréées à Bercy le 26 août 2026, quelques jours après la révélation d’une fuite massive de données de la direction générale des finances publiques, pour durcir les exigences de démonstration continue de leur sécurité. Le même gouvernement a toutefois choisi la bienveillance pour le démarrage : aucune sanction ne sera appliquée aux entreprises en 2026. Cette tolérance est une chance à saisir pour basculer proprement, pas un permis de négliger : elle ne suspend ni les délais de paiement entre professionnels, ni les pénalités de retard, ni la nécessité de prouver les incidents.

Parallèlement à la facture elle-même, l’entreprise doit penser aux données à transmettre à l’administration pour les opérations qui ne transitent pas par la facturation électronique : c’est l’e-reporting, qui impose aux assujettis établis en France de communiquer sous forme électronique les données de certaines opérations, selon des normes définies par arrêté du ministre chargé du budget. En période de panne, ce canal devient vital : même si les factures sont bloquées dans la plateforme, les données d’activité peuvent et doivent continuer à remonter. L’entreprise qui régularise ses transmissions pendant l’incident démontre sa bonne foi et se met à l’abri du soupçon d’opérations dissimulées, tandis que celle qui cesse toute transmission s’expose à voir l’incident technique requalifié en manquement fiscal.

Reste la question que tout dirigeant pose le premier : la panne de la plateforme constitue-t-elle un cas de force majeure qui excuserait le retard ? La réponse du code civil est exigeante et cumulative : « Il y a force majeure en matière contractuelle lorsqu’un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et dont les effets ne peuvent être évités par des mesures appropriées, empêche l’exécution de son obligation par le débiteur. » Trois conditions, donc : extériorité, imprévisibilité à la conclusion, et inévitabilité malgré des mesures appropriées. Or une plateforme choisie, paramétrée et payée par l’entreprise échoue presque toujours sur la troisième : l’entreprise pouvait souscrire une seconde plateforme de secours, vérifier l’agrément et la solidité financière de son prestataire, ou basculer vers une offre en marque blanche adossée à une infrastructure agréée. La panne du prestataire choisi n’est pas, en soi, une impossibilité absolue d’émettre ou de payer ; c’est un incident prévisible dans son principe, dont les effets pouvaient être évités par des mesures appropriées. L’entreprise qui s’est contentée d’attendre le retour de sa plateforme unique, alors qu’elle pouvait agir autrement, aura les plus grandes difficultés à faire admettre une exonération.

B. Côté client destinataire sans facture : pas de document, pas de déduction, mais des preuves à garder

De l’autre côté du tuyau, le client destinataire se retrouve dans une position inconfortable : il a reçu la marchandise ou la prestation, il doit payer dans les délais du code de commerce, mais la facture électronique n’arrive pas et il ne peut pas exercer ses droits fiscaux normalement. Le principe de la taxe sur la valeur ajoutée est en effet posé sans ambiguïté : « La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d’une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. » Et ce droit naît à un moment précis : « Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. » Sans facture régulière correspondant à l’opération, le client s’expose à voir sa déduction remise en cause lors d’un contrôle, alors même qu’il a réellement payé le prix toutes taxes comprises. C’est le deuxième domino : la panne de la plateforme du fournisseur devient un risque fiscal du client.

Dans ce triangle, la question de la preuve est décisive et elle obéit à une règle simple : « Celui qui réclame l’exécution d’une obligation doit la prouver. Réciproquement, celui qui se prétend libéré doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. » Concrètement, le fournisseur qui réclame le prix doit prouver qu’il a émis la facture et qu’il a fait le nécessaire pour la transmettre ; le client qui prétend avoir payé, ou qui conteste des pénalités au motif qu’il n’a jamais reçu la facture, doit justifier sa propre position. Chacun détient donc une moitié du dossier : au fournisseur les journaux de sa plateforme, les accusés de dépôt, les tickets d’incident et les messages d’erreur ; au client ses propres journaux de réception, ses relances écrites et la preuve de ses règlements. Celui qui n’a rien conservé perdra l’argument avant même de le plaider.

Bonne nouvelle pour les deux : le droit français donne à l’électronique la même dignité probante qu’au papier, à condition de respecter ses exigences. « L’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité. » Les journaux horodatés de la plateforme, les accusés de transmission, les exports de l’annuaire central qui identifie la plateforme du cocontractant, les courriels de signalement d’incident : tous ces éléments constituent des écrits électroniques recevables, pourvu que leur origine soit identifiable et leur intégrité garantie. En pratique, cela signifie qu’il faut les exporter et les archiver dès les premiers jours, avant que le prestataire en difficulté ne restreigne l’accès à son interface ou ne supprime les historiques. Une capture d’écran datée vaut mieux qu’un souvenir, et un export complet vaut mieux qu’une capture.

Le client destinataire doit enfin penser à l’horizon le plus long : le contrôle fiscal. Les pièces qu’il conserve aujourd’hui seront examinées dans plusieurs années, et la loi lui impose de les garder : « Les documents comptables et les pièces justificatives sont conservés pendant dix ans. » Concrètement, le dossier du client sans facture doit contenir, pour chaque opération concernée, le bon de commande ou le contrat, la preuve de livraison ou d’exécution, la preuve du règlement, les relances écrites adressées au fournisseur, les journaux de réception de sa propre plateforme montrant l’absence de la facture, et enfin la facture réémise après la bascule. Présenté ainsi, un contrôleur verra un professionnel victime d’un incident documenté, et non un circuit de facturation approximatif. À l’inverse, le client qui a payé sans rien écrire, sans relancer et sans conserver, ne pourra ni justifier sa déduction ni contester les pénalités de son propre fournisseur.

Le client destinataire doit aussi vérifier un point souvent négligé : par quelle plateforme aurait dû transiter la facture ? L’administration met à disposition un annuaire central qui identifie les plateformes partenaires, et chaque plateforme agréée reçoit « un numéro d’immatriculation pour une durée de trois ans renouvelable. » Si la plateforme du fournisseur a perdu son immatriculation ou annoncé son retrait, le client qui continue d’attendre passivement commet sa propre négligence : il doit demander au fournisseur de basculer vers une plateforme active, et le fournisseur doit le faire sans délai. La chaîne de la facturation électronique comporte désormais plusieurs acteurs entre le logiciel de l’émetteur et celui du destinataire, et chaque maillon doit pouvoir démontrer qu’il a fait sa part. C’est cette traçabilité partagée qui départagera, demain, le professionnel diligent du professionnel négligent.

II. Les décisions à prendre, dans l’ordre

A. Dans la semaine : constater, notifier, sécuriser les flux

La première décision se prend dans les heures qui suivent la découverte du blocage : constater par écrit. Le dirigeant fait établir un relevé précis et daté : quelles factures sont bloquées, pour quels montants, vers quels clients, depuis quand, avec quels messages d’erreur. Il exporte les journaux de la plateforme, conserve les accusés de dépôt et les tickets d’incident, et photographie les écrans d’erreur avec leur date. Il vérifie dans l’annuaire central si sa plateforme figure toujours parmi les partenaires de l’administration et si son immatriculation est en cours. Ce dossier de constat est la matière première de tout ce qui suivra : sans lui, pas de mise en demeure crédible, pas de négociation avec le client, pas d’action contre la plateforme.

La deuxième décision consiste à écrire à la plateforme, par lettre recommandée avec accusé de réception doublée d’un courriel, pour la mettre en demeure de rétablir le service ou de restituer les données. Cette lettre n’est pas une formalité : elle fait partir les délais, elle établit la date à laquelle le prestataire a été informé, et elle servira de point de départ au calcul des dommages et intérêts. Car le principe est constant : « Le débiteur est condamné, s’il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l’inexécution de l’obligation, soit à raison du retard dans l’exécution, s’il ne justifie pas que l’exécution a été empêchée par la force majeure. » C’est donc à la plateforme, si elle est assignée, de démontrer la force majeure ; à l’entreprise cliente de démontrer le manquement et son préjudice : pénalités payées aux fournisseurs, remises en cause de TVA, coût de la bascule vers un nouveau prestataire, temps passé à reconstituer les flux. Chaque euro réclamé devra être justifié pièce par pièce, d’où l’importance du dossier de constat.

La troisième décision est opérationnelle : sécuriser les flux en basculant vers une plateforme active. Le marché compte de nombreux acteurs agréés, et certains prestataires en difficulté proposent eux-mêmes de passer en marque blanche en s’adossant à l’infrastructure et à l’agrément d’une autre plateforme. L’entreprise doit comparer sans attendre : délai de raccordement, reprise de l’historique, coût, solidité de l’agrément. Pendant la bascule, elle informe par écrit chaque client concerné : factures bloquées identifiées, date prévue de réémission, calendrier de paiement proposé, engagements pris. Cette transparence écrite transforme un incident subi en gestion diligente de bonne foi, et elle prive le client de mauvaise foi de l’argument de la surprise. Enfin, l’entreprise transmet à l’administration, via sa nouvelle plateforme, les données de ses opérations qui n’ont pas transité par le dispositif : l’e-reporting prévu par l’article 290 du code général des impôts couvre précisément les données des transactions qui ne passent pas par la facturation électronique, et régulariser ces déclarations pendant la période de tolérance de 2026 est la décision la plus sûre pour éviter que l’incident technique ne devienne un manquement fiscal.

B. Les recours : contre la plateforme, des clauses à relire ; contre le client, des dettes à recouvrer

Un cas particulier mérite l’attention : les réseaux de franchise et les groupes de distribution dont la tête de réseau impose à tous ses membres la même plateforme ou le même logiciel connecté. Quand l’outil imposé tombe en panne, ce ne sont plus une mais des dizaines d’entreprises qui se retrouvent incapables de facturer en même temps, avec les mêmes fournisseurs impayés en cascade et les mêmes clients sans facture. Le franchisé doit alors vérifier deux contrats au lieu d’un : celui qui le lie à la plateforme, et celui qui le lie à son franchiseur, pour savoir qui a choisi l’outil, qui en répond et qui doit organiser la bascule. La tête de réseau qui a imposé un prestataire fragile sans prévoir de solution de repli s’expose aux réclamations de son propre réseau, tandis que le franchisé qui attend passivement les consignes commet sa propre faute. Ici comme ailleurs, l’écrit immédiat — signalement au franchiseur, demande de bascule, information des fournisseurs — départage les responsabilités.

Vient ensuite le temps des recours, et la première cible est la plateforme elle-même. Avant d’assigner, il faut relire le contrat : plafonds d’indemnisation, exclusions de préjudices indirects, délais pour agir, juridiction compétente. Mais ces clauses ne sont pas toutes valables, et une décision récente de la Cour de cassation l’illustre avec force dans un domaine voisin, celui des prestataires de services numériques. Saisie d’un litige entre un opérateur de communications électroniques et une association cliente victime de dysfonctionnements répétés, la première chambre civile a rappelé que « un fournisseur d’accès à un service de communications électroniques est responsable de plein droit à l’égard de son client de la bonne exécution des obligations résultant du contrat », avant d’approuver les juges d’appel qui avaient écarté la clause par laquelle l’opérateur prétendait ne répondre que de ses fautes prouvées : « la cour d’appel en a déduit à bon droit qu’elle contrevenait aux dispositions de l’article 15, I, de sorte qu’elle devait être réputée non écrite » (Cass. civ. 1re, 13 mars 2024, n° Y 22-12.345, rejet du pourvoi de l’opérateur, résiliation des contrats prononcée à ses torts et 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile). La transposition n’est pas automatique — les plateformes agréées relèvent de leur cahier des charges fiscal et de leur contrat, pas du régime des opérateurs — mais la méthode des juges est transposable : une clause qui vide de sa substance l’obligation essentielle du prestataire, acheminer les factures, s’expose à être réputée non écrite, et un délai contractuel d’un an pour agir, qui réduirait abusivement le délai légal de prescription, s’expose à la même censure. Chaque clause doit donc être relue à l’aune de l’obligation essentielle promise, et non acceptée comme une fatalité.

Le second recours vise le client qui profite de l’incident pour ne pas payer. Ici, le droit est du côté du fournisseur diligent : les pénalités courent sans rappel, l’indemnité forfaitaire de recouvrement est due de plein droit, et le prétexte de la facture non reçue ne suspend pas la dette du prix quand la livraison ou la prestation est établie. La décision adaptée dépend des montants : relance écrite ferme avec décompte des pénalités, puis injonction de payer devant le tribunal des activités économiques pour les créances incontestées, puis assignation au fond si le client conteste sérieusement. À chaque étape, le dossier constitué dans la semaine — journaux de plateforme, mise en demeure du prestataire, courriers d’information au client — fait la différence entre une créance qui se recouvre et une créance qui s’enlise. Et si le client invoque à son tour la force majeure pour justifier son non-paiement, la réponse est la même que plus haut : l’incident du prestataire du fournisseur, prévisible dans son principe et contournable par des mesures appropriées, n’empêche pas le client de payer une dette dont il connaît le montant et l’échéance.

Avant tout procès, enfin, il reste la voie la plus rentable : la négociation écrite de bonne foi. « Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d’ordre public. » Proposer par écrit un calendrier de rattrapage, acter que le retard provient d’un incident documenté et non d’une négligence, convenir d’une date d’effet pour les factures réémises : ces écrits transforment un manquement potentiel en incident géré loyalement, et ils protègent le débiteur diligent bien mieux que l’incantation de la force majeure. Si le cocontractant exploite ensuite le retard pour rompre brutalement ou réclamer des pénalités disproportionnées, le dossier constitué dans la semaine servira à contester la rupture ou à faire réduire les pénalités. C’est parce que la force majeure a peu de chances de prospérer que l’accord écrit immédiat est la meilleure décision.

Au terme de cette carte, chaque professionnel sait ce qu’il doit décider. L’entreprise émettrice constate le blocage le jour même, met sa plateforme en demeure, comptabilise ses opérations, bascule vers un prestataire actif et écrit à ses clients avec un calendrier. Le fournisseur impayé réclame pénalités et indemnité forfaitaire sans attendre un rappel qui n’est pas nécessaire, puis recouvre par les voies rapides. Le client sans facture paie ce qu’il doit dans les délais légaux, conserve ses relances et ses règlements, et exige la réémission vers sa propre plateforme. La panne n’aura duré que quelques jours ; les écrits qu’elle aura rendus nécessaires protégeront les contrats pendant des années, bien après la fin de la période de tolérance. Pour les situations où les montants en jeu, la relecture des clauses de la plateforme ou la stratégie de recouvrement dépassent la gestion courante, l’accompagnement par des avocats en droit des affaires à Paris permet de faire vérifier les délais, les preuves et les recours avant que les positions ne se figent.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».