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Dossier de surendettement et factures de téléphone et box internet impayées : ligne coupée, résiliation, huissier qui réclame — déclarer, suspendre, effacer et contester devant le juge, que faire ?

La facture de téléphone ou de box impayée commence souvent par un simple SMS de relance, puis la ligne se restreint, les appels sortants se bloquent, internet se coupe, et un courrier arrive avec des frais que vous ne reconnaissez pas. Quelques semaines plus tard, une société de recouvrement téléphone chaque jour, puis un huissier évoque une saisie. Pour un foyer déjà fragile, perdre sa ligne signifie perdre le contact avec l’employeur, avec France Travail, avec la banque et avec l’assistante sociale : la panique grandit. Cet article explique calmement ce que l’opérateur a le droit de faire, ce que le recouvrement amiable peut exiger, ce que l’huissier peut saisir, et comment le dossier de surendettement déposé à la Banque de France traite ces dettes de téléphone et de box : déclaration de chaque contrat, suspension des poursuites dès la recevabilité, rééchelonnement ou effacement, et contestation des sommes gonflées devant le juge des contentieux de la protection. Les dettes de communications électroniques sont des dettes ordinaires : elles se déclarent, se suspendent et s’effacent comme les autres dettes non professionnelles, à condition de respecter la procédure et les délais.

I. L’opérateur coupe, résilie et réclame : que faire quand les factures de téléphone et de box s’accumulent ?

A. Ligne restreinte puis coupée, contrat résilié et frais d’engagement : comment limiter les dégâts ?

Face à une facture de téléphonie ou d’internet impayée, l’opérateur applique une gradation décrite par le service public : d’abord une relance qui rappelle le délai pour payer, puis une restriction temporaire de certains usages, et enfin la suspension d’une partie ou de la totalité des services, voire la résiliation du contrat si la situation n’est pas régularisée. La page officielle Impayés de factures : quelles conséquences ? précise que l’opérateur adresse d’abord un rappel par SMS, e-mail ou courrier avec un délai pour payer, et que pendant ce délai certains usages peuvent être limités, avec le maintien de la réception des appels, des communications locales, des numéros gratuits et d’urgence, des services en ligne et du courrier électronique. Autrement dit, la coupure totale n’arrive pas du jour au lendemain : chaque étape laisse un délai pour réagir, demander un étalement ou préparer le dossier.

Cette progressivité compte parce que la ligne reste souvent l’outil de survie du foyer : recherche d’emploi, échanges avec la commission de surendettement, réception des codes bancaires, contact avec l’école des enfants. Dès la première relance, la conduite utile consiste à appeler l’opérateur, à exposer la difficulté et à demander par écrit un étalement des paiements ou un passage temporaire vers une offre moins chère. Le service public invite, en cas de difficultés temporaires, à contacter l’opérateur pour demander un étalement des paiements, et que si les difficultés durent, l’assistante sociale de la mairie peut étudier la situation globale et orienter vers les aides. Ces démarches laissent des traces écrites : conservez chaque SMS, chaque courrier et chaque réponse, car ces pièces serviront ensuite à prouver votre bonne foi devant la commission.

La résiliation, elle, ne solde pas tout : elle transforme l’abonnement en dette exigible, parfois aggravée de frais de résiliation liés à la période d’engagement. La page officielle Téléphone, internet ou télévision : résiliation du contrat indique que, pour un engagement de douze mois, les mensualités restant dues jusqu’à la fin de l’engagement peuvent être réclamées, et que pour un engagement de vingt-quatre mois, la totalité des mensualités jusqu’à la fin de la première année puis un quart des mensualités restantes peuvent être demandées. L’opérateur ne peut toutefois facturer que ce que le contrat prévoit pour un service réellement fourni : des frais inventés ou disproportionnés se contestent. Exigez donc le contrat signé, les conditions générales et le décompte précis des sommes, mois par mois, avant de reconnaître quoi que ce soit.

Un point méconnu aggrave la situation des foyers en difficulté : l’inscription dans le fichier Préventel. Le service public signale que certains opérateurs, comme Orange ou Bouygues Télécom, déclarent les impayés au fichier Préventel, et qu’une telle inscription peut amener un autre opérateur à refuser un abonnement ou à exiger un dépôt de garantie. Concrètement, après une résiliation pour impayé, souscrire une nouvelle box pour les enfants ou un forfait pour retrouver un emploi peut devenir difficile, ou exiger une garantie financière impossible à fournir. Cette inscription se conteste : demandez à l’opérateur la date, le montant et le fondement de l’inscription, régularisez ce qui est réellement dû, puis exigez la radiation et conservez-en la preuve écrite.

Enfin, ne multipliez pas les nouveaux abonnements pour contourner la coupure : chaque contrat signé pendant la spirale d’endettement alourdit le passif et peut nourrir un soupçon de mauvaise foi lors de l’examen du dossier. Gardez une seule ligne essentielle, réduisez les options payantes, refusez les renouvellements de mobile subventionné qui réengagent pour vingt-quatre mois, et concentrez vos forces sur la procédure collective qui traitera l’ensemble des dettes d’un bloc.

B. Société de recouvrement, lettres menaçantes puis huissier : comment vérifier chaque euro réclamé ?

Quand l’opérateur renonce à recouvrer lui-même, il cède souvent le dossier à une société de recouvrement. Les courriers se multiplient, les appels deviennent pressants, et certaines formules font peur : « saisie imminente », « dossier transmis à l’huissier », « frais à votre charge ». La première chose à savoir, c’est que le recouvrement amiable est une activité encadrée : « L’activité des personnes physiques ou morales non soumises à un statut professionnel qui, d’une manière habituelle ou occasionnelle, même à titre accessoire, procèdent au recouvrement amiable des créances pour le compte d’autrui, s’exerce dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat. » Ce texte, l’article L124-1 du code des procédures civiles d’exécution, signifie que la société qui vous écrit doit respecter des règles précises d’information et de comportement, et qu’elle ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte : sans titre exécutoire, elle ne peut ni saisir votre compte, ni bloquer votre salaire, ni entrer chez vous.

La deuxième protection porte sur les frais. Beaucoup de courriers ajoutent aux factures des « frais de recouvrement », des « frais de dossier » ou des « indemnités » qui gonflent artificiellement la dette. Or la loi est claire : « Les frais de recouvrement entrepris sans titre exécutoire restent à la charge du créancier, sauf s’ils concernent un acte dont l’accomplissement est prescrit par la loi au créancier. » Cette phrase de l’article L111-8 du code des procédures civiles d’exécution doit devenir votre réflexe : tant que l’opérateur ou la société de recouvrement ne produit pas une décision de justice ou un autre titre exécutoire, les frais de leurs démarches amiables restent à leur charge, et toute clause du contrat qui mettrait ces frais à votre charge est réputée non écrite. Concrètement, si une facture de 340 euros devient un « dossier » de 620 euros après ajout de frais, seuls les 340 euros d’abonnement et de communications réellement consommées ont vocation à figurer au passif, et le surplus se conteste ligne par ligne.

La méthode de vérification tient en quatre demandes écrites, adressées en lettre recommandée avec accusé de réception à celui qui réclame : premièrement, la copie du contrat et des conditions générales applicables ; deuxièmement, les factures détaillées mois par mois avec le détail des communications et des options ; troisièmement, le décompte exact distinguant le principal, les pénalités contractuelles et les frais de recouvrement ; quatrièmement, la copie du titre exécutoire s’il en existe un. Une société sérieuse répond ; une réclamation approximative s’effondre souvent à ce stade, soit par une correction du montant, soit par un aveu implicite d’absence de titre. Notez chaque appel, conservez chaque enveloppe avec sa date, et ne versez jamais en espèces sans reçu : en procédure de surendettement, chaque paiement partiel non tracé complique la reconstitution du passif.

Si un commissaire de justice, autrefois appelé huissier, entre en scène, la question décisive reste la même : agit-il avec ou sans titre exécutoire ? Avec un jugement ou une ordonnance d’injonction de payer devenue définitive, il peut mettre en œuvre des saisies, dans les limites des biens insaisissables et du solde bancaire insaisissable. Sans titre, il ne peut que réclamer, proposer un paiement et, le cas échéant, engager une procédure pour obtenir un titre. Aucune menace verbale ne change cette distinction. Demandez-lui systématiquement la copie du titre et vérifiez les dates : un vieux dossier de téléphonie peut receler une créance prescrite ou un montant déjà réglé, et la commission comme le juge vérifient ces points quand vous les soulevez avec des pièces.

Deux pièges guettent particulièrement les foyers sous pression. Le premier consiste à signer une reconnaissance de dette globale, dictée au téléphone, qui intègre des frais indus et fait repartir des délais : ne signez rien sans avoir reçu le décompte écrit et pris le temps de le relire. Le second consiste à accepter un échéancier oral irréaliste, avec des mensualités impossibles, dont le non-respect servira ensuite à vous dépeindre comme un débiteur de mauvaise volonté : tout engagement doit rester compatible avec votre reste à vivre, et la procédure de surendettement offre justement un cadre où un tiers indépendant, la commission, fixe des mensualités soutenables au lieu de vous laisser seul face au créancier le plus pressant.

II. Le dossier de surendettement prend les dettes de téléphone et de box : comment déclarer, suspendre, effacer et contester devant le juge ?

A. Déposer, déclarer chaque contrat et obtenir la recevabilité : quel effet concret sur l’opérateur et l’huissier ?

Le dossier de surendettement s’ouvre aux personnes physiques de bonne foi qui ne peuvent manifestement plus payer l’ensemble de leurs dettes. L’article L711-1 du code de la consommation dispose : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. La situation de surendettement est caractérisée par l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de ses dettes, professionnelles et non professionnelles, exigibles et à échoir. » Les factures de téléphone et de box entrent dans cet ensemble sans discussion : ce sont des dettes non professionnelles ordinaires, et la Cour de cassation a jugé « que le bénéfice des mesures de traitement de la situation de surendettement est ouvert au bénéfice des personnes physiques de bonne foi qui se trouvent dans l’impossibilité manifeste de faire face à l’ensemble de leurs dettes, professionnelles et non professionnelles, sans distinction selon la part respective de ces dettes. » Cette phrase de l’arrêt de la deuxième chambre civile du 2 juillet 2026, pourvoi n° Z 23-21.550 rassure les foyers dont le passif mélange loyers, crédits, impôts et téléphonie : aucune catégorie de dettes ordinaires n’est écartée par principe, et la part respective des dettes ne conditionne pas l’ouverture de la procédure.

La bonne foi s’apprécie concrètement : avoir prévenu l’opérateur, avoir demandé un étalement, avoir conservé une seule ligne essentielle et ne pas avoir souscrit de nouveaux engagements coûteux en connaissance de l’impasse plaident en votre faveur. À l’inverse, organiser son insolvabilité, multiplier les abonnements en sachant qu’on ne paiera pas ou dissimuler des ressources fragilise le dossier. Rassemblez donc, contrat par contrat : les contrats et avenants, les douze dernières factures, les courriers de relance et de résiliation, les décomptes des sociétés de recouvrement, les actes du commissaire de justice et les preuves des paiements déjà effectués. Listez chaque ligne séparément, avec le numéro concerné, le titulaire exact et le montant réclamé : un dossier précis accélère l’instruction et évite les oublis qui laisseraient une dette hors procédure.

L’effet le plus attendu de la recevabilité, c’est la suspension des poursuites. L’article L722-2 du code de la consommation prévoit : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Concrètement, dès la décision de recevabilité, le commissaire de justice de l’opérateur doit suspendre les saisies sur vos biens pour les dettes de téléphonie, et il ne peut plus engager de nouvelle mesure d’exécution. La Cour de cassation donne à cette suspension toute sa portée : « la décision de recevabilité de la demande de traitement de la situation de surendettement emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur. » Cette formule figure dans l’arrêt de la deuxième chambre civile du 8 février 2024, pourvois n° W 22-14.528 et N 23-17.744, qui ajoute que « le créancier qui recherche l’exécution d’un titre notarié ne peut, à compter de la décision de recevabilité du débiteur au bénéfice de la procédure de surendettement des particuliers, interrompre la prescription en diligentant une procédure d’exécution ». Pour vos dettes de téléphone, la conséquence pratique est double : les saisies en cours s’arrêtent, et le créancier ne peut pas profiter de la procédure pour faire courir de nouveaux délais contre vous par des actes d’exécution.

Cette suspension dure jusqu’à l’issue de la procédure : approbation d’un plan, décision imposant des mesures, jugement de rétablissement personnel sans liquidation ou jugement d’ouverture d’un rétablissement avec liquidation. L’article L722-3 du code de la consommation fixe le cadre : « Cette suspension et cette interdiction ne peuvent excéder deux ans. » Deux ans, c’est le temps maximal de protection, pas une promesse automatique : si la commission statue vite, la suspension s’achève vite, relayée par le plan ou les mesures. Restez donc joignable, répondez à chaque demande de pièces et signalez tout changement de ressources, car un dossier qui dort peut se voir clôturé et la protection avec lui.

Une nuance honnête s’impose sur la ligne elle-même : la suspension légale vise les procédures d’exécution contre vos biens, pas directement la fourniture du service téléphonique. L’opérateur dont le contrat est résilié n’est pas tenu de rebrancher la ligne au seul motif de votre recevabilité. En pratique, la commission intègre souvent une ligne minimale dans le budget de vie courante, et beaucoup d’opérateurs acceptent un nouveau contrat prépayé ou une offre sans engagement quand l’ancien solde est gelé dans la procédure. Ne présentez donc jamais la recevabilité comme une « remise à zéro immédiate » : c’est un bouclier contre les saisies et un cadre de négociation globale, pas une injonction de rebranchement.

Après la recevabilité, la commission dresse l’état du passif et vous le notifie. L’article L723-2 du code de la consommation énonce : « La commission informe le débiteur de l’état du passif qu’elle a dressé. » Relisez ce document avec une attention extrême pour chaque dette de téléphonie : le créancier exact, le numéro de ligne, le montant retenu, la part de frais. C’est le moment de signaler les doublons entre l’opérateur et sa société de recouvrement, les frais amiables indûment ajoutés et les sommes déjà payées. Parallèlement, la Banque de France vous inscrit au fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers pendant la procédure : l’article L752-2 du code de la consommation prévoit que, dès sa saisine, la commission en informe la Banque de France aux fins d’inscription au fichier. Cette inscription complique temporairement tout nouveau crédit ou abonnement avec terminal subventionné, mais elle protège aussi contre un réendettement précipité.

B. Plan, mesures imposées ou rétablissement personnel : comment effacer le solde et contester devant le juge ?

Une fois le passif vérifié, la commission cherche d’abord un plan conventionnel avec les créanciers : rééchelonnement des dettes, reports, parfois réduction des taux. Les opérateurs de téléphonie, dont les créances sont généralement modestes à côté des loyers et des crédits, acceptent souvent ce cadre car il leur garantit un paiement partiel mais régulier au lieu d’un recouvrement coûteux et aléatoire. Si la conciliation échoue, la commission peut imposer des mesures. L’article L733-1 du code de la consommation lui permet notamment de rééchelonner les dettes de toute nature, au besoin en différant une partie des paiements, dans la limite de sept ans ou de la moitié de la durée restante des emprunts en cours. Pour une dette de box de 900 euros, cela peut signifier quelques euros par mois pendant la durée du plan, avec un solde effacé à la fin si la commission a prévu un effacement partiel : chaque mois payé selon le plan rapproche de la sortie, et les créanciers ne peuvent plus exiger davantage tant que le plan est respecté.

Quand vos ressources et votre patrimoine le permettent, la commission prescrit ces mesures de traitement dans le cadre des plans et des mesures imposées. L’article L724-1 du code de la consommation organise cette orientation : lorsque les ressources ou l’actif réalisable le permettent, la commission prescrit des mesures de traitement, et lorsque la situation est irrémédiablement compromise, elle peut imposer un rétablissement personnel avec ou sans liquidation. Pour les dettes de téléphonie, la différence est décisive : dans un plan, elles se remboursent au rythme de vos moyens ; dans un rétablissement personnel sans liquidation, elles s’effacent. L’article L741-2 du code de la consommation dispose que, sans contestation dans les conditions de l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation efface toutes les dettes professionnelles et non professionnelles arrêtées à la date de la décision de la commission, sauf les dettes exclues par les articles L. 711-4 et L. 711-5 et celles déjà payées par une caution ou un coobligé personne physique. Les impayés de téléphone et de box n’appartiennent à aucune catégorie exclue : ni dettes alimentaires, ni réparations pénales aux victimes, ni dettes fiscales majorées, ni prêts sur gage. Ils s’effacent donc avec le reste du passif, y compris les frais et pénalités qui s’y rattachent, dès lors qu’ils sont nés avant la date d’arrêté du passif.

La date exacte de cet effacement a fait l’objet d’un contentieux tranché par la Cour de cassation, utile à connaître quand l’opérateur prétend qu’une facture « postérieure au dépôt » échapperait à la procédure. Dans une affaire où une commission avait imposé un rétablissement personnel sans liquidation, puis où un bailleur avait fait pratiquer une saisie pour une dette née entre le dépôt et la décision, la cour d’appel avait validé la saisie en retenant la date du dépôt. La Cour de cassation a censuré ce raisonnement en rappelant que l’effacement vise les dettes non professionnelles arrêtées à la date de la décision de la commission, sous les seules exceptions légales, puis elle a cassé pour violation de ce texte, jugeant que « l’effacement des dettes concernait le passif existant au jour de la décision de la commission ». Cette solution, issue de l’arrêt de la deuxième chambre civile du 23 novembre 2023, pourvoi n° T 22-11.535, profite directement aux dettes de téléphonie : les factures émises entre votre dépôt et la décision de la commission entrent dans l’effacement, et une saisie pratiquée après coup pour ces sommes doit être remise en cause. Reste une limite à respecter scrupuleusement : les dettes nouvelles nées après la décision, comme un nouvel abonnement coûteux souscrit pendant la procédure, ne sont pas effacées et peuvent justifier la clôture du dossier.

Certains débiteurs craignent que leurs impayés soient requalifiés en dettes frauduleuses exclues d’effacement. La crainte est infondée pour des factures ordinaires : l’exclusion vise des comportements précis. L’article L711-4 du code de la consommation exclut, sauf accord du créancier, les dettes alimentaires, les réparations pécuniaires aux victimes d’infractions pénales, certaines dettes sociales frauduleuses et certaines dettes fiscales majorées. La Cour de cassation veille à une lecture stricte de ces exclusions : à propos des dettes sociales, elle a jugé que « sauf accord du créancier, sont exclues de toute remise, de tout rééchelonnement ou effacement les dettes ayant pour origine des manoeuvres frauduleuses commises au préjudice des organismes de protection sociale, dont l’origine frauduleuse est établie soit par une décision de justice, soit par une sanction prononcée par un organisme de sécurité sociale dans les conditions prévues aux articles L. 114-17, L. 114-17-1 et L. 114-17-2 du code de la sécurité sociale », et que ce caractère frauduleux « s’apprécie au jour où le juge statue et sur le fondement d’une décision de justice ou d’une sanction ». Cette solution de l’arrêt de la deuxième chambre civile du 12 décembre 2024, pourvoi n° 22-20.051 confirme la méthode : aucune exclusion sans texte, aucune fraude sans preuve établie par une décision ou une sanction. Ne pas avoir pu payer sa box n’est pas une manœuvre frauduleuse, et l’opérateur ne peut pas inventer une exclusion qui n’existe pas.

Devant la commission puis devant le juge, la contestation du montant reste votre levier le plus rentable. Reprenez l’état du passif et, pour chaque dette de téléphonie, soulevez par écrit : les frais de recouvrement amiable ajoutés sans titre exécutoire, en visant l’article L111-8 ; les doublons entre la créance de l’opérateur et celle de sa société de recouvrement pour la même ligne et la même période ; les mensualités d’engagement réclamées au-delà de ce que le contrat prévoit ; les options jamais souscrites ; les paiements déjà effectués et non déduits. Joignez les contrats, les factures détaillées, les décomptes et les preuves de paiement. La commission peut rectifier son état du passif, et si le désaccord persiste, le juge tranche. Le juge compétent pour tout le contentieux du surendettement est le juge des contentieux de la protection : l’article L713-1 du code de la consommation attribue au juge des contentieux de la protection l’ensemble du contentieux des mesures de traitement du surendettement et de la procédure de rétablissement personnel. Saisissez-le dans le délai indiqué sur la notification que vous recevez, par lettre recommandée avec accusé de réception, en exposant précisément chaque grief avec ses pièces : un recours vague et non documenté a peu de chances d’aboutir, tandis qu’un recours chiffré, pièce par pièce, oblige le créancier à justifier chaque euro.

Après l’effacement, vérifiez méthodiquement la sortie : radiation du fichier des incidents de remboursement à l’issue des délais légaux, radiation du fichier Préventel pour les impayés soldés ou effacés, clôture écrite de chaque dossier de recouvrement, mainlevée des saisies. Si un opérateur ou une société de recouvrement continue de réclamer une dette effacée, répondez par écrit en joignant la décision de la commission ou le jugement, et exigez la cessation immédiate des poursuites ainsi que la rectification des fichiers. Conservez ces décisions pendant plusieurs années : elles constituent la preuve définitive de l’effacement et ferment la porte à toute résurgence du dossier.

Conclusion

Les factures de téléphone et de box impayées suivent une mécanique connue : relance, restriction des usages avec maintien des appels reçus et des urgences, suspension puis résiliation, inscription possible au fichier Préventel, cession à une société de recouvrement, puis intervention du commissaire de justice. À chaque étape, vos réflexes restent les mêmes : demander le contrat et le décompte détaillé, refuser les frais de recouvrement amiable ajoutés sans titre exécutoire, ne rien signer sous la pression, et garder une seule ligne essentielle au lieu de multiplier les abonnements. Le dossier de surendettement prend ensuite le relais : la recevabilité suspend les saisies, l’état du passif fige chaque dette à son juste montant, le plan ou les mesures imposées organisent un remboursement compatible avec votre reste à vivre, et le rétablissement personnel sans liquidation efface les impayés de téléphonie à la date de la décision de la commission, comme l’a confirmé la Cour de cassation. Si un montant vous paraît gonflé ou dupliqué, contestez-le par écrit devant la commission puis, dans le délai notifié, devant le juge des contentieux de la protection, avec vos contrats, vos factures et vos preuves de paiement. Déposer un dossier n’est pas un aveu d’échec : c’est le moyen légal de transformer une accumulation de relances en un plan unique, vérifié et soutenable, puis de repartir avec une ligne adaptée à vos moyens.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».