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Un concurrent écrit à vos clients que vous le copiez et sème de faux avis Google : faire cesser, prouver et obtenir réparation en 2026

Un de vos revendeurs vous appelle, gêné : il vient de recevoir un courrier d’un concurrent qui affirme que les produits que vous lui livrez sont des contrefaçons et qu’il risque des poursuites s’il continue à les vendre. Dans la même semaine, trois avis assassins apparaissent sur votre fiche Google, rédigés dans un style qui ressemble étrangement aux messages de ce même concurrent. Vos commandes chutent, un distributeur suspend ses achats en attendant d’y voir clair, et votre équipe commerciale passe ses journées à rassurer au lieu de vendre. Ce scénario n’a rien d’exceptionnel : la mise en garde alarmiste adressée à votre clientèle et les avis en ligne instrumentalisés sont devenus des armes commerciales courantes, parce qu’elles coûtent peu à leur auteur et rapportent gros en parts de marché détournées.

La Cour de cassation vient de resserrer nettement l’étau autour de ces pratiques. Par un arrêt du 15 octobre 2025 publié au Bulletin, la chambre commerciale a jugé qu’adresser à vos distributeurs une lettre qui présente vos produits comme des contrefaçons, alors qu’aucune décision de justice n’a retenu la contrefaçon, constitue un dénigrement engageant la responsabilité de son auteur. En parallèle, les tribunaux ordonnent de plus en plus vite en référé la suppression des avis mensongers et allouent des provisions substantielles aux entreprises victimes, comme l’illustre une ordonnance du tribunal judiciaire de Lille du 16 juin 2026. Pour une PME francilienne, ces décisions ouvrent une voie d’action rapide et concrète : faire cesser la diffusion sous quelques semaines, identifier les auteurs cachés derrière des pseudonymes, puis chiffrer la perte commerciale pour obtenir réparation. Cet article expose la méthode complète, les textes applicables, les pièces à réunir et les juridictions parisiennes à saisir.

I. Faire cesser la lettre alarmiste adressée à vos clients et les faux avis publiés en ligne

La première urgence est d’arrêter l’hémorragie commerciale. Chaque jour de diffusion de la lettre ou de maintien des avis litigieux aggrave la perte de chiffre d’affaires et ancre dans l’esprit de vos clients l’idée que vos produits seraient illicites. Le droit français offre ici un levier puissant : le juge des référés peut ordonner la cessation du trouble sans attendre le procès au fond, dès lors que la violation de la règle de droit apparaît avec l’évidence requise.

A. Quand un concurrent écrit à vos clients que vous le contrefaites : le dénigrement sanctionné par la Cour de cassation

Le dossier tranché par la Cour de cassation le 15 octobre 2025 mérite une lecture attentive car il correspond à une configuration très fréquente dans les relations entre fournisseurs, fabricants et distributeurs. La société Koshi avait fait pratiquer une saisie-contrefaçon de droits d’auteur autorisée par une ordonnance du 22 septembre 2022, exécutée le 9 novembre 2022, au préjudice de la société Manufacture du marronnier, qui avait confié à la société VBV International une prestation de fabrication, de stockage et de distribution de carillons à vent en bois. Le 15 novembre 2022, la société Koshi avait ensuite adressé à plusieurs distributeurs de ses adversaires une lettre les mettant en demeure de cesser immédiatement d’offrir à la vente ces carillons et de les promouvoir sur leur site internet, en invoquant une possible contrefaçon de ses propres produits et des actes susceptibles de relever de la concurrence déloyale et parasitaire. Les deux sociétés visées avaient assigné en référé pour faire cesser ce qu’elles présentaient comme un trouble manifestement illicite et obtenir une provision pour dénigrement. La cour d’appel de Montpellier, par un arrêt du 9 novembre 2023, avait rejeté leurs demandes en estimant que la lettre se bornait à porter à la connaissance des distributeurs des informations factuelles, exprimées de façon mesurée et non comminatoire.

La chambre commerciale, financière et économique a cassé partiellement cet arrêt au visa de l’article 1240 du code civil, qui dispose que : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Le résumé officiel de la décision énonce la règle nouvelle avec une netteté qui servira désormais de référence : « Il résulte de ce texte qu’en l’absence de décision de justice retenant l’existence d’actes de contrefaçon de droits d’auteur, le seul fait d’informer des tiers d’une possible contrefaçon de ces droits est constitutif d’un dénigrement des produits argués de contrefaçon. » (Cass. com., 15 oct. 2025, n° 24-11.150, publié au Bulletin, ECLI:FR:CCASS:2025:CO00517). La Cour a ainsi jugé qu’en statuant comme elle l’avait fait, la cour d’appel avait violé le texte visé, puis a renvoyé l’affaire devant la cour d’appel de Nîmes et condamné la société Koshi aux dépens ainsi qu’au paiement de la somme globale de 3 000 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Concrètement, une entreprise qui brandit la contrefaçon devant votre clientèle sans disposer d’un jugement qui la constate commet une faute, même si sa lettre emploie des formules prudentes comme « de nature à constituer » ou « susceptibles d’être qualifiés ».

Cette solution s’inscrit dans une jurisprudence constante dont il faut connaître les trois piliers pour bâtir votre dossier. D’abord, le dénigrement n’exige pas une situation de concurrence directe : la Cour de cassation juge que « même en l’absence d’une situation de concurrence directe et effective entre les personnes concernées, la divulgation, par l’une, d’une information de nature à jeter le discrédit sur un produit commercialisé par l’autre constitue un acte de dénigrement, à moins que l’information en cause ne se rapporte à un sujet d’intérêt général et repose sur une base factuelle suffisante, et sous réserve qu’elle soit exprimée avec une certaine mesure » (Cass. com., 9 janv. 2019, n° 17-18.350). Un fournisseur, un ancien distributeur ou une société soeur de votre concurrent peut donc être poursuivi même s’il ne vend pas exactement les mêmes produits que vous. Ensuite, les trois conditions exonératoires sont cumulatives et interprétées strictement : sujet d’intérêt général, base factuelle suffisante et expression mesurée. Or une simple ordonnance autorisant une saisie-contrefaçon ne tranche rien sur le fond du droit : elle autorise une mesure d’instruction, elle ne dit pas que la contrefaçon existe. De la même façon, une action en justice introduite mais non jugée ne fournit pas la base factuelle suffisante. Seule une décision qui retient la contrefaçon permet d’en informer les tiers sans risque. Enfin, la responsabilité pour faute s’apprécie aussi sur le fondement de l’article 1241 du code civil, selon lequel : « Chacun est responsable du dommage qu’il a causé non seulement par son fait, mais encore par sa négligence ou par son imprudence. » Une lettre envoyée à douze revendeurs sans vérification judiciaire préalable relève au minimum de l’imprudence.

Sur le plan de l’action, la voie la plus rapide consiste à saisir le juge des référés pour faire constater le trouble manifestement illicite et obtenir des mesures immédiates : interdiction de renouveler l’envoi, injonction de adresser un correctif aux destinataires déjà contactés, retrait des pages internet reprenant les accusations, le tout sous astreinte par jour de retard, outre une provision à valoir sur le préjudice. Le fondement se trouve à l’article 835 du code de procédure civile, qui prévoit que : « Le président du tribunal judiciaire ou le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peuvent toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. » Devant le tribunal de commerce, lorsque les deux parties sont commerçantes, le même office appartient au président statuant en référé sur le fondement de l’article 873 du même code. Votre assignation doit donc démontrer l’illicéité avec l’évidence requise en référé : produisez la lettre litigieuse, établissez qu’aucune décision n’a retenu la contrefaçon en faisant vérifier les rôles des juridictions saisies, et documentez la diffusion auprès des tiers par les réponses inquiètes de vos clients. Demandez systématiquement une astreinte, car sans pression financière l’auteur traîne souvent pour adresser le correctif. Si votre concurrent a parallèlement engagé une action en contrefaçon au fond, signalez-la au juge des référés sans crainte : tant qu’elle n’est pas jugée, elle ne purge pas le dénigrement, et le juge du fond de la contrefaçon, en général le tribunal judiciaire de Paris qui détient une compétence exclusive en la matière, statuera indépendamment sur l’existence du droit invoqué. Notez enfin que la contrefaçon elle-même reste un délit sévèrement puni : l’article L335-2 du code de la propriété intellectuelle dispose que : « Toute édition d’écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit. » C’est précisément parce que l’accusation de contrefaçon est infamante pour un professionnel qu’elle ne peut être portée devant sa clientèle sans un jugement qui l’établit.

B. Comment faire supprimer les faux avis Google et les publications qui salissent votre entreprise

Le second front se joue sur les plateformes d’avis, les réseaux sociaux et parfois les forums professionnels. Un concurrent indélicat y publie lui-même, ou y fait publier, des avis négatifs qui n’émanent pas de vrais clients : compte rendu d’une prestation imaginaire, accusations d’escroquerie, allégations d’hygiène douteuse ou de matériel défectueux, notes catastrophiques en rafale après l’envoi de la lettre aux distributeurs. D’autres fois, c’est un ancien partenaire commercial ou un client instrumentalisé qui relaie les accusations de contrefaçon dans ses avis. Dans tous les cas, la méthode de riposte comporte trois étages : le signalement à la plateforme, l’identification judiciaire de l’auteur caché et l’action en référé pour obtenir la suppression et une provision.

Le premier étage est souvent négligé alors qu’il conditionne la suite : signalez chaque avis litigieux via le dispositif prévu par la plateforme, en motivant précisément le signalement par des faits vérifiables plutôt que par une simple protestation. Le droit français impose aux opérateurs un cadre strict : l’article L111-7-2 du code de la consommation prévoit que toute personne dont l’activité consiste à collecter, modérer ou diffuser des avis en ligne doit délivrer une information loyale sur les modalités de publication et mettre en place « une fonctionnalité gratuite qui permet aux responsables des produits ou des services faisant l’objet d’un avis en ligne de lui signaler un doute sur l’authenticité de cet avis, à condition que ce signalement soit motivé ». Conservez la copie de chaque signalement et de chaque réponse, car le refus persistant de la plateforme de retirer un contenu manifestement illicite après notification circonstanciée pourra engager sa propre responsabilité et nourrira votre dossier. En pratique, Google supprime rapidement les avis qui violent ses règles les plus objectives, comme les faux avis publiés depuis des comptes sans historique ou les contenus injurieux, mais conserve les avis rédigés comme de prétendus retours d’expérience dès lors qu’ils semblent émaner d’un client. C’est pour cette seconde catégorie que l’action judiciaire devient indispensable.

Le deuxième étage consiste à lever l’anonymat. Les avis sont fréquemment publiés sous pseudonyme, et l’adresse IP comme les données d’inscription sont détenues par la plateforme, souvent établie en Irlande. L’article 145 du code de procédure civile permet d’obtenir avant tout procès les mesures d’instruction légalement admissibles : « S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé. » Vous pouvez ainsi demander au juge d’ordonner à l’exploitant de la plateforme de communiquer les données d’identification de l’auteur de l’avis : nom du compte, adresse électronique, adresse IP et horodatage. La requête doit exposer le motif légitime avec précision, en joignant l’avis litigieux, la preuve de son caractère mensonger et l’explication de l’enjeu du litige au fond envisagé. Les juridictions parisiennes accordent couramment ce type de mesure lorsque la demande est ciblée et proportionnée, et les plateformes s’y conforment dans des délais de quelques semaines. Si l’auteur identifié se révèle être votre concurrent, un de ses salariés, un prestataire de fausses critiques ou un proche agissant pour son compte, la démonstration de la manoeuvre déloyale devient redoutable. S’il s’agit d’un vrai client mécontent dont les propos restent mesurés et factuels, il faudra réorienter la stratégie vers la réponse commerciale et la négociation plutôt que vers le procès, car le juge protège la liberté d’expression du consommateur de bonne foi.

Le troisième étage est l’assignation en référé de l’auteur identifié ou présumé pour obtenir la suppression de l’avis et une provision. Une ordonnance récente du tribunal judiciaire de Lille, rendue en référé le 16 juin 2026 sous le numéro de rôle 26/00532, illustre la sévérité des juges face aux avis mensongers. Dans cette affaire, un avis publié sous pseudonyme sur une fiche Google professionnelle traitait le demandeur d’escroc et appelait à l’éviter, tandis que des courriels adressés directement au demandeur tenaient des propos comparables. Le juge a relevé la concordance de la temporalité, du vocabulaire et de l’orthographe, ainsi que des omissions déterminantes : l’avis évoquait une aide juridictionnelle sans signaler que son bénéfice avait été retiré à son bénéficiaire pour une omission patrimoniale. Sur cette base, le tribunal a retenu qu’il y avait lieu de considérer comme manifeste que le défendeur était l’auteur de l’avis, a qualifié le contenu d’avis dénigrant et a caractérisé un trouble manifestement illicite justifiant des mesures pour y mettre fin, avec une provision de 1 500 euros à valoir sur la réparation du préjudice de réputation. La motivation reprend les principes directeurs applicables à votre situation : le tribunal rappelle que le dénigrement vise les propos qui déprécient publiquement les produits ou les services d’un professionnel, sans exiger qu’ils proviennent d’un concurrent, la simple diffusion de l’information à un tiers suffisant à caractériser la publicité, sauf lorsque l’information se rapporte à un sujet d’intérêt général et repose sur une base factuelle suffisante. Cette grille s’applique point par point aux avis téléguidés par un concurrent : publicité évidente dès la mise en ligne, absence d’intérêt général dans un différend commercial privé, absence de base factuelle lorsque l’avis invente une prestation inexistante ou reprend une accusation de contrefaçon non jugée. Pour les entreprises, l’enseignement opérationnel est double. D’une part, le juge des référés accepte de déduire l’identité de l’auteur d’un faisceau d’indices précis lorsque le défendeur refuse de comparaître ou de s’expliquer : rapprochez systématiquement le style, les fautes caractéristiques, les dates et les détails internes que seul un initié pouvait connaître. D’autre part, la sanction combine la suppression sous astreinte et une provision immédiate, ce qui donne à la victime un résultat tangible en quelques semaines au lieu d’attendre des années une décision au fond. Ajoutez à votre assignation une demande d’interdiction de réitération sous astreinte par infraction constatée, car les auteurs de campagnes d’avis ont la fâcheuse habitude de republier sous un nouveau pseudonyme après la suppression.

II. Prouver le dénigrement et obtenir une réparation intégrale devant les juridictions parisiennes

Faire cesser n’est que la moitié du chemin : les commandes perdues pendant la campagne, la marge amputée, le temps commercial gaspillé et l’atteinte durable à votre réputation appellent une indemnisation. Or les entreprises sous-évaluent massivement ce poste parce qu’elles chiffrent mal et prouvent peu. Le juge n’indemnise que ce qui est démontré par des pièces, et la concurrence déloyale obéit sur ce point à une exigence stricte de causalité entre la faute et chaque euro réclamé. La bonne méthode consiste à construire le dossier de preuve dès les premiers jours, en parallèle de l’action en référé, puis à porter la demande indemnitaire devant la juridiction la mieux placée.

A. Quelles preuves réunir pour établir la faute, la diffusion et le lien avec vos pertes

Commencez par figer l’existant avant toute démarche amiable qui alerterait l’adversaire. Faites dresser par un commissaire de justice un procès-verbal de constat des avis litigieux avec leurs URL complètes, leurs dates de publication et de mise à jour, le nombre de vues ou de mentions utiles lorsqu’il est affiché, ainsi que du positionnement de ces avis dans les résultats de recherche sur le nom de votre société. Faites également constater les pages de votre concurrent si elles reprennent les mêmes accusations, et archivez la lettre adressée à vos distributeurs avec ses enveloppes, ses accusés de réception et la liste exacte de ses destinataires. Chaque témoignage de client compte : sollicitez par écrit les distributeurs qui ont reçu la lettre en leur demandant de décrire ce qu’ils ont reçu, quand, de la part de qui, et quelle décision commerciale ils ont prise ensuite, comme la suspension d’une commande ou l’exigence d’une garantie supplémentaire. Ces attestations, rédigées conformément aux exigences de l’article 202 du code de procédure civile avec copie d’une pièce d’identité, font souvent basculer le procès car elles établissent la diffusion et son effet commercial direct. Conservez les courriels et messages inquiets de vos clients, les comptes rendus de vos commerciaux après leurs visites de réassurance, et toute trace de la chronologie entre la diffusion et la chute des commandes.

Le chiffrage du préjudice doit distinguer trois postes que les juges indemnisent séparément. Le premier poste est la perte commerciale directe : commandes annulées, contrats non renouvelés, remises exceptionnelles consenties pour retenir un distributeur ébranlé. Établissez-le par la comparaison des flux avec la même période de l’exercice précédent, par les bons de commande annulés et par les échanges écrits où le client lie explicitement sa décision aux accusations reçues. Le deuxième poste est l’atteinte à l’image et à la réputation de l’entreprise, qui se répare même en l’absence de perte comptable immédiate : faites constater la persistance du référencement des avis et de la lettre dans les moteurs de recherche, produisez vos dépenses de communication correctrice et, si l’enjeu le justifie, un sondage de notoriété ou une étude d’impact sur votre implantation locale. Le troisième poste regroupe les frais engagés pour faire cesser le trouble : constats de commissaire de justice, frais de signalement et de déréférencement, honoraires exposés pour le référé, temps interne de gestion de crise valorisé avec sérieux. Lorsque les agissements s’inscrivent dans une relation de distribution ou de partenariat, l’article L442-1 du code de commerce peut offrir un fondement complémentaire, puisqu’il dispose qu’engage la responsabilité de son auteur et l’oblige à réparer le préjudice causé « le fait, dans le cadre de la négociation commerciale, de la conclusion ou de l’exécution d’un contrat, par toute personne exerçant des activités de production, de distribution ou de services » d’obtenir un avantage sans contrepartie, de soumettre l’autre partie à un déséquilibre significatif ou de rompre brutalement une relation commerciale établie. Si les faux avis visent aussi vos produits vendus aux consommateurs, l’article L121-1 du code de la consommation rappelle que : « Les pratiques commerciales déloyales sont interdites. » Cette pluralité de fondements permet d’embrasser l’ensemble du comportement : la lettre aux professionnels relève du dénigrement fautif, les faux avis de consommateurs relèvent en outre des pratiques déloyales, et l’instrumentalisation d’une relation contractuelle peut relever du droit des pratiques restrictives.

B. Où agir à Paris et en Île-de-France, pour quels montants et dans quels délais

Le choix de la juridiction conditionne la vitesse et l’efficacité de votre action, et les entreprises parisiennes disposent d’un atout maître : la concentration des juridictions spécialisées dans la capitale. Lorsque l’auteur du dénigrement est commerçant et que le litige oppose deux professionnels, le tribunal de commerce de Paris, installé boulevard de Diderot dans le douzième arrondissement, connaît de l’action en concurrence déloyale et statue en référé dans des délais resserrés, souvent entre trois et six semaines après l’assignation lorsque le dossier est complet. Si l’auteur n’est pas commerçant, ou si la demande mêle dénigrement et atteinte à un droit de propriété intellectuelle, le tribunal judiciaire de Paris, au tribunal de Paris des Batignolles, est compétent, avec un juge des référés rompu à ce contentieux et une pratique bien établie des ordonnances sur requête fondées sur l’article 145 pour obtenir l’identification des auteurs d’avis. Pour les sociétés dont le siège ou l’adversaire se situe en petite ou grande couronne, les tribunaux de commerce de Nanterre, Créteil, Bobigny, Pontoise, Versailles, Évry et Melun, ainsi que les tribunaux judiciaires correspondants, offrent des délais parfois plus courts et une proximité appréciable pour les constats et les audiences. La compétence territoriale suit en principe le domicile du défendeur, mais en matière délictuelle vous pouvez saisir la juridiction du lieu du fait dommageable ou du lieu où le dommage a été subi : une entreprise parisienne dont la clientèle et les distributeurs ont reçu la lettre à Paris et en Île-de-France peut argumenter solidement pour une saisine parisienne, ce qui évite de plaider au siège éloigné du concurrent. Vérifiez vos contrats de distribution avant d’assigner, car une clause attributive de juridiction ou une clause compromissoire peut imposer un for différent pour les demandes contractuelles, même si l’action délictuelle pour dénigrement conserve une autonomie qui permet souvent de saisir le juge du lieu du délit.

Sur les montants, raisonnez en trois temps pour rester crédible et maximiser la récupération. Au stade du référé, sollicitez une provision réaliste et documentée : les juges accordent couramment entre 1 500 et 10 000 euros de provision sur le préjudice d’image pour une campagne d’avis circonscrite, comme les 1 500 euros alloués par le tribunal de Lille pour un avis isolé mais caractérisé, et des montants supérieurs lorsque la lettre a touché une dizaine de distributeurs avec des annulations de commandes chiffrées. Demandez en outre une astreinte de 200 à 500 euros par jour de retard pour la suppression et par infraction constatée pour l’interdiction de réitérer, car l’astreinte est le véritable moteur de l’exécution et sera liquidée ensuite au profit de votre société. Au fond, articulez une demande principale égale à la marge perdue sur les commandes identifiées, augmentée d’une somme au titre de l’atteinte à l’image calibrée sur la durée d’exposition et l’audience touchée, et des frais de crise. Les décisions publiées montrent des condamnations qui s’échelonnent de quelques milliers d’euros pour un avis isolé à plusieurs dizaines de milliers d’euros lorsque la campagne a visé tout un réseau de distribution avec des pièces établissant les commandes perdues. N’oubliez pas l’article 700 du code de procédure civile pour vos frais d’avocat et de constat : la Cour de cassation elle-même a condamné la société à l’origine de la lettre litigieuse à 3 000 euros à ce titre, et les juridictions du fond suivent le même mouvement lorsque la résistance de l’adversaire a contraint à multiplier les diligences. En pratique parisienne, comptez quelques semaines pour le référé, six à douze mois pour un jugement du tribunal de commerce de Paris en procédure classique, et douze à dix-huit mois devant le tribunal judiciaire pour une affaire avec expertise comptable sur le préjudice. Pendant ce temps, l’ordonnance de référé fait cesser le trouble et la provision finance la suite : c’est ce séquençage, cessation rapide puis indemnisation complète, qui rend l’action rentable pour une PME.

Deux précautions parisiennes méritent d’être soulignées. D’abord, soignez la signification et la preuve de la diffusion : les huissiers parisiens constatent quotidiennement les avis Google avec des exigences techniques précises sur l’horodatage, l’adresse IP et l’absence de personnalisation des résultats, et un constat bâclé sera écarté des débats. Ensuite, ne répondez jamais publiquement aux accusations par des accusations symétriques : une réponse outrancière publiée sur votre site ou vos réseaux peut vous exposer à une action reconventionnelle en dénigrement ou en diffamation, et le juge comparera les deux comportements au moment de répartir les torts. Privilégiez une communication factuelle et sobre vers vos clients, du type rappel de vos certifications, de vos titres de propriété et de l’absence de décision de justice, sans nommer l’adversaire plus que nécessaire. Si la presse professionnelle ou un influenceur a relayé les accusations, adressez un droit de réponse mesuré et conservez-en la preuve : il démontrera votre bonne foi et limitera le préjudice résiduel.

Conclusion

Une lettre qui présente vos produits comme des contrefaçons sans qu’aucun jugement ne l’ait constaté, et des avis en ligne qui relaient ou amplifient cette accusation, ne sont pas des aléas normaux de la vie des affaires : ce sont des fautes que les tribunaux sanctionnent avec une fermeté croissante. L’arrêt de la chambre commerciale du 15 octobre 2025 fixe une ligne claire pour les mises en garde adressées à votre clientèle, l’ordonnance lilloise du 16 juin 2026 montre que les avis mensongers se font supprimer en référé avec une provision immédiate, et les textes applicables, des articles 1240 et 1241 du code civil à l’article 835 et à l’article 145 du code de procédure civile, offrent une boîte à outils complète pour identifier les auteurs cachés, stopper la diffusion sous astreinte et chiffrer chaque poste de préjudice. Pour une entreprise parisienne ou francilienne, la voie efficace associe un constat rapide par commissaire de justice, un signalement motivé à la plateforme, une action en référé devant le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire de Paris pour la cessation et la provision, puis une action au fond pour la réparation intégrale. Documentez chaque commande perdue, chaque message inquiet de client et chaque dépense de crise : c’est ce dossier, plus que les affirmations générales, qui transforme une indignation légitime en condamnation chiffrée. Face à un concurrent qui salit au lieu de rivaliser sur la qualité et le prix, la réponse la plus rentable n’est ni le silence ni l’escalade verbale, mais une action judiciaire calibrée qui fait cesser vite, prouve solidement et fait payer complètement.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».