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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Dirigeant révoqué sommé de céder ses titres au rabais : contester la décote bad leaver et obtenir le juste prix (2026)

On vous a révoqué de la direction, puis, dans la foulée, on vous somme de céder vos actions ou vos parts à un prix décoté : la clause bad leaver du pacte s’applique, vous dit-on, parce que votre départ serait fautif. En septembre, au moment des assemblées de rentrée et des recompositions de capital, ce scénario frappe de nombreux dirigeants associés de SAS et de SARL : la révocation n’est que la première étape, la seconde consiste à les faire sortir du capital au rabais. Or le prix imposé n’est presque jamais le juste prix. Entre la clause de cession forcée qu’il faut relire à la virgule, l’expertise indépendante qui permet de contester toute évaluation unilatérale et les règles légales qui protègent le cédant, plusieurs armes existent pour refuser la décote et obtenir la valeur réelle de vos titres. Cet article vous donne la méthode complète : décortiquer la clause bad leaver, saisir l’expert de l’article 1843-4 du code civil, chiffrer la valeur de vos droits sociaux et sécuriser votre sortie, y compris à Paris et en Île-de-France où le tribunal des activités économiques de Paris tranche une grande partie de ces litiges. Si votre combat porte d’abord sur la révocation elle-même, lisez aussi nos analyses dédiées : gérant de SARL révoqué du jour au lendemain et révocation abusive, révocation sans juste motif et indemnités et révocation par les associés et absence de juste motif.

I. Clause bad leaver et cession forcée après révocation : contester la décote et imposer le juste prix

La mécanique est presque toujours la même : le pacte d’associés ou les statuts qualifient votre révocation de départ fautif, déclenchent une obligation de céder vos titres et appliquent une formule de prix décotée, parfois de 30 à 50 %. Chacune de ces trois étapes se conteste : la qualification de bad leaver, l’obligation de céder et, surtout, le prix.

A. Relire la clause de cession forcée : bad leaver, prix décoté et ce que le juge contrôle vraiment

En SAS, la cession forcée repose sur les statuts. L’article L. 227-16 du code de commerce dispose que « Dans les conditions qu’ils déterminent, les statuts peuvent prévoir qu’un associé peut être tenu de céder ses actions. » La formule est large, mais elle impose une condition stricte : ce sont les statuts, et eux seuls, qui fixent les cas et les conditions de la cession forcée. Une obligation de céder prévue par le seul pacte extrastatutaire, sans aucun relais dans les statuts, n’a pas la même force : elle oblige contractuellement ses signataires, mais elle ne constitue pas une clause statutaire de cession forcée opposable à la société et aux tiers. Vérifiez donc en premier lieu où figure votre clause : dans les statuts mis à jour au jour de la révocation, ou seulement dans un pacte signé des années plus tôt et jamais repris dans les statuts.

En deuxième lieu, vérifiez l’articulation avec les autres clauses statutaires. Les statuts de SAS combinent souvent l’agrément préalable prévu par l’article L. 227-14 du code de commerce, selon lequel « Les statuts peuvent soumettre toute cession d’actions à l’agrément préalable de la société », avec une clause d’inaliénabilité temporaire autorisée par l’article L. 227-13 du code de commerce : « Les statuts de la société peuvent prévoir l’inaliénabilité des actions pour une durée n’excédant pas dix ans. » Si vos actions sont encore inaliénables au jour où la société exige leur cession, la demande se heurte à sa propre clause : la société ne peut pas vous interdire de vendre pendant dix ans puis exiger que vous vendiez immédiatement à son prix. Relevez la contradiction par écrit, elle constitue un moyen de défense direct contre la mise en demeure de céder.

En troisième lieu, la Cour de cassation encadre strictement les sanctions des violations statutaires. Le 21 juin 2023, dans un arrêt n° 21-25.952 consultable sur le site de la Cour de cassation, la chambre commerciale juge que « Aux termes de ce texte, toute cession effectuée en violation des clauses statutaires est nulle. » Mais elle précise aussitôt la portée de cette nullité : « Ce texte ne régissant pas l’exclusion d’un associé et la cession forcée de ses actions qui en résulte, la nullité qu’il prévoit vise uniquement à sanctionner la violation de toute clause statutaire ayant pour objet la cession d’actions librement consentie par leur titulaire. » Autrement dit, la nullité de l’article L. 227-15 du code de commerce sanctionne les cessions volontaires réalisées en fraude des clauses statutaires, pas les cessions forcées elles-mêmes. Pour contester votre cession forcée, n’invoquez donc pas la nullité à contresens : attaquez la régularité de la décision qui la déclenche, la qualification de bad leaver et le prix, qui sont les vrais terrains de victoire.

La qualification de bad leaver mérite l’examen le plus attentif, car toute la décote en dépend. Le pacte définit généralement le bad leaver comme le dirigeant révoqué pour faute, manquement grave ou violation du pacte, et lui applique un prix décoté, tandis que le good leaver part au prix de marché. Or la faute alléguée est souvent la même que celle invoquée pour justifier une révocation sans juste motif. Si la société ne prouve aucune faute réelle, la qualification de bad leaver s’effondre avec le grief qui la soutient. Rappelez le principe applicable en SARL, qui éclaire aussi les pactes de SAS : l’article L. 223-25 du code de commerce prévoit que « Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages et intérêts. » Une révocation sans juste motif établi ne peut pas servir de fondement à une décote punitive : exigez les pièces de la faute alléguée, auditez les comptes et les rapports, et contestez par lettre recommandée la qualification de bad leaver avant tout débat sur le prix. Sans faute démontrée, le dirigeant révoqué doit être traité en good leaver, au prix plein.

En SARL, la sortie du capital obéit en outre à l’agrément légal. L’article L. 223-14 du code de commerce organise la procédure : « Si la société a refusé de consentir à la cession, les associés sont tenus, dans le délai de trois mois à compter de ce refus, d’acquérir ou de faire acquérir les parts à un prix fixé dans les conditions prévues à l’article 1843-4 du code civil, sauf si le cédant renonce à la cession de ses parts. » Le dirigeant révoqué qui reste associé de SARL et veut vendre ses parts à un tiers notifie son projet ; en cas de refus d’agrément, la société doit lui présenter un acquéreur dans les trois mois, au prix de l’expertise, et « Les frais d’expertise sont à la charge de la société. » Ne bradez donc jamais vos parts de SARL dans les semaines qui suivent la révocation : la loi vous garantit un prix expertisé aux frais de la société, avec un délai de paiement qui « ne saurait excéder deux ans » et des intérêts au taux légal.

B. Expertise de l’article 1843-4 : comment obtenir la vraie valeur de vos titres malgré la clause

L’arme centrale du dirigeant confronté à une décote s’appelle l’expertise de l’article 1843-4 du code civil. Le texte prévoit que « la valeur de ces droits est déterminée, en cas de contestation, par un expert désigné, soit par les parties, soit à défaut d’accord entre elles, par jugement du président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce compétent, statuant selon la procédure accélérée au fond et sans recours possible. » Trois conséquences pratiques découlent de cette phrase. D’abord, il suffit d’une contestation du prix pour déclencher l’expertise : refusez par écrit le prix proposé, même brièvement, et la condition est remplie. Ensuite, à défaut d’accord sur le nom de l’expert, le président du tribunal le désigne en procédure accélérée au fond, rapidement et sans appel possible contre la désignation elle-même. Enfin, l’expert est indépendant des parties : ni la société ni le pacte ne peuvent lui imposer leur évaluateur maison.

Le même article précise la mission de l’expert : « L’expert ainsi désigné est tenu d’appliquer, lorsqu’elles existent, les règles et modalités de détermination de la valeur » (article 1843-4 du code civil) prévues par les statuts ou par toute convention liant les parties. Cette phrase décide du sort de votre décote. Si le pacte prévoit une formule de prix précise, objective et applicable, l’expert doit l’appliquer. Mais si la formule est punitive, indéterminée ou inapplicable en l’espèce, l’expert écarte la décote et retient la valeur réelle. Préparez donc un dossier d’expertise complet : trois derniers bilans et comptes de résultat, rapports du commissaire aux comptes, valorisations antérieures lors d’augmentations de capital ou de cessions entre associés, lettres d’intention d’acquéreurs, valeur des actifs immobiliers et incorporels, carnet de commandes. Plus votre dossier documente une valeur haute, plus l’expert s’en approche. Et mandatez votre propre expert-comptable en plus de l’expert judiciaire : son rapport critique de l’évaluation adverse pèse lourd dans le débat.

La Cour de cassation protège l’accès à cette expertise avec constance. Le 15 mai 2012, dans un arrêt n° 11-17.866 consultable sur le site de la Cour de cassation, elle juge que « Attendu que la décision prise par le président du tribunal en application de ce texte est sans recours possible ; qu’il n’est dérogé à cette règle qu’en cas d’excès de pouvoir ». La désignation de l’expert ne peut donc pas être contestée par la société pour gagner du temps, sauf excès de pouvoir caractérisé. Et la Cour réduit encore cette porte de sortie : « l’inobservation par le président du tribunal des conditions d’application de l’article 1843-4 du code civil ne constitue pas un excès de pouvoir ». Même si la société soutient que les conditions de l’expertise n’étaient pas réunies, ce débat ne bloque pas la désignation. En pratique, déposez votre requête en désignation d’expert dès que le prix est contesté, sans attendre l’issue des négociations : la procédure avance pendant que vous négociez, et son existence même fait monter les offres transactionnelles.

Quatre réflexes procéduraux complètent le dispositif. D’abord, contestez le prix dans les délais du pacte : beaucoup de clauses imposent une contestation sous trente ou soixante jours, faute de quoi le prix est réputé accepté. Ensuite, ne signez aucun acte de cession au prix décoté, même sous pression : une cession parfaite et payée se conteste infiniment plus difficilement qu’un projet de cession. Ensuite, si la société suspend vos droits de vote en application de la clause statutaire pendant la procédure, vérifiez que cette suspension figure bien dans les statuts et qu’elle respecte son champ exact, car une suspension irrégulière vicie les décisions votées sans vous. Enfin, provisionnez le coût : en SAS, contrairement à la SARL où les frais d’expertise sont légalement à la charge de la société, la répartition dépend du pacte et de la décision judiciaire ; demandez au président du tribunal de mettre la consignation à la charge de la société ou de la partager, et sollicitez une provision ad litem si votre trésorerie est asséchée par la perte de votre rémunération.

II. Vendre au juste prix et rebondir : indemnité de révocation, négociation globale et sortie parisienne

Le prix des titres n’est qu’un chapitre du dossier. Un dirigeant révoqué cumule souvent quatre créances : l’indemnité de révocation sans juste motif, le complément de prix sur ses titres après annulation de la décote, la contrepartie de non-concurrence et les rémunérations impayées. Les traiter ensemble dans une négociation globale rapporte davantage que quatre actions séparées.

A. Additionner les créances : indemnité de révocation, complément de prix et pacte d’associés

La première créance est l’indemnité de révocation elle-même. En SARL, le fondement reste l’article L. 223-25 du code de commerce : « Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages et intérêts. » En SAS, l’indemnité dépend des statuts et du pacte : garantie de durée de mandat, indemnité forfaitaire promise par résolution de l’associé unique ou engagement personnel des associés signataires du protocole d’investissement. Chiffrez séparément la perte de rémunération jusqu’au terme promis, le préjudice moral lié à la brutalité de l’annonce et la perte de chance professionnelle. Les développements complets sur ces postes figurent dans nos analyses consacrées à la révocation : révocation abusive du gérant de SARL, indemnités après révocation sans juste motif et révocation votée par les associés.

La deuxième créance est le complément de prix : la différence entre la valeur réelle de vos titres et le prix décoté qu’on vous impose. Faites-la chiffrer par votre expert-comptable selon plusieurs méthodes admises : actif net réévalué, multiples de résultat d’exploitation, actualisation des flux futurs, transactions comparables sur des sociétés similaires. Présentez une fourchette argumentée plutôt qu’un chiffre unique, avec un scénario prudent, un scénario médian et un scénario haut. Les juges et les experts judiciaires raisonnent en fourchette ; une demande documentée entre, par exemple, 80 000 et 120 000 euros pour un bloc minoritaire se défend mieux qu’un chiffre rond non justifié. Joignez les offres d’acquéreurs tiers si elles existent : rien ne discrédite une décote comme une offre réelle d’un tiers au double du prix imposé.

La troisième créance est la contrepartie de la clause de non-concurrence. Beaucoup de dirigeants révoqués découvrent qu’ils ne peuvent pas rejoindre un concurrent pendant douze ou vingt-quatre mois. Sans contrepartie financière réelle et proportionnée, faites annuler la clause et réclamez des dommages-intérêts ; avec contrepartie, exigez son versement mensuel dès la révocation et intégrez son montant dans la négociation globale. La quatrième créance regroupe les primes, bonus et rémunérations différées non versés : exigez le décompte écrit et le paiement, car ces sommes portent intérêt et se recouvrent en référé lorsqu’elles ne sont pas sérieusement contestables.

La négociation globale suit un calendrier précis. Contestez par écrit dans les jours qui suivent la révocation, en réservant vos droits sur la qualification de bad leaver et sur le prix. Déposez la requête en expertise 1843-4 dans le premier mois pour créer un rapport de force. Proposez ensuite un protocole transactionnel couvrant l’ensemble : montant global ventilé par poste, calendrier de rachat des titres avec garanties de paiement, levée ou aménagement chiffré de la non-concurrence, communiqué interne neutre sur votre départ, attestation de mandat et prise en charge des frais d’expertise. À défaut d’accord sous deux mois, assignez au fond en paiement du complément de prix et de l’indemnité de révocation, en demandant une provision en référé pour les postes non contestables. Les preuves se dispersent vite une fois vos accès coupés : sauvegardez dès le premier jour tous les documents auxquels votre mandat vous donnait légalement accès.

B. Sortie complète à Paris et en Île-de-France : publicité, cautions et tribunal compétent

À Paris et en Île-de-France, la sortie du dirigeant révoqué comporte des formalités locales qui conditionnent sa sécurité future. D’abord la publicité : vérifiez au greffe du tribunal des activités économiques de Paris que la formalité modificative mentionne la bonne date de cessation de vos fonctions et votre remplacement. Tant que le registre du commerce et des sociétés vous mentionne comme dirigeant, les créanciers et l’administration peuvent vous poursuivre en cette qualité. Exigez la mise à jour du Kbis et conservez-en une copie horodatée : c’est votre preuve de sortie opposable aux tiers.

Ensuite les banques : retirez vos délégations de signature et, surtout, traitez vos cautionnements personnels. Un dirigeant révoqué qui reste caution des emprunts de la société découvre l’assignation de la banque deux ans plus tard. Notifiez par écrit à chaque banque la cessation de vos fonctions, demandez la mainlevée de vos engagements ou leur cantonnement aux encours existants, et refusez de garantir les nouveaux tirages. Si la banque appelle votre caution, faites vérifier la proportionnalité de l’engagement et le respect par la banque de son devoir de mise en garde : un cautionnement disproportionné aux revenus du dirigeant s’annule et ouvre droit à décharge.

Le tribunal compétent dépend de votre litige. La contestation du prix et l’expertise relèvent du président du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce, qui statue en procédure accélérée au fond. L’action en complément de prix et en indemnité de révocation se porte devant le tribunal des activités économiques de Paris, rue Aubert, lorsque le litige est commercial, ou devant le tribunal judiciaire de Paris dans les autres cas. L’assignation doit viser précisément chaque fondement : clause statutaire de cession forcée, pacte d’associés, article 1843-4 du code civil et droit commun de la révocation sans juste motif. Joignez les statuts certifiés, le Kbis historique, les résolutions, le pacte, l’évaluation contestée et votre contre-évaluation.

Enfin, organisez votre rebond professionnel. Faites vérifier la portée exacte de votre non-concurrence : territoire, activités visées, durée, contrepartie. Une clause trop large s’annule ; une clause valable se monnaye. Demandez une attestation de mandat précisant vos fonctions et leur durée, utile pour vos futurs partenaires et financeurs. Et si vous créez une nouvelle société dans le même secteur, séparez strictement les actifs : fichiers clients, marques et savoir-faire de l’ancienne société restent sa propriété, et toute confusion expose à une action en concurrence déloyale qui ruinerait votre victoire sur le prix des titres.

Anticipez aussi la fiscalité de la cession : le complément de prix obtenu par expertise ou par jugement suit le régime des plus-values de cession de droits sociaux, avec abattement pour durée de détention selon votre situation personnelle et vos options. Faites chiffrer par votre expert-comptable le prix net après impôt avant de signer le protocole, car un prix brut attractif peut se révéler médiocre une fois les prélèvements appliqués. Intégrez ce calcul dans la négociation globale pour exiger un prix brut qui préserve votre net.

Conclusion

Sommé de céder vos titres au rabais après votre révocation, ne signez rien dans l’émotion et ne laissez pas la société cumuler les avantages : une révocation sans faute prouvée, une qualification de bad leaver infondée et un prix décoté imposé unilatéralement. Relisez la clause de cession forcée dans les statuts, contestez la qualification de bad leaver pièces à l’appui et déclenchez sans tarder l’expertise de l’article 1843-4 du code civil, dont la Cour de cassation protège l’accès. Chiffrez chaque créance séparément, négociez un protocole global couvrant le prix, l’indemnité et la non-concurrence, puis sortez proprement du Kbis, des banques et des registres parisiens. Préparé avec méthode, un dossier de sortie contrainte se négocie bien et se plaide mieux.

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Vous venez d’être révoqué et on vous impose de céder vos actions ou vos parts à un prix décoté, à Paris ou en Île-de-France. Obtenez une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour relire votre clause bad leaver, contester le prix et déclencher l’expertise. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet. Le cabinet intervient à Paris et dans toute l’Île-de-France devant le tribunal des activités économiques de Paris et le tribunal judiciaire de Paris.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».