Cabinet Kohen Avocats · Paris

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse offerte, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Dirigeant révoqué sans motif : contester une révocation brutale et obtenir des indemnités en 2026

Septembre 2026, en pleine saison des assemblées générales de rentrée, vous venez d’apprendre que les associés ont voté votre révocation. La décision est tombée sans explication, parfois en quelques minutes, parfois par une simple lettre reçue un lundi matin. Gérant de SARL, directeur général de SA ou président de SAS, vous vous demandez si cette révocation est régulière, si vous pouvez la contester et surtout quelles indemnités réclamer. La réponse dépend de votre forme sociale, de vos statuts et des circonstances exactes de votre éviction. Deux arrêts rendus par la chambre commerciale de la Cour de cassation le 9 juillet 2025 viennent de préciser les règles du jeu : les statuts d’une SAS priment sur les décisions collectives qui prétendent y déroger, même votées à l’unanimité, et une indemnité forfaitaire promise dans un protocole d’investissement peut survivre à une clause statutaire de révocation sans indemnité. Autrement dit, tout se joue dans les textes applicables à votre mandat et dans les preuves que vous réunissez dès les premiers jours. Cet article expose vos droits, les deux fondements d’indemnisation possibles, la marche à suivre devant les juridictions parisiennes et les erreurs à ne pas commettre après votre départ.

I. Dirigeant révoqué sans motif : quels droits et quelles indemnités réclamer

A. Gérant de SARL, directeur général de SA, président de SAS : le régime de révocation applicable à votre mandat

Le point de départ de toute contestation consiste à identifier le régime légal de votre révocation, car les protections du dirigeant varient fortement d’une forme sociale à l’autre. En SARL, la loi protège le gérant contre les révocations sans juste motif. L’article L. 223-25 du code de commerce dispose que « Le gérant peut être révoqué par décision des associés dans les conditions de l’article L. 223-29 », les statuts pouvant prévoir une majorité plus forte Le même texte ajoute aussitôt la protection centrale : « Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à des dommages et intérêts. » Concrètement, les associés d’une SARL restent libres de vous révoquer, mais ils paient le prix d’une révocation injustifiée. Le texte ouvre en outre une voie judiciaire symétrique : « En outre, le gérant est révocable par les tribunaux pour cause légitime, à la demande de tout associé. » Un associé minoritaire peut donc demander en justice la révocation d’un gérant dont le maintien en fonctions porte préjudice à la société, et le gérant visé par une telle demande dispose du droit de se défendre et de discuter la cause légitime invoquée contre lui.

La décision des associés doit elle-même respecter les règles de majorité. L’article L. 223-29 du code de commerce prévoit que les décisions sont adoptées par un ou plusieurs associés représentant plus de la moitié des parts sociales, avec une seconde consultation à la majorité des votes émis si la première majorité n’est pas atteinte et sauf stipulation contraire des statuts. Avant de contester le fond de votre révocation, vérifiez donc la régularité du vote : convocation de tous les associés, quorum, majorité requise, statuts prévoyant une majorité renforcée. Une révocation votée en violation de ces règles peut être annulée, ce qui replace le débat sur un terrain procédural souvent plus rapide que la discussion du juste motif. Conservez la convocation, le procès-verbal d’assemblée et, si le vote a eu lieu par consultation écrite, l’ensemble des bulletins et de la correspondance, car ces pièces forment le socle de toute action ultérieure.

En société anonyme, la révocation est en principe libre et immédiate. Les administrateurs sont nommés et révoqués par l’assemblée générale en application de l’article L. 225-18 du code de commerce, sans condition de motif. Pour le directeur général, l’article L. 225-55 du code de commerce est explicite : « Le directeur général est révocable à tout moment par le conseil d’administration. » La liberté de révocation est donc totale sur son principe, mais elle n’exclut pas l’indemnisation. Le même article précise : « Si la révocation est décidée sans juste motif, elle peut donner lieu à dommages-intérêts, sauf lorsque le directeur général assume les fonctions de président du conseil d’administration. » Le dirigeant qui cumule les fonctions de président-directeur général ne bénéficie pas de cette protection légale et doit chercher son indemnisation ailleurs, dans un contrat de travail subsistant, une convention de départ ou la démonstration de circonstances brutales ou vexatoires. Cette distinction entre révocabilité libre et droit à indemnité structure tout le contentieux : la société n’a presque jamais besoin de justifier sa décision, mais elle répond financièrement d’une révocation injustifiée ou blessante.

En SAS, tout dépend des statuts, et c’est là que les deux arrêts du 9 juillet 2025 prennent leur importance. L’article L. 227-1 du code de commerce renvoie largement aux statuts pour l’organisation de la société, et l’article L. 227-5 du code de commerce pose le principe en une phrase : « Les statuts fixent les conditions dans lesquelles la société est dirigée. » Les associés d’une SAS peuvent donc prévoir une révocation libre sans indemnité, une révocation motivée, un préavis, une indemnité forfaitaire ou une procédure contradictoire préalable. Le président représente la société à l’égard des tiers avec les pouvoirs les plus étendus, conformément à l’article L. 227-6 du code de commerce, mais ses propres conditions de révocation relèvent des stipulations statutaires. Première conséquence pratique : relisez vos statuts avant toute démarche, car ils déterminent si votre révocation devait être motivée, notifiée selon une forme particulière ou accompagnée d’une indemnité. Seconde conséquence : aucun document extra-statutaire ne peut contredire les statuts, comme l’a rappelé la Cour de cassation le 9 juillet 2025.

B. Révocation sans juste motif et révocation brutale ou vexatoire : les deux fondements qui ouvrent droit à indemnités

Une fois le régime de votre mandat identifié, votre demande d’indemnisation repose sur l’un ou l’autre de deux fondements distincts, parfois cumulés. Le premier fondement est la révocation sans juste motif, prévue par les textes pour le gérant de SARL et le directeur général de SA. Le juste motif s’apprécie au regard de l’intérêt social : faute de gestion, mésentente durable rendant impossible la poursuite du mandat, perte de confiance fondée sur des faits objectifs, résultats durablement déficitaires imputables à la gestion. En revanche, un simple changement de majorité au capital, l’arrivée d’un nouvel investisseur qui souhaite placer son propre dirigeant ou un désaccord stratégique sans faute caractérisée ne constituent généralement pas un juste motif. La charge de la preuve pèse sur la société : c’est elle qui doit établir les faits qu’elle invoque pour refuser toute indemnité. Si elle se contente d’affirmer une perte de confiance sans produire de pièce, le tribunal accorde des dommages et intérêts. Le montant indemnise la perte de rémunération pendant la durée prévisible du mandat restant à courir, augmentée le cas échéant de la perte des avantages en nature, du véhicule de fonction et des rémunérations variables que vous auriez perçues.

Le second fondement est indépendant du premier : la révocation brutale ou vexatoire ouvre droit à réparation même lorsque la révocation elle-même était juridiquement possible. L’article 1240 du code civil dispose que « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Appliqué à la révocation, ce texte sanctionne les circonstances qui entourent l’éviction : annonce publique humiliante devant les salariés, communiqués internes mensongers sur les raisons du départ, révocation signifiée sans préavis alors qu’un passage de relais était organisé, coupure immédiate des accès et de la messagerie accompagnée d’accusations infondées, refus de délivrer les documents de fin de mandat. La jurisprudence distingue soigneusement les deux préjudices : l’indemnité pour révocation sans juste motif compense la perte du mandat, tandis que les dommages et intérêts pour brutalité réparent l’atteinte à la réputation et le préjudice moral. Vous pouvez donc obtenir deux sommes distinctes, et la seconde subsiste même si la première vous est refusée.

Cette autonomie du préjudice vexatoire vient d’être confirmée de façon spectaculaire par la Cour de cassation. Dans un arrêt du 9 juillet 2025, pourvoi numéro 24-10.428, consultable sur le site officiel de la Cour (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 24-10.428), le directeur général d’une SAS avait été révoqué par la présidente de la société alors que les statuts permettaient une révocation libre et sans indemnité. L’annexe au procès-verbal de l’assemblée qui l’avait nommé prévoyait pourtant des conditions de révocation protectrices. La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel qui avait appliqué cette annexe et rappelle la primauté des statuts en visant les textes : « Il résulte de ces textes que les statuts de la société par actions simplifiée fixent les conditions dans lesquelles celle-ci est dirigée, notamment les modalités de révocation de ses dirigeants. » Elle ajoute la formule que tout dirigeant de SAS doit retenir : « Si une décision des associés peut compléter les statuts sur ce point, elle ne peut y déroger, quand bien même aurait-elle été prise à l’unanimité. » La demande fondée sur l’annexe protectrice est donc rejetée, avec les 100 000 euros réclamés au titre de la résiliation anticipée et les 9 400 euros réclamés pour le véhicule de fonction. Mais la Cour préserve expressément la seconde ligne d’indemnisation : « La cassation du chef de dispositif disant que M. [L]-[V] a été révoqué sans juste motif de son mandat de directeur général de la société IDF Démolition n’emporte pas celle du chef de dispositif condamnant la société IDF Démolition à payer la somme de 30 000 euros de dommages et intérêts à M. [L]-[V] au titre de sa révocation réalisée de manière vexatoire et brutale. » Les 30 000 euros obtenus pour les circonstances vexatoires survivent donc à l’effondrement du premier fondement. Cet arrêt enseigne deux leçons opposées et complémentaires : ne fondez jamais votre action sur un document qui contredit vos statuts, mais documentez toujours la brutalité de l’éviction, car elle constitue un fondement autonome qui résiste même à une révocation statutairement régulière.

Le même jour, la chambre commerciale a rendu un second arrêt qui intéresse tous les dirigeants dont la nomination s’accompagne d’un pacte ou d’un protocole d’investissement (Cass. com., 9 juillet 2025, n° 23-21.160). Un directeur général de société de gestion de cliniques avait été révoqué en mai 2017 alors qu’un protocole d’investissement signé en mai 2016 prévoyait son maintien pendant deux ans et le versement d’une indemnité forfaitaire minimale de 500 000 euros bruts en cas de révocation anticipée, avec une demande portée à 535 000 euros devant les juges. Les statuts de la société prévoyaient pourtant une révocation sans indemnité. La Cour de cassation casse l’arrêt d’appel qui avait écarté le protocole au motif qu’il contredisait les statuts : « En statuant ainsi, alors que cette disposition extra-statutaire ne renferme qu’un engagement personnel des signataires du protocole d’investissement de faire le nécessaire pour que la décision de nomination de M. [O] en qualité de directeur général de la Sogecler prévoie le versement d’une indemnité forfaitaire en cas de révocation ou de réduction de ses pouvoirs avant l’expiration d’un délai de deux ans, de sorte qu’elle n’est pas contraire à l’article 16 des statuts de la Sogecler, la cour d’appel a violé le texte susvisé. » La nuance est décisive et mérite une lecture attentive : l’engagement personnel des associés signataires de faire voter une indemnité ne contredit pas les statuts, car il ne modifie pas les règles statutaires de révocation et n’oblige que ses signataires. Si vous avez négocié une telle clause lors de votre entrée en fonctions, actionnez-la contre les signataires du pacte plutôt que contre la société elle-même, et produisez le protocole, la résolution de nomination et le décompte exact de l’indemnité promise. À l’inverse, si votre seule protection figure dans une annexe de procès-verbal qui contredit les statuts, tirez les conséquences du premier arrêt et recentrez votre action sur la brutalité des circonstances.

Le chiffrage de vos demandes doit refléter cette architecture à deux étages. Au titre de la révocation sans juste motif, réclamez la rémunération que vous auriez perçue jusqu’au terme prévisible du mandat : fixe, variable contractuelle, avantages en nature chiffrés, perte du véhicule de fonction évaluée sur la durée restante. Au titre du caractère brutal ou vexatoire, chiffrez le préjudice moral et l’atteinte à la réputation professionnelle : dirigeant d’une PME parisienne, votre réputation conditionne votre réembauche, vos mandats futurs et vos relations bancaires. Les tribunaux accordent sur ce second poste des sommes qui varient selon la gravité des faits, de quelques milliers d’euros pour une simple absence de ménagement jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour une éviction publique et diffamatoire, comme les 30 000 euros maintenus dans l’arrêt du 9 juillet 2025. N’oubliez pas les intérêts légaux à compter du jugement, la clause de non-concurrence qui pèse éventuellement sur vous et dont vous pouvez demander la levée ou la contrepartie financière, ni le sort de votre contrat de travail si vous cumuliez un mandat social et un emploi salarié, car la révocation du mandat ne rompt pas automatiquement le contrat de travail et tout licenciement déguisé ouvre un contentieux prud’homal distinct.

II. Contester une révocation abusive à Paris : procédure, preuves et suite du mandat

A. Les démarches immédiates après votre éviction : procès-verbal, registres, constats et mise en demeure

Les premiers jours qui suivent votre révocation déterminent l’issue du litige, car les preuves de la brutalité s’effacent vite et les documents sociaux deviennent difficiles d’accès une fois que vous avez rendu les clés. Exigez immédiatement une copie du procès-verbal de l’assemblée ou de la décision collective qui a prononcé votre révocation, ainsi que la convocation et la feuille de présence. Vérifiez que tous les associés ont été convoqués, que la majorité appliquée correspond aux statuts lus en combinaison avec l’article L. 223-29 du code de commerce pour une SARL ou avec les clauses statutaires de majorité pour une SAS, et que le procès-verbal mentionne exactement les résolutions votées. Si la révocation a été décidée par le conseil d’administration d’une SA, demandez le procès-verbal du conseil en application des règles de fonctionnement de cet organe. Toute irrégularité de convocation, toute majorité miscalculée, tout associé oublié constitue un moyen d’annulation autonome qui renforce votre position dans la négociation et devant le tribunal. Adressez ces demandes par écrit, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception doublée d’un courrier électronique, afin de constituer la preuve de vos diligences et du refus éventuel de la société de vous communiquer vos propres documents de mandat.

Documentez ensuite les circonstances de l’éviction avec la rigueur d’un constat. Faites établir par un commissaire de justice un procès-verbal des faits matériels vérifiables : coupure des accès informatiques, changement des serrures, retrait de votre nom des supports de communication, messages internes annonçant votre départ en termes dévalorisants. Conservez chaque message électronique, chaque lettre, chaque capture d’écran datée qui montre le ton et la rapidité de l’éviction. Sollicitez des attestations de témoins conformes aux exigences de forme, rédigées par des salariés, des associés ou des partenaires qui ont assisté à la scène ou subi les annonces humiliantes, en leur demandant de décrire des faits précis plutôt que des jugements généraux. Si des propos portant atteinte à votre honneur ont été tenus devant des tiers, faites-les constater par écrit sans délai, car l’action en diffamation obéit à une prescription courte de trois mois et le choix entre la voie de presse et la voie civile indemnitaire engage la suite de la procédure. Consultez un médecin si l’éviction brutale a altéré votre état de santé, car un certificat médical initial ouvre la voie à la réparation du préjudice corporel et moral et objective un dommage que le tribunal indemnise séparément.

Adressez ensuite à la société une mise en demeure détaillée qui structure l’ensemble du dossier. Rappelez votre mandat, sa date de début, votre rémunération et vos avantages, la date et les modalités de la révocation, puis articulez vos deux fondements : révocation sans juste motif au visa du texte applicable à votre forme sociale, et circonstances brutales ou vexatoires au visa de l’article 1240 du code civil. Chiffrez chaque poste de demande avec ses justificatifs : bulletins de salaire ou relevés de rémunération du mandat, contrat de mise à disposition du véhicule, estimation de la part variable, protocole ou pacte prévoyant une indemnité forfaitaire, factures des frais engagés pour votre défense. Fixez un délai de réponse de quinze jours et annoncez la saisine du tribunal à défaut d’accord. Cette mise en demeure n’est pas une simple formalité : elle interrompt les argumentations adverses sur une prétendue acceptation tacite de votre sort, elle fait courir les intérêts moratoires sur les sommes réclamées et elle sert de trame au projet d’assignation. Parallèlement, vérifiez que votre radiation du registre national des entreprises est effectuée avec des mentions exactes, récupérez vos effets personnels par inventaire contradictoire, organisez la restitution des documents et matériels de la société contre décharge, et refusez de signer toute transaction ou tout reçu pour solde sans délai de réflexion, car une transaction signée dans la précipitation éteint définitivement vos droits à indemnité.

B. Saisir le bon tribunal, chiffrer vos demandes et sécuriser l’après-mandat à Paris et en Île-de-France

Le choix de la juridiction conditionne la rapidité et l’efficacité de votre action. Lorsque le litige porte sur la régularité de la décision sociale et sur l’indemnisation du mandat lui-même, le tribunal compétent est en principe le tribunal des activités économiques de Paris pour les sociétés immatriculées dans son ressort, ou le tribunal judiciaire de Paris pour les demandes fondées sur la responsabilité civile de droit commun. Les dirigeants de sociétés dont le siège se trouve en petite ou en grande couronne saisissent le tribunal du siège social, avec un appel porté devant la cour d’appel de Paris, dont le pôle 5 chambres 8 et 9 statue régulièrement sur les litiges entre associés et dirigeants. Si vous cumuliez un contrat de travail avec votre mandat, le conseil de prud’hommes reste compétent pour le volet salarial, et la rupture du contrat de travail qui suit automatiquement la révocation sans procédure de licenciement s’analyse en licenciement sans cause réelle et sérieuse. Examinez vos statuts et votre lettre de nomination pour repérer une clause attributive de juridiction ou une clause d’arbitrage, fréquente dans les groupes internationaux, car elle déplace le litige vers le tribunal désigné ou vers une instance arbitrale et modifie les délais et les coûts. En cas d’urgence, par exemple pour obtenir la communication des documents sociaux que la société vous refuse ou pour faire cesser des propos dénigrants diffusés dans le milieu professionnel parisien, la procédure de référé devant le président du tribunal permet d’obtenir une décision en quelques semaines, avant l’action au fond sur les indemnités.

Le chiffrage de l’assignation reprend l’architecture à deux étages exposée plus haut, adaptée à votre situation parisienne. Pour un gérant de SARL révoqué sans juste motif, demandez la rémunération perdue jusqu’au terme du mandat ou, si le mandat était à durée indéterminée, sur une période correspondant au préavis d’usage et à la durée nécessaire pour retrouver une situation équivalente sur le marché parisien, en produisant des éléments de comparaison et les démarches entreprises. Pour un président de SAS dont les statuts excluent toute indemnité de révocation, tirez les conséquences des arrêts du 9 juillet 2025 : fondez la demande sur l’engagement personnel des signataires du pacte si un tel engagement existe, et à défaut concentrez l’effort probatoire sur les 30 000 euros de la jurisprudence récente pour brutalité, ajustés à la gravité de votre cas. Pour un directeur général de SA, combinez l’article L. 225-55 du code de commerce et l’article 1240 du code civil en deux chefs de demande distincts, afin que le second survive même si le tribunal estime qu’un juste motif existait. Ajoutez systématiquement les intérêts légaux, l’article 700 du code de procédure civile pour vos frais irrépétibles, et le cas échéant la demande de publication du jugement lorsque votre réputation a été publiquement atteinte. Surveillez les délais : l’article L. 225-254 du code de commerce enferme l’action en responsabilité contre les administrateurs et le directeur général dans un délai de trois ans à compter du fait dommageable, et les actions en nullité des décisions sociales obéissent elles aussi à des délais courts. Agir dans les premières semaines n’est donc pas seulement une question de preuves, c’est une condition de recevabilité.

La sécurisation de l’après-mandat mérite autant d’attention que l’instance elle-même, surtout à Paris où les milieux d’affaires sont étroits et les réputations circulent vite. Si une clause de non-concurrence figure dans vos statuts, votre contrat de travail ou un pacte d’associés, vérifiez son étendue géographique, sa durée et surtout sa contrepartie financière, car une clause sans compensation est inapplicable et une clause applicable vous interdit de rebondir en Île-de-France dans votre secteur sans indemnisation. Demandez par écrit à la société si elle entend maintenir ou lever la clause, car son silence ou sa réponse tardive engage sa responsabilité et ouvre droit à des dommages et intérêts complémentaires. Organisez la passation des pouvoirs avec un successeur désigné : signez un procès-verbal de transmission des dossiers en cours, des accès bancaires, des contentieux pendants et des échéances fiscales et sociales, car votre responsabilité de dirigeant au titre de l’article L. 223-22 du code de commerce pour une SARL ou des textes équivalents pour les autres formes sociales peut survivre à votre départ pour les fautes commises pendant votre gestion. Les associés peuvent en effet exercer contre vous l’action sociale en responsabilité, individuellement ou en se groupant, pour les infractions aux dispositions légales, les violations statutaires ou les fautes de gestion. Anticipez ce risque symétrique en faisant auditer votre gestion avant de quitter les lieux, en conservant copie des décisions que vous avez fait voter et en souscrivant ou en maintenant une assurance responsabilité civile des dirigeants pour la période de votre mandat. Enfin, si vous déteniez des parts ou des actions, distinguez strictement votre qualité d’ex-dirigeant de votre qualité d’associé : conservez vos droits de vote, vos droits aux dividendes et votre droit d’information, et préparez la cession ou la conservation de vos titres comme un dossier séparé, avec sa propre valorisation et sa propre négociation.

Conclusion

La révocation d’un dirigeant obéit à une logique simple dans son principe et exigeante dans sa mise en oeuvre. Les associés révoquent librement, sauf les cas où les statuts ou la loi imposent un motif, mais ils paient la révocation injustifiée et réparent la révocation blessante. Les deux arrêts rendus par la chambre commerciale le 9 juillet 2025 clarifient le paysage pour les dirigeants de SAS : vos statuts priment sur tout document qui prétend les contredire, même voté à l’unanimité, tandis que l’engagement personnel des signataires d’un pacte de vous faire voter une indemnité forfaitaire reste actionnable contre eux. Pour le gérant de SARL et le directeur général de SA, la protection légale contre la révocation sans juste motif demeure le premier pilier de la demande, et les circonstances brutales ou vexatoires en forment le second, autonome et cumulable. Dans tous les cas, le succès se prépare dans les premiers jours : procès-verbal de révocation, statuts, protocole d’investissement, constats de la brutalité, attestations précises, mise en demeure chiffrée. Les juridictions parisiennes appliquent ces règles avec constance et indemnisent séparément la perte du mandat et l’atteinte à la personne, jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour les évictions les plus violentes. Ne signez rien dans la précipitation, ne laissez passer aucun délai et faites vérifier votre dossier avant que la société ne fige sa version des faits.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Vous venez d’être révoqué de votre mandat social et vous vous demandez si la décision est régulière et quelles indemnités réclamer. Notre cabinet vous propose une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet, pour examiner votre révocation et chiffrer vos demandes. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via notre page contact. Nous intervenons à Paris et dans toute l’Île-de-France devant le tribunal des activités économiques de Paris, le tribunal judiciaire de Paris et la cour d’appel de Paris.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».