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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Aménager vos combles en copropriété : l’accord de l’assemblée et de la mairie avant les travaux

Au-dessus de votre appartement parisien, il y a ces combles sombres dont personne ne semble s’occuper. Vous y voyez déjà une chambre d’amis avec une fenêtre de toit, un bureau baigné de lumière, quelques mètres carrés gagnés sans déménager. L’idée paraît simple : ils sont juste au-dessus de chez vous, personne d’autre ne peut y accéder, alors pourquoi demander la permission à qui que ce soit ?

Parce que ces quelques mètres carrés peuvent vous coûter beaucoup plus cher que les travaux eux-mêmes. Le droit de la copropriété et le droit de l’urbanisme posent chacun un verrou, et les deux doivent être ouverts avant le premier coup de marteau. Un copropriétaire parisien l’a appris à ses dépens : après avoir percé son plafond pour annexer sept mètres carrés de combles, il a été condamné à tout remettre en état sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Une autre décision, rendue en référé en juin 2025, a ordonné la dépose d’équipements installés sans autorisation et la remise en état des parties communes, sous astreinte de 200 euros par jour.

La réponse tient donc en une phrase : non, des combles situés au-dessus de votre lot ne sont pas automatiquement à vous, et leur aménagement exige presque toujours deux feux verts, celui de l’assemblée générale des copropriétaires et celui de la mairie. Tout le reste de cet article explique comment obtenir ces deux accords, ce qui se passe quand on s’en passe, et quels recours existent quand l’assemblée dit non.

Une réserve s’impose d’emblée : chaque immeuble a son règlement de copropriété et son état descriptif de division, chaque commune a son plan local d’urbanisme. Les principes exposés ici sont solides, mais leur application à votre cas dépend de ces documents. En cas de doute sérieux, faites-vous accompagner avant de casser le plafond, pas après.

I. Vos combles vous appartiennent-ils vraiment ?

A. Le piège de l’usage exclusif

Le raisonnement le plus courant, et le plus dangereux, ressemble à ceci : personne d’autre que moi ne peut accéder à ces combles, donc ils sont à moi. Un tribunal parisien a démonté ce raisonnement pièce par pièce dans un jugement du 22 mars 2024 qui mérite d’être raconté en détail, car il ressemble à beaucoup de situations réelles.

Des époux possédaient plusieurs lots dans un immeuble parisien, dont un débarras au septième étage. Au-dessus de leurs lots se trouvaient des combles d’environ sept mètres carrés, cloisonnés, sans accès depuis leurs pièces. Ils ont ouvert le plafond, percé une trémie et installé une mezzanine avec un lit de 1,60 mètre. Ils avaient demandé à plusieurs reprises à l’assemblée générale de leur vendre ces combles, en 2018 puis en 2020 : refus à chaque fois. L’assemblée a même voté une résolution leur demandant de remettre les lieux en état sous six mois et a autorisé le syndic à agir en justice. Assignés en 2021, les époux se défendaient avec des arguments qui sembleront familiers à beaucoup de lecteurs : le règlement de copropriété ne mentionnait ces combles ni comme parties de leurs lots ni comme parties communes ; seules les parties non affectées à l’usage exclusif d’un copropriétaire seraient communes, donc celles-ci, dont eux seuls avaient l’usage, seraient privatives ; le règlement autorisait la réunion de lots ; et ils n’auraient touché qu’au plafond, considéré comme privatif par le règlement, sans porter atteinte aux éléments structurels.

Le tribunal a tout écarté. D’abord, le critère de l’usage exclusif ne suffit pas à lui seul à qualifier un espace de partie privative : il doit être complété par l’examen de la disposition des lieux, de leur accès et de leur utilité pour la copropriété. Ensuite, et c’est le point décisif, l’accès revendiqué n’existait pas dans la configuration initiale des lieux : il résultait des travaux destructifs entrepris sans autorisation. On ne peut pas créer soi-même l’usage exclusif puis s’en prévaloir pour revendiquer la propriété. Enfin, si les époux pouvaient intervenir librement sur le plafond de leurs lots, ils ne pouvaient pas toucher au plancher haut qui séparait leurs lots des combles, d’autant que le règlement qualifiait expressément la charpente de partie commune.

Le jugement a ordonné la restitution des combles au syndicat des copropriétaires et leur remise en état, notamment par la suppression de la trémie, sous le contrôle de l’architecte du syndic, dans un délai de deux mois à compter de la signification, puis sous astreinte de 100 euros par jour de retard pendant trois mois. Les époux ont été condamnés aux dépens et à 4 000 euros au titre des frais irrépétibles. L’argument tiré du coût ou de l’utilité des travaux n’a rien changé : le tribunal a jugé que le bénéfice retiré par la copropriété de ces travaux n’était nullement justifié et que le coût de la remise en état était sans conséquence sur le caractère illicite des travaux.

Trois leçons pratiques se dégagent. Premièrement, vérifiez votre titre de propriété et l’état descriptif de division : si les combles n’y figurent pas dans le périmètre de votre lot, partez du principe qu’ils sont communs. Deuxièmement, lisez le règlement de copropriété en entier, y compris la liste des parties communes et les clauses sur les plafonds, planchers et charpente : dans l’affaire parisienne, c’est cette lecture croisée qui a fait basculer la qualification. Troisièmement, ne créez jamais l’accès avant d’avoir le droit : percer d’abord et demander ensuite transforme une demande d’autorisation en procédure de remise en état, avec l’astreinte en prime.

B. L’autorisation de l’assemblée générale, un vote à la majorité de tous

Dès lors que les combles sont des parties communes, ou que les travaux en affectent — percement d’un plancher, ouverture d’une fenêtre de toit modifiant l’aspect extérieur, raccordement aux réseaux communs —, il faut l’autorisation de l’assemblée générale. La loi du 10 juillet 1965 est explicite : « Ne sont adoptées qu’à la majorité des voix de tous les copropriétaires les décisions concernant », et parmi ces décisions figure « L’autorisation donnée à certains copropriétaires d’effectuer à leurs frais des travaux affectant les parties communes ou l’aspect extérieur de l’immeuble, et conformes à la destination de celui-ci ».

Concrètement, il ne s’agit pas d’une simple majorité des présents : c’est la majorité des voix de tous les copropriétaires, présents, représentés ou absents. Préparez donc un dossier sérieux avant l’assemblée : plans de l’architecte, descriptif précis des travaux, attestation d’assurance décennale de l’entreprise, engagement de remise en état des parties communes traversées, et, si les travaux créent un nouveau local, projet de modification de l’état descriptif de division avec la nouvelle répartition des tantièmes. Dans l’affaire parisienne de 2024, les époux avaient fait établir un tel projet, prévoyant la création d’un lot n° 121 puis sa réunion avec leurs lots : l’assemblée l’a rejeté, mais la démarche était la bonne. Un dossier bâclé ou une demande orale en séance joint le risque du refus à celui de l’irrégularité.

Si l’assemblée refuse, tout n’est pas perdu. L’article 30 de la même loi prévoit que, lorsque l’assemblée refuse l’autorisation, tout copropriétaire peut être autorisé par le tribunal judiciaire à exécuter les travaux d’amélioration, aux conditions fixées par le tribunal. Mais attention : le juge n’est pas une seconde assemblée qui dirait oui par principe. Le 7 juillet 2026, le tribunal judiciaire de Paris a débouté une société civile immobilière qui demandait l’autorisation judiciaire de réaménager ses lots avec un rehaussement de toiture, après le rejet de sa résolution par l’assemblée de mai 2024. La société invoquait un abus de majorité et réclamait 15 000 euros de dommages et intérêts : elle a tout perdu, jusqu’aux dépens et 3 000 euros de frais irrépétibles au profit du syndicat. Moralité : le recours judiciaire contre un refus existe, mais il se gagne avec un argumentaire technique et juridique solide, pas avec la seule conviction d’avoir raison. C’est typiquement le stade où l’accompagnement par un avocat en droit immobilier à Paris change l’issue : qualifier les travaux, choisir entre contestation du vote et demande d’autorisation judiciaire, chiffrer les tantièmes et les charges futures.

Un point mérite une attention particulière dans ce dossier : la modification de l’état descriptif de division et la répartition des tantièmes. Quand des combles communs deviennent un local privatif, fût-ce par une vente régularisée après coup, les millièmes attachés aux lots doivent être recalculés pour refléter la surface réellement occupée. Dans l’affaire parisienne, le tribunal a relevé que les époux bénéficiaient d’une superficie accrue sans que leurs charges aient été mises en adéquation, ce qui aggravait l’inégalité entre copropriétaires. Anticipez ce chiffrage dès la demande d’autorisation : faites établir par un géomètre le projet modificatif, estimez le prix de cession des combles au profit du syndicat — car une annexion régularisée se paie, l’assemblée ne donne jamais des parties communes — et intégrez l’augmentation future de vos charges et de votre taxe foncière dans le budget global de l’opération. Un projet rentable sur le papier peut cesser de l’être une fois additionnés le prix des combles, les honoraires du géomètre, les frais d’acte et les charges supplémentaires.

Symétriquement, si c’est votre voisin qui obtient une autorisation que vous jugez abusive — percement, surélévation, extension qui vous prive de lumière —, vous disposez d’un délai très court pour agir. L’article 42 de la loi du 10 juillet 1965 est sans appel : « Les actions en contestation des décisions des assemblées générales doivent, à peine de déchéance, être introduites par les copropriétaires opposants ou défaillants dans un délai de deux mois à compter de la notification du procès-verbal d’assemblée, sans ses annexes. »

Deux mois à compter de la notification du procès-verbal, pas de l’assemblée : surveillez votre courrier du syndic après chaque assemblée, et ne laissez pas passer ce délai, car la déchéance est automatique. Notez aussi que, sauf urgence, l’exécution des travaux décidés en application des articles 25 et 26 est suspendue pendant ces deux mois, ce qui laisse une fenêtre pour saisir le juge avant que le chantier ne commence.

II. La mairie et le juge ont aussi leur mot à dire

A. Déclaration préalable ou permis de construire : le second verrou

L’accord de la copropriété ne suffit pas : il faut aussi l’autorisation d’urbanisme. Les fiches officielles de Service-Public (déclaration préalable, permis de construire, vérifiées en février 2026) citent expressément les combles parmi les projets concernés par la déclaration préalable, au même titre que la mezzanine, l’ouverture d’une fenêtre de toit ou toute modification de l’aspect extérieur. Autrement dit, dans la quasi-totalité des aménagements de combles en copropriété — création de surface, percement de toit, changement de destination d’un débarras en logement —, un dossier doit être déposé en mairie avant travaux. Et ce dossier peut être déposé par le syndic comme par le copropriétaire lui-même, ce qui règle une question fréquente dans les immeubles où le syndic traîne des pieds.

Au-delà d’un certain seuil de surface créée, c’est un permis de construire qu’il faut demander : les travaux de plus faible importance relèvent de la déclaration préalable, les constructions de plus de 20 m² et les travaux importants sur une construction existante relèvent du permis. Vérifiez en mairie si votre projet se situe dans un secteur protégé, car les seuils et les pièces exigées y diffèrent, et prévoyez les délais d’instruction : un mois pour une déclaration préalable, deux à trois mois pour un permis, hors demandes de pièces complémentaires.

L’enjeu n’est pas théorique : sans autorisation purgée de tout recours, c’est toute l’opération qui peut s’effondrer, y compris une vente. Le 10 juillet 2026, la cour d’appel de Paris a statué sur une promesse de vente dont une condition suspensive subordonnait la vente à l’obtention, au plus tard à une date butoir, d’une autorisation d’urbanisme — permis de construire ou décision de non-opposition à déclaration préalable — purgée de tout recours, pour des travaux comprenant notamment l’aménagement des combles, l’ouverture de fenêtres de toit et la création de places de stationnement. Faute de réalisation régulière de la condition, la cour a condamné les bénéficiaires à payer 24 000 euros d’indemnité d’immobilisation au promettant, avec intérêts. Si vous achetez un bien avec des combles à aménager, faites rédiger la condition suspensive avec la même précision — nature de l’autorisation, date butoir, purge des recours — et ne commencez aucuns travaux avant la levée complète de la condition.

N’oubliez pas non plus que l’autorisation d’urbanisme, une fois obtenue, doit être affichée sur le terrain et purgée des recours des tiers avant de lancer le chantier : un voisin qui conteste la légalité du permis peut saisir le tribunal administratif dans un délai de deux mois à compter de l’affichage, et commencer les travaux pendant ce délai, c’est construire à vos risques et périls. Conservez précieusement le certificat de non-recours ou, à défaut, la preuve de l’affichage continu, car c’est ce document que l’acquéreur, le notaire et la banque vous réclameront le jour de la revente. Une chambre aménagée sans autorisation purgée ne valorise pas le bien, elle le fragilise : l’acquéreur pourra exiger une baisse de prix, voire renoncer à la vente, et son assureur comme le vôtre pourront discuter leur garantie en cas de sinistre affectant les parties transformées.

Pensez également aux voisins du dessus et du dessous que la loi protège spécifiquement en cas de surélévation : la décision de surélever ou de céder le droit de surélever se vote à une majorité renforcée, et les copropriétaires des locaux situés sous la surélévation projetée bénéficient d’un droit de priorité sur les locaux créés ou sur la cession du droit. Un projet de combles qui empiète sur les droits des voisins est un projet qui finira au tribunal, même avec un vote favorable.

B. Construit sans autorisation : l’amende, la démolition et la remise en état

Quand les travaux sont exécutés sans autorisation d’urbanisme, l’article L. 481-1 du code de l’urbanisme donne à l’autorité compétente, après procès-verbal et invitation à présenter des observations, le pouvoir d’ordonner le paiement d’une amende d’un montant maximal de 30 000 euros et de mettre en demeure l’intéressé de mettre la construction en conformité dans un délai déterminé. Trente mille euros d’amende administrative, indépendamment des poursuites pénales possibles : c’est l’ordre de grandeur du risque financier côté mairie, avant même de parler du coût de la démolition ou de la mise en conformité.

Côté copropriété, le juge des référés peut frapper vite et fort. L’article 835 du code de procédure civile dispose que le président du tribunal judiciaire peut toujours, même en présence d’une contestation sérieuse, prescrire en référé les mesures de remise en état qui s’imposent pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Une ordonnance du 16 juin 2025 en offre l’illustration parfaite : une société propriétaire avait ancré une plateforme supportant deux blocs de climatisation sur la façade donnant sur une courette et fait cheminer des canalisations dans le couloir commun du septième étage, le tout sans autorisation de l’assemblée. Constat de commissaire de justice à l’appui, le juge a constaté que le mur de façade et les murs du couloir étaient des parties communes et que les travaux, qui en modifiaient l’aspect et l’usage, constituaient un trouble manifestement illicite. Il a ordonné la dépose de la plateforme, des blocs et des tuyaux, ainsi que la remise en état des parties communes dégradées, sous astreinte de 200 euros par jour à compter de deux mois après la signification, pendant trois mois, outre les dépens et 2 000 euros de frais. Le raisonnement vaut mot pour mot pour une trémie percée vers des combles ou une fenêtre de toit ouverte sans vote : parties communes affectées sans autorisation, trouble manifestement illicite, dépose et remise en état sous astreinte.

Face à une demande de remise en état, certains plaideurs invoquent la disproportion : pourquoi démolir pour quelques mètres carrés ? L’article 1221 du code civil prévoit en effet que le créancier d’une obligation peut en poursuivre l’exécution en nature après mise en demeure, sauf impossibilité ou disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et son intérêt pour le créancier. Mais dans l’affaire parisienne des combles de 2024, cet argument n’a pas fait échec à la remise en état : le tribunal a ordonné la suppression de la trémie aux frais des copropriétaires, jugeant le coût sans conséquence sur le caractère illicite des travaux. La disproportion se plaide, elle ne se présume pas, et elle suppose notamment la bonne foi, difficile à soutenir quand on a construit en sachant que l’assemblée avait refusé de vendre.

Dernier risque, souvent oublié : la qualité des travaux eux-mêmes. Le 2 juin 2026, la cour d’appel de Grenoble a jugé que des désordres affectant une charpente dans le cadre d’un aménagement de comble isolé et aménageable étaient de nature décennale, et a condamné l’entreprise à plus de 137 000 euros de dommages matériels, plus frais de déménagement, de relogement et préjudice de jouissance — tout en déboutant les maîtres de l’ouvrage de leurs demandes contre l’assureur. L’article 1792 du code civil rend en effet tout constructeur responsable de plein droit des dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination, et la réception, acte par lequel le maître de l’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves, fait courir la garantie de parfait achèvement d’un an prévue à l’article 1792-6. Pour des combles, où l’on touche à la charpente, à l’isolation et à l’étanchéité du toit, exigez des entreprises des attestations d’assurance décennale visant expressément ces travaux, faites réceptionner par écrit, et conservez tous les procès-verbaux : c’est ce papier qui fera la différence si la toiture fuit deux hivers plus tard.

En résumé, aménager des combles en copropriété est possible et souvent rentable, à condition de respecter un ordre strict : d’abord vérifier le statut des combles dans le titre et le règlement, ensuite obtenir l’autorisation de l’assemblée à la majorité requise, en parallèle déposer le dossier d’urbanisme et attendre sa purge, puis seulement faire réaliser les travaux par des entreprises assurées, avec réception écrite. Chaque étape sautée se paie : astreinte de 100 à 200 euros par jour pour la remise en état côté copropriété, jusqu’à 30 000 euros d’amende côté mairie, 24 000 euros d’indemnité perdue côté vente, 137 000 euros de désordres côté entreprise défaillante. Les chiffres des décisions citées ne sont pas des menaces en l’air, ce sont des condamnations prononcées.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».