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Maître Reda KOHEN
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Médecin parti, dossier médical introuvable ou détruit : récupérer vos données de santé et faire réparer la perte en 2026

Votre médecin a pris sa retraite sans laisser d’adresse, la clinique ne répond plus à vos courriers, ou l’hôpital vous annonce que votre dossier a été détruit. Pendant ce temps, votre nouveau praticien soigne sans historique, l’expert désigné par le tribunal attend les pièces, et votre demande d’indemnisation reste bloquée. Cette situation n’a rien d’exceptionnel : un dossier médical suit son patient pendant des années, mais son détenteur peut déménager, cesser son activité ou invoquer une destruction ancienne.

Le droit français ne laisse pas le patient démuni. L’article L. 1111-7 du code de la santé publique ouvre à toute personne l’accès à l’ensemble de ses informations de santé, le règlement général sur la protection des données (RGPD) double cette garantie d’un droit d’accès à ses données personnelles, et le juge des référés ordonne la communication sous astreinte quand le détenteur fait le mort. Mais tout n’est pas gagné d’avance : le dossier régulièrement éliminé après vingt ans de conservation ne peut plus être réclamé, la demande imprécise est rejetée, et le préjudice moral doit être prouvé.

Cet article explique comment récupérer un dossier médical devenu introuvable, qui saisir selon que le détenteur est un médecin libéral, une clinique privée ou un hôpital public, et dans quels cas la perte du dossier ouvre droit à réparation.

I. Récupérer votre dossier quand le médecin est parti ou fait le mort

A. Médecin libéral ou clinique privée : de la lettre recommandée au référé sous astreinte

Le départ à la retraite ou la cessation d’activité d’un médecin ne fait pas disparaître votre dossier. L’article L. 1111-7 du code de la santé publique dispose que « Toute personne a accès à l’ensemble des informations concernant sa santé détenues, à quelque titre que ce soit, par des professionnels de santé, par des établissements de santé ». Ce droit ne dépend ni de la situation du praticien ni d’un contentieux en cours : il appartient au patient, qui l’exerce par une simple demande.

La première étape consiste à adresser une demande écrite, de préférence par lettre recommandée avec accusé de réception, en précisant votre identité, la période de soins et les documents souhaités. L’article R. 1111-1 du même code prévoit que « La demande est adressée au professionnel de santé et, dans le cas d’un établissement de santé, au responsable de cet établissement ou à la personne qu’il a désignée à cet effet », et que « le délai de huit jours ou de deux mois court à compter de la date de réception de la demande ». Joignez une copie de votre pièce d’identité : le destinataire doit vérifier qui demande avant de communiquer. Vous choisissez ensuite le mode de remise, car « A son choix, le demandeur obtient du professionnel de santé ou de l’établissement de santé communication des informations demandées, soit par consultation sur place, avec, le cas échéant, remise de copies de documents, soit par l’envoi de copies des documents. » La consultation sur place est gratuite ; seuls les frais de copie et d’envoi peuvent être facturés, dans la limite du coût réel.

Les délais sont stricts. La communication intervient « au plus tard dans les huit jours suivant sa demande et au plus tôt après qu’un délai de réflexion de quarante-huit heures aura été observé. Ce délai est porté à deux mois lorsque les informations médicales datent de plus de cinq ans ». Le RGPD ajoute une seconde corde à votre arc : « La personne concernée a le droit d’obtenir du responsable du traitement la confirmation que des données à caractère personnel la concernant sont ou ne sont pas traitées et, lorsqu’elles le sont, l’accès auxdites données à caractère personnel ainsi que les informations suivantes: » Les données de santé constituent une catégorie particulière de données, puisque le règlement énonce que « des données concernant la santé ou des données concernant la vie sexuelle ou l’orientation sexuelle d’une personne physique sont interdits. » sauf exceptions strictement encadrées, et le responsable du traitement doit répondre « dans les meilleurs délais et en tout état de cause dans un délai d’un mois à compter de la réception de la demande. » Pour une analyse d’ensemble de ce droit d’accès et des recours quand un organisme garde le silence, vous pouvez lire notre analyse du droit d’accès RGPD quand un organisme ne répond pas, entre plainte CNIL, juge et réparation.

Quand le médecin a cessé son activité, écrivez aussi au conseil départemental de l’ordre des médecins, qui peut relancer le praticien et conserve parfois la trace du successeur ou du lieu d’archivage. Le tribunal judiciaire de Rennes a illustré cette démarche le 4 septembre 2026 : un patient suivi pendant des années par un gastro-entérologue ayant cessé son activité libérale avait multiplié les demandes restées sans effet, puis saisi le conseil de l’ordre, qui avait relancé le médecin à plusieurs reprises sans résultat. Le tribunal a rappelé que le patient reste en droit d’obtenir son dossier et a ordonné la restitution, en précisant que « l’obligation de restitution qui lui incombe sera assortie d’une astreinte provisoire de 50 euros par jour de retard et ce pendant un délai maximum de deux mois » (TJ Rennes, 4 septembre 2026, n° RG 25/08244).

Si le silence persiste, le juge des référés statue vite. L’article 835 du code de procédure civile dispose que « Dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, ils peuvent accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. » Le tribunal judiciaire de Lille a ainsi ordonné le 18 mars 2025 à un centre de santé dentaire de communiquer la copie du dossier, « sous astreinte provisoire de 100 euros par jour de retard, passé le délai de huit jours après la signification de la présente ordonnance, l’astreinte courant pendant 60 jours » (TJ Lille, ord. réf., 18 mars 2025, n° RG 25/00168). Le tribunal judiciaire de Paris a suivi la même voie le 10 avril 2026 contre un médecin qui renvoyait la transmission à une future expertise : « Condamnons M. le Docteur [H] [P] à communiquer à M. [U] [Y], dans les 45 jours courant à compter de la signification de la présente ordonnance, son entier dossier médical, sous astreinte, passé ce délai, de 50 euros par jour de retard, et ce pendant trente jours » (TJ Paris, ord. réf., 10 avril 2026, n° RG 26/51269).

Une condition pratique décide pourtant du succès : la précision de la demande. Le tribunal judiciaire de Marseille a rejeté le 2 juin 2025 la demande d’une patiente qui réclamait son entier dossier à son cardiologue, parce que le médecin établissait avoir déjà communiqué les documents en sa possession et que la demanderesse ne listait aucune pièce manquante. Le juge a retenu qu’il n’y avait pas lieu d’ordonner une communication sous astreinte « en l’absence d’énumération précise et explicite des pièces qui seraient encore manquantes et qu’elle serait fondée à réclamer à M. [W] [Y]. » (TJ Marseille, ord. réf., 2 juin 2025, n° RG 24/04611). Listez donc les pièces par période et par nature : comptes rendus d’hospitalisation, résultats d’examens, prescriptions, feuilles de surveillance, correspondances. Les notes personnelles du praticien non formalisées et les informations recueillies auprès de tiers étrangers à votre prise en charge ne sont pas communicables, car la loi exclut « à l’exception des informations mentionnant qu’elles ont été recueillies auprès de tiers n’intervenant pas dans la prise en charge thérapeutique ou concernant un tel tiers. » Ne réclamez que ce que le droit vous ouvre, mais réclamez-le avec précision.

Deux situations particulières appellent des réflexes distincts. Si votre demande reste imprécise, le détenteur ne peut pas se contenter de la classer : « le professionnel de santé ou l’établissement informe le demandeur des différentes modalités de communication ouvertes par la présente section et lui indique celles qui seront utilisées à défaut de choix de sa part. » Répondez à cette invitation en choisissant votre modalité, sinon le dossier sera mis à votre disposition sous la forme annoncée. Si le médecin recommande la présence d’une tierce personne pour la consultation de certaines informations et que vous ne répondez pas, le dossier finit néanmoins par vous être communiqué, car « En cas d’absence de réponse du demandeur au terme d’un des délais prévus à l’article L. 1111-7 , les informations lui sont communiquées. » Pour un enfant mineur, ce sont en principe les titulaires de l’autorité parentale qui exercent le droit d’accès, puisque « Sous réserve de l’opposition prévue aux articles L. 1111-5 et L. 1111-5-1 , dans le cas d’une personne mineure, le droit d’accès est exercé par le ou les titulaires de l’autorité parentale. » Le mineur peut toutefois demander que l’accès passe par l’intermédiaire d’un médecin, et son opposition au partage de certaines informations avec ses parents doit être recueillie par écrit.

B. Hôpital public : CADA, tribunal administratif et les leçons du CHU de Limoges

Face à un hôpital public, la procédure change de décor sans changer de principe : le dossier médical d’un établissement public est aussi un document administratif communicable à l’intéressé. Après un refus exprès ou un silence de plus d’un mois, saisissez la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) dans les deux mois. Si l’avis de la CADA est favorable et que l’hôpital s’obstine, ou si l’avis est défavorable, portez le refus devant le tribunal administratif du lieu de l’établissement dans les deux mois. Le juge administratif peut annuler le refus et enjoindre la communication, éventuellement sous astreinte.

L’affaire du CHU de Limoges, tranchée par le Conseil d’État le 27 août 2026, montre comment ces contentieux se gagnent et se perdent. Un patient opéré à plusieurs reprises entre 2020 et 2022 avait demandé son dossier médical puis saisi la CADA, qui avait rendu un avis favorable assorti de réserves. Le tribunal administratif de Limoges avait annulé le refus et enjoint au CHU de communiquer le dossier du service de chirurgie maxillo-faciale, ainsi que des relevés téléphoniques et des bons de réparation de matériel. Saisi par le CHU, le Conseil d’État a censuré le jugement sur ces deux derniers points : les relevés téléphoniques se heurtaient à un obstacle technique non sérieusement contesté, et les bons de réparation à une demande trop imprécise au regard de la durée de la prise en charge et de la diversité des matériels. Le Conseil d’État a partiellement annulé le jugement sur ces deux points techniques, tout en précisant que « Le surplus des conclusions du CHU de Limoges est rejeté. » (CE, 27 août 2026, n° 503383). Autrement dit, l’injonction de communiquer le dossier médical lui-même est restée debout : seule la partie annexe, mal cadrée, est tombée.

Trois leçons pratiques en découlent. D’abord, devant l’hôpital public, visez d’abord le dossier médical au sens strict, dont la communicabilité à l’intéressé ne se discute pas, avant les documents périphériques. Ensuite, toute demande de pièces techniques doit être datée et circonscrite : poste, période, appareil, intervention. Enfin, le secret des affaires protège certaines mentions : le tribunal de Limoges avait ordonné l’occultation des mentions couvertes par ce secret, et l’article L. 311-6 du code des relations entre le public et l’administration rappelle que « Ne sont communicables qu’à l’intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical et au secret des affaires ». Le dossier médical vous appartient en accès ; les documents internes de l’hôpital obéissent à d’autres règles. Pour les proches d’une personne décédée, le régime est distinct et plus étroit : l’accès suppose de justifier de connaître les causes de la mort, de défendre la mémoire du défunt ou de faire valoir ses droits, et le Conseil d’État veille au respect de la procédure, comme l’illustre sa décision du 21 juin 2018 qui annule un jugement et renvoie l’affaire au tribunal administratif de Rouen (CE, 21 juin 2018, n° 407972, décision).

Respectez les délais de la voie administrative, car ils sont couperets. La CADA se saisit dans les deux mois du refus ou du silence, et le tribunal administratif se saisit dans les deux mois de l’avis ou du maintien du refus. Joignez à chaque étape les mêmes pièces : demande initiale, accusé de réception, relance, avis CADA. Quand l’hôpital invoque le secret des affaires sur des documents techniques, acceptez l’occultation partielle plutôt que de bloquer l’ensemble : le juge vous donnera le dossier médical et les mentions non couvertes, comme à Limoges. Et quand l’établissement ne répond pas du tout, rappelez dans votre recours que le RGPD impose au responsable du traitement qui refuse de donner suite d’informer la personne « sans tarder et au plus tard dans un délai d’un mois à compter de la réception de la demande des motifs de son inaction et de la possibilité d’introduire une réclamation auprès d’une autorité de contrôle et de former un recours juridictionnel. » Le silence total est donc doublement fautif : il viole le code de la santé publique et le règlement européen..

II. Dossier détruit ou perdu : destruction régulière ou faute à réparer

A. Vingt ans de conservation : quand l’hôpital peut détruire sans faute

Avant d’attaquer, vérifiez que le dossier devait encore exister. L’article R. 1112-7 du code de la santé publique dispose que « Le dossier médical mentionné à l’article R. 1112-2 est conservé pendant une durée de vingt ans à compter de la date du dernier séjour de son titulaire dans l’établissement ou de la dernière consultation externe en son sein. » Lorsque ce délai s’achève avant les vingt-huit ans du patient, la conservation est prorogée jusqu’à cette date, et si le patient décède moins de dix ans après son dernier passage, le dossier est gardé dix ans à compter du décès. Surtout, « Ces délais sont suspendus par l’introduction de tout recours gracieux ou contentieux tendant à mettre en cause la responsabilité médicale de l’établissement de santé ou de professionnels de santé à raison de leurs interventions au sein de l’établissement. » Dès la première réclamation écrite mettant en cause la responsabilité de l’établissement, l’horloge s’arrête : écrivez tôt, même en quelques lignes.

Passé ce délai, l’élimination reste encadrée : décision du directeur après avis du médecin responsable de l’information médicale, et visa de l’administration des archives pour les établissements publics et les établissements privés chargés du service public hospitalier. La cour d’appel de Paris a tiré les conséquences de ce cadre le 16 février 2024. Un patient réclamait sous astreinte un dossier d’hospitalisation de 1994, détruit le 30 janvier 2015, soit vingt ans et deux mois après les faits, destruction attestée par la société d’archivage et corroborée par des échanges de courriels. La cour a estimé « Au regard de ces éléments, il n’apparaît pas possible de condamner la société Hôpital privé [7], qui justifie de la destruction des dossiers de l’année 1994 et affirme ne plus être en possession du dossier médical litigieux, à le communiquer, de surcroît, sous astreinte. » (CA Paris, pôle 1, ch. 8, 16 février 2024, n° RG 23/14088). La demande de communication a été rejetée, et la provision pour préjudice refusée : l’article L. 1142-1 du code de la santé publique dispose que « Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d’un défaut d’un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d’actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu’en cas de faute. » Or la faute de soins restait sérieusement contestable et relevait du fond, pas du référé.

Retenez la méthode : datez le dernier séjour ou la dernière consultation, ajoutez vingt ans, vérifiez la prorogation jusqu’aux vingt-huit ans pour les jeunes patients, et retranchez toute période de réclamation. Si la destruction est intervenue après l’expiration régulière du délai, avec une attestation d’archivage à l’appui, le juge des référés ne ressuscitera pas le dossier.

Deux prolongations légales méritent vérification avant de conclure à une élimination régulière. D’abord, « Dans tous les cas, si la personne titulaire du dossier décède moins de dix ans après son dernier passage dans l’établissement, le dossier est conservé pendant une durée de dix ans à compter de la date du décès. » Les ayants droit disposent donc d’une fenêtre propre après le décès. Ensuite, l’élimination suppose une procédure : « A l’issue du délai de conservation mentionné à l’alinéa précédent et après, le cas échéant, restitution à l’établissement de santé des données ayant fait l’objet d’un hébergement en application de l’article L. 1111-8, le dossier médical peut être éliminé. » Exigez la décision du directeur, l’avis du médecin responsable de l’information médicale et, pour un établissement public, le visa de l’administration des archives. Une destruction anticipée, sans décision tracée ni attestation, ne vaut pas élimination régulière : c’est une perte fautive, qui relève du paragraphe suivant. Votre énergie doit alors se reporter sur les preuves de substitution : dossier du médecin traitant, comptes rendus remis à l’époque, imagerie conservée ailleurs, relevés de la caisse d’assurance maladie, et surtout expertise médicale, que le juge peut ordonner même sans le dossier d’origine.

B. Perte avant terme : astreinte, dommages-intérêts, CNIL et perte de chance

Quand le dossier aurait dû exister et qu’il a disparu, le terrain change : la perte elle-même devient fautive. Le jugement de Rennes du 4 septembre 2026 l’illustre sans détour. Faute de restitution dans les deux mois, le médecin s’expose à une condamnation automatique : « en cas de non-restitution du dossier médical dans un délai de deux mois à compter de la présente décision, Monsieur [L] [N] sera condamné à payer à Monsieur [P] [R] la somme de 3000 euros à titre de dommages et intérêts en réparation de son préjudice. » Le tribunal retient un préjudice concret : le nouveau gastro-entérologue suit le patient sans l’historique de vingt années de suivi. Pour obtenir une telle réparation, décrivez votre préjudice avec la même précision : suivi repris à l’aveugle, examens refaits à vos frais, retard d’une expertise, impossibilité de faire valoir un antécédent devant un autre organisme.

Le RGPD renforce cette réparation. Son article 82 énonce que « Toute personne ayant subi un dommage matériel ou moral du fait d’une violation du présent règlement a le droit d’obtenir du responsable du traitement ou du sous-traitant réparation du préjudice subi. » Le refus persistant de communiquer vos données de santé, malgré une demande conforme, constitue une violation de ce droit d’accès, distincte de la faute médicale. Vous pouvez donc articuler deux préjudices : celui lié aux soins, qui suppose une faute prouvée au fond, et celui lié à la privation de vos données, qui découle du refus lui-même.

La plainte à la CNIL offre un levier complémentaire, sans remplacer le juge. Le Conseil d’État a rappelé le 23 mars 2020, à propos d’une plainte relative à un dossier dentaire, que « Il appartient à la CNIL de procéder, lorsqu’elle est saisie d’une plainte ou d’une réclamation tendant à la mise en oeuvre de ses pouvoirs, à l’examen des faits qui sont à l’origine de la plainte ou de la réclamation et de décider des suites à lui donner. » (CE, 23 mars 2020, n° 430591). La CNIL dispose d’un large pouvoir d’appréciation, peut mettre en demeure le professionnel, et sa clôture se conteste devant le juge de l’excès de pouvoir en cas d’erreur de fait ou de droit, d’erreur manifeste d’appréciation ou de détournement de pouvoir. Déposez votre plainte en ligne avec vos demandes restées sans réponse : la mise en demeure de la présidente de la CNIL débloque souvent ce que les courriers n’ont pas obtenu, comme dans cette affaire où le praticien avait fini par adresser les radiographies après mise en demeure.

Deux garde-fous ferment le raisonnement. D’abord, le préjudice moral ne se présume pas : à Lille, la patiente qui obtenait la communication sous astreinte a été déboutée de ses 2 000 euros de préjudice moral, faute de le démontrer. Ensuite, la mauvaise tenue du dossier, même sans faute de soins établie, se répare : la cour administrative d’appel de Nantes a jugé le 8 novembre 2024 que « ces opérations ont été compliquées par la mauvaise tenue du dossier de la patiente, de nature à susciter chez elle des doutes sur le déroulement de sa prise en charge au cours de son hospitalisation, le soupçon d’une dissimulation d’informations qui auraient dû lui être précisées, et une défiance envers les éléments pris en compte par l’expert judiciaire pour conclure qu’aucune faute ne pouvait être reprochée, au plan médical, au CHU Caen Normandie » et accordé 2 500 euros de préjudice moral, car « il sera fait une juste appréciation du préjudice moral analysé ci-dessus en accordant à la requérante une indemnisation de 2 500 euros à ce titre » (CAA Nantes, 8 novembre 2024, n° 24NT00218). La CNIL reprend ces mêmes délais dans sa page consacrée à l’accès au dossier médical : huit jours pour les informations récentes, après un délai de réflexion de quarante-huit heures, et deux mois quand elles datent de plus de cinq ans.

Un dernier point de vigilance concerne l’identification. Le détenteur peut exiger une pièce d’identité, et le RGPD l’y autorise : « lorsque le responsable du traitement a des doutes raisonnables quant à l’identité de la personne physique présentant la demande visée aux articles 15 à 21, il peut demander que lui soient fournies des informations supplémentaires nécessaires pour confirmer l’identité de la personne concernée. » Fournissez ce justificatif dès la première demande pour priver l’établissement de son seul motif dilatoire légitime. En revanche, aucune motivation de votre demande ne peut être exigée : ni le code de la santé publique ni le RGPD ne subordonnent l’accès à la justification d’un intérêt, et le détenteur ne peut pas vous interroger sur l’usage prévu du dossier, comme le rappelle la CNIL sur sa page dédiée à l’accès au dossier médical.

Reste la question du coût. L’assignation en référé suppose un commissaire de justice et un avocat, mais le juge met les frais à la charge du détenteur qui a contraint le patient à saisir la justice : 1 000 euros au titre des frais irrépétibles à Lille, 800 euros à Rennes, outre les dépens. Les patientes de Dunkerque et de Marseille plaidaient d’ailleurs au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale, qui couvre ces frais sous conditions de ressources. Autrement dit, le silence du détenteur lui coûte plus cher que la photocopie du dossier : intégrez une demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile dans votre assignation, avec le décompte de vos courriers, relances et déplacements.

En pratique, suivez cinq étapes. Identifiez le détenteur actuel : successeur du médecin, ordre des médecins, archives de la clinique, direction de l’hôpital. Écrivez en recommandé en listant les pièces par période, avec copie de votre pièce d’identité, et conservez tout. Relancez à l’expiration du délai de huit jours ou d’un mois, puis saisissez l’ordre ou la CADA selon la nature du détenteur. Assignez en référé avec un bordereau de pièces manquantes pièce par pièce, en demandant l’astreinte. Parallèlement, déposez une plainte CNIL et chiffrez votre préjudice : examens refaits, consultations supplémentaires, retard d’expertise, suivi repris sans historique.

Médecin parti, dossier introuvable ou détruit : le droit d’accès survit au départ du praticien, le juge ordonne vite sous astreinte, et seule la destruction régulière après vingt ans fait obstacle à la communication. Quand la perte est fautive, elle se paie : astreinte liquidée, dommages-intérêts pour le suivi repris à l’aveugle, mise en demeure de la CNIL, et réparation du préjudice moral quand la tenue du dossier a semé le doute. Écrivez tôt pour suspendre le délai de conservation, demandez avec précision, et faites constater chaque silence : chaque étape documentée prépare l’ordonnance comme l’indemnisation. Gardez enfin une copie de tout dossier récupéré sur un support distinct de celui du détenteur : un patient qui a déjà perdu un dossier une fois ne doit plus dépendre d’un seul archivage pour ses soins futurs comme pour ses recours.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».