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Dossier de surendettement et FICP : combien de temps reste-t-on fiché, comment sortir du fichage et contester devant le juge, que faire ?

Votre banque vient de refuser un crédit en évoquant un fichage, un huissier vous réclame des mensualités que vous ne pouvez plus payer, et vous vous demandez si déposer un dossier de surendettement va aggraver votre situation ou au contraire la débloquer. Cette inquiétude est partagée par des milliers de personnes chaque mois, et elle mérite des réponses précises plutôt que des rumeurs. Le fichier national des incidents de remboursement des crédits aux particuliers, le FICP, tenu par la Banque de France, enregistre à la fois les incidents de paiement déclarés par les banques et les dossiers de surendettement eux-mêmes. Déposer un dossier entraîne donc une inscription, mais cette inscription organise aussi la protection : suspension des poursuites, gel des saisies sur les dettes non alimentaires, puis construction d’un plan ou effacement des dettes. Encore faut-il savoir quand l’inscription intervient, combien de temps elle dure selon l’issue de la procédure, comment obtenir sa radiation et comment contester une décision défavorable de la commission ou une inscription que vous estimez abusive. Cet article explique, étape par étape, l’articulation entre votre dossier de surendettement et le FICP, les durées exactes de conservation, les démarches de sortie du fichage et les recours devant le juge des contentieux de la protection, en s’appuyant sur les textes applicables et la jurisprudence récente de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation.

I. Dossier de surendettement et FICP : quand êtes-vous fiché et combien de temps dure l’inscription ?

A. Quand la Banque de France vous inscrit au FICP : incident de paiement et dépôt du dossier

Le FICP existe pour donner aux banques un élément d’appréciation de la solvabilité des personnes qui demandent un crédit. La loi le définit simplement : « Un fichier national recense les informations sur les incidents de paiement caractérisés liés aux crédits accordés aux personnes physiques pour des besoins non professionnels. » Ce fichier est géré par la Banque de France, seule habilitée à centraliser ces informations. Concrètement, deux événements distincts peuvent provoquer votre inscription : un incident de paiement sur un crédit, déclaré par votre banque, et le dépôt d’un dossier de surendettement, signalé par la commission.

Pour un crédit, l’inscription ne tombe jamais par surprise. Votre banque doit d’abord vous mettre en demeure de régulariser et vous laisser un délai de trente jours. Si vous régularisez dans ce délai, il n’y a pas d’inscription. Si vous ne régularisez pas, l’établissement déclare l’incident à la Banque de France, qui l’inscrit immédiatement. La loi impose d’ailleurs aux banques de déclarer ces incidents : les entreprises de crédit sont tenues de déclarer à la Banque de France les incidents de paiement caractérisés, dans des conditions précisées par arrêté. Dès réception, la Banque de France inscrit l’incident et met l’information à disposition des établissements consultent le fichier avant d’accorder un crédit. Les modalités pratiques de collecte, d’enregistrement, de conservation et de consultation sont fixées par arrêté ministériel : « Un arrêté du ministre chargé de l’économie, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés et du comité consultatif du secteur financier, fixe les modalités de collecte, d’enregistrement, de conservation et de consultation des informations. »

Le dépôt d’un dossier de surendettement déclenche une inscription d’une autre nature, automatique. La loi prévoit que « Dès qu’une commission de surendettement des particuliers est saisie par un débiteur, elle en informe la Banque de France aux fins d’inscription au fichier. » Vous êtes donc inscrit au FICP dès le dépôt, pendant toute la durée de l’instruction de votre dossier, puis pour une durée qui dépend de l’issue de la procédure. Cette inscription n’est pas une sanction : elle signale aux banques qu’une procédure collective d’apurement est en cours et que les poursuites individuelles sont encadrées. Elle produit d’ailleurs un effet protecteur immédiat dès la recevabilité : « La recevabilité de la demande emporte suspension et interdiction des procédures d’exécution diligentées à l’encontre des biens du débiteur ainsi que des cessions de rémunération consenties par celui-ci et portant sur les dettes autres qu’alimentaires. » Autrement dit, une fois votre dossier déclaré recevable, l’huissier ne peut plus saisir vos meubles ni faire pratiquer une saisie-attribution sur vos comptes pour les dettes visées, et votre employeur ne peut plus exécuter une cession de salaire consentie pour ces mêmes dettes. Les dettes alimentaires, comme une pension alimentaire impayée, restent en revanche recouvrables par voie d’exécution.

L’inscription ne signifie pas non plus une interdiction bancaire générale. Beaucoup de personnes fichées craignent à tort de ne plus pouvoir détenir un compte ou recevoir leur salaire. Le FICP n’interdit pas de souscrire un nouveau crédit dans l’absolu, mais les banques consultent systématiquement le fichier avant d’accorder un prêt et tiennent compte de la situation pour apprécier votre solvabilité. En pratique, obtenir un crédit pendant le fichage reste très difficile, sauf crédit consenti en connaissance de cause. Pour le compte courant et les moyens de paiement, ce sont d’autres fichiers d’incidents bancaires qui s’appliquent, pas le FICP. Si votre banque vous menace d’une inscription pour vous faire payer plus vite, vérifiez que la mise en demeure préalable et le délai de trente jours ont bien été respectés : à défaut, l’inscription peut être contestée. De même, si vous avez régularisé l’échéance dans le délai, conservez la preuve du paiement et exigez la non-inscription. Chaque année, des inscriptions irrégulières sont radiées après une simple réclamation écrite accompagnée des justificatifs, sans qu’il soit besoin d’aller devant le juge.

Le bénéfice de la procédure de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi, qu’elles soient salariées, sans emploi, retraités, artisans ou en congé maladie, dès lors qu’elles se trouvent dans l’impossibilité manifeste de faire face à leurs dettes. La loi l’énonce ainsi : « Le bénéfice des mesures de traitement des situations de surendettement est ouvert aux personnes physiques de bonne foi. » La bonne foi s’apprécie au cas par cas. Le simple fait d’être propriétaire de votre résidence principale ne vous exclut pas de la procédure, même si sa valeur couvre vos dettes. En revanche, des dettes volontairement aggravées, des déclarations mensongères dans le dossier ou une organisation délibérée d’insolvabilité peuvent faire échec à la recevabilité. La commission examine la recevabilité et se prononce par une décision motivée : « La commission examine la recevabilité de la demande et se prononce par une décision motivée. » La décision de recevabilité est notifiée aux créanciers et aux banques teneuses de vos comptes ; la décision d’irrecevabilité ne vous est notifiée qu’à vous, avec l’indication d’un recours possible dans un délai de quinze jours. Si vous déposez en couple, chacun des deux dossiers est examiné individuellement : la faute de l’un ne doit pas contaminer l’autre, comme la Cour de cassation l’a rappelé avec fermeté, ainsi qu’on le verra plus loin.

B. Combien de temps reste-t-on fiché : incident, instruction, plan et rétablissement personnel

La question que tout le monde pose — « combien de temps vais-je rester fiché ? » — n’a pas une réponse unique, car la durée dépend du motif d’inscription et de l’issue de votre dossier. La Banque de France et la CNIL publient des durées concordantes qu’il faut connaître avant de déposer, pour mesurer l’engagement, et après la décision, pour surveiller votre radiation. Pour un incident de paiement sur un crédit, sans dossier de surendettement, la durée d’inscription est de cinq ans maximum à compter de la déclaration de l’incident. Si vous régularisez entre-temps, l’établissement doit demander votre radiation et vous êtes défiché sans attendre la fin des cinq ans. C’est le scénario le plus simple : payer l’arriéré efface le fichage lié à cet incident, même si d’autres inscriptions peuvent subsister pour d’autres incidents.

Quand vous avez saisi une commission de surendettement, le régime change. Vous êtes inscrit dès le dépôt et pendant toute la durée de l’instruction. Selon la CNIL, l’inscription des dossiers en cours d’instruction est conservée pendant trente-six mois, durée que la commission peut prolonger d’un an. Ensuite, tout dépend de l’issue. Si un plan conventionnel de redressement est conclu ou si la commission vous impose des mesures, vous restez inscrit pendant toute la durée d’exécution du plan, dans la limite de sept ans maximum. Cette borne de sept ans correspond au plafond légal des mesures : « La durée totale des mesures mentionnées à l’article L. 733-1 ne peut excéder sept années. » Des dépassements restent possibles pour éviter la vente de votre résidence principale ou pour vous permettre de rembourser la totalité de vos dettes en conservant votre logement, mais ils demeurent l’exception. Précision importante publiée par la CNIL : si aucun incident nouveau n’a été constaté pendant l’exécution de votre plan, votre inscription est effacée à l’issue d’un délai de cinq ans, même si le plan dure plus longtemps. Surveillez donc ce délai de cinq ans et réclamez votre radiation s’il est dépassé sans incident nouveau.

Si votre situation est irrémédiablement compromise et qu’un rétablissement personnel est prononcé, avec ou sans liquidation judiciaire, la conservation est de cinq ans à compter de la clôture de la procédure. La commission peut imposer elle-même un rétablissement personnel sans liquidation quand vous ne possédez que des biens insaisissables ou sans valeur marchande : si l’examen du dossier fait apparaître une situation irrémédiablement compromise et que le débiteur ne possède que des biens insaisissables, la commission impose un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire. Quand la liquidation est nécessaire parce qu’il existe un actif réalisable, c’est le juge des contentieux de la protection qui l’ordonne, avec l’accord du débiteur, puis le jugement efface les dettes : le juge prononce un rétablissement personnel qui emporte effacement des dettes, les créances des créanciers n’ayant pas formé tierce opposition dans le délai fixé étant éteintes. Dans les trois départements d’Alsace-Moselle, un jugement de faillite civile entraîne la même conservation de cinq ans. Enfin, si vous réglez intégralement toutes les dettes figurant dans le plan ou le jugement, vous devez être radié sans attendre : exigez de chaque créancier une attestation de paiement et transmettez-les à la Banque de France par l’intermédiaire de votre agence.

Trois erreurs reviennent sans cesse dans les dossiers et prolongent inutilement le fichage. La première consiste à croire que le fichage s’efface tout seul à la fin du plan sans vérification : en pratique, des radiations tardent, et c’est à vous de contrôler votre situation chaque année en demandant votre relevé à la Banque de France. La deuxième consiste à laisser un nouveau retard de paiement survenir pendant le plan sans prévenir la commission : un incident nouveau peut justifier la déchéance du plan et repartir vers une nouvelle inscription. Si vos revenus chutent en cours de plan — perte d’emploi, arrêt maladie, séparation — saisissez immédiatement la commission pour demander une révision, un moratoire ou une suspension, plutôt que de laisser les impayés s’accumuler. La troisième erreur consiste à confondre la fin des mensualités et la radiation : même après la dernière échéance, vérifiez que la mention a bien disparu avant de déposer une demande de crédit, car une banque qui consulte un FICP non apuré refusera votre dossier sans autre examen. Pour comprendre l’ensemble du traitement — dettes concernées, suspension des poursuites, effacement — vous pouvez utilement relire notre présentation générale du dossier de surendettement, des dettes éligibles à l’effacement et de la suspension des poursuites, qui sert de socle à l’analyse qui suit.

II. Sortir du FICP après un dossier de surendettement : radiation, contestation et recours devant le juge, que faire ?

A. Obtenir votre radiation et votre défichage : attestations, accès au fichier et réclamations

Sortir du FICP suit des voies différentes selon votre situation, et chacune demande des pièces précises. Si vous êtes en capacité de régler la totalité de ce que vous devez à tous vos créanciers, c’est la voie la plus rapide : payez, obtenez de chaque créancier une attestation de paiement intégral, puis présentez ces attestations à la Banque de France, qui procède à votre radiation. Cette règle vaut aussi après un plan : le remboursement intégral anticipé met fin à l’inscription. Si vous avez simplement régularisé un incident de paiement isolé, c’est l’établissement qui vous a déclaré qui doit demander la radiation ; réclamez-lui une confirmation écrite et vérifiez quinze jours plus tard que la mention a disparu. Quand le plan arrive à son terme sans incident nouveau, la radiation doit intervenir automatiquement à l’issue des délais rappelés plus haut, cinq ans sans incident nouveau ou fin du plan dans la limite de sept ans. En pratique, demandez systématiquement un relevé de votre situation : vous avez le droit d’accéder aux informations qui vous concernent. La loi l’affirme nettement : « Il est interdit à la Banque de France et aux entreprises mentionnées à l’article L. 751-2 de remettre à quiconque copie des informations contenues dans le fichier. Cette interdiction ne s’applique pas aux intéressés, lesquels exercent leur droit d’accès aux informations les concernant contenues dans le fichier conformément à l’ article 49 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés. » Concrètement, prenez rendez-vous dans une agence de la Banque de France muni d’une pièce d’identité, ou adressez votre demande par courrier avec copie de cette pièce. Le relevé indique chaque inscription, son motif et sa date : c’est votre tableau de bord.

Si le relevé révèle une anomalie — inscription sans mise en demeure préalable, incident déjà régularisé toujours affiché, durée dépassée, inscription au titre d’une dette qui n’est pas la vôtre ou qui a été effacée par un rétablissement personnel — commencez par une réclamation écrite auprès de l’établissement à l’origine de la déclaration, avec copies de vos justificatifs, en demandant la radiation sous quinze jours. En parallèle, signalez l’anomalie à la Banque de France, qui ne peut pas modifier elle-même une déclaration mais qui interroge l’établissement. Si l’établissement ne répond pas ou refuse sans motif valable, deux voies s’ouvrent. Vous pouvez adresser une plainte à la CNIL, qui contrôle les conditions de tenue du fichier et peut mettre en demeure l’organisme fautif. Vous pouvez aussi déposer plainte auprès des services de police ou de gendarmerie ou du procureur de la République en cas de maintien frauduleux d’une inscription. Pour une inscription liée à un crédit que vous contestez au fond — par exemple des frais d’impayés non prévus au contrat ajoutés au solde réclamé — rappelez que seuls les montants contractuellement dus peuvent fonder l’inscription : les frais de recouvrement engagés par la banque pour obtenir le paiement, sans base contractuelle, ne peuvent pas servir à maintenir artificiellement le fichage. Joignez votre contrat de crédit, le tableau d’amortissement et le décompte contesté.

Le cas particulier du rétablissement personnel mérite une attention spéciale, car l’effacement des dettes et la radiation du FICP ne se confondent pas. Le jugement ou la décision de la commission efface vos dettes non professionnelles, mais la mention de la procédure reste conservée cinq ans. Surtout, la date à laquelle s’apprécie le passif effacé a donné lieu à un contentieux important, tranché au profit des débiteurs. Dans un arrêt du 23 novembre 2023, la deuxième chambre civile a cassé une cour d’appel qui limitait l’effacement au passif existant au jour de l’admission à la procédure : « en l’absence de contestation dans les conditions prévues à l’article L. 741-4, le rétablissement personnel sans liquidation judiciaire entraîne l’effacement de toutes les dettes non professionnelles du débiteur, arrêtées à la date de la décision de la commission ». Et la Cour a sanctionné la cour d’appel en ces termes : « alors que l’effacement des dettes concernait le passif existant au jour de la décision de la commission de surendettement qui n’avait pas fait l’objet d’une contestation, soit le 27 août 2019, la cour d’appel a violé le texte susvisé. » Concrètement, si un créancier tente une saisie-attribution après votre rétablissement personnel en invoquant une dette née entre la recevabilité et la décision de la commission, cette saisie peut être contestée en faisant valoir que le passif effacé s’arrête à la date de la décision, pas à celle de la recevabilité. Faites constater la date exacte de la décision de la commission sur la notification que vous avez reçue et produisez-la au juge de l’exécution ou au juge des contentieux de la protection selon la voie de recours ouverte.

Attention enfin à une confusion fréquente : l’inscription au FICP ne vous interdit pas par elle-même d’obtenir un nouveau crédit, mais elle pèse lourdement dans l’appréciation de votre solvabilité. La loi assigne au fichier cette finalité : fournir aux établissements de crédit un élément d’appréciation de la solvabilité des personnes qui sollicitent un crédit. Pendant la procédure, évitez donc de multiplier les demandes de crédit, qui laisseraient des traces et pourraient être interprétées comme une aggravation volontaire de votre endettement, avec un risque sur votre bonne foi. Si un besoin vital l’exige — par exemple financer un véhicule indispensable pour conserver votre emploi — parlez-en d’abord à la commission ou à votre avocat plutôt que de souscrire seul une réserve d’argent rapide dont les mensualités feraient échouer le plan. Une fois défiché, reconstruisez progressivement : petit crédit amortissable remboursé sans incident, épargne de précaution, puis seulement des projets plus importants. Les banques apprécient une trajectoire lisible après un accident de la vie.

B. Contester l’irrecevabilité, la décision de la commission et l’inscription devant le juge des contentieux de la protection

Quand la commission déclare votre dossier irrecevable pour mauvaise foi, ou quand un créancier conteste votre recevabilité, tout se joue devant le juge des contentieux de la protection. Le recours se forme par déclaration remise ou adressée au greffe dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision. Ce délai est strict : notez-le dès réception de la lettre recommandée et ne laissez pas passer la date, car un recours tardif est irrecevable sans examen du fond. Devant le juge, la bonne foi se prouve par des pièces, pas par des affirmations. Rassemblez vos bulletins de salaire, vos relevés bancaires complets, vos avis d’imposition, vos contrats de crédit avec leurs tableaux d’amortissement, vos justificatifs de charges et tout document expliquant l’origine de l’endettement : licenciement, séparation, maladie, baisse de revenus, caution donnée pour un proche. Montrez que l’endettement résulte d’un accident de la vie ou d’une spirale de crédits que vous avez tenté de stopper, et non d’une volonté de ne pas payer. Si vous avez repris des paiements partiels, produit des efforts de vente amiable d’un bien ou suivi un accompagnement budgétaire, versez-en les preuves.

La jurisprudence récente encadre strictement l’appréciation de la bonne foi et protège les codébiteurs. D’abord, l’appréciation relève du pouvoir souverain du juge du fond, ce qui signifie que la Cour de cassation ne revoit pas les faits mais contrôle la motivation : « En matière de surendettement, l’appréciation de la bonne foi du débiteur relève du pouvoir souverain du juge du fond. » Dans cette affaire du 2 juillet 2020, la Cour a validé une décision d’irrecevabilité solidement motivée : la débitrice ne justifiait d’aucun revenu ni d’aucune recherche d’emploi, stage ou reconversion, et ses condamnations pénales et commerciales étaient directement à l’origine de son endettement. La leçon est claire : sans revenus, sans recherche d’activité et avec un endettement d’origine délictuelle, la mauvaise foi peut être retenue. À l’inverse, un salarié dont l’endettement provient de crédits accumulés après une perte de revenus, qui a continué à payer ce qu’il pouvait et qui coopère avec la commission, présente le profil classique de la bonne foi.

Ensuite, quand un couple dépose ensemble, le juge doit examiner chaque situation séparément. Le 21 mai 2026, la deuxième chambre civile a censuré un juge qui avait déclaré irrecevables les deux époux en ne visant que le mari : « le juge doit se prononcer sur la bonne foi de chaque demandeur à la procédure de surendettement. » Et la Cour a cassé en ces termes : « En se déterminant ainsi, par des motifs impropres qui ne distinguent pas la situation individuelle de chacun des époux, le juge n’a pas donné de base légale à sa décision. » Si vous avez déposé avec votre conjoint et que la décision ne vise que lui, ou inversement, ce motif de cassation vous concerne directement : relevez-le dans votre recours. De façon plus générale, toute décision qui se contente de formules vagues — « endettement excessif », « gestion imprudente » — sans viser des faits précis et datés peut être discutée utilement devant le juge. Exigez une motivation individualisée, chiffée et datée.

Au-delà de la recevabilité, vous pouvez contester l’orientation donnée à votre dossier. La commission peut proposer ou imposer des mesures de traitement, imposer un rétablissement personnel sans liquidation, ou saisir le juge pour un rétablissement avec liquidation avec votre accord : la commission peut proposer ou imposer des mesures de traitement, imposer un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire ou saisir, avec l’accord du débiteur, le juge aux fins d’ouverture d’une procédure de rétablissement personnel avec liquidation judiciaire. Si la commission vous impose des mensualités que votre reste à vivre ne permet pas d’assumer, contestez en produisant un budget détaillé et demandez au juge de réviser l’échéancier, d’accorder un moratoire ou de réorienter vers un effacement partiel. Les mesures ne peuvent en principe pas dépasser sept ans, et la commission doit tenir compte de votre capacité réelle de remboursement après déduction des charges incompressibles. Si un créancier conteste votre recevabilité ou votre plan, il doit le faire dans les délais et formes prévus ; une contestation tardive ou non motivée peut être écartée. Enfin, si une inscription au FICP vous semble abusive — par exemple une banque qui maintient un incident après régularisation, ou une commission qui prolonge l’inscription au-delà des durées légales — portez la contestation à la fois devant l’établissement déclarant, devant la Banque de France pour vérification, et si nécessaire devant le juge, en demandant la radiation et, le cas échéant, des dommages et intérêts pour le préjudice subi, comme un crédit immobilier perdu à cause d’un fichage maintenu à tort.

À Paris et en Île-de-France, quelques repères pratiques facilitent vos démarches. Le juge compétent est en principe celui du lieu où vous demeurez : le juge des contentieux de la protection compétent est celui du lieu où demeure le débiteur. Si vous habitez Paris, votre recours relève du tribunal judiciaire de Paris ; si vous habitez en petite ou grande couronne, du tribunal de votre domicile. La commission de surendettement compétente suit la même logique territoriale. Conservez toutes les lettres recommandées, notez chaque date de notification, et présentez-vous aux audiences avec un dossier classé par ordre chronologique : les juges franciliens, très chargés, apprécient les dossiers lisibles avec un tableau récapitulatif des dettes, des revenus et des charges. Si un huissier se présente à votre domicile parisien après la recevabilité, montrez-lui la notification de recevabilité et rappelez la suspension des voies d’exécution sur les dettes non alimentaires ; en cas de passage en force, faites constater les faits et saisissez le juge sans attendre. Pour une demande de relevé FICP, les agences parisiennes de la Banque de France reçoivent sur rendez-vous : anticipez les délais en prenant rendez-vous dès la décision de la commission.

Conclusion

Le FICP n’est ni une punition ni une fatalité : c’est le thermomètre de votre dossier de surendettement. L’inscription dès le dépôt déclenche la protection — suspension des saisies et des cessions de salaire sur les dettes non alimentaires — puis sa durée épouse l’issue de la procédure : cinq ans maximum pour un incident isolé, durée de l’instruction puis du plan dans la limite de sept ans avec un effacement possible dès cinq ans sans incident nouveau, cinq ans après un rétablissement personnel. Retenez trois réflexes : contrôler chaque année votre relevé à la Banque de France, exiger par écrit chaque radiation à laquelle vous avez droit avec les attestations de paiement, et contester dans les quinze jours toute décision d’irrecevabilité ou toute mensualité intenable, en faisant valoir une bonne foi documentée et individualisée. Les arrêts récents de la deuxième chambre civile montrent que les juges sanctionnent les motivations vagues, les amalgames entre époux et les limitations abusives de l’effacement : un dossier précis et daté a de réelles chances d’aboutir. Si vos revenus chutent en cours de plan, ne laissez pas les impayés s’accumuler : saisissez la commission pour réviser vos mensualités avant que le plan ne soit compromis. Et une fois défiché, reconstruisez pas à pas plutôt que de recourir à un nouveau crédit rapide qui rouvrirait le cycle.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».