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Moustique tigre à Nogent-sur-Marne : démoustication nocturne, eaux stagnantes et ce que les voisins se doivent

Un soir de septembre, vous trouvez dans votre boîte aux lettres un flyer qui annonce une pulvérisation nocturne dans votre rue, à cause d’un malade du chikungunya habitant à cent cinquante mètres de chez vous. Faut-il laisser des techniciens entrer dans votre jardin en pleine nuit, fermer vos fenêtres, jeter l’eau des soucoupes de vos plantes, et que faire si le voisin d’à côté transforme son terrain en pépinière à moustiques ? La réponse tient en trois phrases. La démoustication ordonnée autour d’un cas autochtone est une opération de santé publique entièrement prise en charge par l’agence régionale de santé : personne ne doit vous réclamer ni devis ni paiement. Les techniciens ne pénètrent jamais dans les logements, mais ils peuvent demander l’accès à vos extérieurs privés, et un refus peut être surmonté par le maire avec le concours de la force publique. Et le voisin qui laisse stagner l’eau de sa piscine, de ses gouttières ou de son récupérateur engage sa responsabilité sans qu’il soit besoin de prouver une faute : les tribunaux condamnent déjà les eaux stagnantes qui font naître des moustiques.

Cet article explique comment fonctionne la démoustication déclenchée le 8 septembre 2026 autour du foyer de chikungunya de Nogent-sur-Marne, ce que les riverains doivent accepter ou peuvent refuser, qui paie quoi, et comment agir contre le voisin dont le jardin fait couvoir des moustiques tigres, du courrier amiable jusqu’au juge. Trois réserves avant de commencer. D’abord, cet article ne donne aucun conseil médical : face à une fièvre brutale associée à des douleurs articulaires, consultez rapidement un professionnel de santé, comme le recommande l’agence régionale de santé. Ensuite, les opérations décrites concernent l’Île-de-France et le cadre national de la lutte antivectorielle ; les arrêtés locaux peuvent préciser les obligations près de chez vous, et c’est le texte applicable dans votre département qui compte. Enfin, les décisions de justice citées tranchent des cas d’espèce : elles éclairent les principes que les juges appliquent, elles ne garantissent aucun résultat dans votre dossier.

I. La démoustication publique : une opération encadrée, gratuite et nocturne

A. Un traitement déclenché par un risque avéré, pas par la gêne

Le 7 septembre 2026, l’agence régionale de santé d’Île-de-France annonce qu’un cinquième cas autochtone de chikungunya vient d’être identifié à Nogent-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, et qu’une troisième opération de démoustication aura lieu dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 septembre, pour réduire la population de moustique-tigre et freiner la propagation de la maladie pendant la période de contagion des personnes. Le premier cas, contracté en France sans voyage dans une zone où le virus circule, avait été identifié le 19 août. Deux pulvérisations avaient déjà eu lieu dans un rayon de 150 mètres autour du domicile concerné, dans les nuits du 25 au 26 août puis du 1er au 2 septembre, complétées le 26 août par du porte-à-porte mené avec Santé publique France pour sensibiliser et détecter d’éventuels autres cas. Entre-temps, deux cas du même foyer familial puis, le 3 septembre, deux cas supplémentaires, l’un dans la même résidence, l’autre dans le même quartier, ont confirmé un foyer autochtone de cinq cas, tous tombés malades dans la seconde quinzaine d’août, sans hospitalisation. Une enquête entomologique menée le vendredi 4 septembre ayant confirmé la présence du moustique tigre dans les secteurs concernés, le périmètre de la troisième intervention a été élargi aux lieux régulièrement fréquentés par les deux nouveaux cas, et l’information des riverains a commencé le 7 septembre par distribution de flyers.

Ce calendrier illustre la logique du dispositif : on ne pulvérise ni par confort ni à la demande. La démoustication sanitaire n’est déclenchée que lorsque l’agence évalue un risque de transmission épidémique d’une arbovirose, dengue, chikungunya ou Zika. Dès que les investigations confirment la présence simultanée d’une personne en période de virémie, phase pendant laquelle le virus peut être transmis par piqûre de moustique, et de moustiques adultes, une évaluation du risque décide du traitement, réalisé dans un périmètre défini, généralement de 150 mètres autour des lieux fréquentés par le malade. Le traitement adulticide est effectué principalement de nuit, entre minuit et 5 heures du matin, lorsque le moustique tigre est au repos sur la végétation, par pulvérisation spatiale ou nébulisation à ultra-bas volume depuis un véhicule spécialisé ou à pied dans les zones difficiles d’accès. Le chikungunya étant une maladie à signalement obligatoire, chaque signalement permet à l’agence, en lien avec Santé publique France, d’évaluer le risque et de déployer les mesures adaptées. C’est dire que tout commence par une déclaration médicale : sans cas signalé et sans moustiques adultes constatés sur place, il n’y a pas de démoustication publique, aussi piqués que vous soyez.

Le cadre légal de ces interventions relève de l’État dans les départements à risque. Le code de la santé publique dispose qu’« Un arrêté du ministre chargé de la santé établit et tient à jour la liste des départements où est constatée l’existence de conditions entraînant un risque de développement de maladies humaines transmises par l’intermédiaire d’insectes et constituant une menace pour la santé de la population. Dans ces départements, la définition des mesures de lutte nécessaires relève de la compétence de l’Etat. Un décret, pris après avis du Haut conseil de la santé publique, détermine la nature des mesures susceptibles d’être prises pour faire obstacle à ce risque » (article L. 3114-5 du code de la santé publique). Le décret d’application range parmi ces mesures « Les mesures en matière de prospection, traitement et travaux autour des lieux fréquentés par les cas humains signalés afin de limiter la propagation des maladies vectorielles ainsi que le risque épidémique » (article R. 3114-9 du code de la santé publique), et confie ces actions à l’agence régionale de santé : « Les actions mentionnées aux 3° et 6° du II de l’article R. 3114-9 sont exercées par l’agence régionale de santé. La réalisation de ces mesures peut être confiée à un organisme de droit public ou de droit privé habilité par le directeur général de l’agence régionale de santé et placé sous son contrôle, selon les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. Le directeur général de l’agence régionale de santé établit et tient à jour la liste des organismes habilités » (article R. 3114-11 du code de la santé publique). En Île-de-France, c’est l’Agence régionale de démoustication, opérateur mandaté, qui intervient sous ce contrôle. Retenez-en l’essentiel : la démoustication autour d’un cas est une mission de l’État confiée à l’agence, pas un service commercial, et c’est ce statut qui explique à la fois sa gratuité et les pouvoirs qui l’accompagnent.

Ce contexte national donne aussi la mesure du sujet. La surveillance renforcée court chaque année de mai à novembre, et selon la synthèse des professionnels de santé, 809 cas autochtones de chikungunya ont été identifiés en France hexagonale en 2025, année qui a fait basculer le risque. En Île-de-France, le moustique tigre est implanté dans les huit départements, tous sous surveillance renforcée, et plus de 82 % des habitants de la région vivent dans des communes colonisées. L’implantation est durable et l’éradication totale exclue : la lutte passe par la suppression des lieux de ponte, affaire de chaque occupant autant que des pouvoirs publics.

B. Ce que les riverains doivent faire, accepter ou peuvent refuser

Quand une opération est annoncée dans votre quartier, la première question est celle de l’information. Les habitants concernés sont informés au minimum 36 heures avant l’intervention, par distribution de flyers, affichage dans les immeubles et communication des collectivités locales, avec la date, l’horaire, le périmètre, les gestes à adopter et les coordonnées utiles. Dans certaines situations d’urgence, notamment lors d’un risque élevé de chikungunya, ces délais peuvent être raccourcis. À Nogent-sur-Marne, les flyers ont été distribués à partir du 7 septembre pour une intervention dans la nuit du 8 au 9 : vérifiez donc votre boîte aux lettres, votre hall d’immeuble et le site de votre mairie dès qu’un cas est rendu public près de chez vous, car le délai peut être bref.

Avant l’intervention, il est demandé de rentrer le linge, les jouets et les aliments, de protéger les bassins et points d’eau, de mettre les animaux à l’abri et de couvrir les ruches ou de les déplacer. Pendant l’intervention, restez à l’intérieur, fermez les fenêtres et évitez toute exposition au nuage de pulvérisation. Après l’intervention, videz les contenants d’eau exposés, lavez les fruits et légumes du jardin, et attendez trois jours avant récolte si nécessaire. Ces consignes ne sont pas des conseils de confort : elles conditionnent l’efficacité du traitement et votre protection. Les apiculteurs situés dans ou à proximité d’une zone de traitement font l’objet de précautions dédiées, et les produits utilisés, leur devenir dans l’environnement et leurs effets sur les autres insectes sont documentés par l’agence : si vous exploitez des ruches, signalez-vous dès l’annonce de l’opération au lieu de découvrir le périmètre le lendemain.

Faut-il ouvrir son jardin aux techniciens ? La règle est double, et il faut la connaître par cœur. Les techniciens n’entrent jamais dans les habitations, mais certaines opérations peuvent nécessiter un accès temporaire à des espaces extérieurs privés afin d’assurer une couverture complète de la zone traitée. Vous êtes en droit de refuser l’accès à votre propriété, mais le maire peut ordonner la mise en œuvre des mesures nécessaires et faire appel aux forces de l’ordre pour entrer sur votre terrain si cela est requis. Autrement dit, le refus est possible mais il n’est pas nécessairement définitif : face à un foyer actif, l’autorité municipale peut passer outre pour traiter un jardin inaccessible dont les gîtes alimentent le quartier. Ce pouvoir s’inscrit dans la police municipale, qui a pour objet « d’assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques » et comprend notamment « Le soin de réprimer les atteintes à la tranquillité publique telles que les rixes et disputes accompagnées d’ameutement dans les rues, le tumulte excité dans les lieux d’assemblée publique, les attroupements, les bruits, les troubles de voisinage, les rassemblements nocturnes qui troublent le repos des habitants et tous actes de nature à compromettre la tranquillité publique » (article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales). En pratique, coopérer vaut presque toujours mieux que contraindre : un jardin traité volontairement évite l’arrêté, la venue des forces de l’ordre et un conflit durable avec le voisinage.

Combien coûte l’opération aux riverains ? Rien. Le traitement est pris en charge par l’agence régionale de santé, et en aucun cas il ne vous sera demandé une participation financière. L’agence le dit sans détour : aucun prix de démoustication ni devis de démoustication n’est demandé aux habitants. Cette gratuité tranche avec la promesse commerciale de certaines entreprises qui démarchent les particuliers inquiets pour des traitements dits de confort, facturés plusieurs centaines d’euros, sans effet sur la transmission virale autour d’un cas. Ne confondez donc pas les deux registres : la démoustication sanitaire, déclenchée par l’agence autour d’un cas signalé, est gratuite et collective ; la démoustication de confort, achetée à un prestataire privé pour réduire la nuisance sur votre seule parcelle, est payante et individuelle. Si un démarcheur se présente en se réclamant de l’agence ou d’une obligation légale pour vous vendre un traitement, demandez son habilitation écrite, vérifiez auprès de l’agence et de la mairie, et ne signez rien sous la pression : l’opérateur mandaté par l’agence ne facture jamais les habitants.

II. Les eaux stagnantes du voisin : de la consigne sanitaire à la responsabilité

A. Chacun doit supprimer ses gîtes larvaires, quel que soit son titre d’occupation

Le moustique tigre pond dans de très petites quantités d’eau stagnante, et quelques millimètres d’eau suffisent au développement des larves. Les principaux gîtes larvaires sont connus : coupelles de pots de fleurs, gouttières bouchées, réservoirs d’eau, seaux et arrosoirs, pneus, jouets et objets laissés à l’extérieur, bâches, mobiliers de jardin ou contenants pouvant retenir l’eau. Chaque semaine, il est recommandé de vider les coupelles, nettoyer les gouttières, couvrir les récupérateurs d’eau avec une moustiquaire, ranger les objets pouvant retenir l’eau, vider les seaux et récipients extérieurs, entretenir jardins et terrasses et gérer les eaux pluviales. À Nogent-sur-Marne, l’agence a invité les habitants du secteur à supprimer les gîtes larvaires autour de leur domicile en éliminant toute eau stagnante présente dans les jardins, cours, balcons ou terrasses. Ce message s’adresse à tout le monde, car le moustique ne connaît ni le statut d’occupation ni les limites cadastrales : un balcon au troisième étage avec trois soucoupes pleines nourrit autant de larves qu’un jardin pavillonnaire.

Pour le locataire, cette vigilance découle directement de ses obligations. Il doit user paisiblement des locaux suivant la destination donnée par le contrat, et prendre à sa charge « l’entretien courant du logement, des équipements mentionnés au contrat et les menues réparations ainsi que l’ensemble des réparations locatives définies par décret en Conseil d’Etat » (article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989), le même article lui imposant « D’user paisiblement des locaux loués suivant la destination qui leur a été donnée par le contrat de location ». Vider chaque semaine les soucoupes, déboucher une gouttière de balcon, retourner les seaux, couvrir le récupérateur d’eau du jardin privatif : tout cela relève de l’entretien courant que le locataire ne peut pas renvoyer au bailleur. Le bailleur, de son côté, doit remettre un logement décent « exempt de toute infestation d’espèces nuisibles et parasites » et « De délivrer au locataire le logement en bon état d’usage et de réparation ainsi que les équipements mentionnés au contrat de location en bon état de fonctionnement » (article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989). Un vide sanitaire transformé en cloaque, une gouttière collective bouchée depuis des mois, un local à poubelles inondé en permanence : voilà des désordres structurels qui incombent au bailleur, et que le locataire est fondé à lui signaler par écrit avant d’envisager la suite.

En copropriété, la ligne de partage suit la même logique. Chaque copropriétaire « dispose des parties privatives comprises dans son lot ; il use et jouit librement des parties privatives et des parties communes sous la condition de ne porter atteinte ni aux droits des autres copropriétaires ni à la destination de l’immeuble » (article 9 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965). Le balcon, la terrasse à jouissance privative et le jardin privatif doivent donc être entretenus de façon à ne pas nuire aux autres : laisser proliférer les larves dans ses bacs, c’est porter atteinte aux droits des voisins. Les parties communes, toitures-terrasses, noues, regards d’eaux pluviales, vide-ordures, relèvent du syndicat et du syndic, qui doit faire exécuter le curage, le débouchage et l’entretien. Quand des travaux d’intérêt collectif doivent passer par un lot privé, le copropriétaire ne peut pas s’y opposer dès lors que la jouissance n’en est pas durablement altérée, et les travaux supposant un accès aux parties privatives doivent être notifiés aux intéressés au moins huit jours avant, sauf impératif de sécurité ou de conservation des biens.

Le maire, enfin, dispose d’un levier direct contre les terrains qui couvent. La police municipale couvre la salubrité publique, et les communes prennent des arrêtés mettant en demeure les propriétaires de nettoyer, dératiser, désinsectiser et désinfecter. L’ordonnance rendue le 14 mars 2025 par le tribunal judiciaire de Bobigny en donne un exemple net : après deux rapports d’agents communaux décrivant une maison abandonnée, une cour envahie de végétation et de débris, puis la présence de rats et de souris, le maire avait mis en demeure le propriétaire, par arrêté du 4 juillet 2024, de débarrasser l’ensemble de la parcelle des déchets, de procéder à sa dératisation, sa désinsectisation et sa désinfection dans les huit jours. Faute d’exécution, la commune a obtenu du juge des référés, « dans tous les cas d’urgence », l’autorisation de pénétrer dans la propriété « au besoin avec le recours à l’assistance d’un serrurier et le concours de la force publique » pour nettoyer, débarrasser, dératiser, désinsectiser et désinfecter, sous constat de commissaire de justice, le coût de l’opération restant supporté par le propriétaire, condamné en outre aux dépens et à 1 200 euros de frais irrépétibles (TJ Bobigny, réf., 14 mars 2025, RG 24/02066). Un jardin-laboratoire à moustiques exposé à un arrêté municipal suit exactement la même pente : mise en demeure, exécution d’office avec la force publique, facture au propriétaire.

B. Quand le voisin laisse couver : prouver le trouble et le faire cesser

Le principe qui protège le riverain est celui du trouble anormal de voisinage, devenu depuis avril 2024 un article du code civil : « Le propriétaire, le locataire, l’occupant sans titre, le bénéficiaire d’un titre ayant pour objet principal de l’autoriser à occuper ou à exploiter un fonds, le maître d’ouvrage ou celui qui en exerce les pouvoirs qui est à l’origine d’un trouble excédant les inconvénients normaux de voisinage est responsable de plein droit du dommage qui en résulte » (article 1253 du code civil). Responsable de plein droit signifie sans qu’il soit besoin de prouver une faute ou une intention : il suffit d’établir un trouble qui dépasse les inconvénients ordinaires du voisinage et son imputabilité au fonds voisin. Des nuées de moustiques tigres issues d’eaux stagnantes entretenues sur la parcelle d’à côté, avec piqûres diurnes répétées interdisant l’usage du jardin ou du balcon, entrent dans ce cadre dès lors que leur origine est démontrée.

Le tribunal judiciaire d’Évreux l’a jugé le 27 mai 2025 dans une affaire d’eaux usées qui parle directement aux riverains : les expertises montraient que la propriété des demandeurs recevait des écoulements provenant du fonds voisin, que ces eaux stagnaient en créant des zones insalubres, et le tribunal a relevé que « Ces eaux stagnantes provoquent des odeurs nauséabondes et sont de nature à développer des nids à moustiques ou tous autres germes », retenant un trouble anormal imputable au propriétaire du fonds d’où provenaient les eaux, dont la responsabilité est engagée de plein droit. Le jugement a condamné le voisin à réaliser l’ensemble des travaux d’assainissement de nature à faire cesser tout écoulement, sous astreinte provisoire de 150 euros par jour de retard pendant quatre mois après un délai de six mois, et à payer 6 000 euros en réparation du préjudice de jouissance (TJ Évreux, 27 mai 2025, RG 21/03837). Transposé aux moustiques tigres, l’enseignement est clair : piscine verte à l’abandon, mare de gouttières bouchées, fûts éventrés qui débordent chez le voisin avec production avérée de larves, tout cela peut fonder une injonction de travaux sous astreinte et une indemnisation du préjudice de jouissance, à condition de prouver l’origine et l’anormalité.

La preuve est donc le nerf de la guerre, et elle se construit méthodiquement. Photographiez et datez les gîtes : soucoupes, fûts ouverts, bâche affaissée, gouttière qui déborde, piscine abandonnée, en montrant l’eau stagnante et, si possible, les larves. Faites constater par commissaire de justice, surtout si le voisin nettoie avant chaque visite. Conservez vos relevés de piqûres, certificats médicaux en cas de réaction, attestations de voisins piqués, échanges écrits avec l’auteur du trouble et signalements à la mairie et à l’agence régionale de santé via la plateforme de signalement du moustique tigre. Demandez à la mairie le règlement sanitaire applicable et vérifiez si un arrêté local impose le traitement des eaux stagnantes : l’existence d’une règle locale violée renforce considérablement le dossier. Et gardez chaque pièce : les actions personnelles se prescrivent par cinq ans, mais un dossier ancien sans constats réguliers perd sa force.

La gradation des démarches commence toujours par l’amiable écrit : lettre décrivant les gîtes, photos, demande de suppression sous quinzaine, envoyée en recommandé. En copropriété, saisissez le syndic, gardien des parties communes et du respect du règlement : un avocat en droit immobilier à Paris saura qualifier le manquement entre violation du règlement de copropriété, trouble anormal et inexécution des obligations d’entretien, et chiffrer le préjudice de jouissance. Les tribunaux admettent que le syndicat force l’accès au lot qui contamine l’immeuble : le 13 avril 2026, le tribunal judiciaire de Paris, saisi par un syndicat confronté à une infestation de punaises de lit partie d’un lot et à des odeurs pestilentielles, a rappelé que le juge des référés peut « prescrire en référé les mesures conservatoires ou de remise en état qui s’imposent, soit pour prévenir un dommage imminent, soit pour faire cesser un trouble manifestement illicite », a visé l’article 9 de la loi du 10 juillet 1965 et le trouble anormal de voisinage, puis a enjoint au copropriétaire de laisser pénétrer le syndicat et son entreprise pour désinsectiser et nettoyer sous huit jours, autorisant à défaut l’ouverture forcée de la porte par serrurier, en présence d’un commissaire de justice ou de deux témoins, avec trois traitements à vingt et un jours d’intervalle, aux frais avancés du syndicat pour le compte de qui il appartiendra (TJ Paris, réf., 13 avril 2026, RG 26/51952). Un nid à moustiques retranché derrière une porte close appelle la même mécanique.

Si l’amiable échoue, écrivez au maire, qui peut mettre en demeure puis faire exécuter d’office, comme à Bobigny, et signalez les gîtes à l’agence régionale de santé, qui diligente l’enquête entomologique. Le conciliateur de justice offre une étape gratuite avant le procès. Au contentieux, le référé fait cesser vite en cas d’urgence ou de trouble manifestement illicite, tandis que le fond indemnise : Évreux donne l’étalon avec 6 000 euros pour un préjudice de jouissance durable et une astreinte de 150 euros par jour. N’attendez en revanche ni de la démoustication publique ni du juge ce qu’ils ne peuvent pas donner : la pulvérisation autour d’un cas ne vise que les moustiques adultes porteurs potentiels du virus dans un rayon restreint, elle ne supprime aucun gîte, et le juge indemnise un préjudice prouvé, il ne punit pas le voisin négligent.

Conclusion

Le foyer de Nogent-sur-Marne rappelle une règle simple : autour d’un cas de chikungunya, la puissance publique traite gratuitement et de nuit dans un périmètre de cent cinquante mètres, mais elle ne vide aucune soucoupe. Chacun doit supprimer chaque semaine les eaux stagnantes de ses pots, gouttières, bâches, jouets, récupérateurs et piscines, locataire au titre de l’entretien courant, bailleur au titre de la décence et du bon état, copropriétaire au titre du respect des autres, syndicat pour les parties communes. Celui qui refuse l’accès de ses extérieurs aux équipes risque l’arrêté du maire et la force publique ; celui qui laisse couver risque la mise en demeure, l’exécution d’office à ses frais, l’injonction sous astreinte et des dommages et intérêts pour trouble anormal de voisinage, sans qu’aucune faute n’ait à être prouvée. Et si un démarcheur vous propose une démoustication payante au nom de l’agence, refermez la porte : la vraie est gratuite, nocturne et annoncée par flyer.

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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris, reçoit en consultation téléphonique sous 48 heures pour examiner vos constats, vos échanges avec le voisin ou le syndic et l’arrêté applicable dans votre commune. Appelez le 06 46 60 58 22 ou écrivez via la page contact du cabinet en joignant vos photos datées, vos courriers et les flyers de démoustication : vous repartirez avec une stratégie claire, de la mise en demeure au référé.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».