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Compte courant d’associé débiteur : la société vous réclame le solde — rembourser, contester la mise en demeure et écarter l’abus de biens sociaux

Vous venez de recevoir une mise en demeure : la société vous réclame le solde débiteur de votre compte courant d’associé, plusieurs dizaines de milliers d’euros à rembourser sous trente jours, parfois avec la menace d’une assignation. Quand la société est en difficulté ou en liquidation judiciaire, c’est le liquidateur qui écrit, et la facture s’accompagne souvent d’une convocation des enquêteurs : le compte débiteur du dirigeant intéresse aussi le procureur de la République. Deux fronts s’ouvrent en même temps, civil et pénal, et chaque semaine compte. La jurisprudence de 2026 éclaire les deux. Le 14 avril 2026, la cour d’appel de Paris a confirmé qu’une avance en compte courant à durée indéterminée reste remboursable à tout moment, sauf clause contraire écrite, et a validé la condamnation d’une SAS à rembourser quatre associées. Le 20 mai 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation a annulé une condamnation pour abus de biens sociaux prononcée sur un compte courant débiteur, en rappelant que les juges ne peuvent statuer que sur les faits dont ils sont saisis. Cet article explique comment vérifier la somme réclamée, contester une mise en demeure infondée, payer utilement quand le solde est dû, et construire la défense pénale quand le dossier bascule vers l’abus de biens sociaux.

I. La société ou le liquidateur vous réclame le solde débiteur : rembourser ou contester la mise en demeure

A. Comment vérifier la somme réclamée et contester une mise en demeure infondée

Un compte courant d’associé débiteur signifie que vous devez de l’argent à la société : vos prélèvements ont dépassé vos apports, et le solde affiche un montant en faveur de l’entreprise. Le point de départ consiste à exiger le détail exact de ce solde, exercice par exercice, avec les relevés du compte, les écritures comptables et le dernier bilan arrêté. Une mise en demeure qui se borne à citer un chiffre global, sans pièces, ne permet aucun contrôle : demandez par écrit la balance du compte, la date de chaque opération et la justification de chacune. C’est sur ces documents que l’expert-comptable de la société, puis votre propre conseil, vérifieront si le solde réclamé correspond à la réalité ou s’il mélange des opérations contestables, des écritures de régularisation tardives ou des imputations erronées.

L’exigibilité du solde dépend ensuite de l’existence d’une convention de blocage. La cour d’appel de Paris l’a rappelé le 14 avril 2026, dans un arrêt opposant quatre associées à la SAS T World Investment, RG 24/01215 : une avance en compte courant, prêt consenti à la société, peut être exigée « à tout moment » par l’associé quand elle est à durée indéterminée, sauf clause contraire des statuts ou de la convention des parties La solution vaut dans les deux sens : sans clause écrite fixant un terme ou une procédure de retrait, le créancier du compte peut exiger le paiement immédiat, et le débiteur ne peut pas imposer un échéancier. Dans cette affaire, la SAS invoquait une clause statutaire renvoyant les modalités de retrait à une décision collective ultérieure ; la cour a jugé que cette disposition ne fixait pas les modalités de remboursement des comptes courants et a confirmé les condamnations à rembourser 6 700 euros, 6 700 euros, 7 140 euros et 3 660 euros aux quatre associées. Transposée à votre situation, la leçon est directe : une convention de blocage signée, avec un terme précis et une durée limitée, peut paralyser l’exigibilité immédiate ; une clause vague ou postérieure au litige ne le peut pas.

Trois moyens de contestation reviennent le plus souvent dans les dossiers. Le premier est la compensation : si vous détenez parallèlement une créance contre la société, dividendes votés mais non versés, rémunération de gérant approuvée et impayée, remboursement de frais engagés pour l’entreprise, ces sommes peuvent se compenser avec le solde débiteur, à condition d’être certaines, liquides et exigibles. Rassemblez les procès-verbaux d’assemblée qui les ont votées et les justificatifs de paiement que vous avez avancés. Le deuxième est la prescription. Entre commerçants, ou entre un commerçant et un non-commerçant à l’occasion du commerce, « Les obligations nées à l’occasion de leur commerce entre commerçants ou entre commerçants et non-commerçants se prescrivent par cinq ans si elles ne sont pas soumises à des prescriptions spéciales plus courtes », selon l’article L. 110-4 du code de commerce. Pour les actions personnelles ou mobilières de droit commun, « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer », selon l’article 2224 du code civil. Le point de départ se discute opération par opération : une mise en demeure fondée sur des écritures vieilles de plus de cinq ans, sans acte interruptif, peut être écartée en tout ou partie. Le troisième moyen tient à l’interdiction légale elle-même : « A peine de nullité du contrat, il est interdit aux gérants ou associés autres que les personnes morales de contracter, sous quelque forme que ce soit, des emprunts auprès de la société, de se faire consentir par elle un découvert, en compte courant ou autrement », selon l’article L. 223-21 du code de commerce pour la SARL, et la même prohibition vise les administrateurs, le directeur général et les directeurs généraux délégués de société anonyme, car « A peine de nullité du contrat, il est interdit aux administrateurs autres que les personnes morales de contracter, sous quelque forme que ce soit, des emprunts auprès de la société, de se faire consentir par elle un découvert, en compte courant ou autrement » selon l’article L. 225-43 du code de commerce, étendu au président et aux dirigeants de SAS par l’article L. 227-12 du même code, qui dispose que « Les interdictions prévues à l’article L. 225-43 s’appliquent, dans les conditions déterminées par cet article, au président et aux dirigeants de la société ». La nullité du découvert ne fait pas disparaître la dette : les sommes doivent être restituées, mais elle prive la société des intérêts conventionnels et des clauses du contrat annulé, et elle ouvre un débat sur les modalités de restitution que la mise en demeure a souvent ignoré.

Quand la société est en liquidation judiciaire, le liquidateur agit avec les pouvoirs de recouvrement de l’actif : « Le liquidateur procède aux opérations de liquidation en même temps qu’à la vérification des créances » et « Il peut introduire ou poursuivre les actions qui relèvent de la compétence du mandataire judiciaire », selon l’article L. 641-4 du code de commerce. L’assignation en remboursement du compte débiteur devient alors une action de reconstitution du gage des créanciers, et le tribunal statue vite : le 14 avril 2026, la cour d’appel de Montpellier, chambre commerciale, RG 25/05319, a tranché un litige opposant un ancien dirigeant au liquidateur de sa société sur le solde de son compte courant. Ne laissez pas passer les délais de l’assignation : en matière de recouvrement, l’absence de comparution ou de conclusions expose à une condamnation par défaut sur les seuls chiffres du liquidateur.

B. Dans quel délai payer et quelles pièces réunir pour solder le dossier

Quand la vérification confirme le solde, payer vite et payer tracé reste la décision la plus rentable : chaque mois de retard ajoute les intérêts légaux, les frais de recouvrement et, en procédure collective, le risque d’une extension du litige à vos autres rapports avec la société. La mise en demeure fixe généralement un délai de quinze à trente jours ; respectez-le ou demandez par écrit une prolongation motivée avant son expiration, en proposant un calendrier précis. Un échéancier accepté par écrit suspend l’assignation tant qu’il est exécuté ; un silence suivi d’un paiement partiel ne l’empêche pas. Le paiement doit partir d’un compte identifiable, avec un libellé explicite mentionnant le compte courant d’associé et l’exercice soldé, et donner lieu à une quittance ou à un courrier de la société constatant l’apurement et le solde restant, à zéro ou chiffré. Conservez les relevés bancaires, l’avis d’opéré et la lettre d’accompagnement : en cas de contestation ultérieure sur l’imputation du versement, ces pièces font foi.

Faites constater l’apurement par une décision collective : une assemblée générale qui arrête les comptes intégrant le remboursement et mentionne le retour à un solde nul ferme toute discussion ultérieure sur le montant. Si le bilan affiché par la société comportait un solde erroné, demandez la rectification des écritures et la production d’une balance corrigée, visée par l’expert-comptable. Quand le dirigeant a quitté ses fonctions, exigez en outre une attestation de quitus sur ce point précis : la démission ou la révocation n’éteint pas la dette de compte courant, et un successeur peut la réclamer des années plus tard. Si plusieurs associés présentent des comptes débiteurs croisés avec la société, traitez chaque solde séparément, avec sa quittance propre, au lieu d’une compensation globale informelle que personne ne pourra reconstituer devant le tribunal.

À Paris et en Île-de-France, le contentieux du recouvrement se joue devant le tribunal des activités économiques de Paris pour les litiges commerciaux entre associés et sociétés, et devant le tribunal judiciaire de Paris pour les sociétés civiles immobilières et les cautionnements civils qui accompagnent parfois le dossier. Les assignations y sont délivrées par des commissaires de justice parisiens avec des délais de comparution courts : faites dater votre dossier dès la mise en demeure, avec le relevé détaillé du compte, la convention de blocage si elle existe, les procès-verbaux votant vos créances à compenser et la correspondance échangée. Les juridictions franciliennes exigent des jeux de pièces chiffrés et ordonnés : un tableau retraçant chaque opération du compte, mois par mois, avec sa pièce justificative, pèse plus que dix pages d’arguments. Quand la société a son siège à Paris mais que vous résidez en petite couronne, centralisez les échanges écrits et privilégiez les mises en demeure avec accusé de réception, car la preuve de la date d’exigibilité conditionne le calcul des intérêts et le point de départ de la prescription.

II. Le compte débiteur face au juge pénal : écarter la qualification d’abus de biens sociaux

A. Quand un compte courant débiteur expose à l’abus de biens sociaux

Le volet pénal naît quand les prélèvements qui ont creusé le découvert ressemblent à un usage personnel des fonds sociaux. Pour la SARL, l’article L. 241-3 du code de commerce punit de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende « 4° Le fait, pour les gérants, de faire, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage qu’ils savent contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle ils sont intéressés directement ou indirectement ». Pour la société anonyme, l’article L. 242-6 du même code retient la même peine contre « 3° Le président, les administrateurs ou les directeurs généraux d’une société anonyme de faire, de mauvaise foi, des biens ou du crédit de la société, un usage qu’ils savent contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle ils sont intéressés directement ou indirectement ». Trois éléments cumulatifs en résultent : un usage des biens ou du crédit social, la mauvaise foi, c’est-à-dire la conscience de l’atteinte à l’intérêt social, et une finalité personnelle ou de favoritisme. Un compte débiteur seul ne suffit pas : il faut démontrer ce que chaque prélèvement a financé et pourquoi aucun intérêt social ne le justifiait. Les avances documentées, autorisées par les associés et remboursées à court terme se distinguent des ponctions opaques : notre analyse détaillée des critères de qualification est consultable dans cette étude sur la frontière entre avance de trésorerie et abus de biens sociaux.

La défense technique la plus débattue porte sur le moment où le compte devient fautif. Dans l’affaire jugée le 20 mai 2026 par la chambre criminelle, pourvoi n° 25-81.572, le dirigeant soutenait que « seul est susceptible de constituer un acte d’abus de biens sociaux par abus de compte courant d’associé le prélèvement qui fait basculer ou maintient le compte dans un solde débiteur », et que son compte n’avait basculé au débit que postérieurement à la période couverte par l’ordonnance de renvoi. La Cour de cassation lui a donné gain de cause sur le terrain de la saisine : « Il résulte du premier de ces textes que les juges ne peuvent légalement statuer que sur les faits dont ils sont saisis. » Les juges d’appel avaient intégré des faits de décembre 2016 et de 2017 alors que la prévention ne visait que des faits commis jusqu’au 28 novembre 2016, et l’arrêt de la cour d’appel de Pau du 19 décembre 2024 a été cassé avec renvoi devant la cour d’appel de Toulouse. Retenez l’argument défensif : faites borner la prévention aux écritures datées, contestez toute condamnation assise sur des mouvements postérieurs à la période visée, et exigez que chaque prélèvement retenu soit rattaché à une date comprise dans la saisine. La prescription de l’action publique, elle, court sur « six années révolues à compter du jour où l’infraction a été commise » pour les délits, selon l’article 8 du code de procédure pénale dans sa version applicable, ce qui laisse au parquet un délai long : ne comptez pas sur l’oubli pour éteindre le dossier.

À l’inverse, quand les transferts sont établis et inexpliqués, la culpabilité est maintenue. Le 7 octobre 2025, la chambre criminelle, pourvoi n° 24-85.552, a confirmé la culpabilité d’un gérant pour abus de biens sociaux au préjudice de sa SARL : entre le 1er janvier et le 16 août 2012, 47 200 euros avaient été débités du compte de la société pour être crédités sur celui d’une association qu’il présidait, et les experts-comptables avaient relevé des mouvements suspects dont il n’avait jamais justifié l’origine. La cassation n’a porté que sur les peines, l’amende de 100 000 euros et la confiscation n’étant pas motivées au regard des ressources du prévenu. La leçon pour votre dossier est double : sans justification écrite et contemporaine de chaque transfert, la condamnation suit ; et la bataille se déplace alors sur la peine, où la motivation est strictement contrôlée, car « le juge qui prononce une peine doit motiver sa décision au regard des circonstances de l’infraction, de la personnalité et de la situation personnelle de son auteur ».

B. Comment répondre à une convocation des enquêteurs et limiter la sanction

La convocation arrive généralement par courrier ou par téléphone, pour une audition libre ou, plus rarement d’emblée, pour un placement en garde à vue. Préparez-la comme une échéance décisive : les premières déclarations figurent au procès-verbal et structurent tout le dossier. Prenez un avocat avant de vous présenter, réunissez le relevé chronologique du compte avec chaque justificatif de dépense professionnelle, les autorisations d’assemblée, la convention de trésorerie si elle existe et les preuves de remboursement total ou partiel. Pendant l’audition, distinguez les faits et les chiffres : reconnaissez les montants exacts quand ils sont établis, contestez les imputations erronées pièce par pièce, et ne signez le procès-verbal qu’après relecture complète, en faisant rectifier toute formulation qui déforme vos propos. Le droit de garder le silence existe ; l’utiliser sans préparation brouille le dossier, alors que des réponses courtes, datées et adossées aux pièces construisent la défense.

Sur le fond, quatre axes structurent la défense. D’abord, l’intérêt social de chaque opération : les avances qui ont financé l’activité, cautionné un marché ou traversé une difficulté de trésorerie documentée ne traduisent pas un usage contraire à l’entreprise, surtout quand les associés les connaissaient et les ont approuvées. Ensuite, l’absence de mauvaise foi : des écritures passées en comptabilité, visibles du commissaire aux comptes et de l’expert-comptable, contredisent la dissimulation, qui est l’indice majeur de la conscience de nuire. Puis la restitution : rembourser le solde n’efface pas l’infraction déjà commise, mais il répare le préjudice, prive la partie civile de dommages-intérêts et pèse sur la peine, dont la motivation doit intégrer la situation personnelle de l’auteur. Enfin, la régularité de la procédure : saisine limitée aux faits visés, comme l’a rappelé la Cour de cassation le 20 mai 2026, expertises contradictoires, calcul exact du solde à la date des faits et non à une date postérieure gonflée par les intérêts. Quand le dossier associe abus de biens sociaux et banqueroute après cessation des paiements, faites isoler chaque grief : les paiements postérieurs à la cessation relèvent d’une logique distincte, et leur confusion avec le compte débiteur affaiblit l’ensemble de la poursuite.

Devant le tribunal correctionnel, la peine encourue reste lourde, cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende, avec des peines complémentaires possibles comme l’interdiction de gérer. La juridiction doit individualiser la sanction : situation familiale et professionnelle, montant réellement détourné, durée des faits, réparation intervenue, antécédents. Les décisions de 2025 et 2026 montrent que les cours d’appel motivent désormais finement ces éléments sous le contrôle de la chambre criminelle, et qu’une amende ou une confiscation insuffisamment justifiée est annulée. Présentez un dossier de personnalité complet, attestations professionnelles, charges de famille, efforts de remboursement, mesures prises pour assainir la gestion, car ces pièces alimentent directement la motivation que le tribunal doit rédiger. Si une interdiction de gérer est requise, démontrez l’activité professionnelle envisagée et l’encadrement comptable mis en place : le juge qui comprend comment la récidive sera empêchée prononce autrement.

Conclusion

Une mise en demeure sur un compte courant débiteur ne se traite jamais d’un seul bloc : vérifiez le solde écriture par écriture, opposez la convention de blocage quand elle existe, compensez les créances certaines et soulevez la prescription des écritures anciennes, puis payez vite et faites constater l’apurement quand la dette est établie. En parallèle, préparez le volet pénal dès la première convocation, avec un relevé justifié de chaque prélèvement, la preuve de leur transparence comptable et la démonstration de leur lien avec l’intérêt social, car les juges de 2026 sanctionnent les transferts inexpliqués mais censurent les poursuites qui dépassent leur saisine. Le dirigeant qui rembourse, documente et répond précisément aux enquêteurs conserve des marges de manœuvre sur les deux fronts ; celui qui ignore le courrier les perd en quelques semaines. Faites relire votre dossier avant l’échéance fixée par la mise en demeure.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».