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Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
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Créer une société à Malte en restant en France : siège de direction effective, établissement stable, article 155 A et redressement, comment contester ?

Vous vivez en France et une agence vous propose de créer une société à Malte, Limited ou Ltd maltaise avec compte bancaire, pour facturer vos clients français en payant très peu d’impôt. Le montage semble simple sur le papier : immatriculation à La Valette, directeur local, adresse de domiciliation, taux maltais présenté comme attractif. Le risque français, lui, est rarement expliqué. Dès lors que vous restez en France pour diriger, décider et exécuter les prestations, l’administration fiscale peut considérer que la société maltaise est en réalité exploitée depuis la France, qu’elle y possède un établissement stable, ou que les sommes qu’elle perçoit sont imposables entre vos mains. Les redressements qui suivent cumulent impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, retenues à la source, intérêts de retard et majorations pour manquement délibéré. Cet article décrit, avec les textes et la jurisprudence du Conseil d’État, ce qui est légal, ce qui déclenche un redressement et comment répondre dans les délais.

Le point de départ tient en une phrase : Malte applique son droit des sociétés, la France applique son droit fiscal à toute personne qui dirige depuis son territoire. Une Limited maltaise régulièrement immatriculée au Malta Business Registry peut être regardée par Paris comme résidente fiscale française si son siège de direction effective se trouve en France, comme possédant un établissement stable en France si une activité y est exercée de façon stable, ou comme un écran sans substance propre si les prestations sont accomplies par vous. Les agences taisent ces trois risques parce qu’elles vendent l’immatriculation, pas la défense en cas de contrôle. Les lignes qui suivent reprennent chaque risque, les preuves que le vérificateur recherche et les réponses qui permettent de contester utilement. Pour situer ce dossier dans l’ensemble des montages visés par Paris, vous pouvez lire notre analyse de référence sur le risque français des sociétés créées à Dubaï en restant en France, dont la logique vaut pour Malte.

I. Créer une société à Malte en restant en France : quand le fisc français la rend imposable en France ?

A. Pourquoi le siège de direction effective installé en France rend la société maltaise imposable en France ?

Le premier fondement du redressement est l’article 209 du code général des impôts. Le texte dispose que « en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France ». La jurisprudence ajoute que l’entreprise exploitée en France inclut la société immatriculée à l’étranger dont le siège de direction effective se trouve en France. Le lieu d’immatriculation, le certificat maltais et le numéro de TVA maltais ne protègent pas contre cette analyse. Ce qui compte, ce sont les faits : où sont prises les décisions, où sont signés les contrats, où se trouvent les dirigeants qui engagent la société.

Le Conseil d’État a fixé la méthode dans une affaire qui concernait une holding transférée au Luxembourg mais toujours dirigée depuis Paris. Dans son arrêt du 15 mars 2023, n° 449723, le Conseil d’État rappelle d’abord la règle conventionnelle selon laquelle « Le domicile fiscal (…) des personnes morales et des groupements de personnes physiques n’ayant pas la personnalité morale est au lieu de leur centre effectif de direction ». Puis il valide le redressement en relevant que « la société CA Animation ne disposait au Luxembourg que d’un local de 13 m² mis à sa disposition par une société luxembourgeoise de domiciliation », qu’elle n’y employait qu’un comptable quelques heures par semaine, tandis que les contrats continuaient à être signés et les décisions prises depuis Paris par des dirigeants domiciliés en France. La tenue des assemblées générales et des conseils d’administration au Luxembourg n’a pas suffi à déplacer le centre effectif de direction. Transposée à Malte, la leçon est directe : une adresse de domiciliation à Sliema ou à Birkirkara, un directeur maltais qui se borne à signer des documents préparés à Paris, Lyon ou Marseille, et une comptabilité tenue quelques heures par mois ne font pas une direction effective maltaise.

Le vérificateur français applique exactement cette grille aux Limited maltaises dirigées depuis la France. Il demande les procès-verbaux de conseil d’administration, les billets d’avion, les relevés de connexion aux outils bancaires, les métadonnées des contrats, les échanges de messagerie avec les clients et les relevés téléphoniques. Il compare les dates des décisions présentées comme maltaises avec la géolocalisation réelle des signataires. Il interroge le directeur local sur la nature exacte de ses pouvoirs : peut-il refuser un contrat, négocier un prix, recruter, engager une dépense sans l’accord de Paris ? Si la réponse est négative, le directeur est qualifié de prête-nom et la direction effective est localisée en France. L’administration en déduit que la société maltaise exploite une entreprise en France et que ses bénéfices relèvent de l’impôt sur les sociétés français, avec dépôt de déclarations, paiement de l’impôt et, à défaut, taxation d’office et pénalités.

Votre domicile personnel renforce ce risque. L’article 4 B du code général des impôts dispose que « Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l’article 4 A : a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu’elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ». Si vous habitez en France, que vos enfants y sont scolarisés, que votre vie quotidienne s’y déroule et que vous pilotez la Limited depuis votre domicile ou votre bureau français, vous êtes domicilié fiscal français. Cette domiciliation personnelle ne suffit pas à elle seule à rendre la société maltaise résidente française, mais elle fournit au vérificateur le socle factuel du redressement : un dirigeant résident français, des décisions prises en France, des clients démarchés depuis la France, des prestations exécutées en France. Pour écarter le grief, il faut démontrer l’inverse par des pièces : baux commerciaux maltais réels, salariés maltais à temps plein avec fiches de paie et présence effective, comptes rendus de réunions tenues physiquement à Malte avec preuves de déplacement, délégations de pouvoirs effectives, contrats négociés et signés à Malte. Une simple attestation du domiciliataire maltais ne pèse rien face à un faisceau de preuves contraires.

Le régime maltais du remboursement d’impôt aux actionnaires, souvent présenté comme un taux effectif de 5 %, n’écarte pas cette analyse. La France ne raisonne pas sur le taux affiché à Malte mais sur le lieu de direction et sur l’existence d’une activité réelle à Malte. Même si la société paie régulièrement l’impôt maltais au taux plein de 35 % avant remboursement partiel à l’actionnaire, Paris peut soutenir que les bénéfices sont réalisés par une entreprise exploitée en France et les imposer en France, sous réserve d’éliminer la double imposition selon la convention franco-maltaise du 25 juillet 1977 modifiée. En pratique, les retraitements portent sur l’intégralité du résultat rattaché à l’activité française, majoré des intérêts de retard et, lorsque l’administration établit que vous saviez que la direction restait en France, de la majoration de 40 % pour manquement délibéré, voire 80 % en cas de manœuvres frauduleuses. La parade consiste à choisir avant toute immatriculation : soit diriger réellement depuis Malte avec une substance vérifiable, soit renoncer au montage et facturer depuis une structure française. L’entre-deux, société à Malte et direction en France, cumule les coûts des deux pays et les avantages d’aucun.

B. Comment l’établissement stable en France fait imposer la Limited maltaise sur ses profits français ?

Le second fondement, souvent cumulé avec le premier dans la proposition de rectification, est l’établissement stable. Même si la société maltaise parvenait à démontrer que son siège de direction effective se trouve à Malte, elle reste imposable en France sur les bénéfices rattachés à une installation fixe d’affaires en France ou à un agent dépendant qui y conclut des contrats en son nom. La notion figure dans la convention franco-maltaise et dans la doctrine administrative : bureau, atelier, chantier de plus de douze mois, entrepôt avec livraison, mais aussi simple bureau à domicile utilisé de façon habituelle pour l’activité de la société étrangère, ou salarié qui démarchent et conclut pour elle. Pour une Limited maltaise dont le fondateur resté en France prospecte, négocie par visioconférence depuis Paris, signe électroniquement depuis une adresse IP française et assure le service après-vente depuis la France, le risque d’établissement stable est majeur.

Le contrôle se joue sur les preuves d’activité physique et numérique en France. Le vérificateur relève l’adresse mentionnée sur les factures et sur le site internet, le numéro de téléphone français du service commercial, les conditions générales qui désignent un interlocuteur en France, les déplacements des techniciens, les stocks détenus en France, les accès aux locaux des clients français. Il exploite les données de la liasse TVA, les relevés bancaires qui montrent des paiements de loyers, de salaires ou de sous-traitants en France, et les attestations des clients qui décrivent qui est venu négocier et où. Pour les activités numériques, il retient le lieu d’exécution effective : un développeur, un consultant ou un graphiste qui travaille depuis la France pour le compte de la Limited maltaise caractérise une activité exercée en France, même si la facture est émise depuis Malte et payée sur un compte maltais. L’argument selon lequel la société n’aurait « aucun bureau en France » échoue dès lors que le domicile du dirigeant sert de base habituelle aux opérations.

Les conséquences chiffrées sont lourdes. Les bénéfices rattachés à l’établissement stable français sont déterminés comme si cet établissement était une entreprise distincte, avec ses propres charges et produits, puis soumis à l’impôt sur les sociétés au taux français, aux contributions additionnelles et à la TVA française sur les opérations réalisées en France. Les prix facturés entre le siège maltais et l’établissement français sont contrôlés au regard de l’article 57 du code général des impôts, qui dispose que « les bénéfices indirectement transférés à ces dernières, soit par voie de majoration ou de diminution des prix d’achat ou de vente, soit par tout autre moyen, sont incorporés aux résultats accusés par les comptabilités ». Une redevance de marque, une commission de gestion ou des intérêts d’un prêt intragroupe versés par la partie française à la tête maltaise sans justification de pleine concurrence sont réintégrés. Les frais de siège facturés depuis Malte sans détail des services rendus subissent le même sort. Chaque flux doit être documenté par une convention écrite, une méthode de prix conforme aux principes de l’OCDE et des comparables vérifiables.

La TVA ajoute un chef de redressement autonome. Une Limited maltaise qui vend des biens ou des prestations à des clients français doit respecter les règles françaises de territorialité, d’immatriculation et de facturation. Les prestations de services à des assujettis français relèvent en principe de l’autoliquidation par le client, mais les ventes à des particuliers français, les prestations matériellement localisées en France et les ventes de biens stockés en France imposent une immatriculation à la TVA en France, des déclarations CA3 et le paiement de la taxe. L’absence d’immatriculation est sanctionnée par des rappels de TVA, des intérêts et des amendes pour défaut de déclaration, sans possibilité d’imputer une TVA maltaise indûment collectée. Les dirigeants qui pensaient échapper à la TVA française en facturant depuis Malte découvrent que la facture maltaise n’efface ni le lieu réel de la prestation ni l’obligation déclarative en France. La vérification de comptabilité s’accompagne presque toujours d’un contrôle TVA qui double le montant en jeu.

Pour réduire ce risque avant tout contrôle, trois mesures sont décisives. D’abord, cartographier précisément où chaque tâche est accomplie et par qui, avec des feuilles de temps, des ordres de mission et des justificatifs de déplacement. Ensuite, doter la présence maltaise d’une réalité vérifiable ou, à l’inverse, assumer une présence française déclarée avec un établissement immatriculé, une comptabilité séparée et des déclarations fiscales françaises. Enfin, cesser les pratiques qui créent un établissement stable occulte : signature habituelle des contrats depuis la France au nom de la Limited, bureau français non déclaré, salarié français sans contrat rattaché à la structure française. Entre une substance maltaise complète et une filialisation française assumée, il existe des solutions intermédiaires légales, comme l’agent indépendant véritable ou le prestataire français facturé au prix de marché, mais elles exigent des contrats réels et des marges de pleine concurrence, jamais un simple intitulé sur une facture.

II. Dirigeant resté en France avec une société à Malte : imposition personnelle, redressement et recours effectif ?

A. Quand les dividendes et prestations de la société maltaise sont imposés sur votre tête en France ?

Le troisième risque vise votre imposition personnelle, même si la société maltaise échappait aux deux premiers griefs. Deux dispositifs permettent à l’administration d’imposer entre vos mains les sommes perçues par la Limited : l’article 155 A pour les prestations de services et l’article 123 bis pour les structures à régime privilégié. L’article 155 A du code général des impôts dispose que « I. Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en contrepartie de services ou de l’exploitation commerciale de droits attachés à l’image, au nom ou à la voix d’une ou de plusieurs personnes, de l’usage de droits d’auteurs ou de droits voisins ou de la propriété industrielle ou commerciale ou de droits assimilés, rendus ou concédés par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières », soit lorsque ces personnes contrôlent la société étrangère, soit lorsqu’elles ne démontrent pas une activité industrielle ou commerciale prépondérante distincte, soit lorsque la société étrangère bénéficie d’un régime fiscal privilégié. Le texte ajoute que « II. Les règles prévues au I ci-dessus sont également applicables aux personnes domiciliées hors de France pour les services rendus en France ou pour les droits qui y sont exploités ou utilisés ». Pour un consultant, un formateur, un développeur ou un influenceur resté en France et facturant via sa Limited maltaise, l’application est presque mécanique : le service est rendu par vous, la facturation par Malte ne correspond à aucune intervention propre de la société, les honoraires sont imposés entre vos mains à l’impôt sur le revenu.

Le Conseil d’État a précisé la portée exacte de ce texte dans son arrêt du 22 janvier 2018, n° 406888, rendu à propos d’une société suisse interposée entre des dirigeants et leur groupe français. La Haute juridiction juge que « Les prestations dont la rémunération est ainsi susceptible d’être imposée entre les mains de la personne qui les a effectuées correspondent à un service rendu pour l’essentiel par elle ». Elle ajoute que « des éléments suffisants permettant de penser que la prestation a été rendue, c’est-à-dire réalisée, en France, il appartient alors au contribuable d’apporter, le cas échéant, toutes justifications utiles sur le lieu d’exercice de ses activités professionnelles ». Dans cette affaire, le Conseil d’État a annulé le redressement parce que la cour s’était fondée sur des motifs non pertinents au regard de cette charge de la preuve, mais il a confirmé le principe : sans intervention propre de la société étrangère, la rémunération vous est attribuée. Pour Malte, cela signifie que des factures émises par la Limited pour des missions que vous exécutez seul depuis la France, sans équipe maltaise identifiable, seront requalifiées en revenus personnels, avec majoration de 40 % si l’interposition est regardée comme délibérée.

L’article 123 bis vise une autre configuration : la détention par une personne physique domiciliée en France d’au moins 10 % d’une entité étrangère à régime fiscal privilégié. Le texte dispose que « Lorsqu’une personne physique domiciliée en France détient directement ou indirectement 10 % au moins des actions, parts, droits financiers ou droits de vote dans une entité juridique-personne morale, organisme, fiducie ou institution comparable-établie ou constituée hors de France et soumise à un régime fiscal privilégié, les bénéfices ou les revenus positifs de cette entité juridique sont réputés constituer un revenu de capitaux mobiliers de cette personne physique dans la proportion des actions, parts ou droits financiers qu’elle détient directement ou indirectement ». Si votre Limited maltaise accumule des bénéfices non distribués en bénéficiant d’un régime regardé comme privilégié au sens de l’article 238 A, l’administration peut vous imposer chaque année sur votre quote-part, même sans distribution. Le dispositif symétrique pour les sociétés mères françaises est l’article 209 B, qui prévoit que « Lorsqu’une personne morale établie en France et passible de l’impôt sur les sociétés exploite une entreprise hors de France ou détient directement ou indirectement plus de 50 % des actions, parts, droits financiers ou droits de vote dans une entité juridique » soumise à un régime fiscal privilégié, les bénéfices sont imposables en France. Le Conseil d’État a appliqué ce mécanisme le 13 mars 2025, n° 488080, à propos d’une filiale mauricienne, en rappelant que « les bénéfices ou revenus positifs de cette entreprise ou entité juridique sont imposables à l’impôt sur les sociétés. Lorsqu’ils sont réalisés par une entité juridique, ils sont réputés constituer un revenu de capitaux mobiliers imposable de la personne morale établie en France ». Malte étant membre de l’Union européenne, la clause de sauvegarde européenne permet d’échapper à l’article 209 B en démontrant l’absence de montage artificiel, mais cette preuve suppose une activité économique réelle à Malte, jamais une simple boîte aux lettres.

Les dividendes effectivement distribués par la Limited maltaise n’échappent pas à l’impôt français. Ils sont déclarables en France en revenus de capitaux mobiliers, soumis au prélèvement forfaitaire unique ou, sur option, au barème avec abattement, plus prélèvements sociaux, sous déduction éventuelle de la retenue maltaise selon la convention. L’exonération mère-fille de l’article 119 ter, qui dispose que « La retenue à la source prévue au 2 de l’article 119 bis n’est pas applicable aux dividendes distribués à une personne morale qui remplit les conditions énumérées au 2 du présent article par une société ou un organisme soumis à l’impôt sur les sociétés au taux normal », suppose un bénéficiaire effectif réel et une substance européenne vérifiable. Une holding maltaise interposée sans personnel ni locaux pour faire remonter des dividendes vers la France se voit refuser l’exonération pour abus de droit ou absence de bénéficiaire effectif. Les rémunérations de prestations versées à des non-résidents sans installation permanente en France supportent en outre la retenue de l’article 182 B, qui prévoit qu’« I. – Donnent lieu à l’application d’une retenue à la source lorsqu’ils sont payés par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l’impôt sur le revenu ou de l’impôt sur les sociétés, qui n’ont pas dans ce pays d’installation professionnelle permanente » les sommes versées pour une activité déployée en France. Chaque flux doit donc être qualifié avant d’être payé : salaire, dividende, honoraire, redevance ou intérêt, car chaque qualification emporte son régime de retenue et ses justificatifs.

B. Redressement notifié sur une société maltaise : que répondre et comment contester dans les délais ?

Le redressement commence presque toujours par une demande d’éclaircissements, un examen de la situation fiscale personnelle ou une vérification de comptabilité de l’établissement stable présumé, avec convocation, questionnaire sur la Limited maltaise et demande des statuts, registres, contrats, relevés bancaires maltais et français, et correspondances avec le prestataire maltais. Vient ensuite la proposition de rectification, qui motive chaque chef de rappel : siège de direction effective en France sur le fondement de l’article 209, établissement stable, article 155 A ou 123 bis pour la partie personnelle, article 57 pour les flux intragroupe, TVA et retenues à la source. Vous disposez de trente jours pour répondre, délai porté à soixante jours sur demande pour les propositions les plus complexes. Cette réponse conditionne toute la suite : les moyens non soulevés à ce stade restent invocables en réclamation, mais une réponse précise et pièces à l’appui obtient plus souvent des abandons partiels qu’une contestation générale. Joignez les preuves de substance maltaise si elles existent, ou expliquez pourquoi le grief est mal fondé en droit : absence de direction en France, service réellement rendu par l’équipe maltaise, activité industrielle ou commerciale prépondérante distincte, absence de régime privilégié, qualification conventionnelle différente.

Après la réponse, l’administration adresse sa réponse aux observations, puis l’avis de mise en recouvrement. Vous pouvez saisir le supérieur hiérarchique et l’interlocuteur départemental avant la mise en recouvrement pour obtenir un réexamen par un autre regard. Ces recours administratifs sont gratuits, rapides et souvent utiles lorsque le vérificateur a retenu une lecture extensive des faits : directeur maltais disqualifié trop vite, établissement stable déduit d’un simple numéro français, article 155 A appliqué alors que l’équipe maltaise a accompli une partie identifiable de la mission. Préparez un dossier resserré : organigramme réel avec rôles, contrats de travail maltais, preuves de présence, démonstration chiffrée de l’intervention propre de la Limited, comparables de prix pour les flux intragroupe, calcul contradictoire des bénéfices rattachés à la France. Les tableaux qui retracent chaque facture, son exécutant et son lieu d’exécution emportent plus que de longues affirmations. Si la substance maltaise est mince, ne fabriquez pas de faux procès-verbaux ni de fausses attestations : la fraude documentaire transforme un redressement financier en risque pénal pour faux, usage de faux et fraude fiscale.

La réclamation contentieuse ouvre la phase juridictionnelle. Elle doit être adressée au service des impôts dans les délais de l’article R. 196-1 du livre des procédures fiscales, en visant chaque imposition, en joignant l’avis de mise en recouvrement et en développant chaque moyen avec ses pièces. En cas de rejet exprès ou implicite après six mois de silence, vous pouvez saisir le tribunal administratif, à Paris pour les résidents d’Île-de-France, avec une requête qui reprend les moyens de la réclamation et y ajoute, si besoin, la contestation de la régularité de la procédure : motivation insuffisante de la proposition, non-respect des garanties du vérifié, défaut de saisine de la commission des impôts directs pour les questions de fait, prescription. Pour les redressements fondés sur la convention franco-maltaise, la procédure amiable prévue par la convention peut être demandée en parallèle afin d’éliminer une double imposition persistante, mais elle ne suspend pas les délais internes : menez les deux voies sans en sacrifier une. Demandez systématiquement le sursis de paiement avec garanties pour éviter les poursuites pendant l’instance, et chiffrez vos conclusions avec un calcul alternatif crédible, car le juge décharge plus volontiers partiellement sur des montants démontrés que totalement sur des principes abstraits.

À Paris et en Île-de-France, où se concentrent les contrôles des dirigeants de Limited maltaises, le tribunal administratif de Paris et la cour administrative d’appel de Paris appliquent strictement la grille du Conseil d’État décrite plus haut : direction effective appréciée sur les pouvoirs réels, établissement stable caractérisé par l’activité habituelle même sans bureau dédié, article 155 A écarté seulement si l’intervention propre de la société étrangère est établie. Constituez dès la réponse à la proposition un dossier parisien complet : bail maltais et justificatifs de présence, billets et relevés de déplacement, journaux de connexion, contrats signés à Malte, attestations de clients décrivant l’équipe maltaise intervenue, documentation de prix de transfert pour chaque flux. Les vérificateurs franciliens connaissent les argumentaires des agences et les écartent lorsqu’ils ne reposent sur aucune pièce contemporaine. Une Limited maltaise adossée à une équipe réelle à Malte, avec des dirigeants qui s’y rendent régulièrement et y prennent des décisions traçables, peut être défendue. Une coquille pilotée depuis un appartement parisien avec un directeur maltais injoignable ne peut pas l’être, et la meilleure stratégie consiste alors à négocier la minoration des pénalités, à solliciter une transaction sur les intérêts et à régulariser par la création d’une structure française déclarée.

Conclusion

Créer une société à Malte en restant en France n’est ni automatiquement frauduleux ni automatiquement efficace. Le montage est légal lorsque la société est réellement dirigée, dotée en personnel et exploitée depuis Malte, avec des décisions prises sur place, des salariés présents et des prestations accomplies par l’équipe maltaise. Il devient redressable lorsque la direction reste en France, lorsqu’une activité stable s’y déroule sans déclaration, ou lorsque les factures maltaises rémunèrent un travail que vous accomplissez seul depuis la France. Les textes qui fondent les rappels sont connus : imposition des entreprises exploitées en France, prix de transfert, domicile fiscal des dirigeants, imposition des sommes versées à des sociétés étrangères sans contrepartie réelle, taxation des entités à régime privilégié, retenues à la source sur les flux vers l’étranger. La jurisprudence du Conseil d’État donne la méthode d’examen et la répartition de la preuve, sans indulgence pour les domiciliations de complaisance ni pour les directeurs fictifs. Avant de signer avec une agence, faites vérifier le projet par un avocat fiscaliste : substance maltaise vérifiable ou structure française assumée, conventions intragroupe au prix de marché, TVA et retenues anticipées, traçabilité des décisions. Après une proposition de rectification, répondez dans les trente jours avec des pièces contemporaines, sollicitez l’examen hiérarchique, puis contestez devant le juge avec un calcul alternatif. Le coût d’une consultation préalable reste dérisoire au regard d’un redressement qui cumule impôt français, intérêts et majorations sur plusieurs années.

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Vous envisagez une société à Malte ou vous venez de recevoir une proposition de rectification. Obtenez une consultation téléphonique en 48 heures avec un avocat du cabinet pour vérifier ce qui est légal, ce qui est risqué et ce que l’administration peut redresser. Appelez directement Maître Reda Kohen au 06 46 60 58 22. Vous pouvez aussi écrire via la page contact du cabinet en décrivant votre montage maltais et vos délais. Intervention à Paris et en Île-de-France comme sur l’ensemble du territoire pour la défense face au contrôle fiscal.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».