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Congé pour vente ou reprise frauduleux : faire annuler le congé et obtenir des dommages-intérêts (2026)

Vous venez de recevoir un congé pour vente ou un congé pour reprise et quelque chose vous alerte : le prix de vente affiché semble fixé pour décourager tout acheteur, le parent au profit duquel le bailleur prétend reprendre le logement vous est inconnu, ou un nouveau locataire a emménagé quelques semaines après votre départ alors que l’appartement devait être vendu ou occupé par la famille du propriétaire. À la rentrée de septembre 2026, ces situations se multiplient : des baux arrivent à échéance, des bailleurs veulent récupérer un logement devenu plus rentable à relouer au prix du marché, et certains habillent cette reprise d’un faux motif de vente ou d’une reprise fictive. Or un congé fondé sur un motif inventé n’est pas une simple maladresse : la loi prévoit sa nullité, des dommages-intérêts au profit du locataire et même une amende pénale contre le bailleur. Cet article explique comment vérifier point par point la régularité du congé que vous avez reçu, quels indices révèlent une fraude, comment rassembler des preuves exploitables devant le juge, et quelles actions engager pour rester dans les lieux ou obtenir réparation. Chaque affirmation déterminante s’appuie sur les textes en vigueur et sur des décisions dont les motifs sont reproduits dans leur rédaction exacte.

I. Congé pour vente ou reprise : comment vérifier que le motif de votre bailleur est réel et sérieux

A. Les mentions obligatoires de votre congé : ce que la loi exige à peine de nullité

Le point de départ ne se discute pas : un congé du bailleur doit être justifié soit par sa décision de reprendre ou de vendre le logement, soit par un motif légitime et sérieux, notamment l’inexécution par le locataire de l’une des obligations lui incombant. C’est l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 qui pose cette exigence, dans sa version en vigueur depuis le 29 juillet 2023, et il ajoute une sanction immédiate : « A peine de nullité, le congé donné par le bailleur doit indiquer le motif allégué et, en cas de reprise, les nom et adresse du bénéficiaire de la reprise ainsi que la nature du lien existant entre le bailleur et le bénéficiaire de la reprise qui ne peut être que le bailleur, son conjoint, le partenaire auquel il est lié par un pacte civil de solidarité enregistré à la date du congé, son concubin notoire depuis au moins un an à la date du congé, ses ascendants, ses descendants ou ceux de son conjoint, de son partenaire ou de son concubin notoire. » Autrement dit, un congé pour reprise qui ne nomme personne, qui désigne un simple ami, un neveu par alliance lointaine ou une société, est nul par le seul effet de ce texte. Vérifiez donc en premier lieu l’identité du bénéficiaire et le lien de parenté allégué : la liste est fermée et le juge la contrôle strictement.

Le même article impose au bailleur qui reprend le logement de justifier du caractère réel et sérieux de sa décision de reprise, ce qui ouvre la porte à votre contestation sur le fond. Cette formule ouvre la porte à votre contestation sur le fond. Une reprise annoncée pour un enfant majeur qui étudie à l’autre bout de la France et ne s’installera jamais dans un studio de 20 mètres carrés, une reprise pour le bailleur lui-même alors qu’il vient d’acheter sa résidence principale ailleurs, une vente dont le prix affiché dépasse de 40 % les prix du quartier : autant de situations où le caractère réel et sérieux fait défaut. Les juges disposent d’ailleurs d’un pouvoir exprès de contrôle : en cas de contestation, le juge peut, même d’office, vérifier la réalité du motif du congé et le respect des obligations légales, et il peut notamment déclarer le congé non valide si la non-reconduction du bail n’apparaît pas justifiée par des éléments sérieux et légitimes. Vous n’avez donc pas à démontrer une intention malveillante dans un premier temps : il suffit d’établir que le motif avancé ne repose sur aucun élément sérieux, et le congé tombe.

Contrôlez ensuite la forme de la notification et les délais. Le texte prévoit que le congé doit être notifié par lettre recommandée avec demande d’avis de réception, signifié par acte d’un commissaire de justice ou remis en main propre contre récépissé ou émargement. Un congé envoyé par simple lettre, par courriel ou par message téléphonique ne respecte pas cette exigence. Le délai de préavis applicable au congé qui émane du bailleur est de six mois en location vide, et ce délai court à compter du jour de la réception de la lettre recommandée, de la signification de l’acte du commissaire de justice ou de la remise en main propre. Un congé reçu le 15 septembre pour une échéance au 31 décembre ne respecte pas six mois de préavis et ne peut produire effet à cette date. Par ailleurs, une notice d’information relative aux obligations du bailleur et aux voies de recours et d’indemnisation du locataire doit être jointe au congé délivré pour reprise ou vente. Son absence constitue une irrégularité supplémentaire à soulever. Si vous avez acheté ou si votre bailleur a acheté le logement déjà occupé, des règles particulières s’appliquent : lorsque le terme du bail en cours intervient moins de trois ans après l’acquisition, le bailleur ne peut donner congé pour vendre qu’au terme de la première reconduction tacite ou du premier renouvellement, et le congé pour reprise donné au terme du bail en cours ne prend effet qu’à l’expiration d’une durée de deux ans à compter de l’acquisition lorsque le terme intervient moins de deux ans après l’achat. Ces délais protecteurs de l’acquéreur récent sont souvent ignorés des bailleurs pressés : vérifiez la date d’acquisition de votre bailleur sur vos quittances, votre bail initial ou, à Paris et en Île-de-France, par une interrogation du fichier immobilier auprès du service de publicité foncière compétent.

B. Les indices qui révèlent un congé frauduleux et les preuves à rassembler sans attendre

Un congé frauduleux se reconnaît rarement à sa lecture : le montage est en général habile sur le papier. Ce sont les faits qui suivent qui trahissent la manoeuvre. Premier indice, le prix de vente affiché dans le congé pour vente. Lorsque le prix proposé dépasse manifestement les prix du marché du quartier, les locataires successifs refusent d’acheter et le bailleur récupère le logement libre pour le relouer plus cher. La jurisprudence a déjà sanctionné ce mécanisme : dans une affaire jugée par la Cour de cassation, la locataire demandait à titre subsidiaire la nullité du congé pour vente en raison d’un prix manifestement excessif proposé par la bailleresse. Pour objectiver cet indice, comparez le prix du congé avec les mutations récentes de votre rue : à Paris, les bases de données notariales et les annonces archivées permettent d’établir un prix au mètre carré de référence, et un écart massif et inexpliqué constitue un commencement de preuve sérieux. Conservez une copie du congé avec le prix, photographiez les annonces ultérieures du même bien à un prix différent, et demandez à un professionnel une estimation écrite datée.

Deuxième indice, le sort réservé au logement après votre départ. Le scénario classique de la fraude est le suivant : congé pour vente, aucun acheteur ne se présente au prix affiché, puis le logement est reloué dans les semaines qui suivent à un loyer supérieur, ou occupé par une personne qui n’est pas le bénéficiaire désigné dans le congé pour reprise. Surveillez les annonces publiées après votre départ, interrogez le gardien et les voisins, faites établir par un commissaire de justice un constat de l’occupation des lieux et de l’identité de l’occupant. La cour d’appel d’Aix-en-Provence a ainsi, par un arrêt du 9 janvier 2025, constaté le caractère frauduleux d’un congé pour vendre délivré le 26 avril 2022, déclaré ce congé nul et de nul effet, et condamné la bailleresse à verser au locataire 3 000 euros pour non-exécution de bonne foi du contrat de bail ainsi que 8 000 euros au titre de l’atteinte au droit du locataire de jouir paisiblement du bien loué et à son expulsion à la suite de la délivrance d’un congé frauduleux. Ces montants montrent que les juges indemnisent à la fois la déloyauté contractuelle et le préjudice concret de l’expulsion : frais de déménagement, différence de loyer entre l’ancien et le nouveau logement, troubles de jouissance et préjudice moral. Rassemblez donc dès maintenant vos factures de déménagement, votre nouveau bail avec son loyer, et tout justificatif de surcoût.

Troisième indice, la chronologie et les contradictions du bailleur. Un bailleur qui délivre un congé pour reprise au profit de sa fille puis, quelques mois plus tard, met le bien en vente par une agence, ou qui délivre un congé pour vente puis refuse toute visite d’acquéreur potentiel, se contredit lui-même. Écrivez-lui en lettre recommandée avec accusé de réception pour lui demander des précisions : identité complète du bénéficiaire, date prévue d’emménagement, justification du prix de vente. Son silence ou ses réponses évasives nourriront votre dossier. Si un notaire est intervenu pour une prétendue vente, demandez par écrit si un compromis a été signé et à quel prix. Si le bénéficiaire de la reprise existe réellement, vérifiez son adresse actuelle et sa situation : un bénéficiaire déjà propriétaire occupant d’un logement adapté à ses besoins affaiblit considérablement le caractère sérieux de la reprise. Chaque pièce doit être datée et conservée en original : le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire, à Paris comme dans les tribunaux d’Île-de-France, statue sur pièces, et un dossier chronologique clair vaut mieux qu’un long discours. Lorsque le bailleur a fabriqué de faux documents pour appuyer son congé, fausse attestation d’hébergement du bénéficiaire ou faux mandat de vente, l’affaire bascule vers l’escroquerie visée par l’article 313-1 du code pénal, qui définit l’escroquerie comme le fait de tromper une personne par l’usage d’un faux nom, d’une fausse qualité ou de manoeuvres frauduleuses pour la déterminer à remettre des fonds ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge. Quitter son logement sur la foi d’un congé mensonger, c’est consentir un tel acte sous l’effet d’une tromperie, et le texte encourt cinq ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende. Dans ce cas, déposez plainte et constituez-vous partie civile en parallèle de l’action civile en nullité, sans attendre l’issue de l’une pour engager l’autre.

II. Congé frauduleux : faire annuler le congé, rester dans les lieux et chiffrer vos indemnisations

A. Contester à temps : mise en demeure, conciliation et action en nullité devant le juge

Le temps joue contre le locataire qui subit un congé : une fois parti, il est plus difficile, même avec un congé annulé, de réintégrer les lieux si un nouveau locataire s’y est installé de bonne foi. La première étape consiste donc à contester par écrit avant l’échéance. Adressez au bailleur une lettre recommandée avec accusé de réception qui détaille chaque irrégularité : absence de motif précis, bénéficiaire de reprise non désigné ou hors de la liste légale, préavis insuffisant, absence de notice d’information, prix de vente manifestement excessif, et demandez le retrait du congé. Cette lettre interrompt toute interprétation de silence comme acceptation et fixe la date à laquelle le bailleur a connu vos griefs. Parallèlement, saisissez la commission départementale de conciliation de votre département : à Paris, la conciliation se déroule devant la commission parisienne, et en Île-de-France chaque département dispose de la sienne. La saisine est gratuite, elle suspend les délais de prescription pendant sa durée, et un procès-verbal de non-conciliation ou d’échec renforce votre position en montrant au juge que vous avez cherché une solution amiable. Joignez-y votre dossier chronologique : bail, congé, échanges de courriers, estimations de prix, constats et attestations.

Si la conciliation échoue ou si le bailleur refuse tout dialogue, portez l’affaire devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu de situation de l’immeuble : pour un logement parisien, le tribunal judiciaire de Paris, et pour un logement francilien, le tribunal du département concerné. Demandez au juge de déclarer le congé nul et de nul effet et, à titre subsidiaire, de le déclarer non valide faute d’éléments sérieux et légitimes. Vous pouvez agir avant même d’avoir quitté les lieux : le juge saisi de la contestation vérifie la réalité du motif, même d’office, et votre maintien dans les lieux pendant l’instance vous évite l’expulsion sur la base d’un congé vicié. Si vous avez déjà quitté le logement sous la pression du congé, l’action reste ouverte : demandez la nullité du congé et la réparation de l’ensemble des préjudices subis du fait de la délivrance frauduleuse. Sur le terrain du consentement, le dol vicie votre départ : « L’erreur, le dol et la violence vicient le consentement lorsqu’ils sont de telle nature que, sans eux, l’une des parties n’aurait pas contracté ou aurait contracté à des conditions substantiellement différentes. » Votre départ, provoqué par un motif inventé, procède d’un consentement vicié, et la sanction suit (article 1178 du code civil) : « Un contrat qui ne remplit pas les conditions requises pour sa validité est nul. » Le congé annulé est alors censé n’avoir jamais existé, car « Le contrat annulé est censé n’avoir jamais existé. » En pratique, cela signifie que le bail se poursuit comme si le congé n’avait jamais été délivré, avec rappel des loyers et charges indûment versés ailleurs et restitution des sommes dans les conditions prévues aux articles 1352 à 1352-9 du code civil.

Surveillez les délais pour agir. Les actions personnelles se prescrivent par cinq ans : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer. » Le point de départ court donc du jour où vous avez découvert la fraude, par exemple la relocation du bien ou l’identité réelle de l’occupant, et non du jour du congé. Mais n’attendez pas ce délai : plus vous agissez tôt, plus la réintégration reste possible et plus les preuves sont fraîches. Un point de stratégie mérite une attention particulière si une première action en nullité a déjà été rejetée. La Cour de cassation a jugé, dans un litige portant précisément sur un congé pour vente contesté comme frauduleux, que « l’action tendant à obtenir la nullité du congé et l’indemnisation des troubles de jouissance subis durant l’occupation du logement n’avait pas le même objet que l’action en réparation des préjudices subis du fait de la délivrance frauduleuse du congé pour vendre » (Cour de cassation, deuxième chambre civile, 19 mai 2022, pourvoi n° 20-23.529). Autrement dit, le rejet d’une première demande en nullité ne vous interdit pas d’engager une seconde action en dommages-intérêts fondée sur la fraude elle-même, car l’objet des deux demandes diffère. Ce principe découle directement de la définition légale de l’autorité de la chose jugée : « L’autorité de la chose jugée n’a lieu qu’à l’égard de ce qui a fait l’objet du jugement. » Et l’article 480 du code de procédure civile confirme que seul ce qui a été tranché dans le dispositif fait obstacle à une nouvelle demande : « Le jugement qui tranche dans son dispositif tout ou partie du principal, ou celui qui statue sur une exception de procédure, une fin de non-recevoir ou tout autre incident a, dès son prononcé, l’autorité de la chose jugée relativement à la contestation qu’il tranche. » Si votre première procédure visait la nullité pour prix excessif et que vous découvrez ensuite la relocation du bien, vous pouvez donc agir à nouveau sur le fondement de la fraude sans vous heurter à l’autorité du premier jugement. Les locataires de plus de 65 ans aux ressources modestes disposent en outre d’une protection spécifique contre le congé, avec obligation d’offre de relogement, décrite dans notre article consacré au congé délivré au locataire âgé : cumulez ce moyen avec celui de la fraude lorsque votre situation le permet.

B. Les sanctions du congé frauduleux : nullité, dommages-intérêts et amende pénale

Lorsque la fraude est établie, les sanctions se cumulent sur trois plans. Sur le plan civil d’abord, le congé est déclaré nul et de nul effet, ce qui efface rétroactivement l’obligation de quitter les lieux. Si vous êtes resté dans le logement, le bail continue et le bailleur ne peut pas exiger votre départ sur ce fondement. Si vous êtes parti, vous obtenez la réparation intégrale de votre préjudice sur le fondement du droit commun de la responsabilité (article 1240 du code civil) : « Tout fait quelconque de l’homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Chiffrez poste par poste : frais de déménagement aller et, le cas échéant, retour, différentiel de loyer entre l’ancien logement et le logement de remplacement sur une durée raisonnable, frais d’agence et de dossier du nouveau bail, troubles de jouissance pendant la période d’incertitude, préjudice moral lié à une expulsion injustifiée, frais de garde-meuble et de scolarisation perturbée des enfants. L’arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 9 janvier 2025 fournit une échelle concrète : 3 000 euros pour la déloyauté contractuelle et 8 000 euros pour l’atteinte au droit de jouir paisiblement du bien et l’expulsion consécutive au congé frauduleux. À Paris et en Île-de-France, où les écarts de loyer entre un bail ancien et une relocation au prix du marché atteignent couramment plusieurs centaines d’euros par mois, le différentiel de loyer à lui seul justifie souvent une demande supérieure : un surcoût de 400 euros mensuels sur trois ans représente 14 400 euros, factures et quittances à l’appui.

Sur le plan pénal ensuite, le bailleur risque une sanction pécuniaire directe. La loi punit le bailleur qui délivre un congé frauduleusement justifié par une prétendue reprise ou vente d’une amende pénale plafonnée à 6 000 euros pour une personne physique et à 30 000 euros pour une personne morale. Le texte ajoute deux précisions décisives pour vous : le montant de l’amende est proportionné à la gravité des faits constatés, et le locataire est recevable à se constituer partie civile pour demander réparation de son préjudice. Vous pouvez donc signaler les faits au procureur de la République du lieu de l’immeuble et vous constituer partie civile pour obtenir réparation dans le cadre même de la procédure pénale. Lorsque le bailleur a produit des pièces falsifiées, fausse attestation du bénéficiaire de la reprise, faux mandat de vente ou faux compromis, l’escroquerie de l’article 313-1 du code pénal entre en jeu avec ses cinq ans d’emprisonnement et ses 375 000 euros d’amende encourus, et votre plainte doit viser ces deux qualifications. Conservez les originaux des documents suspects : leur expertise peut établir le faux et transformer une contestation civile incertaine en une procédure pénale redoutable pour le bailleur. Si votre litige a commencé par une fausse annonce ou un faux bail avant même la signature, comme il en circule beaucoup à chaque rentrée étudiante, les réflexes de vérification et de signalement sont décrits dans notre article sur les arnaques au logement étudiant, complémentaire du présent dossier sur le congé frauduleux.

Sur le plan pratique enfin, anticipez la défense du bailleur. Il soutiendra que la vente a simplement échoué, que le bénéficiaire de la reprise a changé d’avis, ou que la relocation était imprévue. Ces explications ne suffisent pas lorsque les faits parlent d’eux-mêmes : une vente affichée à un prix sans rapport avec le marché puis abandonnée sans baisse de prix, une reprise au profit d’un proche qui n’a jamais emménagé, une relocation immédiate à un loyer majoré. Demandez au juge d’ordonner la production des pièces que vous ne pouvez pas obtenir seul : mandat de vente confié à l’agence, historique des annonces, nouveau bail conclu après votre départ, justificatifs de domicile du bénéficiaire de la reprise. Le juge peut vérifier la réalité du motif même d’office, et le faisceau d’indices concordants emporte la conviction : prix excessif, absence de diligences réelles de vente, contradiction entre le motif annoncé et l’usage effectif du bien, précipitation à relouer. À Paris, où la tension locative rend chaque libération suspecte, les juges connaissent ces montages et sanctionnent avec constance les congés de complaisance. Si le bailleur propose en cours d’instance de vous verser une indemnité transactionnelle contre votre désistement, ne signez rien avant d’avoir chiffré l’intégralité de vos postes de préjudice et comparé l’offre avec l’échelle des condamnations observées : une transaction acceptée éteint définitivement vos droits, alors qu’un jugement de nullité assorti de dommages-intérêts restaure votre bail et votre préjudice.

Conclusion

Un congé pour vente ou pour reprise n’est jamais une décision sans recours : la loi exige un motif réel et sérieux, des mentions précises à peine de nullité, une notification régulière et un préavis de six mois, et elle donne au juge le pouvoir de vérifier la réalité du motif même sans que vous l’ayez expressément demandé. Face à un prix de vente manifestement excessif, à un bénéficiaire de reprise introuvable ou à une relocation immédiate après votre départ, rassemblez les preuves sans tarder, contestez par écrit avant l’échéance, tentez la conciliation puis saisissez le juge des contentieux de la protection pour faire déclarer le congé nul et obtenir la réparation de chaque poste de préjudice. La fraude du bailleur expose celui-ci à des dommages-intérêts qui dépassent couramment dix mille euros à Paris et en Île-de-France, à une amende pénale de 6 000 euros pour une personne physique et de 30 000 euros pour une personne morale, avec votre constitution de partie civile recevable, et à des poursuites pour escroquerie lorsque de faux documents ont servi la manoeuvre. Même après l’échec d’une première action en nullité, une action en réparation fondée sur la fraude reste ouverte dès lors que son objet diffère. Le congé frauduleux est un pari du bailleur sur votre résignation : un dossier daté, chiffré et adossé aux textes transforme ce pari en condamnation.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».