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Commandement de payer reçu pour loyers impayés : contester la clause résolutoire, obtenir des délais et éviter l’expulsion

Vous venez de recevoir un commandement de payer pour des loyers impayés et l’acte vise la clause résolutoire de votre bail. Ce papier du commissaire de justice fait courir un délai de six semaines qui peut aboutir à la résiliation de plein droit de votre bail, puis à votre expulsion. Pourtant, tout n’est pas joué : le 28 août 2026, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire d’Annecy a constaté la résiliation d’un bail pour loyers impayés tout en suspendant l’effet de la clause résolutoire et en accordant au locataire vingt-huit mensualités de 200 euros plus une vingt-neuvième de solde pour apurer une dette de 5 739,82 euros. À l’inverse, le 5 février 2026, la cour d’appel de Paris a refusé toute suspension et tout délai à des locataires dont la dette visée au commandement du 22 juin 2023 n’avait pas été réglée dans le délai de deux mois alors applicable. Ces deux décisions récentes montrent que l’issue se joue dans les semaines qui suivent la réception du commandement : vérifier sa régularité, payer ou contester dans le délai, préparer l’audience et demander des délais au juge. Ce guide explique chaque étape, les textes applicables et les réflexes qui protègent votre logement.

I. Le commandement de payer visant la clause résolutoire : le délai de six semaines qui décide de tout

A. Que contient le commandement et comment réagir avant l’expiration des six semaines

La clause résolutoire est la clause du bail qui prévoit sa résiliation automatique en cas d’impayé. L’article 1225 du Code civil la définit ainsi : « La clause résolutoire précise les engagements dont l’inexécution entraînera la résolution du contrat ». Le même texte ajoute une condition souvent oubliée : « La mise en demeure ne produit effet que si elle mentionne expressément la clause résolutoire ». Concrètement, un commandement de payer qui réclame des loyers sans viser expressément la clause ne peut pas faire jouer la résiliation automatique. C’est le premier point à vérifier sur l’acte que vous avez reçu, avec l’aide de ce premier réflexe : relisez le commandement ligne par ligne et entourez la mention de la clause, le décompte des sommes et la date de signification.

Ensuite, le régime du bail d’habitation est un régime légal spécial, plus protecteur que le droit commun. Le droit commun permet au créancier de « à ses risques et périls, résoudre le contrat par voie de notification », tout en rappelant que « Le débiteur peut à tout moment saisir le juge pour contester la résolution ». Pour votre logement, le bailleur ne peut pas se contenter d’une simple notification : depuis la réforme applicable depuis le 29 juillet 2023, la procédure est strictement encadrée. L’arrêt de la cour d’appel de Paris du 5 février 2026 reproduit le texte en vigueur : « I. – Tout contrat de bail d’habitation contient une clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ou pour non-versement du dépôt de garantie. Cette clause ne produit effet que six semaines après un commandement de payer demeuré infructueux ». Retenez le point essentiel : le délai n’est plus de deux mois mais de six semaines après le commandement resté sans paiement. Le même texte impose au commandement, sous peine de nullité, six mentions obligatoires : « Le commandement de payer contient, à peine de nullité : » « 1° La mention que le locataire dispose d’un délai de six semaines pour payer sa dette ; » « 2° Le montant mensuel du loyer et des charges ; » « 3° Le décompte de la dette ; » « 4° L’avertissement qu’à défaut de paiement ou d’avoir sollicité des délais de paiement, le locataire s’expose à une procédure judiciaire de résiliation de son bail et d’expulsion ; » « 5° La mention de la possibilité pour le locataire de saisir le fonds de solidarité pour le logement de son département, dont l’adresse est précisée, aux fins de solliciter une aide financière ; » « 6° La mention de la possibilité pour le locataire de saisir, à tout moment, la juridiction compétente aux fins de demander un délai de grâce sur le fondement de l’article 1343-5 du code civil ». Un commandement qui oublie l’une de ces mentions est nul : vérifiez-les une par une. Dans cette affaire, le bail signé le 16 septembre 2020 contenait une clause résolutoire, le bailleur avait fait délivrer un commandement le 2 décembre 2025 pour 3 672,10 euros en principal, resté sans règlement selon les pièces du dossier. Le juge en a déduit que « CONSTATE que les conditions d’acquisition de la clause résolutoire figurant au bail conclu le 16 septembre 2020 entre M. [I] [D] d’une part, et M. [B] [R] d’autre part, portant sur un appartement situé [Adresse 2] à [Localité 4], sont réunies à la date du 3 février 2026 », avec résiliation du bail à cette date. Ce jugement raisonne sur la version du texte qu’il déclare applicable au litige ; pour un commandement délivré aujourd’hui, le délai à retenir est celui de six semaines de la version en vigueur depuis le 29 juillet 2023, reproduite par la cour d’appel de Paris.

Que faire pendant ces six semaines ? Trois voies existent et elles peuvent se combiner. D’abord, payer l’intégralité des sommes visées par le commandement dans le délai : la clause ne joue plus et le bail continue. Ensuite, si le décompte est inexact, contester par écrit en recommandé et conserver les preuves de chaque paiement. Le même jugement rappelle que « le locataire est obligé de payer le loyer et les charges récupérables aux termes convenus », mais le bailleur ne peut pas gonfler l’addition : « est réputée non écrite toute clause qui fait supporter au locataire des frais de relance ou d’expédition de la quittance ainsi que les frais de procédure en plus des sommes versées au titre des dépens et de l’article 700 du code de procédure civile ». Rayez donc du décompte les frais de relance, les pénalités inventées et les sommes déjà payées. Enfin, si vous ne pouvez pas tout payer, ne restez pas silencieux : prenez contact avec le bailleur ou son huissier pour proposer un échéancier écrit, saisissez les services sociaux de votre département et les dispositifs d’aide au logement, et préparez dès maintenant votre dossier pour l’audience.

Parallèlement, la procédure de prévention des expulsions se met en marche sans vous. Lorsque le locataire reste en impayé depuis deux mois sans interruption, ou lorsque sa dette équivaut à deux fois le loyer mensuel hors charges, et que le bailleur est une personne physique ou une société civile familiale, le commissaire de justice signale le commandement à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives. Le jugement d’Annecy vise ce mécanisme : « les commandements de payer, délivrés pour le compte d’un bailleur personne physique ou société civile constituée exclusivement entre parents et alliés jusqu’au quatrième degré inclus, sont signalés par le commissaire de justice à la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives ». Dans cette affaire, le bailleur justifiait avoir saisi la commission le 8 décembre 2025. Ce signalement alimente la prévention des expulsions : répondez aux sollicitations de la commission, transmettez vos justificatifs de situation et conservez la preuve de vos démarches, car le juge tient compte de votre attitude dans la suite de la procédure.

B. L’assignation devant le juge : les nullités et les fins de non-recevoir qui peuvent tout arrêter

Si la dette n’est pas soldée dans les six semaines, le bailleur vous assigne devant le juge des contentieux de la protection pour faire constater la résiliation, obtenir votre expulsion et vous faire condamner au paiement. Cette assignation obéit à une formalité lourde : elle doit être notifiée au représentant de l’État dans le département au moins six semaines avant l’audience, par voie électronique, pour saisir l’organisme compétent en matière de logement des personnes défavorisées. Le tribunal d’Annecy l’énonce sans détour : « qu’à peine d’irrecevabilité de la demande, l’assignation aux fins de constat de la résiliation est notifiée à la diligence d’un commissaire de justice au représentant de l’Etat dans le département au moins six semaines avant l’audience ». Dans l’affaire jugée le 28 août 2026, l’assignation avait été notifiée au préfet le 24 mars 2026 pour une audience du 17 juin 2026, dans le respect du délai, et la demande a été déclarée recevable. Vérifiez donc la date de notification au préfet sur vos pièces : un délai de six semaines non respecté fait échec à toute la procédure du bailleur.

Devant le juge, chaque irrégularité compte. Des mentions obligatoires absentes du commandement, un décompte erroné ou des paiements non imputés alors que le juge vérifie lui-même chaque élément de la dette, une assignation notifiée tardivement au préfet : autant de moyens qui, soulevés à temps avec pièces à l’appui, peuvent faire rejeter ou retarder la demande d’expulsion. Faites établir par le juge un calendrier de mise en état si le dossier est complexe, demandez la communication du décompte actualisé et de l’historique des paiements, et produisez vos justificatifs : avis d’échéances, relevés bancaires, attestations d’aides au logement, échanges avec le bailleur. Ne laissez pas le bailleur mélanger les actes et les délais : comparez les dates, les montants et les mentions de chaque acte d’huissier, et soumettez-les au juge.

Attention enfin à ne pas confondre le commandement de payer avec le commandement de quitter les lieux, qui intervient après le jugement d’expulsion. Le commandement de quitter obéit à ses propres mentions obligatoires : « le commandement d’avoir à libérer les locaux contient, à peine de nullité ». Lorsque l’expulsion porte sur un lieu habité, un commandement de quitter qui oublie la reproduction des articles L. 412-1 à L. 412-6 est nul. Cette exigence ne s’applique pas au commandement de payer lui-même, mais elle montre l’état d’esprit des textes : à chaque stade, l’occupant doit être informé de ses droits et des délais dont il dispose. Conservez tous les actes d’huissier, comparez leurs dates et leurs mentions, et soumettez-les au juge : la bataille de l’expulsion se gagne souvent sur la régularité des actes.

II. Obtenir des délais, suspendre la clause résolutoire et éviter l’expulsion

A. Les délais de paiement du juge et la suspension de la clause : ce que les décisions de 2026 accordent ou refusent

Même quand la clause résolutoire est acquise, le juge peut vous accorder des délais de paiement et suspendre ses effets. Pour le bail d’habitation, c’est un régime légal spécial qui s’applique, par dérogation au droit commun. L’article 24 V dispose : « V. – Le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d’office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu’il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l’article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative ». Retenez les conditions cumulatives : être en situation de régler la dette et avoir repris le versement intégral du loyer courant avant l’audience. La suspension obéit à l’article 24 VII : « Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais accordés par le juge dans les conditions prévues aux V et VI du présent article ». Et « Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet ». La cour d’appel de Paris rappelle aussi le droit commun de l’article 1343-5 du Code civil dans son arrêt du 5 février 2026 : « Le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues ». Le texte précise que « La décision du juge suspend les procédures d’exécution qui auraient été engagées par le créancier » et que « Les majorations d’intérêts ou les pénalités prévues en cas de retard ne sont pas encourues pendant le délai fixé par le juge ». Demander des délais n’est donc pas une simple faveur : le régime spécial permet au juge de les accorder, même d’office, au locataire en situation de régler sa dette qui a repris le versement intégral du loyer courant avant l’audience, dans la limite de trois années.

Le jugement d’Annecy du 28 août 2026 est l’illustration la plus récente d’un échéancier réussi. Le locataire, condamné à 5 739,82 euros de loyers et charges arrêtés au 9 juin 2026, bénéficie d’un jugement qui « AUTORISE M. [B] [R] à s’acquitter de cette somme, moyennant le paiement de 28 échéances de 200 euros chacune et une 29e échéance représentant le solde en principal, intérêts et frais, échéances payables en supplément du loyer mensuel courant et en même temps que celui-ci, à compter du mois suivant la signification de la présente décision ». Surtout, le juge « SUSPEND l’effet de la clause résolutoire pendant l’exécution des délais accordés » et « DIT que si les délais accordés sont entièrement respectés, la clause résolutoire sera réputée n’avoir jamais été acquise ». Autrement dit, un locataire qui respecte son échéancier efface rétroactivement la résiliation et conserve son bail. La contrepartie est sévère et doit être connue : « DIT qu’à défaut de paiement d’une seule mensualité à son terme, la clause résolutoire reprendra de plein droit son plein effet », « l’expulsion de M. [B] [R] pourra être poursuivie dans les formes légales » et « l’intégralité de la somme restant due sur les loyers impayés deviendra immédiatement exigible, sans mise en demeure préalable ». Un seul incident de paiement fait tout basculer, avec en plus une indemnité mensuelle d’occupation égale au loyer et aux charges jusqu’à la libération des lieux.

À l’inverse, l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 5 février 2026 montre quand le juge refuse tout délai. Dans cette affaire, un bail d’habitation conclu le 27 août 2013 avec un bailleur social, un commandement du 22 juin 2023 visant à la fois le défaut d’assurance et les loyers impayés du logement et du parking, et une dette jamais réglée. La cour « Constate l’acquisition de plein droit de la clause résolutoire du bail conclu entre les parties le 27 août 2013 entre la société Kremlin-Bicêtre Habitat, d’une part, M. et Mme [D], d’autre part, concernant les locaux à usage d’habitation situés au [Adresse 3] à [Localité 9] et ses accessoires », « à compter du 23 août 2023, la dette locative visée dans le commandement de payer du 22 juin 2023 n’ayant pas été réglée dans le délai de deux mois », délai alors applicable car le commandement datait du 22 juin 2023, puis « Rejette la demande de M. et Mme [D] tendant à la suspension de la clause résolutoire et à l’octroi de délais de paiement » ainsi que la demande de délais pour quitter les lieux, tout en condamnant les locataires à une provision de 10 275,47 euros et à 500 euros au titre de l’article 700 du Code de procédure civile. La leçon est claire : le juge accorde des délais au locataire qui démontre sa capacité à régler la dette tout en payant le loyer courant, comme à Annecy où le décompte montrait la reprise du paiement du loyer courant et où le locataire affirmait avoir retrouvé un emploi et une situation financière stable. À Paris, la cour a au contraire relevé que « Aucune de ces pièces n’est de nature à justifier de la situation financière postérieurement à mars 2025 », que « Les éléments communiqués ne permettent pas de retenir comme suffisamment justifiée la situation financière personnelle des époux [D], ni leur capacité d’apurer la dette locative tout en réglant les loyers courants » et que « n’apparaît pas remplie la condition que les locataires aient repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l’audience ». Pour mettre toutes les chances de votre côté, reprenez le versement intégral du loyer courant dès avant l’audience, produisez des justificatifs récents couvrant la période jusqu’à l’audience pour chaque membre du foyer, et présentez un tableau précis : revenus, charges, aides au logement perçues ou demandées, mensualité proposée.

Votre commandement peut aussi viser le défaut d’assurance habitation en plus des loyers. Dans l’affaire parisienne, le bailleur demandait de constater la clause pour ce grief et pour les loyers du logement et du parking, tandis que les locataires soutenaient justifier d’une assurance ; la cour a finalement écarté le grief de l’assurance et retenu l’acquisition de la clause au 23 août 2023 pour les loyers impayés. Si votre commandement vise aussi l’assurance, produisez immédiatement une attestation d’assurance habitation en cours de validité et vérifiez séparément chaque grief du commandement, car assurance et loyers appellent des preuves différentes.

B. Après le jugement : commandement de quitter, délais pour partir et réalités parisiennes

Quand le jugement constate la résiliation et ordonne l’expulsion, il reste des protections. D’abord, l’expulsion ne peut pas avoir lieu immédiatement : « Si l’expulsion porte sur un lieu habité par la personne expulsée ou par tout occupant de son chef, elle ne peut avoir lieu qu’à l’expiration d’un délai de deux mois qui suit le commandement », « sans préjudice des dispositions des articles L. 412-3 à L. 412-7 ». Ce délai de deux mois après le commandement de quitter les lieux s’ajoute au délai de six semaines après le commandement de payer : les deux se succèdent dans le temps et vous laissent un répit pour vous retourner ou organiser votre relogement.

Ensuite, le juge peut accorder des délais pour quitter les lieux quand le relogement ne peut pas avoir lieu dans des conditions normales : « Le juge peut accorder des délais renouvelables aux occupants de lieux habités ou de locaux à usage professionnel, dont l’expulsion a été ordonnée judiciairement, chaque fois que le relogement des intéressés ne peut avoir lieu dans des conditions normales », et « Le juge qui ordonne l’expulsion peut accorder les mêmes délais, dans les mêmes conditions ». Ces délais obéissent à un cadre strict : « La durée des délais prévus à l’article L. 412-3 ne peut, en aucun cas, être inférieure à un mois ni supérieure à un an ». Pour les fixer, le juge tient compte, selon les termes mêmes de la loi, « il est tenu compte de la bonne ou mauvaise volonté manifestée par l’occupant dans l’exécution de ses obligations, des situations respectives du propriétaire et de l’occupant, notamment en ce qui concerne l’âge, l’état de santé, la qualité de sinistré par faits de guerre, la situation de famille ou de fortune de chacun d’eux, les circonstances atmosphériques, ainsi que des diligences que l’occupant justifie avoir faites en vue de son relogement », et « du droit à un logement décent et indépendant ». Conservez chaque preuve de vos recherches de relogement : demandes de logement social, dossiers de candidature, attestations d’hébergement impossible, certificats médicaux. Un occupant qui démontre des démarches réelles obtient des délais ; celui qui ne justifie d’aucune diligence les perd, comme les locataires parisiens dont la demande de délais pour quitter les lieux a été rejetée le 5 février 2026.

À Paris et en Île-de-France, ces règles prennent un relief particulier. Les assignations en constat de résiliation relèvent du juge des contentieux de la protection, y compris à Paris : utilisez le temps avant l’audience pour apurer la dette ou constituer votre dossier, sans jamais manquer une convocation. Préparez un dossier classé : le bail, le commandement et tous les actes de commissaire de justice, le décompte contesté ligne par ligne, les preuves de paiement, l’attestation d’assurance, les justificatifs récents de revenus et de charges de chaque membre du foyer, les demandes d’aide au logement et les preuves de recherche de relogement. La condition posée par le régime spécial est la même à Paris qu’ailleurs : avoir repris le versement intégral du loyer courant avant l’audience et démontrer votre capacité à apurer la dette. Un dossier complet présenté dès la première audience montre au juge la situation qui fonde les délais et la suspension de la clause.

Enfin, si l’expulsion est malgré tout exécutée, vos meubles sont protégés par un régime précis. L’article L. 433-1 du Code des procédures civiles d’exécution dispose : « Les meubles se trouvant sur les lieux sont remis, aux frais de la personne expulsée, en un lieu que celle-ci désigne. A défaut, ils sont laissés sur place ou entreposés en un autre lieu approprié et décrits avec précision par l’huissier de justice chargé de l’exécution avec sommation à la personne expulsée d’avoir à les retirer dans un délai fixé par voie réglementaire ». Le jugement d’Annecy renvoie d’ailleurs à ce régime en précisant que « le sort des biens mobiliers trouvés dans les lieux sera régi par les dispositions prévues par les articles L.433-1 et suivants et les articles R.433-1 à R.433-6 du code des procédures civiles d’exécution ». Désignez par écrit un lieu de dépôt pour vos meubles avant la date d’expulsion et assistez aux opérations avec un témoin : vos biens ne peuvent pas être jetés ni confisqués.

Conclusion

Recevoir un commandement de payer visant la clause résolutoire n’est pas une expulsion, mais le compte à rebours a commencé. Retenez quatre réflexes dans l’ordre. Premièrement, vérifiez l’acte : les six mentions obligatoires y figurent-elles sous peine de nullité, le décompte est-il exact, les frais illégaux en sont-ils exclus, la date de signification est-elle certaine. Deuxièmement, agissez dans les six semaines : payez tout si vous le pouvez, contestez par écrit ce qui est inexact, proposez un échéancier et saisissez les aides au logement. Troisièmement, préparez l’audience devant le juge des contentieux de la protection : notification au préfet, nullités éventuelles, dossier avec reprise intégrale du loyer courant et mensualité réaliste. Quatrièmement, demandez au juge des délais de paiement dans la limite de trois ans prévue par le régime spécial du bail d’habitation et la suspension de la clause résolutoire, en sachant qu’un échéancier respecté efface la résiliation tandis qu’un seul impayé la fait revivre de plein droit. Les décisions d’Annecy du 28 août 2026 et de Paris du 5 février 2026 le prouvent : le juge aide le locataire qui paie et qui prouve, pas celui qui attend. Agissez dès la réception du commandement, car chaque semaine compte pour garder votre logement.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».