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Taxe sur la vacance des locaux d’habitation en 2027 : travaux lourds, logement inhabitable et recours

À partir du 1er janvier 2027, la taxe sur la vacance des locaux d’habitation remplacera les mécanismes actuels de taxe sur les logements vacants et de taxe d’habitation sur les logements vacants. La publication, le 29 août 2026, du décret n° 2026-831 du 25 août 2026 rend le sujet très concret pour les propriétaires d’un appartement ou d’une maison resté vide pendant des travaux. La question n’est pas seulement de savoir si le bien est inoccupé : elle consiste à déterminer s’il pouvait réellement être loué ou vendu dans des conditions normales au 1er janvier de l’année d’imposition.

Un logement sans occupant n’est donc pas automatiquement taxable, mais un simple projet de rénovation ne suffit pas non plus à écarter l’impôt. Le propriétaire doit démontrer que les travaux étaient nécessaires pour rendre le logement habitable, qu’ils représentaient un obstacle sérieux et que la vacance ne résultait pas d’un choix personnel de conservation du bien. Les devis, photographies datées, rapports techniques, décisions de copropriété, autorisations administratives, factures et éléments financiers prennent alors une importance centrale.

Le présent article explique le nouveau calendrier, les taux, le calcul et la liste des communes concernées, puis détaille la méthode de contestation d’un avis fondé sur une vacance liée à des travaux lourds. Les solutions retenues par les juridictions administratives montrent ce qui peut convaincre l’administration ou le juge, mais aussi les erreurs qui conduisent au maintien de la taxe. À Paris et en Île-de-France, l’anticipation est d’autant plus nécessaire que les taux locaux peuvent être majorés.

I. Qui doit payer la taxe sur la vacance des locaux d’habitation en 2027 ?

A. Dans quelle commune et après combien de temps un logement vacant est-il taxé ?

La réforme prend effet pour les impositions établies au titre de 2027. L’article 108 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 organise cette bascule. Il prévoit que « Les I à V du présent article s’appliquent à compter des impositions établies au titre de l’année 2027 ». La même disposition précise que « Pour les impositions établies au titre de 2027, il est tenu compte de la durée de vacance de chaque logement avant le 1 er janvier 2027 ». La première taxe établie sous le nouveau régime ne repart donc pas nécessairement de zéro au 1er janvier 2027.

Pour un avis relatif à 2026, il faut encore identifier le régime applicable à cette année. L’ancienne rédaction de l’article 232 du Code général des impôts concernait la taxe annuelle sur les logements vacants dans certaines communes. Elle indiquait notamment que « La taxe est due pour chaque logement vacant depuis au moins une année », sous réserve des exclusions prévues par le texte. Dans les communes qui n’étaient pas soumises à ce régime, l’article 1407 bis du Code général des impôts permettait à la commune ou à l’établissement public de coopération intercommunale d’assujettir à la taxe d’habitation certains logements vacants depuis plus de deux ans. Ces deux références restent utiles pour comprendre un avis portant sur une année antérieure, même si leur disparition est programmée pour 2027.

Le nouveau texte est l’article 1406 bis du Code général des impôts. Son principe est formulé ainsi : « La taxe sur la vacance des locaux d’habitation est due pour les logements vacants au 1 er janvier de l’année d’imposition ». La durée minimale dépend de la commune. Elle est d’au moins une année lorsque le logement est situé dans une commune présentant un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements. Elle passe à deux années lorsque la commune ne remplit pas cette condition.

La référence à la commune est déterminante. Le décret n° 2026-831 du 25 août 2026 fixe le champ géographique du dispositif. Son article 1 dispose que la taxe « s’applique dans les communes dont la liste figure en annexe au présent décret ». Cette liste ne se déduit pas d’une impression générale sur la tension du marché : il faut vérifier l’adresse exacte et l’année d’imposition. Le texte intégral du décret n° 2026-831 sur Legifrance doit être consulté avec son annexe lorsqu’un logement se trouve à la limite d’une commune, dans une commune nouvelle ou dans un secteur francilien où les régimes voisins ne sont pas identiques.

Le décret a été publié au Journal officiel le 29 août 2026. Son article 3 précise : « Le présent décret entre en vigueur le lendemain de sa publication, à l’exception de son article 2, qui entre en vigueur au 1 er janvier 2027. » Cette règle explique pourquoi l’annexe est déjà disponible pour préparer 2027, alors que l’abrogation du décret antérieur relatif à l’ancienne taxe intervient à la date spécifique prévue par le texte. Une contestation doit toujours rattacher les arguments à l’année portée sur l’avis, à la date du 1er janvier retenue et au texte alors applicable.

Le délai d’un an ou de deux ans ne signifie pas que toute vacance atteignant cette durée entraîne automatiquement la cotisation. Il s’agit du seuil temporel d’entrée dans le dispositif. Il faut ensuite que le bien soit un local d’habitation imposable, qu’il soit vacant au 1er janvier et qu’aucune exclusion légale ne soit applicable. La durée se compte à partir de la période de référence prévue par l’article 1406 bis. Pour 2027, l’historique antérieur à cette date est expressément pris en compte.

Le texte exclut notamment le logement occupé plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs pendant la période pertinente, ainsi que celui dont la vacance est indépendante de la volonté du contribuable. Les logements relevant de certaines personnes publiques ou de bailleurs sociaux bénéficient également des exclusions prévues par l’article 1406 bis. Une occupation ponctuelle de quelques week-ends ne doit pas être présentée comme une occupation continue. À l’inverse, un bail, un état des lieux d’entrée, des factures de consommation ou des justificatifs établissant une occupation de plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs peuvent modifier l’analyse.

La personne imposée n’est pas toujours le propriétaire au sens courant. L’article 1406 bis vise le propriétaire, l’usufruitier, le preneur à bail à construction ou à réhabilitation et l’emphytéote selon la situation juridique du bien. Une succession, un démembrement ou une opération de réhabilitation peut donc nécessiter de vérifier qui disposait du logement depuis le début de la période de vacance. Une vente signée après le 1er janvier ne suffit pas forcément à déplacer une imposition déjà établie. Le titre de propriété, l’acte de succession, la convention d’usufruit et les dates de remise des clés doivent être rapprochés de l’avis.

Enfin, la vacance liée à des travaux doit être distinguée d’une rénovation de confort. Un logement sans chauffage, sans installation électrique sûre, atteint par un sinistre, exposé à des infiltrations graves ou soumis à une reprise structurelle peut relever de l’exclusion si le propriétaire établit l’obstacle. Le remplacement d’une cuisine, la modernisation d’une salle de bains, une décoration ou une amélioration destinée à obtenir un meilleur loyer ne suffisent pas nécessairement. La question est celle de l’habitabilité et de la possibilité objective de louer ou de vendre dans des conditions normales pendant la période concernée.

B. Quel taux et quelle valeur locative faut-il appliquer ?

La taxe ne se calcule pas sur le prix de vente espéré ni sur le montant d’un devis. L’article 1406 bis renvoie à la valeur locative du logement. La base est donc fiscale et cadastrale. L’article 1409 du Code général des impôts indique que « La taxe d’habitation sur les résidences secondaires est calculée d’après la valeur locative des habitations et de leurs dépendances, telles que garages, jardins d’agrément, parcs et terrains de jeux ». Le montant figurant sur un avis doit être contrôlé à partir de cette base, et non en appliquant un pourcentage au prix affiché dans une annonce.

Dans les communes soumises au seuil d’un an, le taux de droit commun est de 17 % pour la première année d’imposition et de 34 % à partir de la deuxième. Le nouvel article 1406 bis autorise une majoration locale jusqu’à 30 % pour la première année et 60 % à partir de la deuxième année. Dans les communes relevant du seuil de deux ans, le taux peut être fixé dans la limite prévue par le texte, jusqu’à 50 %. La décision locale doit être vérifiée : la présence du bien dans une commune concernée ne prouve pas, à elle seule, qu’un taux majoré a été voté.

À titre d’illustration, une valeur locative annuelle de 6 000 euros conduirait à une cotisation théorique de 1 020 euros avec un taux de 17 %, ou de 2 040 euros avec un taux de 34 %. Ces chiffres ne constituent pas une simulation fiscale : la valeur locative, la durée de vacance, le taux local et les éventuelles taxes additionnelles doivent être repris sur l’avis. Ils montrent seulement pourquoi une erreur de qualification du logement peut produire une somme élevée, en particulier lorsque la vacance se prolonge.

La réforme ne crée pas une exonération générale pour les propriétaires qui ont entrepris des travaux. Elle reprend la logique selon laquelle la taxe ne doit pas frapper un logement qui ne peut pas être rendu habitable sans une opération importante dont la charge incombe nécessairement à son détenteur. Le propriétaire doit ainsi articuler trois éléments : l’état réel du logement, l’ampleur des travaux indispensables et l’absence de possibilité raisonnable de remettre le bien sur le marché dans son état existant.

Il n’existe pas de seuil légal automatique fixé à 25 % de la valeur du bien. Ce pourcentage a pu apparaître dans des commentaires administratifs ou des contentieux anciens, mais il ne dispense pas d’examiner la nature des travaux. Un devis élevé pour une rénovation volontaire peut être insuffisant, tandis qu’une opération moins coûteuse mais indispensable à la sécurité ou à l’habitabilité peut avoir une portée importante. Le montant est un indice parmi d’autres : la nécessité, la proportion, la durée, la possibilité d’occuper ou de louer et les démarches engagées sont également examinées.

La commune de Paris illustre l’enjeu du nouveau régime. Dans sa communication officielle du 18 juillet 2026, la Ville explique avoir adopté une surtaxe destinée à remettre des logements sur le marché et rappelle les cas dans lesquels la vacance peut être indépendante de la volonté du propriétaire, notamment les travaux lourds et certaines situations judiciaires ou successorales. La règle fiscale demeure cependant nationale : la réclamation est adressée au service des impôts, et non à la mairie, avec les pièces qui permettent d’établir la situation du bien.

Le taux parisien ne doit pas être transposé automatiquement à toute l’Île-de-France. Une commune peut figurer dans la liste du décret sans avoir adopté la même majoration qu’une autre. Un logement situé à Paris, Boulogne-Billancourt, Montreuil, Saint-Denis, Versailles ou ailleurs doit être examiné à partir de sa propre commune, de la délibération locale applicable et du contenu de l’avis. Cette vérification devient encore plus importante lorsque plusieurs logements d’un même propriétaire sont situés dans des communes différentes.

Pour comprendre la base de calcul, il faut également distinguer la taxe sur la vacance de la taxe d’habitation sur une résidence secondaire. Un bien réellement occupé de manière non principale peut relever d’un autre impôt. Un bien vide, mais déclaré à tort comme résidence secondaire, peut produire un avis qui ne correspond pas à la situation matérielle. La qualification doit être rectifiée sur l’espace fiscal et expliquée dans la réclamation, sans mélanger les arguments relatifs à l’occupation et ceux relatifs aux travaux.

II. Comment contester une taxe sur un logement vacant pour travaux lourds ?

A. Quelles preuves produire pour démontrer que le logement était inhabitable ?

La contestation doit permettre de reconstituer la situation du logement à la date du 1er janvier concerné. Un devis établi après la réception de l’avis peut être utile, mais il ne prouve pas à lui seul l’état antérieur du bien. Le dossier doit relier chaque pièce à une date, une adresse, une partie du logement et une conséquence concrète sur son habitabilité. Une note chronologique courte, placée en première page, aide l’administration à comprendre la démonstration avant de parcourir les annexes.

La première catégorie de preuves concerne l’état matériel. Il faut réunir, selon le cas :

  • des photographies datées et identifiables montrant les infiltrations, fissures, désordres électriques, dégâts des eaux, moisissures, absence de chauffage ou dégradation des réseaux ;
  • un rapport d’expert d’assurance, d’architecte, d’ingénieur, de diagnostiqueur ou d’entreprise décrivant les travaux indispensables ;
  • des devis détaillés, avec les postes, les quantités, les surfaces, les matériaux et la durée prévisible du chantier ;
  • les factures, acomptes, ordres de service et procès-verbaux de réception lorsque les travaux ont commencé ;
  • un arrêté de mise en sécurité, un rapport des services communaux ou tout document établissant un danger ou une interdiction d’occuper les lieux ;
  • les constats d’huissier ou de commissaire de justice lorsqu’une photographie seule ne permet pas de dater ou d’authentifier le désordre.

La seconde catégorie porte sur la nature réellement nécessaire des travaux. Il faut expliquer pourquoi chaque poste conditionne la location ou l’occupation normale. Une reprise de toiture peut être reliée à des infiltrations qui rendent plusieurs pièces inutilisables. Une réfection complète de l’électricité peut être reliée à un rapport de non-conformité et à un risque de sécurité. Une intervention sur les canalisations peut être reliée à l’absence d’eau ou à un dégât des eaux. À l’inverse, la réfection d’un parquet ancien ou le choix d’une cuisine plus moderne doit être présenté avec prudence : ces travaux peuvent augmenter la valeur du bien sans empêcher son occupation.

La troisième catégorie concerne la capacité juridique de faire les travaux. Un logement en copropriété peut dépendre d’une décision d’assemblée générale, d’une autorisation de la mairie, d’un accord de l’architecte des bâtiments de France, d’un permis ou d’une déclaration préalable. Il faut joindre les convocations, résolutions, refus, demandes de pièces, échanges avec le syndic, appels de fonds, devis d’entreprises et calendriers de chantier. Si l’immeuble est touché par un sinistre affectant les parties communes, le rapport de l’expert et les échanges avec l’assureur de la copropriété peuvent montrer pourquoi le propriétaire ne pouvait pas intervenir seul.

La quatrième catégorie concerne la réalité de l’obstacle financier ou administratif. Les juridictions ne retiennent pas systématiquement la seule présentation d’un devis. Lorsque le propriétaire affirme ne pas pouvoir financer les travaux, il doit produire les éléments qui rendent cette impossibilité crédible : revenus, résultat de la société propriétaire, refus de financement, charges déjà supportées, appels de fonds, dettes liées au sinistre ou succession. Cette preuve ne transforme pas toute difficulté de trésorerie en exonération, mais elle peut établir que la vacance était subie dans les circonstances particulières du dossier.

La jurisprudence administrative fournit des repères concrets. Dans l’arrêt CAA Nantes, 1re chambre, 24 décembre 2024, n° 24NT01840, la cour a examiné un appartement dont les travaux nécessaires représentaient entre 38 % et 44 % de la valeur vénale. Elle relève que « ce qui représente un montant de travaux entre 38 % et 44 % de la valeur vénale ». Cette proportion n’est pas une règle de calcul applicable à tous les biens, mais elle montre l’importance d’un chiffrage précis et d’une comparaison cohérente avec la valeur du logement.

Dans l’arrêt CAA Paris, 2e chambre, 13 juin 2023, n° 22PA03204, concernant trois appartements à Cachan, le propriétaire produisait notamment un coût de travaux de 11 874 euros et un déficit foncier de 48 207 euros. La cour a retenu que cet ensemble « démontre ainsi ne pas avoir été en mesure de financer de tels travaux ». La leçon pratique est double : il faut documenter le coût technique, mais aussi la situation qui empêchait réellement de le supporter au moment où le logement était vacant.

La solution peut être favorable lorsque le dossier décrit un logement inhabitable et l’importance du chantier. Dans l’arrêt CAA Paris, 2e chambre, 19 novembre 2025, n° 24PA03928, la SCI produisait notamment des photographies datées, une estimation de travaux de 154 082,51 euros et des éléments sur ses ressources. La cour conclut que « le montant des travaux était d’une importance telle que leur absence de réalisation, et la vacance qui en résultait, étaient indépendantes de sa volonté ». Il ne s’agit pas d’un droit automatique à l’exonération : la décision repose sur la cohérence de l’état du bien, du montant, de la situation financière et de la période taxée.

À l’inverse, l’arrêt CAA Paris, 7e chambre, 30 janvier 2025, n° 23PA03221, rappelle qu’un projet ancien de rénovation ne suffit pas sans explication de l’impossibilité d’agir. La cour reproche au requérant de ne pas avoir justifié sérieusement pourquoi il était dans l’impossibilité de « procéder par lui-même aux travaux de rénovation avant le 1er janvier 2021 ». Le propriétaire qui invoque des travaux doit donc traiter la période complète : quand le problème est-il apparu, quand a-t-il été constaté, quelles démarches ont été entreprises, quel événement les a empêchées et pourquoi le bien ne pouvait pas être remis sur le marché avant la date de référence ?

Le Conseil d’État rappelle lui aussi que le juge apprécie les pièces réellement disponibles. Dans la décision CE, 8e et 3e chambres réunies, 15 juillet 2025, n° 499230, les devis sont cités comme des éléments que le contribuable est parfois le seul à pouvoir produire, notamment « tels que des devis portant sur les travaux à réaliser pour rendre le bien habitable ». Une preuve technique postérieure peut donc éclairer le litige, mais elle doit être replacée dans une chronologie et corroborée par l’état du bien au 1er janvier.

Il est utile de séparer les pièces selon quatre colonnes : date, fait démontré, conséquence sur l’habitabilité et document joint. Ce classement évite les affirmations générales comme « le logement était trop dégradé ». Il faut dire quelle pièce était inutilisable, quelle installation était défaillante, quelle intervention était obligatoire et pourquoi l’occupant ne pouvait pas vivre ou louer normalement dans l’intervalle.

La déclaration d’occupation doit être cohérente avec cette démonstration. L’article 1418 du Code général des impôts dispose que « les propriétaires de locaux affectés à l’habitation sont tenus de déclarer à l’administration fiscale » les informations relatives à la nature de l’occupation et, en cas de vacance, son motif. La déclaration est normalement effectuée avant le 1er juillet, avec une dispense lorsqu’aucune information n’a changé depuis la précédente. Une erreur dans l’espace « Biens immobiliers » ne suffit pas à obtenir le dégrèvement, mais sa correction, accompagnée de la preuve de l’erreur, peut éviter que le dossier fiscal contredise les documents techniques.

Lorsqu’un logement a été occupé temporairement, il faut vérifier si la durée d’occupation continue atteint le seuil légal. Des factures d’électricité ou une présence occasionnelle peuvent simplement montrer des passages dans le bien. Elles ne doivent pas être présentées comme un bail ou une occupation permanente sans justificatif. Si la situation est celle d’une occupation par un proche, d’un hébergement ou d’une mise à disposition gratuite, il faut produire les éléments qui permettent de déterminer les dates et les conditions réelles.

Un dossier de travaux doit enfin expliquer ce qui a été fait après la période taxée. Le commencement d’un chantier en février ne prouve pas automatiquement que le logement était inhabitable en janvier. Il faut relier les travaux réalisés aux désordres déjà constatés : photographie antérieure, rapport, devis initial, demande d’autorisation, sinistre déclaré ou décision de copropriété. La facture finale n’est qu’un élément de la chaîne ; elle ne remplace pas la preuve de l’état initial.

B. Quel délai et quelle procédure suivre auprès des impôts puis du tribunal ?

La première étape consiste à lire l’avis ligne par ligne. Il faut relever l’année d’imposition, la référence de l’avis, l’adresse, la commune, la base locative, le taux, la période de vacance et le service chargé de la réclamation. Une erreur d’adresse, de propriétaire, de durée ou de catégorie doit être distinguée de l’argument tiré de l’inhabitabilité. Cette distinction permet de demander, selon le cas, une rectification de l’assiette, un dégrèvement total ou une correction de la déclaration d’occupation.

La page officielle impots.gouv.fr consacrée aux taxes sur les logements vacants indique que la contestation peut être adressée au service des impôts des particuliers par la messagerie sécurisée, avec les devis, le bail ou les justificatifs d’occupation et de vacance. Le message doit être suivi d’annexes lisibles : un fichier par catégorie, une chronologie, puis un bordereau numéroté. Si la taille des pièces dépasse la limite de la messagerie, il faut utiliser le canal proposé par le service et conserver la preuve de chaque transmission.

La réclamation doit contenir au minimum :

  1. l’identité du contribuable et les références exactes de l’avis ;
  2. l’adresse complète du logement et sa situation juridique ;
  3. l’année ou les années contestées et la demande de dégrèvement correspondante ;
  4. la description datée des désordres qui empêchaient une occupation normale ;
  5. la liste des travaux indispensables, leur coût, leur durée et les autorisations nécessaires ;
  6. les démarches effectuées auprès des entreprises, de l’assureur, du syndic, de la mairie ou du financeur ;
  7. la liste numérotée des pièces et, si nécessaire, une demande expresse de sursis de paiement.

Le délai de réclamation se vérifie avec l’année de mise en recouvrement et le type d’événement invoqué. L’article R.* 196-2 du Livre des procédures fiscales prévoit que, pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et taxes annexes doivent être présentées « au plus tard le 31 décembre de l’année suivant celle » de la mise en recouvrement du rôle, de la notification de l’avis ou de l’événement qui motive la réclamation. Pour un avis établi au titre de 2027, le délai de droit commun conduit souvent au 31 décembre 2028, mais la date portée sur l’avis et la situation concrète doivent être contrôlées. Une demande de correction de la déclaration ne remplace pas une réclamation contentieuse lorsqu’un avis a déjà été émis.

La réclamation ne suspend pas, par elle-même, l’exigibilité. Le contribuable qui ne peut ou ne souhaite pas payer la partie contestée doit demander expressément le sursis dans le même courrier, en précisant le montant ou la base du dégrèvement demandé. L’article L. 277 du Livre des procédures fiscales vise le contribuable « qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions mises à sa charge » et l’autorise, sous les conditions du texte, à différer le paiement de la partie contestée. Une demande imprécise ou l’absence de demande peut laisser la somme exigible malgré l’envoi de la contestation.

Le sursis n’est pas un refus général de payer. Il porte sur la partie effectivement contestée et peut nécessiter des garanties lorsque le montant dépasse le seuil réglementaire. Le propriétaire doit donc indiquer, par exemple, qu’il demande le sursis pour la totalité d’une cotisation qu’il conteste en raison de l’inhabitabilité, ou pour la fraction correspondant à une erreur de base. Il doit continuer à suivre les courriers du service. En cas de rejet, l’administration rappelle les sommes qui restent dues et les conséquences d’un retard. La page officielle des impôts précise également que la réclamation ne suspend pas automatiquement le paiement et qu’un retard peut entraîner une majoration.

Le service peut demander des pièces complémentaires. Il faut répondre dans le délai indiqué, en reprenant la question posée et en joignant un document identifié. Une demande sur la date des travaux appelle un calendrier et des justificatifs datés. Une demande sur le montant appelle les devis détaillés, les factures et la valeur de référence. Une demande sur l’impossibilité de financer appelle des éléments financiers pertinents. Réexpédier tout le dossier sans explication risque de masquer l’information importante.

En cas de rejet total ou partiel, il faut lire précisément les motifs. Le service peut estimer que les travaux sont de confort, que le devis est trop tardif, que le logement aurait pu être loué avec une décote, que l’obstacle financier n’est pas établi ou que les pièces concernent une autre année. Chaque motif doit être traité séparément. Une nouvelle réponse peut demander le réexamen si une pièce essentielle n’a pas été prise en compte, mais elle ne doit pas faire perdre de vue le délai pour saisir la juridiction administrative.

Pour les impôts directs locaux, l’article L. 199 du Livre des procédures fiscales prévoit que les décisions de l’administration qui ne donnent pas entière satisfaction « peuvent être portées devant le tribunal administratif ». Le recours juridictionnel suppose d’abord une réclamation administrative et doit respecter le délai indiqué par la décision de rejet ou les règles applicables. Le dossier transmis au tribunal doit reprendre l’avis, la réclamation, la réponse fiscale et l’ensemble des preuves, dans une présentation identique à celle utilisée devant le service.

À Paris, la demande demeure adressée au service fiscal indiqué sur l’avis, même lorsque l’actualité de la majoration vient du Conseil de Paris. La mairie ne statue pas sur le dégrèvement de la cotisation. Le propriétaire parisien doit donc vérifier la valeur locative, le taux de la délibération applicable, la période de vacance et la preuve des travaux. En cas de rejet, la voie contentieuse relève de la juridiction administrative compétente pour le litige fiscal, ce qui doit être vérifié à partir de la décision reçue.

En Île-de-France, une même stratégie de preuve peut être utilisée, mais le taux et la liste des communes doivent être vérifiés adresse par adresse. Un chantier dans un immeuble de Saint-Denis, de Montreuil ou de Versailles peut dépendre d’une copropriété, d’un permis, d’un arrêté de sécurité ou d’un sinistre ; ces éléments doivent être reliés à la date de vacance. La présence d’une demande locative forte dans la commune n’autorise pas l’administration à ignorer un logement objectivement inhabitable, mais elle rend encore plus nécessaire la production d’un dossier technique précis.

Une formulation utile dans la réclamation peut être la suivante, à adapter aux faits : « Je conteste la cotisation établie au titre de l’année [année] pour le logement situé [adresse]. À la date du 1er janvier, le logement ne pouvait pas être occupé ou loué dans des conditions normales en raison de [désordres]. Les travaux indispensables sont décrits dans le rapport du [date] et chiffrés par les devis joints. Les démarches auprès de [entreprise, assureur, syndic, mairie] sont retracées dans la chronologie. La vacance était indépendante de ma volonté. Je demande le dégrèvement de la cotisation et, pour la partie contestée, le sursis de paiement prévu par l’article L. 277 du Livre des procédures fiscales. » Cette trame ne doit contenir que des faits vérifiables : un devis non signé, une autorisation jamais demandée ou une expertise postérieure doivent être présentés comme tels.

Avant l’envoi, une dernière vérification doit porter sur quatre points. Premièrement, le logement et la commune correspondent-ils à l’avis ? Deuxièmement, les désordres rendaient-ils réellement le bien inhabitable ou seulement moins attractif ? Troisièmement, les travaux étaient-ils nécessaires et suffisamment documentés à la date de référence ? Quatrièmement, la réclamation et la demande de sursis ont-elles été déposées par un moyen permettant de prouver leur date ? Cette vérification évite qu’un bon argument de fond soit perdu à cause d’une erreur de procédure ou d’une pièce non rattachée au bon logement.

Conclusion

La nouvelle taxe sur la vacance des locaux d’habitation s’appliquera aux impositions établies au titre de 2027, avec prise en compte de la période de vacance antérieure au 1er janvier 2027. Un logement vide en raison de travaux lourds peut échapper à la taxe si le propriétaire démontre que le bien ne pouvait pas être rendu habitable sans une opération importante et que cette situation ne dépendait pas de sa volonté. L’exclusion se prouve par un ensemble cohérent : état matériel, devis, rapports, autorisations, décisions de copropriété, financement, calendrier et démarches réellement accomplies.

La bonne méthode consiste à vérifier la commune et le taux, corriger la déclaration d’occupation, archiver les preuves par adresse et déposer une réclamation motivée dans le délai. Il faut demander séparément le sursis de paiement lorsque cela est nécessaire. À Paris et en Île-de-France, la majoration possible rend la préparation plus urgente, mais elle ne modifie ni le service compétent ni les règles de preuve. Un avis contesté doit être traité à partir de l’année d’imposition, de la date du 1er janvier et de la situation exacte du logement.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».