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Swiftask lève 1,55 million d’euros : que vérifier dans le pacte d’associés et la gouvernance d’une start-up d’IA ?

Le 3 septembre 2026, la start-up nantaise Swiftask a annoncé une première levée de fonds de 1,55 million d’euros, finalisée au mois d’août auprès de ses fondateurs et d’un groupe de business angels. L’entreprise développe une plateforme destinée à créer, déployer et gouverner des agents d’intelligence artificielle dans les organisations. Cette opération intervient alors que les sociétés cherchent à intégrer des agents dans leurs outils, leurs données et leurs processus, avec des enjeux immédiats de contrôle, de sécurité et de responsabilité.

Une levée de fonds de ce type ne se résume pourtant pas à l’arrivée de liquidités sur le compte bancaire. Elle modifie la répartition du capital, la valeur économique des titres, les pouvoirs de décision et les conditions dans lesquelles les fondateurs pourront poursuivre ou quitter le projet. Elle soulève aussi une question souvent sous-estimée dans les entreprises d’intelligence artificielle : qui détient réellement le code, les données, les modèles, les paramétrages et les résultats produits par les agents ?

Le fondateur qui reçoit une term sheet, l’investisseur qui entre au capital et l’associé minoritaire qui redoute une dilution doivent donc lire ensemble les statuts, le pacte d’associés, les résolutions d’émission, la table de capitalisation et les contrats de propriété intellectuelle. L’enjeu est de savoir ce qui est promis, ce qui est juridiquement opposable, ce qui peut être décidé à la majorité et ce qui pourra être contesté si la relation se dégrade.

I. Comment une levée de fonds transforme-t-elle le capital et les pouvoirs des fondateurs ?

A. Comment calculer la dilution et le prix réel des titres avant de signer ?

Le premier contrôle porte sur la nature exacte de l’opération. Une levée primaire correspond à l’émission de titres nouveaux par la société : l’argent entre dans la trésorerie et les associés existants voient leur pourcentage diminuer. Une cession secondaire correspond à la vente de titres déjà détenus par un associé : le prix revient au cédant et ne renforce pas directement la trésorerie de l’entreprise. Une opération peut combiner les deux mécanismes. Le communiqué annonçant la levée de Swiftask ne suffit donc pas, à lui seul, à déterminer le montant réellement consacré au développement de la société.

Le droit des sociétés part d’une réalité contractuelle. L’article 1832 du Code civil énonce : « La société est instituée par deux ou plusieurs personnes qui conviennent par un contrat d’affecter à une entreprise commune des biens ou leur industrie en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter. » Une levée modifie cet équilibre initial. Elle ne doit pas seulement être présentée comme un apport de financement : elle organise une nouvelle communauté d’intérêts, avec des droits économiques et politiques différents selon les titres souscrits.

Le calcul de base doit être refait à partir d’une table de capitalisation dite fully diluted. Si l’hypothèse de travail est une levée primaire de 1,55 million d’euros sur une valorisation pré-investissement de 6,45 millions d’euros, la valorisation post-investissement est de 8 millions d’euros et la participation économique théorique du nouvel investisseur est de 19,375 %. Ce pourcentage devient différent si la valorisation annoncée est post-money, si un pool de BSPCE est créé avant l’entrée de l’investisseur, si des obligations convertibles doivent être converties ou si une partie de la somme correspond à une vente de titres existants.

Le fondateur doit demander une version datée de la table avant l’opération et une version projetée après l’opération. Chaque ligne doit être identifiable : actions ordinaires, actions de préférence, BSPCE, bons de souscription, obligations convertibles, instruments donnant accès au capital, promesses de cession et titres détenus par une holding. Un pourcentage affiché sur une présentation commerciale n’a pas la même portée qu’un pourcentage calculé après conversion de tous les instruments dilutifs.

La deuxième vérification porte sur le prix par action. Il faut rapprocher le nombre de titres créés, la valeur nominale, la prime d’émission, la méthode de valorisation et les droits attachés à chaque catégorie. Une émission à un prix qui paraît élevé peut être économiquement défavorable aux fondateurs si l’investisseur obtient une préférence de liquidation, une protection contre la dilution ou un droit de conversion qui lui permet de récupérer prioritairement son apport avant tout partage du solde.

L’article L. 225-129 du Code de commerce rappelle, pour le régime des sociétés anonymes, que l’assemblée générale extraordinaire est compétente pour décider une augmentation de capital et qu’une délégation doit être encadrée. Dans une société par actions simplifiée, la répartition des compétences dépend des statuts et des décisions collectives applicables. L’article L. 227-9 du Code de commerce prévoit que « Les statuts déterminent les décisions qui doivent être prises collectivement par les associés dans les formes et conditions qu’ils prévoient. » Il faut donc lire la résolution d’émission avec les statuts, et non isoler la term sheet du reste du dossier.

Le droit préférentiel de souscription, lorsqu’il existe dans le régime applicable, constitue un autre point de contrôle. L’article L. 225-132 du Code de commerce dispose que « Les actions comportent un droit préférentiel de souscription aux augmentations de capital. » Le texte organise aussi le droit de préférence proportionnel des actionnaires sur les actions de numéraire. Dans une SAS, il faut déterminer les règles statutaires et la décision d’émission qui encadrent l’opération, ainsi que les renonciations individuelles ou collectives éventuellement recueillies.

Les actions de préférence doivent faire l’objet d’une lecture autonome. L’article L. 228-11 du Code de commerce dispose que « Lors de la constitution de la société ou au cours de son existence, il peut être créé des actions de préférence, avec ou sans droit de vote, assorties de droits particuliers de toute nature, à titre temporaire ou permanent. » Il faut identifier le droit de vote, le dividende prioritaire, la préférence au remboursement, la conversion en actions ordinaires, le plafonnement du rendement et les conditions de sortie. Deux investisseurs possédant chacun 20 % du capital peuvent disposer d’une influence très différente si l’un bénéficie de droits politiques renforcés ou d’une liquidation préférentielle.

La dilution ne se mesure pas seulement au capital. Il faut distinguer la dilution économique, la dilution du vote et la perte de contrôle sur les décisions réservées. Un fondateur qui passe de 70 % à 52 % peut conserver une majorité simple dans certaines décisions tout en perdant le contrôle d’un conseil ou d’une liste de décisions nécessitant l’accord d’un investisseur. Un fondateur qui reste majoritaire au capital peut aussi être empêché de décider seul d’une nouvelle levée, d’une acquisition, d’un recrutement stratégique ou d’une cession de propriété intellectuelle.

Lorsque la levée inclut un apport en nature, par exemple un logiciel, une base de données ou un portefeuille de droits, la valorisation doit être documentée. L’article L. 225-147 du Code de commerce précise : « Ces commissaires apprécient, sous leur responsabilité, la valeur des apports en nature et les avantages particuliers. » La société doit vérifier que le contributeur dispose bien des droits transmis, que les contrats avec les développeurs autorisent la cession et que les licences de composants tiers ne sont pas incompatibles avec l’usage projeté.

Avant toute signature, un dossier de contrôle utile doit au moins contenir :

  • la table de capitalisation avant et après l’opération, avec une hypothèse fully diluted ;
  • le détail entre souscription de titres nouveaux et cession de titres existants ;
  • la valorisation pré-money et post-money, ainsi que la méthode utilisée ;
  • les instruments convertibles, le pool de BSPCE et les droits de souscription futurs ;
  • les actions de préférence, les droits de vote et les préférences de liquidation ;
  • les conditions suspensives, les engagements de financement et l’affectation des fonds ;
  • les résolutions d’assemblée, les rapports et les renonciations aux droits préférentiels ;
  • les contrats prouvant la propriété du code, des données et des actifs apportés.

Cette reconstitution permet de répondre à la question réellement posée par un fondateur : quelle part de l’entreprise est cédée aujourd’hui, quel pouvoir est abandonné et quelle part pourra encore être diluée demain ?

B. Quelles clauses de gouvernance négocier avec les business angels ?

La gouvernance doit être comparée dans deux documents. Les statuts organisent la société et ses organes ; le pacte d’associés fixe les engagements contractuels des signataires. Une clause du pacte peut être essentielle entre fondateurs et investisseurs sans produire les mêmes effets à l’égard d’un associé qui ne l’a pas signé. À l’inverse, une clause statutaire de décision collective, d’agrément ou d’exclusion peut atteindre la validité d’une opération sociale et doit être coordonnée avec le pacte.

L’article 1833 du Code civil dispose : « Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés. » Il ajoute que la société est gérée dans son intérêt social en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. Une décision de financement de Swiftask ou d’une autre start-up d’IA doit ainsi être appréciée à l’aune de l’intérêt de la société : le besoin de trésorerie, le développement commercial, la sécurité des données, la conformité des produits et la pérennité de l’activité ne se confondent pas avec la seule préférence d’un investisseur.

Le pacte doit ensuite répondre à cinq questions de gouvernance. Qui nomme le président ? Qui peut le révoquer ? L’investisseur dispose-t-il d’un siège au comité stratégique ou au conseil ? Quelles décisions sont réservées à son accord ? Quelle information doit lui être fournie et à quelle fréquence ? Ces questions doivent recevoir une réponse opérationnelle, avec un seuil financier, un délai de réponse et une procédure si l’investisseur ne répond pas.

Les décisions réservées peuvent porter sur une nouvelle émission, une modification des droits attachés aux titres, une acquisition, une cession d’actifs essentiels, un endettement supérieur à un seuil, une garantie donnée à un tiers, une modification de l’activité, une transaction avec une partie liée ou une embauche au-delà d’un niveau de rémunération défini. Une liste trop large peut transformer un investisseur minoritaire en co-dirigeant de fait ; une liste trop vague ouvre un conflit d’interprétation à chaque décision urgente.

Le droit à l’information doit être exploitable. Il faut préciser les documents transmis, la périodicité, la personne responsable, le niveau de détail, la confidentialité, le format et le délai de réponse aux demandes complémentaires. Pour une start-up qui déploie des agents d’IA, les indicateurs ne devraient pas se limiter au chiffre d’affaires : incidents de sécurité, disponibilité du service, dépendance à un fournisseur de modèle, nombre de clients actifs, coûts d’inférence, contrats de sous-traitance, réclamations relatives aux données et échéances réglementaires peuvent affecter la valeur de la société.

Les conventions conclues entre la société et un dirigeant, un actionnaire significatif ou une société contrôlée doivent aussi être identifiées. Dans une SAS, l’article L. 227-10 du Code de commerce prévoit notamment un rapport sur certaines conventions et indique : « Les associés statuent sur ce rapport. » Un contrat de conseil conclu avec la holding d’un business angel, la mise à disposition d’un logiciel, une licence de marque ou une prestation facturée par une société liée doivent être recensés, documentés et approuvés selon le régime applicable.

La durée du pacte est devenue un sujet particulièrement sensible. Dans son arrêt du 11 mars 2026, la chambre commerciale de la Cour de cassation, pourvoi n° 24-21.896, a jugé qu’« Un pacte d’associés non assorti d’un terme exprès est, en l’absence d’éléments intrinsèques ou extrinsèques contraires, réputé avoir été conclu pour la durée restant à courir de la société dont les parties sont associés, de sorte que ces dernières ne peuvent y mettre fin unilatéralement. » La décision publiée au Bulletin impose une vigilance accrue : le silence du pacte sur sa durée peut produire un effet durable. La date de fin, les événements de renouvellement, les effets d’une cession, l’arrivée d’un nouvel investisseur et la procédure d’adhésion doivent être écrits.

Les clauses de départ du fondateur doivent être lues avec la même attention. Une clause de good leaver ou de bad leaver ne peut pas rester une étiquette. Elle doit définir les événements déclencheurs, la procédure de constat, la personne qui décide, le prix de cession, la méthode d’évaluation, le calendrier de paiement, les garanties et les voies de contestation. Une révocation, une maladie, une violation de confidentialité, une faute dans la gestion, un départ volontaire ou une impossibilité de travailler ne doivent pas être traités comme des situations identiques.

Les clauses de non-concurrence doivent enfin rester proportionnées à l’activité, à la durée et au territoire. Dans son arrêt du 13 novembre 2025, pourvoi n° 24-10.747, la Cour de cassation a rappelé qu’« une stipulation contractuelle qui porte atteinte auxdits principes n’est licite que si elle est proportionnée aux intérêts légitimes à protéger compte tenu de l’objet du contrat ». La décision de la chambre commerciale a aussi sanctionné la dénaturation d’une clause claire. Une start-up d’IA doit donc distinguer l’interdiction de détourner ses clients ou ses secrets d’affaires d’une interdiction générale qui empêcherait un fondateur de travailler dans tout le secteur.

II. Comment protéger l’IA, les données et la sortie après la levée de fonds ?

A. Comment sécuriser les logiciels, les données et les agents d’IA de la start-up ?

Une entreprise peut avoir une table de capitalisation propre et un actif technologique juridiquement fragile. C’est fréquent lorsque le prototype a été développé avant la constitution de la société, par plusieurs fondateurs, par des prestataires indépendants ou avec des bibliothèques dont les licences n’ont pas été inventoriées. La levée de fonds doit être l’occasion de reconstituer la chaîne de propriété, pas seulement de réunir les documents financiers.

Le premier niveau concerne le code source. Pour chaque dépôt, il faut identifier l’auteur, la date de création, le contrat applicable, la cession consentie, les composants open source, les éventuelles restrictions de licence et la personne qui contrôle les accès. Les contrats de travail et de prestation doivent couvrir les développements, les correctifs, les scripts d’intégration, les interfaces, la documentation et les éléments graphiques. Une clause générale de confidentialité ne remplace pas toujours une cession précise des droits patrimoniaux ni une autorisation d’exploitation adaptée aux territoires, aux supports et à la durée.

Le deuxième niveau concerne les données. Une société qui gouverne des agents d’IA peut traiter des données de clients, de salariés, de prospects ou de partenaires. Elle doit savoir qui les collecte, pour quelle finalité, avec quelle base juridique, pendant combien de temps, dans quel pays elles sont hébergées et quels sous-traitants peuvent y accéder. Les droits de la société sur une base de données ne donnent pas automatiquement le droit de réutiliser chaque document transmis par un client. Une donnée accessible dans un environnement logiciel n’est pas nécessairement une donnée librement exploitable pour l’entraînement ou l’amélioration d’un agent.

Le troisième niveau est celui des modèles et des fournisseurs. Le contrat passé avec un fournisseur de modèle, d’hébergement, de transcription, d’indexation ou de stockage peut prévoir des conditions sur la conservation des requêtes, la réutilisation des données, la localisation des traitements, la suspension du service et l’audit. Une entreprise financée par des business angels doit savoir si une dépendance technique peut interrompre son produit, augmenter brutalement son coût ou permettre à un tiers de réutiliser des éléments confidentiels.

Le pacte peut intégrer ces risques dans la gouvernance. Une décision réservée peut être nécessaire pour céder un dépôt de code, concéder une licence exclusive, transférer une base de données, changer d’hébergeur, utiliser des données clients à une nouvelle finalité ou conclure un partenariat donnant accès à des informations sensibles. Le reporting peut comprendre un registre des incidents, des fournisseurs critiques, des licences et des demandes d’exercice de droits. L’investisseur ne doit pas être placé dans une position qui l’autoriserait à accéder sans limite aux données personnelles ou aux secrets commerciaux des clients.

Lorsqu’un actif technologique est apporté au capital, la société doit distinguer la propriété de l’actif, sa valeur et son mode d’exploitation. Un apport de code peut transférer certains droits à la société, mais il ne règle pas les droits détenus par un salarié, un sous-traitant, un co-développeur ou un fournisseur. Une licence peut être préférable à un transfert lorsqu’un fondateur conserve un outil générique utilisé dans plusieurs projets ; elle doit alors préciser le périmètre, les développements futurs, la maintenance, les sous-licences et la fin de la relation.

Le contrôle des accès mérite un document séparé. Les fondateurs, salariés, consultants et investisseurs ne doivent pas bénéficier des mêmes droits dans les environnements de production, les dépôts, les consoles d’administration et les espaces contenant des données clients. Le départ d’un associé doit déclencher la restitution des équipements, la désactivation des comptes, la rotation des secrets, la sauvegarde des éléments utiles et la confirmation écrite de la non-conservation des copies. Ces mesures relèvent à la fois de la sécurité opérationnelle, de la protection du patrimoine social et de la prévention d’un contentieux entre associés.

La société doit également éviter une promesse trop large dans le pacte. Une obligation de résultat sur la conformité de tous les usages de l’IA, une garantie illimitée sur les résultats produits par un agent ou une obligation de maintenir un fournisseur précis peuvent créer un risque financier disproportionné. Les documents doivent définir les responsabilités respectives : contrôle humain, validation des sorties, sécurité, information des utilisateurs, gestion des incidents, propriété des livrables, conservation des journaux et coopération en cas de réclamation.

Une revue pré-investissement utile rassemble donc les contrats de travail et de prestation, la liste des dépôts, l’inventaire des licences, les accords avec les fournisseurs de modèles, les politiques de sécurité, les contrats clients, les clauses de sous-traitance, les registres de traitement, les procédures d’incident et les preuves de consentement ou d’information lorsque cela est nécessaire. Ce travail permet de mettre à jour les déclarations et garanties de la documentation d’investissement et de prévoir un plan de correction chiffré.

B. Que faire si la dilution, la gouvernance ou le pacte créent un conflit ?

Le conflit doit être qualifié avant toute action. Une contestation peut porter sur la validité de l’émission, la violation d’une clause statutaire, l’inexécution du pacte, le prix d’une cession, la révocation d’un dirigeant, une décision prise sans l’information requise ou une appropriation d’actifs sociaux. Le remède dépend du document violé, de la date de la décision, de la qualité du demandeur et du préjudice démontré.

La première mesure consiste à préserver les preuves. Il faut réunir les versions signées du pacte et des statuts, les courriels de négociation, la term sheet, les convocations, les procès-verbaux, les bulletins de souscription, les attestations de dépôt, les tables de capitalisation successives, les accès aux dépôts de code, les factures et les échanges avec les investisseurs. Une capture isolée d’un tableau n’a pas la même force qu’un historique daté permettant de comprendre qui a validé une modification et à quel moment.

La deuxième mesure consiste à adresser une contestation précise. Une lettre utile identifie la clause, la décision ou l’obligation concernée, décrit les faits, demande la conservation des éléments, fixe un délai de réponse et réserve les demandes d’exécution, de suspension ou d’indemnisation. Il faut éviter de qualifier immédiatement les faits de fraude ou d’abus sans avoir vérifié les pièces : une accusation excessive peut compliquer la négociation et détourner le débat de la question technique décisive.

L’article 1193 du Code civil prévoit que « Les contrats ne peuvent être modifiés ou révoqués que du consentement mutuel des parties, ou pour les causes que la loi autorise. » Une modification du pacte, une renonciation à un droit de veto, un report de calendrier ou un changement de méthode de valorisation doivent donc être documentés. Un échange de messages peut être discuté comme preuve, mais une formalisation signée réduit le risque de conflit sur la portée de l’accord.

En cas d’inexécution, l’article 1217 du Code civil prévoit que la partie concernée peut notamment « poursuivre l’exécution forcée en nature de l’obligation », obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution du contrat ou demander réparation des conséquences de l’inexécution. Ces sanctions ne sont pas interchangeables. Une demande tendant à faire respecter un droit d’information, à obtenir un vote ou à empêcher une cession ne se construit pas comme une demande de dommages-intérêts pour dilution.

La cession des actions d’une SAS appelle un contrôle particulier. L’article L. 227-14 du Code de commerce dispose que « Les statuts peuvent soumettre toute cession d’actions à l’agrément préalable de la société. » L’article L. 227-15 du même code ajoute : « Toute cession effectuée en violation des clauses statutaires est nulle. » Il faut comparer la clause d’agrément, la procédure de notification, l’identité du cessionnaire, le calendrier et le contenu de la décision collective.

L’arrêt rendu le 11 mars 2026 par la chambre commerciale, pourvoi n° 24-12.807, illustre la nécessité de cette lecture chronologique. Dans cette affaire, la Cour a retenu, après interprétation de la convention, que « pour être régulière, la levée de l’option devait intervenir avant l’agrément ». La décision publiée sur Légifrance ne signifie pas que toute clause d’agrément produit mécaniquement le même effet dans toutes les sociétés : elle montre que la convention, les statuts et la chronologie de l’option doivent être examinés ensemble. Une notification envoyée avant le vote, un vote postérieur, un prix déjà payé ou une formalité non accomplie peuvent modifier l’analyse.

Une clause d’exclusion ou de sortie forcée doit également être vérifiée dans les statuts. L’article L. 227-16 du Code de commerce prévoit que « Dans les conditions qu’ils déterminent, les statuts peuvent prévoir qu’un associé peut être tenu de céder ses actions. » Le déclenchement doit respecter la procédure prévue, permettre à l’associé de présenter ses observations et appliquer la méthode de prix convenue ou imposée par le texte applicable. Si le prix est contesté, l’article 1843-4 du Code civil prévoit, dans les cas qu’il vise, la détermination de la valeur par un expert désigné par les parties ou, à défaut d’accord, par le président de la juridiction compétente statuant selon la procédure prévue par cet article.

La dilution peut devenir fautive lorsque l’émission, l’apport ou la valorisation a été organisé pour priver un minoritaire d’une partie de ses droits. Dans son arrêt du 30 septembre 2020, pourvoi n° 18-22.076, la chambre commerciale a rappelé le « principe selon lequel la fraude corrompt tout » et a reproché aux juges du fond de ne pas avoir recherché si la sous-évaluation et l’octroi corrélatif d’actions nouvelles avaient conduit à « priver illégitimement » l’associée minoritaire d’une partie de ses droits. La décision publiée au Bulletin est utile pour distinguer une dilution normale, acceptée et régulièrement décidée, d’une opération dont la valorisation ou la finalité peut être discutée.

Le contentieux peut aussi naître d’une promesse de vente liée aux fonctions du fondateur. Dans son arrêt du 11 février 2026, pourvoi n° 24-18.443, la Cour de cassation a indiqué : « Il résulte de l’article 1304-2 du code civil que le caractère potestatif d’une condition, sanctionné par la nullité de l’obligation, ne s’apprécie que dans la personne du débiteur. » La décision publiée au Bulletin rappelle l’importance de la rédaction des promesses croisées, de l’identité du débiteur, de l’événement déclencheur et des modalités de paiement. Une révocation du président, une sortie d’un investisseur et une obligation de céder les titres ne doivent jamais être analysées séparément.

À Paris et en Île-de-France, le dossier doit être préparé avec la même précision lorsqu’une société financée, un investisseur ou un prestataire est établi dans le ressort. Les pièces utiles comprennent les statuts à jour, le registre des mouvements de titres, les procès-verbaux, le pacte et ses avenants, les contrats de propriété intellectuelle, les échanges avec les business angels et les éléments de valorisation. La juridiction compétente dépend de la nature du litige, de la qualité des parties, des clauses attributives et de la mesure demandée. Une consultation rapide permet de déterminer s’il faut négocier, mettre en demeure, solliciter une mesure provisoire ou engager une action au fond.

Un plan d’action peut être organisé en quatre temps. D’abord, figer la situation : aucune nouvelle émission, cession, modification du code ou décision liée ne doit être prise sans identifier le risque. Ensuite, comparer les documents : chaque obligation du pacte doit être rapprochée des statuts et des résolutions. Puis, chiffrer : participation avant et après, valeur des titres, montant du préjudice, coût de la correction et conséquences sur la trésorerie. Enfin, choisir le remède : régularisation, accord de sortie, expertise de prix, exécution d’une obligation, suspension d’une décision ou réparation.

L’investisseur doit, de son côté, vérifier qu’il ne demande pas une protection qui viderait de sa substance la capacité de la société à agir. Le fondateur doit vérifier qu’il ne promet pas une exclusivité, une garantie de performance ou une disponibilité personnelle incompatibles avec la croissance internationale annoncée. Une documentation équilibrée protège mieux la valeur de la levée qu’un pacte rempli de mécanismes automatiques dont personne ne maîtrise le déclenchement.

Conclusion

L’annonce de la levée de 1,55 million d’euros de Swiftask illustre une étape décisive pour une start-up d’intelligence artificielle : l’entreprise doit financer son développement tout en organisant l’arrivée de nouveaux associés, la circulation de l’information et la protection de ses actifs technologiques. Le montant levé ne permet pas, à lui seul, de connaître la dilution, le pouvoir de vote ou le rendement prioritaire accordé aux investisseurs.

Avant de signer, le fondateur doit reconstruire la table de capitalisation, distinguer le primaire du secondaire, lire les droits attachés aux titres, fixer la durée du pacte et encadrer les décisions réservées. Il doit aussi vérifier la chaîne de propriété du code, des données et des agents d’IA. Après la signature, toute modification, cession, révocation ou émission doit être replacée dans la chronologie des statuts, du pacte et des décisions sociales. Cette méthode permet de négocier sur des pièces vérifiables et de réagir rapidement si la dilution ou la gouvernance deviennent contestables.

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Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».