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Maître Reda KOHEN
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Créer une LLC au Delaware depuis la France : établissement stable, transparence fiscale et redressement français

Les agences qui vendent la création d’une LLC au Delaware, au Wyoming ou au Nouveau-Mexique promettent la même chose : une société américaine en 48 heures, un compte Stripe, une fiscalité américaine quasi nulle et la liberté de facturer le monde entier depuis Paris. Le prix affiché va de 500 euros à 2 000 euros, agent enregistré inclus, numéro EIN en option. Le risque français n’apparaît que plus tard, lors d’un contrôle, d’une demande de remboursement de TVA refusée ou d’une proposition de rectification qui rappelle que la LLC, dirigée depuis un appartement parisien, peut être imposée en France au titre de l’impôt sur les sociétés, des cotisations sociales et de la TVA française. Cet article décrit ce que l’administration française redresse vraiment, comment elle prouve que la LLC travaille depuis la France et comment contester utilement.

Le point de départ tient en une phrase : le Delaware ne décide pas de l’impôt français. Une LLC peut être régulièrement immatriculée aux États-Unis, disposer d’un registered agent, d’un EIN délivré par l’IRS et d’un compte bancaire américain, et rester néanmoins considérée en France comme une entreprise exploitée en France si sa direction effective se trouve en France ou si elle dispose en France d’un établissement stable. La article 209, I du Code général des impôts prévoient ces deux mécanismes. L’administration les combine souvent avec l’article 155 A du Code général des impôts pour les prestations de services, avec l’article 123 bis du Code général des impôts et l’article 209 B du Code général des impôts pour les bénéfices logés à l’étranger, et avec l’article 167 bis du Code général des impôts pour l’entrepreneur qui quitte la France avec ses titres. La jurisprudence du Conseil d’État sur le siège de direction effective et l’établissement stable, consultable sur le moteur de recherche de la Cour de cassation et les bases Légifrance, montre que le juge regarde les faits : qui décide, qui signe, où sont les clients, où est le travail.

Ce guide suit un plan en deux parties. La première explique pourquoi une LLC américaine pilotée depuis la France peut devenir imposable en France et comment l’administration le prouve. La seconde détaille le traitement fiscal des bénéfices et des distributions d’une LLC transparente, puis la conduite à tenir en cas de contrôle : TVA, représentant fiscal, échanges d’informations FATCA et CRS, proposition de rectification et recours. Chaque situation est illustrée par des cas concrets : freelance qui facture ses clients français via une LLC du Wyoming, e-commerçant qui stocke en France, consultant qui garde son domicile à Paris tout en affichant une adresse au Delaware.

I. Créer une LLC au Delaware tout en vivant en France : pourquoi le fisc peut imposer en France ?

A. Quand la LLC dirigée depuis Paris devient-elle imposable en France ?

Le premier fondement utilisé par l’administration est le siège de direction effective prévu à l’article 209, I du Code général des impôts. Les sociétés qui ont en France leur siège de direction effective sont passibles de l’impôt sur les sociétés en France, même si leur siège statutaire se trouve au Delaware. Le critère ne porte pas sur le certificat d’immatriculation américain, mais sur le lieu où sont prises les décisions stratégiques : choix des clients, fixation des prix, signature des contrats importants, recrutement, gestion du compte bancaire, orientation des investissements. Quand l’associé unique vit à Paris, signe les devis depuis Paris, pilote les équipes sur Slack depuis Paris et décide seul des dépenses, l’administration soutient que la direction effective est à Paris. Le Bulletin officiel des finances publiques précise que la direction effective se situe là où les organes de direction exercent réellement leurs fonctions, et la jurisprudence écarte les montages où le dirigeant local américain n’a qu’un rôle de façade.

Le second fondement est l’établissement stable. L’article 209 du Code général des impôts soumet à l’impôt sur les sociétés les bénéfices réalisés dans une entreprise exploitée en France, et la convention fiscale franco-américaine retient la même notion d’établissement stable, précisée notamment par le Conseil d’État, 22 janvier 2018, n° 406888, comme une installation fixe d’affaires par l’intermédiaire de laquelle une entreprise exerce tout ou partie de son activité, ainsi que la dépendance d’un agent qui dispose de pouvoirs de conclure des contrats. Concrètement, un bureau à domicile à Paris utilisé chaque jour pour l’activité de la LLC, un salarié ou un prestataire qui démarche et conclut pour la LLC, un stock conservé en France pour des livraisons rapides, ou un dirigeant qui négocie et signe depuis la France peuvent caractériser un établissement stable, même sans plaque au nom de la LLC. L’administration n’a pas besoin de démontrer que toute l’entreprise est en France : il suffit qu’une partie autonome de l’activité y soit exercée de façon habituelle.

La LLC présente une difficulté supplémentaire : sa transparence fiscale américaine ne la rend pas transparente en France. Aux États-Unis, une LLC à associé unique est par défaut une entité ignorée, imposée entre les mains de son propriétaire, et une LLC à plusieurs associés est par défaut imposée comme un partenariat, sauf option pour l’impôt sur les sociétés. En France, l’administration et le juge qualifient l’entité étrangère selon ses caractéristiques juridiques propres, et une LLC qui présente les traits d’une société de capitaux peut être traitée comme une société opaque passible de l’impôt sur les sociétés en France dès lors que son siège de direction effective ou son établissement stable s’y trouve. Le résultat surprend les créateurs : ils pensent être en transparence totale et découvrent un rappel d’impôt sur les sociétés français, majoré des intérêts de retard et, en cas de manquement délibéré, d’une majoration de 40 pour cent, voire 80 pour cent en cas de manoeuvres frauduleuses. Le fait d’avoir payé un impôt américain résiduel, souvent faible au niveau de l’État du Delaware qui ne connaît pas de TVA et applique une franchise annuelle, ne suffit pas à écarter l’imposition française, sous réserve de l’imputation conventionnelle qui évite la double imposition effective.

Trois cas illustrent la frontière. Premier cas : Léa, développeuse à Lyon, crée une LLC au Wyoming pour facturer des clients français et américains. Elle reste locataire à Lyon, travaille depuis son appartement, signe les contrats par DocuSign avec une adresse IP française et utilise un compte Wise au nom de la LLC. L’administration retient le siège de direction effective en France et un établissement stable, et impose en France l’intégralité des bénéfices rattachables à l’activité exercée depuis Lyon. Deuxième cas : Karim, e-commerçant, crée une LLC au Delaware, stocke ses produits chez un logisticien en France et fait préparer les colis en France pour des clients français. Même s’il voyage régulièrement, le stock et la préparation en France caractérisent un établissement stable pour les opérations françaises. Troisième cas : Sophie, consultante, s’installe réellement six mois à New York, y loue un bureau, y signe ses contrats américains et n’intervient en France que pour des missions ponctuelles sans pouvoir de conclure. La part américaine peut échapper à l’impôt français sur les sociétés, mais la part française reste imposable en France et sa résidence fiscale personnelle, appréciée selon l’article 4 B du Code général des impôts, détermine l’imposition de ses revenus personnels.

Le choix de l’État américain change peu l’analyse française. Le Delaware séduit par sa Cour de la chancellerie et sa confidentialité, le Wyoming par ses frais annuels faibles et sa protection des actifs, le Nouveau-Mexique par l’absence de rapport annuel public, la Floride par son image pour les e-commerçants. Aucun de ces avantages ne déplace la direction effective. Un registered agent qui reçoit le courrier, un numéro EIN, un operating agreement standard et une adresse de domiciliation ne prouvent pas une activité réelle aux États-Unis. L’administration demande les preuves inverses : baux américains, factures d’électricité, contrats de travail américains, relevés de présence, billets d’avion, agendas, logs de connexion, procès-verbaux de décisions prises sur place. Sans ces éléments, l’argument selon lequel la LLC serait gérée depuis les États-Unis ne résiste pas. Pour approfondir la logique générale du siège de direction effective et de l’établissement stable, la lecture de l’analyse dédiée aux sociétés créées à Dubaï reste utile : lire l’analyse du cabinet sur la direction effective.

B. Comment l’administration prouve-t-elle que la LLC travaille depuis la France ?

La preuve repose rarement sur un seul document. L’administration croise les sources : les contrats et factures qui mentionnent un interlocuteur en France, les conditions générales qui indiquent un numéro français, les mentions légales du site qui renvoient à une adresse parisienne, les échanges d’e-mails dont les en-têtes montrent un fuseau horaire français, les factures Stripe ou PayPal émises depuis la France, les relevés bancaires qui localisent les dépenses courantes en France, les baux d’habitation et de coworking, les abonnements téléphoniques, les calendriers partagés et les outils de gestion de projet. Une LLC qui affirme être gérée depuis Wilmington mais dont le dirigeant paie chaque jour son café à Paris, prend le métro avec un pass Navigo et signe ses contrats entre deux réunions dans le 11e arrondissement aura du mal à convaincre. Les agents relèvent aussi les incohérences : un dirigeant américain affiché qui ne répond jamais aux e-mails techniques, un pouvoir général donné au résident français, des virements hebdomadaires vers le compte personnel français sans bulletin ni déclaration.

Le contrôle commence souvent par une demande d’éclaircissements ou de justifications, puis par une proposition de rectification qui détaille les indices. L’administration peut interroger les clients français de la LLC pour savoir qui a négocié, qui a suivi le projet, où ont eu lieu les réunions. Elle peut exercer son droit de communication auprès des banques, des plateformes de paiement, des hébergeurs et des réseaux sociaux professionnels. Elle exploite les échanges automatiques d’informations : le compte américain de la LLC détenu par un résident français est signalé dans le cadre des échanges, et les paiements vers la France laissent des traces. L’accord FATCA entre la France et les États-Unis, ainsi que le standard commun de déclaration pour les autres juridictions, font que l’anonymat bancaire supposé n’existe plus. Une LLC au Delaware détenue par un résident français qui ne déclare ni compte étranger ni revenus correspondants cumule les risques : rappel d’impôt, amendes pour compte non déclaré, majorations pour manquement délibéré.

Les factures et les contrats sont examinés ligne par ligne. Une facture émise par la LLC au Delaware à un client parisien, sans TVA française, pour une prestation réalisée à Paris, attire l’attention. Si la prestation est matériellement exécutée en France par le résident français, l’administration soutient que le chiffre d’affaires se rattache à la France, que la TVA française aurait dû être collectée et que la rémunération du travail français aurait dû être déclarée en France. Les clauses qui désignent la LLC comme prestataire, le droit du Delaware comme droit applicable et un arbitrage américain ne changent pas la localisation fiscale de l’activité réelle. De même, le fait de faire transiter les paiements par un compte américain puis de rapatrier les fonds par virements mensuels qualifiés de distributions ne prouve pas que le bénéfice est américain : le juge recherche le lieu de réalisation de la valeur, pas le circuit de l’argent.

Les réseaux sociaux et les sites vitrines fournissent des aveux involontaires. Un profil LinkedIn qui indique fondateur d’une LLC et basé à Paris, des posts qui racontent les rendez-vous clients à Paris, un site qui affiche un numéro en 06 et un créneau Europe/Paris pour les appels, des avis Google qui localisent l’équipe à Paris : chaque élément est versé au dossier. Les agences qui conseillent de ne pas mentionner la France sur le site aggravent la situation, car la dissimulation intentionnelle caractérise le manquement délibéré et parfois la manoeuvre frauduleuse. La requalification pour abus de droit prévu à l’article L. 64 du Livre des procédures fiscales suppose un montage à but exclusivement fiscal ou une application littérale des textes contraire à leur objet, avec une pénalité de 80 pour cent en cas d’abus de droit avéré. Même sans recourir à l’abus de droit, l’administration obtient souvent le même résultat par la voie ordinaire du siège de direction effective et de l’établissement stable, avec des pénalités de 40 pour cent.

Le dossier de défense doit donc se construire avant le contrôle, avec des preuves positives et datées. Si une activité réelle existe aux États-Unis, il faut la documenter : bail américain, factures locales, contrats de travail américains, preuves de présence, comptes rendus de réunions tenues sur place, décisions signées sur place, logs d’accès qui montrent une activité répartie. Si l’activité est en réalité exercée depuis la France, il faut la sécuriser comme telle : immatriculation adaptée, déclarations fiscales françaises, TVA française, protection sociale du dirigeant, contrats qui désignent clairement l’entité française pour la part française. Dans les deux cas, la comptabilité doit être probante, les comptes bancaires séparés, les distributions tracées et les comptes étrangers déclarés chaque année sur l’imprimé adéquat. Une LLC qui ne tient aucune comptabilité au motif que le Delaware ne l’exige pas perd toute crédibilité devant le vérificateur français, qui applique les standards français de preuve.

II. LLC américaine et impôt français : comment contester le redressement et sécuriser la situation ?

A. Que paie-t-on en France quand on facture avec une LLC du Delaware ?

La réponse dépend de trois questions : où est la direction effective, existe-t-il un établissement stable en France, et qui a réalisé personnellement la prestation. Si la LLC est reconnue comme ayant son siège de direction effective en France, elle est passible de l’impôt sur les sociétés en France sur l’ensemble de ses bénéfices, avec dépôt des liasses, paiement des acomptes et respect des obligations déclaratives françaises. Si seul un établissement stable est retenu, seule la part des bénéfices rattachable à cet établissement est imposée en France, mais l’administration exige une comptabilité séparée et reconstitue souvent le bénéfice par comparaison avec des entreprises similaires, avec une marge qui surprend. Dans les deux cas, les distributions versées à l’associé résident français sont imposées entre ses mains selon les règles françaises des dividendes ou des rémunérations, sans que la qualification américaine en transparence ne s’impose à la France.

Pour les prestations de services, l’administration invoque fréquemment l’article 155 A du Code général des impôts. Quand une personne domiciliée en France rend des services et que la rémunération est versée à une société établie à l’étranger, les sommes peuvent être imposées au nom de la personne qui a rendu les services, sauf à démontrer que la société étrangère exerce réellement une activité propre distincte de la prestation personnelle. Une LLC au Delaware sans salarié, sans bureau et sans client propre, dont l’unique objet est de facturer les journées du consultant parisien, remplit rarement cette condition. Le consultant est alors imposé en France sur les sommes versées à la LLC, avec les cotisations sociales correspondantes s’il aurait dû être affilié en France. Les influenceurs, formateurs, développeurs et coachs qui facturent via une LLC tout en travaillant depuis la France sont particulièrement exposés. La défense passe par la preuve d’une activité propre : équipe américaine, moyens matériels, clientèle propre, risque entrepreneurial assumé par la LLC, et rémunération du résident français déclarée à sa juste valeur.

Pour les bénéfices conservés dans la LLC sans distribution, l’administration peut mobiliser l’article 123 bis du Code général des impôts lorsque le résident français détient au moins 10 pour cent d’une entité établie dans un État à régime fiscal privilégié, ou l’article 209 B du Code général des impôts lorsque c’est une société française qui détient la structure étrangère. Les États-Unis ne sont pas globalement un paradis fiscal, mais certaines activités logées dans une LLC qui ne paie presque aucun impôt localement peuvent être examinées sous l’angle du régime fiscal privilégié, apprécié par comparaison avec l’impôt français qui aurait été dû. L’article 238 A du Code général des impôts prévoit en outre la non-déductibilité des sommes versées à des personnes établies dans un État à régime fiscal privilégié sans preuve de la réalité et de la normalité de l’opération. Une société française qui verse des redevances ou des honoraires importants à sa LLC du Delaware sans contrepartie démontrée s’expose à la réintégration, aux prix de transfert et à la retenue à la source.

La TVA française s’applique indépendamment de l’impôt sur les bénéfices. Une LLC américaine qui vend des prestations à des clients français doit appliquer les règles territoriales françaises : prestations de services à des assujettis français avec autoliquidation par le client, prestations à des non-assujettis français généralement taxables en France, ventes de biens avec importation et TVA à l’importation, ventes à distance via une boutique en ligne avec guichet unique. L’absence de numéro de TVA français n’exonère pas : la LLC doit s’immatriculer à la TVA en France ou désigner un représentant fiscal lorsque son État ne dispose pas d’une clause d’assistance au recouvrement suffisante. Les États-Unis n’étant pas membre de l’Union européenne, la désignation d’un représentant fiscal français solvable est fréquemment exigée pour les opérations imposables en France. Les plateformes qui collectent la TVA pour les ventes à distance ne dispensent pas la LLC de vérifier que chaque flux est correctement déclaré. Un e-commerçant qui stocke en France, vend à des particuliers français et ne facture aucune TVA française cumule rappel de TVA, pénalités et intérêts, avec un risque de solidarité du destinataire.

La situation personnelle du créateur reste déterminante. Tant qu’il est domicilié fiscalement en France au sens de l’article 4 B du Code général des impôts, il est imposé en France sur ses revenus mondiaux, y compris les sommes tirées de la LLC, sous réserve de la convention qui évite la double imposition mais n’organise pas la double exonération. S’il quitte la France avec des titres substantiels, l’exit tax prévue à l’article 167 bis du Code général des impôts peut taxer les plus-values latentes sur ses participations, avec un sursis de paiement sous conditions et une exonération définitive après un délai de conservation qui varie selon le niveau de participation. Transférer ses titres à la LLC américaine juste avant le départ, donner la nue-propriété ou interposer une holding sans substance pour échapper à l’exit tax attire l’attention et peut être requalifié. Le départ doit être préparé comme un dossier : date de départ réelle, preuves de l’installation américaine, déclarations de sortie, désignation d’un représentant fiscal si nécessaire, suivi du sursis et conservation des justificatifs.

B. Que faire en cas de contrôle sur une LLC américaine et comment régulariser ?

La première étape consiste à ne pas aggraver le dossier. Il faut répondre dans les délais à chaque demande, fournir des pièces complètes et cohérentes, éviter les versions successives contradictoires et ne pas produire de faux contrats de management rédigés après coup. Le vérificateur compare la proposition de rectification avec les réponses : une LLC qui affirme d’abord n’avoir aucun client français puis produit des factures à des clients parisiens perd toute marge de négociation sur les pénalités. Il faut inventorier immédiatement les preuves : statuts américains et operating agreement, registre des décisions, relevés bancaires américains et français, contrats clients et fournisseurs, factures émises et reçues, preuves de paiement, agendas, billets d’avion, baux, bulletins de paie, déclarations américaines Form 5472, Form 1120 ou Form 1065 selon le régime choisi, déclarations françaises déposées et imprimés de déclaration des comptes étrangers. Chaque mois sans comptabilité probante renforce la méthode de reconstitution par l’administration.

La deuxième étape porte sur la réponse juridique à la proposition de rectification. Il faut contester point par point : la qualification de siège de direction effective en démontrant, pièces à l’appui, que les décisions sont prises aux États-Unis quand c’est vrai, ou en acceptant la réalité française pour limiter les pénalités quand les faits sont défavorables ; la qualification d’établissement stable en discutant la nature fixe et habituelle de l’installation et le pouvoir de conclure ; l’application de l’article 155 A en prouvant l’activité propre de la LLC, avec des moyens et une clientèle distincts ; l’application des articles 123 bis et 209 B en discutant le taux effectif d’imposition et la clause de sauvegarde pour activité économique réelle ; la TVA en démontrant le lieu exact de chaque prestation et le statut d’assujetti du client ; les majorations en établissant la bonne foi, les conseils suivis et l’absence de manoeuvre. La réponse doit être motivée, datée, signée et accompagnée des pièces numérotées. Elle peut demander le recours hiérarchique et l’interlocution départementale, qui permettent souvent de réduire les rappels ou les pénalités quand le dossier est documenté.

La troisième étape concerne la régularisation. Si la LLC travaille durablement depuis la France, la solution la plus sûre consiste à la reconnaître fiscalement en France : immatriculation au registre national des entreprises si une activité est exercée en France sans personne morale française distincte, déclarations d’impôt sur les sociétés, désignation d’un représentant fiscal pour la TVA, affiliation sociale du dirigeant qui travaille en France, mise en conformité des factures avec TVA française et mentions obligatoires. Si l’activité américaine est réelle et séparable, il faut cloisonner : filiale française pour la part française avec conventions de prestations intragroupe à prix de marché, documentation de prix de transfert, facturation cohérente et déclarations distinctes. Si la LLC n’a plus de raison d’être, il faut la fermer proprement aux États-Unis et solder les comptes fiscaux américains et français, plutôt que de la laisser en sommeil avec un compte qui continue à recevoir des fonds. Dans tous les cas, les comptes bancaires étrangers doivent être déclarés chaque année, et les distributions passées doivent être mises en conformité par déclarations rectificatives quand c’est encore possible, afin de limiter les pénalités.

Le contentieux obéit à des délais stricts. Après la réponse à la proposition de rectification, l’administration émet un avis de mise en recouvrement. La réclamation contentieuse doit être déposée dans les délais, avec les justificatifs, auprès du service compétent, puis le tribunal administratif peut être saisi en cas de rejet. Devant le juge, les moyens les plus efficaces portent sur la preuve : l’administration doit établir les faits qui fondent l’imposition, et le contribuable doit renverser la présomption quand il soutient une activité américaine autonome. Les pièces les plus convaincantes sont les preuves économiques : qui a fait le travail, avec quels moyens, pour quel client, où la valeur a été créée. Les attestations de complaisance du registered agent qui affirme que la LLC est gérée depuis le Delaware sans jamais avoir rencontré le dirigeant n’ont aucune valeur. Les procès-verbaux de réunions tenues à New York avec billets d’avion, photos, factures d’hôtel et comptes rendus signés ont une valeur incomparable. Le juge administratif annule régulièrement les rappels quand l’administration se contente d’affirmations générales sans démontrer la direction effective ou l’établissement stable, et il confirme quand le faisceau d’indices est précis et concordant.

La prévention reste moins coûteuse que le contentieux. Avant de créer la LLC, il faut établir un dossier de substance : lieu de travail réel du dirigeant pour les douze prochains mois, liste des clients visés et lieu de leurs besoins, lieu d’exécution des prestations, moyens humains et matériels prévus aux États-Unis et en France, circuit de facturation et de paiement, régime fiscal américain choisi pour la LLC et sa traduction française, conséquences sur la résidence fiscale personnelle et sur l’exit tax en cas de départ, obligations TVA et représentant fiscal, protection sociale et couverture maladie. Pendant la vie de la LLC, il faut tenir une comptabilité probante, conserver les agendas et les preuves de déplacement, facturer la TVA française quand elle est due, déclarer les comptes étrangers et les revenus correspondants, et verser au dirigeant une rémunération déclarée en France à hauteur de son travail français. Le coût de cette discipline est sans commune mesure avec un redressement qui cumule impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, cotisations sociales, TVA, intérêts et majorations sur trois années, voire dix en cas d’activité occulte.

Conclusion

Une LLC au Delaware peut être un outil légitime pour tester le marché américain, facturer des clients américains et bénéficier du droit américain des sociétés, mais elle ne fait pas disparaître l’impôt français quand le travail est fait en France. Le siège de direction effective et l’établissement stable permettent à l’administration d’imposer en France les bénéfices rattachables à la France, l’article 155 A permet d’imposer en France la personne qui rend personnellement les services, les articles 123 bis et 209 B permettent d’imposer les bénéfices conservés à l’étranger dans certaines configurations, et la TVA française s’applique selon le lieu réel des prestations et des livraisons. Les échanges automatiques d’informations et les demandes d’assistance entre la France et les États-Unis rendent l’invisibilité illusoire. La défense utile repose sur des faits documentés, pas sur des certificats américains : prouver une activité américaine réelle quand elle existe, reconnaître et déclarer la part française quand le travail est fait en France, répondre précisément à la proposition de rectification et régulariser avant que les pénalités ne s’accumulent.

Pour l’entrepreneur parisien qui hésite entre LLC américaine, société française et filiale américaine d’une société française, la question déterminante n’est pas le coût de création au Delaware, mais le lieu où la valeur sera créée pendant les douze prochains mois. Si les clients sont français, si le travail est fait à Paris et si les décisions sont prises à Paris, la LLC sera traitée comme une entreprise exploitée en France, avec toutes les obligations correspondantes. Si les clients sont américains, si une équipe travaille aux États-Unis et si le dirigeant s’y rend régulièrement pour décider et signer, la LLC peut sécuriser son développement américain, à condition de cloisonner la part française et de la déclarer. Un audit préalable de quelques heures, avec la chronologie, les contrats types et le circuit de facturation, permet d’éviter un redressement qui absorbe plusieurs années de marge.

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