Cabinet Kohen Avocats · Paris

—

Maître Reda KOHEN intervient en droit immobilier, droit des sociétés et droit des affaires à Paris. Première analyse : 80 € TTC, réponse personnelle sous 24 heures.

100 % confidentiel · Secret professionnel · Sans engagement

Barreau de Paris Immobilier, sociétés, affaires Fiche CNB avocat.fr
Maître Reda KOHEN, avocat au Barreau de Paris
Maître Reda KOHEN
Avocat au Barreau de Paris

Taxe sur les logements vacants 2027 après une succession : qui paie en indivision et comment contester l’avis ?

À compter des impositions établies au titre de 2027, les héritiers qui conservent un logement vide devront composer avec une nouvelle taxe sur la vacance des locaux d’habitation. Le décret n° 2026-831 du 25 août 2026, publié au Journal officiel du 29 août 2026, fixe la liste des communes dans lesquelles cette taxe s’appliquera de plein droit. La réforme remplace l’ancienne taxe annuelle sur les logements vacants et la taxe d’habitation sur les logements vacants.

Le décès du propriétaire ne fait pourtant pas disparaître la question fiscale. Un appartement peut rester fermé pendant le règlement de la succession, parce que l’acte de notoriété n’est pas encore établi, parce que les héritiers ne s’accordent pas sur une vente ou une location, parce qu’un usufruit est en cause ou parce que le bien nécessite des travaux. Ces circonstances ne produisent pas toutes le même effet. Certaines peuvent justifier une contestation ; d’autres ne suffisent pas si les coïndivisaires avaient la possibilité juridique et matérielle de remettre le logement sur le marché.

La réponse doit donc être construite autour de quatre vérifications : la commune et la durée de vacance, la personne qui dispose du logement, le caractère volontaire ou non de l’inoccupation et la qualité des pièces produites. Le régime de 2027, la répartition entre héritiers et la procédure à suivre sont examinés ci-dessous, avec une attention particulière aux biens situés à Paris et en Île-de-France. Les règles générales du droit immobilier du cabinet peuvent compléter cette analyse lorsque la succession se prolonge par un litige de gestion ou de vente.

I. Taxe sur les logements vacants 2027 après une succession : qui est imposable ?

A. Décret n° 2026-831 et nouvelle taxe sur un logement hérité

La réforme est issue de l’article 108 de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026 de finances pour 2026. Le texte a créé, dans le Code général des impôts, une taxe unique sur la vacance des locaux d’habitation. Le texte de l’article 108 de cette loi prévoit son application aux impositions établies à compter de 2027. Le décret n° 2026-831 ne crée donc pas une exonération spéciale pour les successions : il détermine principalement le périmètre territorial de la taxe et met en œuvre le nouveau dispositif.

Le point de départ se trouve dans l’article 1406 bis du Code général des impôts. La première phrase du dispositif indique : « La taxe sur la vacance des locaux d’habitation est due ». Le logement doit être vacant au 1er janvier de l’année d’imposition. Dans une commune caractérisée par un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements, le délai de référence est d’au moins une année. Dans une autre commune, la taxe peut concerner un logement vacant depuis au moins deux années, à condition que la commune ou l’établissement public de coopération intercommunale compétent ait institué la taxe par délibération.

Pour 2027, le compteur n’est pas remis à zéro au 1er janvier. Le même article précise que la durée de vacance antérieure à cette date est prise en compte. Une maison reçue en succession en 2026, déjà vide auparavant, peut donc entrer dans l’analyse de l’imposition 2027 selon la date de vacance réellement retenue par l’administration. À l’inverse, la date du décès ne permet pas, à elle seule, de calculer la durée : il faut reconstituer l’occupation effective du logement avant et après l’ouverture de la succession.

Le logement doit aussi entrer dans le champ matériel du texte. Sont notamment exclus les logements occupés plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs pendant la période de référence, les dépendances du domaine public et les logements dont la vacance est indépendante de la volonté du contribuable. Cette dernière exclusion est au cœur des dossiers successoraux. Elle ne signifie pas que toute succession en cours neutralise la taxe. Elle impose de démontrer, par des circonstances précises, pourquoi le détenteur ne pouvait pas faire occuper le bien dans des conditions normales.

La taxe est assise sur la valeur locative du logement. L’article 1409 du Code général des impôts rattache cette valeur aux règles applicables à la valeur locative des habitations et de leurs dépendances. Dans les communes relevant du premier niveau de tension, l’article 1406 bis fixe un taux de 17 % la première année d’imposition et de 34 % à compter de la deuxième année. Une délibération locale peut porter ces taux jusqu’à 30 % et 60 %. Dans les communes ne relevant pas de ce niveau, le taux institué localement ne peut pas dépasser 50 %.

Le produit de la taxe est perçu par les communes dans les conditions prévues par l’article 1379 du Code général des impôts. Cette affectation ne modifie pas la manière de régler une succession. Elle explique cependant pourquoi l’adresse exacte du logement, et non le domicile des héritiers, détermine la première partie du raisonnement. Un héritier vivant à Lyon ou à l’étranger peut recevoir un avis relatif à un immeuble situé à Paris, en Seine-et-Marne, dans les Hauts-de-Seine ou dans une autre commune figurant dans l’annexe du décret.

Avant de discuter le montant, il faut donc demander ou réunir quatre éléments : la commune est-elle dans l’annexe du décret ou a-t-elle pris une délibération, depuis quelle date le logement est-il réellement vacant, était-il habitable et quelles personnes disposaient du droit d’en organiser l’occupation ? Une succession peut expliquer la chronologie ; elle ne remplace pas cette démonstration.

La déclaration d’occupation est un autre point déterminant. Dans sa rédaction applicable à partir de 2027, l’article 1418 du Code général des impôts prévoit que les propriétaires déclarent la nature de l’occupation, les dates d’occupation, l’identité des occupants et, en cas de vacance, le motif de celle-ci. Les héritiers doivent comparer cette déclaration avec la réalité du bien. Une donnée restée au nom du défunt, une ancienne adresse d’occupant ou un motif de vacance devenu inexact peuvent alimenter une erreur, mais la correction de la déclaration ne suffit pas toujours à obtenir le dégrèvement : elle doit être accompagnée d’une réclamation argumentée et de pièces datées.

B. Indivision successorale, usufruit et avis établi au nom d’un héritier

Après le décès, le logement est souvent détenu en indivision jusqu’au partage. L’article 815 du Code civil pose que « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l’indivision » et permet, sous réserve des règles applicables, de provoquer le partage. Cette règle ne règle pas directement la taxe sur la vacance. Elle rappelle toutefois que l’indivision successorale est une situation transitoire ou durable qui doit être gérée : conserver le bien fermé, le louer, le vendre ou engager des travaux sont des décisions qui peuvent avoir des conséquences fiscales et civiles.

L’article 1406 bis désigne la personne qui dispose du logement depuis le début de la période de vacance. Il vise le propriétaire, l’usufruitier, le preneur à bail à construction ou à réhabilitation et l’emphytéote. Il ne transforme pas le notaire en redevable et ne fait pas peser automatiquement la taxe sur l’héritier qui a simplement reçu le courrier. Il faut lire l’avis, vérifier sa qualité, comparer les informations cadastrales avec l’acte de notoriété et déterminer si l’administration entend viser un coïndivisaire comme représentant pratique de l’indivision ou comme unique détenteur du bien.

La jurisprudence fournit un avertissement utile. Dans son arrêt du 26 janvier 2017, CAA Paris, 9e chambre, n° 15PA03207, la cour a examiné une taxe établie à propos d’un immeuble détenu par une indivision. Elle a jugé que l’avis pouvait être libellé au seul nom d’un coïndivisaire dès lors qu’il n’était pas établi que celui-ci avait été mentionné comme seul redevable à la place de l’indivision. La mention d’un seul nom sur l’avis ne suffit donc pas, à elle seule, à obtenir la décharge. En revanche, une erreur sur la qualité du redevable, la période de détention ou la réalité des droits doit être exposée précisément.

La distinction entre dette fiscale et compte de l’indivision est essentielle. Si un héritier règle l’avis pour éviter des pénalités, il doit conserver l’avis, la preuve du paiement et les échanges avec les autres héritiers. L’article 815-10 du Code civil prévoit que chaque indivisaire supporte les pertes proportionnellement à ses droits dans l’indivision. L’article 815-13 du même code prévoit, de son côté, qu’il doit être tenu compte à l’indivisaire des dépenses nécessaires qu’il a faites de ses deniers personnels pour la conservation du bien indivis. Ces textes encadrent le règlement des comptes entre héritiers ; ils ne remplacent pas la réclamation fiscale adressée au service compétent.

La présence d’un usufruit modifie l’analyse. Selon l’article 578 du Code civil, « L’usufruit est le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété ». L’usufruitier a vocation à jouir du bien, tandis que le nu-propriétaire conserve la nue-propriété. L’article 582 du Code civil rattache également à l’usufruit le droit de jouir des fruits du bien. Pour la taxe 2027, l’article 1406 bis cite expressément l’usufruitier parmi les personnes susceptibles d’être redevables lorsqu’il dispose du logement depuis le début de la période de référence. Le titre constitutif de l’usufruit, la date de son extinction et la manière dont le logement a été effectivement géré doivent donc être joints au dossier.

Quelques situations doivent être distinguées :

Situation Question à vérifier Pièces utiles
Plusieurs enfants héritent en pleine propriété Le logement est-il en indivision et qui avait le pouvoir d’en organiser la location ou la vente ? Acte de notoriété, attestation immobilière, titres de propriété, échanges entre héritiers.
Conjoint survivant usufruitier et enfants nus-propriétaires Qui disposait du logement pendant la période de vacance et quelles limites résultaient du démembrement ? Acte de donation ou choix successoral, acte de notoriété, convention de gestion, avis d’imposition.
Un héritier est seul nommé sur l’avis Est-il désigné comme seul redevable ou seulement comme destinataire pratique de l’avis ? Avis complet, fiche cadastrale, réclamation antérieure, justificatif des quotes-parts.
Succession non partagée et logement fermé La fermeture résultait-elle d’un empêchement concret ou d’une simple absence de décision collective ? Procès-verbaux, mises en demeure, projet de bail, mandat, ordonnance ou correspondances notariales.

La gestion du bien répond aussi aux règles civiles de majorité. L’article 815-3 du Code civil permet aux indivisaires titulaires d’au moins deux tiers des droits indivis d’accomplir certains actes d’administration et de conclure certains baux d’habitation, sous réserve d’informer les autres indivisaires. L’article 815-2 du Code civil autorise chaque indivisaire à prendre les mesures nécessaires à la conservation des biens indivis, même sans urgence. Le dossier fiscal doit expliquer pourquoi ces pouvoirs ne permettaient pas, dans le cas concret, de remédier à la vacance, ou pourquoi ils ont été utilisés par des démarches réelles.

Dans l’arrêt n° 15PA03207 précité, la CAA Paris a retenu que le conflit entre indivisaires ne suffisait pas lorsque la société qui détenait plus des deux tiers des droits pouvait conclure un bail. La solution ne signifie pas qu’une contestation successorale est toujours vouée à l’échec. Elle impose de documenter le blocage : indivisaire introuvable, mesure de protection, démembrement empêchant l’acte envisagé, refus judiciaire, logement dangereux, impossibilité de financer les travaux ou absence de pouvoir de signature. Une formule générale décrivant une succession simplement en cours restera fragile.

Le décès ne crée donc pas une exonération automatique. Il impose une analyse séparée de la situation fiscale et du compte entre héritiers. L’avis peut viser l’indivision, être adressé à l’un des coïndivisaires et être ensuite réparti selon les droits de chacun. Pour obtenir une correction, le réclamant doit identifier l’erreur : logement occupé, durée mal calculée, personne incorrectement désignée, commune non concernée, vacance objectivement imposée ou bien inhabitable.

II. Comment contester l’avis de taxe sur un bien hérité laissé vacant ?

A. Prouver que la vacance successorale n’était pas volontaire

L’exclusion prévue par l’article 1406 bis vise les logements dont la vacance est indépendante de la volonté du contribuable. Le raisonnement ne porte pas uniquement sur l’intention psychologique de l’héritier. L’administration et le juge recherchent si le détenteur disposait, en fait et en droit, d’une possibilité normale de louer, d’occuper ou de vendre le logement pendant la période de référence. Le dossier doit relier la cause invoquée à des dates, à des démarches et à une impossibilité identifiable.

La succession peut produire plusieurs types d’empêchement. Une propriété ne peut pas être louée dans les mêmes conditions si les ayants droit ne sont pas encore identifiés, si un usufruit est contesté, si un héritier protégé ne peut pas consentir seul, si le titre de propriété doit être rectifié ou si une décision judiciaire est nécessaire pour administrer le bien. Elle peut aussi être impossible à occuper en raison de travaux importants, d’un sinistre ou d’une interdiction administrative. Mais la simple attente d’une vente plus avantageuse, l’absence de mandat ou le désaccord non documenté sur le prix ne caractérisent pas automatiquement une vacance indépendante de la volonté du détenteur.

Le Conseil d’État a précisé la charge de la preuve dans sa décision du 15 juillet 2025, CE, 8e-3e chambres réunies, n° 499230. Il appartient au juge, « au vu de l’instruction », de tenir compte des éléments que le contribuable est seul en mesure de produire, notamment des devis concernant les travaux nécessaires pour rendre le bien habitable. Le Conseil d’État a aussi distingué les travaux indispensables à l’habitabilité des travaux destinés à donner au bien un caractère luxueux. Un devis global de rénovation haut de gamme ne suffit donc pas à démontrer que le logement ne pouvait pas être occupé dans des conditions normales.

La méthode la plus sûre consiste à établir une chronologie contradictoire. Elle doit commencer avant le décès si le bien était déjà vide et se poursuivre jusqu’au 1er janvier de l’année d’imposition. Pour chaque période, indiquez l’occupation, la personne qui détenait les clés, les décisions prises par l’indivision, les démarches de location ou de vente, les travaux, les échanges avec le notaire et les réponses de l’administration. La chronologie doit faire apparaître le lien entre l’événement successoral et l’impossibilité concrète d’utiliser le logement.

Les pièces peuvent être regroupées en cinq familles :

  1. La qualité et les droits sur le bien. Joignez l’acte de décès, l’acte de notoriété, l’attestation immobilière, les titres antérieurs, la convention d’indivision lorsqu’elle existe, ainsi que l’acte qui établit ou éteint un usufruit. Lorsque les héritiers sont plusieurs, indiquez leurs quotes-parts et la personne qui avait reçu un mandat de gestion.
  2. La situation d’occupation. Produisez les relevés ou attestations utiles sur l’eau, l’électricité et le chauffage, les états des lieux, les attestations d’hébergement, les contrats et les quittances. Si le logement a été occupé plus de quatre-vingt-dix jours consécutifs, cette période doit être établie précisément, car le texte fiscal prévoit une exclusion spécifique.
  3. L’habitabilité. Les photographies doivent être datées et localisées. Ajoutez les rapports d’expertise, les constats, les devis détaillés, les factures, les arrêtés de mise en sécurité ou les attestations d’assurance. Le devis doit isoler les travaux qui touchent à la stabilité, à l’électricité, à l’eau, au chauffage, aux sanitaires, aux fenêtres ou à la sécurité, plutôt que de présenter une rénovation esthétique globale.
  4. Les démarches de remise sur le marché. Conservez le mandat d’agence, les annonces, les visites, les candidatures, les refus, les offres, les échanges sur le prix, le projet de bail, la décision d’assemblée des héritiers et toute preuve d’une recherche sérieuse d’occupant ou d’acquéreur. Une annonce seule ne décrit pas toujours les conditions de commercialisation ; son prix, sa durée et les demandes reçues doivent être explicites.
  5. Le blocage juridique ou matériel. Classez les courriers du notaire, les mises en demeure adressées à un coïndivisaire, les procurations, les décisions du juge, les documents relatifs à un héritier protégé et les autorisations administratives nécessaires. Un désaccord doit être daté et relié à l’acte empêché : signature d’un bail, accès au logement, financement de travaux ou décision de vente.

La jurisprudence récente sanctionne les dossiers qui restent au stade de l’affirmation. Dans son arrêt du 22 mai 2025, CAA Paris, 7e chambre, n° 23PA05252, la cour a relevé que des photographies non datées ne permettaient pas, seules, d’établir l’inhabitabilité du local. Elle a également tenu compte de l’absence de réponse à une demande d’informations du service fiscal. La leçon pratique est simple : une pièce doit identifier le logement, la date et la conséquence qu’elle établit.

La même exigence vaut pour l’occupation. Dans son arrêt du 15 juillet 2026, CAA Paris, 2e chambre, n° 25PA04428, la cour a jugé qu’un bail produit sans éléments sur l’installation effective du locataire, son maintien dans les lieux et le paiement des loyers ne mettait pas le juge en mesure de constater l’absence de vacance. Un héritier qui soutient qu’un proche occupait temporairement le logement doit donc produire des éléments d’effectivité, et pas seulement une autorisation écrite ou un contrat préparatoire.

Un autre arrêt doit être lu avec attention lorsqu’un héritier invoque un conflit entre coïndivisaires. Dans la décision n° 15PA03207, la CAA Paris a considéré que le litige interne ne suffisait pas à expliquer la vacance lorsque le détenteur majoritaire pouvait conclure un bail. Une contestation fondée sur la succession doit ainsi répondre à trois questions : qui pouvait agir, quel acte était nécessaire et quel obstacle a empêché cet acte ? Si une majorité pouvait administrer le bien, il faut expliquer pourquoi elle n’a pas pu ou ne devait pas être utilisée dans la situation particulière.

Paris et Île-de-France. Pour un logement situé à Paris ou dans une commune francilienne, vérifiez la commune exacte dans l’annexe du décret n° 2026-831 et ne déduisez pas le régime du seul département. La tension du marché ne dispense pas de cette vérification. Elle rend en revanche plus importante la distinction entre le taux applicable, la durée de vacance et la cause de l’inoccupation. Le dossier doit être adressé au service mentionné sur l’avis, avec l’adresse complète, la référence cadastrale et la période visée. En cas de désaccord persistant, la juridiction administrative territorialement compétente dépend de la commune de l’imposition ; les héritiers doivent vérifier cette compétence avant de déposer une requête.

Si le logement était inhabitable, la preuve doit porter sur l’état au 1er janvier de la période concernée. Si le logement était habitable mais bloqué par la succession, la preuve doit porter sur le pouvoir d’agir et les démarches effectivement accomplies. Si le logement était proposé à la location ou à la vente, le prix, le mandat et les contacts doivent être documentés. Ces trois hypothèses ne se confondent pas et ne se prouvent pas avec les mêmes pièces.

B. Réclamation fiscale, sursis de paiement et recours après un refus

La contestation commence par une réclamation administrative. L’article R*190-1 du Livre des procédures fiscales prévoit que le contribuable qui conteste tout ou partie d’un impôt doit d’abord s’adresser au service territorial compétent. La saisine directe du tribunal, sans réclamation préalable, expose à une irrecevabilité. Cette règle est particulièrement importante en succession, car l’héritier doit agir dans la bonne qualité et pour l’imposition effectivement établie.

La réclamation doit être individualisée. Elle doit reprendre le numéro de l’avis, l’année d’imposition, l’adresse du logement, la référence cadastrale, le nom figurant sur l’avis, la qualité du réclamant et la demande exacte : décharge totale, réduction ou rectification d’une information. Exposez ensuite la chronologie du décès et de la succession, la durée réelle de vacance, les actes que l’indivision pouvait ou ne pouvait pas accomplir, puis les éléments matériels qui démontrent l’occupation, l’inhabitabilité ou l’empêchement. Une demande qui se limite à écrire que le bien appartient à une succession laisse au service la charge de deviner l’erreur invoquée.

Pour une imposition directe locale, le délai de réclamation est encadré par l’article R*196-2 du Livre des procédures fiscales. Le texte prévoit, en principe, une présentation au plus tard le 31 décembre de l’année suivant celle de la mise en recouvrement du rôle, sous réserve des hypothèses particulières prévues par l’article. Pour un avis établi au titre de 2027, le calcul conduit généralement au 31 décembre 2028 lorsque l’avis est mis en recouvrement en 2027. Il est préférable de ne pas attendre cette échéance : la preuve d’une vacance, d’une occupation ou d’un blocage se dégrade avec le temps, et le service peut demander des précisions.

Si le paiement immédiat de la taxe crée une difficulté, mentionnez expressément une demande de sursis dans la réclamation. L’article L. 277 du Livre des procédures fiscales autorise le contribuable qui conteste le bien-fondé ou le montant des impositions à différer le paiement de la partie contestée, lorsqu’il formule la demande dans sa réclamation et précise le montant ou les bases du dégrèvement sollicité. Le sursis n’est pas une dispense générale de paiement : des garanties peuvent être exigées lorsque le montant dépasse le seuil réglementaire, et le comptable peut prendre des mesures conservatoires si les garanties sont absentes ou insuffisantes.

La demande doit distinguer le bien-fondé de l’impôt et son recouvrement. Un héritier qui soutient que le logement ne devait pas être imposé conteste l’assiette ou l’application du texte. Un héritier qui conteste une majoration, une mise en demeure ou une mesure de recouvrement doit identifier cette contestation et respecter la procédure correspondante. Dans son arrêt n° 23PA05252, la CAA Paris a rappelé qu’une contestation de recouvrement devait avoir été présentée à l’administration avant d’être portée devant le juge. Mélanger ces deux objets dans une lettre imprécise peut retarder l’examen du dossier.

Lorsque l’administration rejette la réclamation, le recours relève du tribunal compétent. L’article R*199-1 du Livre des procédures fiscales prévoit un délai de deux mois à compter de la réception de la décision de rejet. Le contribuable qui n’a reçu aucune décision peut saisir le tribunal à l’expiration du délai de six mois prévu par le texte. Il faut conserver l’accusé de réception, la décision, les échanges et la preuve de la date de notification.

La décision du Conseil d’État du 29 juin 2026, CE, 9e chambre, n° 513256, illustre le risque procédural. S’agissant d’un héritier qui demandait la décharge d’une taxe sur les logements vacants, le Conseil d’État a relevé qu’aucune cotisation correspondante n’avait été mise en recouvrement au nom de la personne concernée et qu’aucune réclamation préalable n’avait été adressée à l’administration. La demande a été rejetée comme manifestement irrecevable. Avant d’argumenter sur le fond, vérifiez donc que l’avis existe, qu’il concerne la bonne année, que le réclamant a qualité pour agir et que la réclamation a été envoyée dans les formes et délais.

Un modèle de structure peut être utilisé pour la lettre :

  1. Objet : « Réclamation contentieuse – taxe sur la vacance des locaux d’habitation – année 2027 – avis n°… » ;
  2. identité du réclamant, qualité d’héritier ou de coïndivisaire, adresse et coordonnées ;
  3. désignation complète du logement et rappel de la date du décès, de l’ouverture de la succession et de l’état du partage ;
  4. moyen principal : logement occupé, durée insuffisante, commune non concernée, redevable mal identifié ou vacance indépendante de la volonté ;
  5. chronologie des démarches et présentation numérotée des pièces ;
  6. demande de décharge ou de réduction, et, si nécessaire, demande expresse de sursis avec montant contesté ou base de calcul ;
  7. date, signature et mode d’envoi permettant de prouver la réception.

Le dossier doit rester cohérent avec les déclarations fiscales. Si une déclaration d’occupation a mentionné une vacance pour « succession », expliquez ce que cette mention recouvrait réellement : attente d’un acte, impossibilité de signature, travaux, vente en cours ou autre circonstance. Si le motif déclaré était erroné, demandez sa rectification et joignez la preuve de la situation exacte. Une contradiction entre la déclaration, l’annonce de vente, les factures d’énergie et les écritures de la réclamation fragilise la demande, même lorsque le bien a effectivement été peu utilisé.

Les héritiers doivent également éviter une confusion fréquente : l’accord interne sur la personne qui supportera finalement la charge ne suffit pas à modifier l’avis fiscal. Une convention signée entre coïndivisaires peut organiser le remboursement ou l’imputation dans les comptes de la succession, mais elle ne lie pas nécessairement l’administration sur la qualité du redevable. Inversement, le fait qu’un seul héritier ait payé ne l’empêche pas de réclamer ensuite la prise en compte de cette dépense dans le partage, si les conditions civiles sont réunies et si le paiement est prouvé.

Lorsqu’un héritier ne répond pas, refuse toute location ou empêche la réalisation de travaux, il faut formaliser la situation. Un courrier recommandé décrivant la décision proposée, le délai de réponse et les conséquences de la vacance est plus utile qu’une conversation informelle. Si la gestion du logement met en péril l’intérêt commun, une demande judiciaire ou une mesure d’administration peut être étudiée avec le notaire et un avocat. L’objectif n’est pas de créer artificiellement une exonération, mais de démontrer les démarches raisonnables accomplies pour remédier à l’inoccupation.

Enfin, si la taxe est finalement maintenue, le montant peut encore être vérifié. Contrôlez la valeur locative retenue, la durée de vacance, le taux local, la prise en compte d’une occupation de plus de quatre-vingt-dix jours et la personne désignée. Le régime de l’article 1406 bis prévoit une assiette et des taux distincts selon la situation de la commune. Une erreur dans l’un de ces éléments peut justifier une réduction même si l’exonération totale n’est pas admise.

La contestation d’un avis concernant un bien hérité repose ainsi sur un enchaînement précis : qualifier la taxe 2027, vérifier la commune, reconstituer la vacance, identifier le détenteur, prouver l’empêchement et déposer une réclamation complète. Les décisions n° 499230, n° 23PA05252, n° 25PA04428, n° 15PA03207 et n° 513256 montrent que le juge examine les faits et les démarches, mais aussi la recevabilité et la qualité du réclamant. Le meilleur dossier est celui qui permet de comprendre, pièce après pièce, pourquoi le logement n’a pas pu être remis sur le marché à la date retenue par l’administration.

Conclusion

Une succession en cours ne suffit pas, par elle-même, à écarter la taxe sur les logements vacants applicable en 2027. Le logement peut être imposé si les conditions territoriales et temporelles sont réunies et si les héritiers disposaient d’une possibilité normale d’en organiser l’occupation. La décharge devient défendable lorsque la vacance résulte d’un empêchement précis, indépendant de leur volonté, ou lorsque l’administration s’est trompée sur l’occupation, la durée, la commune, l’habitabilité ou la personne redevable.

La démarche doit commencer par la conservation des preuves et se poursuivre par une réclamation adressée au service indiqué sur l’avis. Le décès, l’indivision, l’usufruit et les travaux doivent être reliés à des documents datés. Le paiement effectué par un héritier et la répartition finale entre coïndivisaires sont ensuite traités dans les comptes de la succession, sans confondre cette question civile avec le contentieux fiscal.

Besoin d’un avis rapide sur votre dossier.

Une consultation téléphonique peut être organisée sous 48 heures avec un avocat du cabinet.

Votre avis de taxe, la chronologie de la succession et vos pièces peuvent être examinés pour identifier la démarche utile.

06 46 60 58 22

Prendre contact avec le cabinet

Pour un bien situé à Paris ou en Île-de-France, l’analyse peut intégrer la commune d’imposition, le service fiscal compétent et les particularités de la gestion de l’indivision.

Source : Cour de cassation – Base Open Data « Judilibre » & « Légifrance ».